Lettre ouverte à son excellence, Monsieur le Président de la République

2052011

J’ai l’honneur  de vous transmettre  les informations concernant  la situation  de la ville de Kiffa qui s’apparente à  une véritable porcherie.

Kiffa continue à connaître les effets de la mal gouvernance et de la gabegie. C’est bien dommage pour cette  ville, la deuxième  ville du pays  la plus peuplée.

Ville de carrefour d’échange  entre le Mali, les deux hodhs , le Tagant , et le Guidimakha.

Disons haut et fort que Kiffa  est envahi  par les ordures et les eaux  usées. Ainsi Kiffa  reste  sale, nauséabonde  obligeant  parfois certains voyageurs  à déguerpir. D’une manière  générale, la ville  est devenue une véritable porcherie    butte  sur des tas  d’ordures, pêle-mêle, sachets, os récurés, sandales usées, vieux sacs , habits  rapiécés, bidons, cartons – Et ça s’entasse au milieu  des quartiers-

  Des animaux  que l’on abat   ici  et là  laissant des flaques  de sang ruisselées, des excréments , sabots, cornes des huiles vidangées des granges ouverts  non loin de la chaussée.

L’autorité  chargée de l’exécutif au niveau  régional ( Wali-Hakem) ne cherche  pas  à s’investir, en vue,  au moins  à  rappeler  à l’ordre  M.  le maire, en ce qui concerne  la situation  qui prévaut. Prenons l’exemple  du Wali du district  animé  d’un esprit qui consiste  à rendre  la capitale propre.

Le  cas de kiffa est amusant ! Au mois de novembre  2010, une opération  de propreté  a débuté  par le quartier ‘Sagater ‘ durant à peine deux jours, puis  après, opération « Mort né », incroyable mais vrai. Aux élus de Kiffa «  non à l’indifférence et l’oubli »…

Veuillez agréer, Monsieur le Président,  l’expression de ma très haute considération.

Fouad Aziz Barrada 

Fonctionnaire à la retraite 




Cinquantenaire de l’indépendance nationale :

3112010

POUR UNE ALLEGEANCE A LA MAURITANIE ET NON A LA TRIBU OU A L’ETHNIE 

 

Par Mohamed Abdallahi O Boussery 

 

 

Le cinquantenaire de l’indépendance nationale est un moment précieux de méditation et d’espérance.  Au-delà  des festivités commémoratives de cet évènement hautement symbolique, il offre une opportunité  de relecture de notre mémoire et de  prospection de notre futur.Un premier regard rétrospectif permet de constater qu’avant l’indépendance, le peuple mauritanien constituait une même communauté historique   d’intérêts et de respect,  soudée par des liens affectifs.  A l’époque, Il  n’y  avait  pas  d’entité politique    

centrale qui rassemblait les Mauritaniens sous le même pouvoir. Après le déclin des Almoravides, le pays s’était divisé en plusieurs provinces ou Emirats.  Mais en l’absence d’un Etat central, l’Islam, religion de tous les Mauritaniens, est resté – et demeure d’ailleurs jusqu’ici – l’élément fédérateur de toutes les composantes de notre société et le ciment de leur unité. Ses prescriptions marquaient profondément les habitudes, les pratiques et les comportements et édictaient  de ce fait à toutes nos composantes sociales l’impératif de cohabitation dans la tolérance, la solidarité sociale et le respect de la différence. 

 

 Certes, notre société pluriethnique était fondée sur un système de castes et de tribus, marqué par des rapports de forces inégaux de différents ordres sociaux. Toutefois, cette structuration sociale ¨primitive¨ n’a pas empêché nos ancêtres de partager le consentement et le désir de vivre en communauté et  d’œuvrer ensemble pour bâtir leur avenir. Un destin commun favorisait la vie en symbiose et l’union des forces pour faire face aux aléas d’une nature hostile.  Le partage d’un même espace vital et la protection de ses frontières prouvaient l’attachement à la terre natale et l’amour du terroir. Ce sentiment d’appartenance à une même entité géographique primait souvent sur le repli communautariste. La tribu et l’ethnie n’avaient, d’ailleurs, pas seulement des rôles négatifs. Elles assuraient une fonction de ¨socialisation¨  et  permettaient une forme d’organisation sociale fondée sur la solidarité et garante de l’intérêt général du groupe social. 

 

Nos traditions, nos valeurs morales et socioculturelles valorisaient la dignité, l’honnêteté, l’éducation, la générosité, le courage, l’amour de la patrie, etc. Un système traditionnel de solidarité sociale permettait un certain partage des maigres ressources disponibles à l’époque.  Dispensant un enseignement gratuit et de qualité, nos Mahadras accueillaient des étudiants issus de plusieurs composantes tribales ou ethniques et même de certains pays voisins. Aussi, les rites  et écoles du soufisme  ont-elles contribué au renforcement des relations intercommunautaires. Dans leur diversité socioculturelle, nos érudits ont assuré le rayonnement du pays à l’extérieur par la diffusion du savoir et de la culture islamique dans des contrées lointaines notamment en Afrique et au Moyen Orient. 

 

L’idée  que nos ancêtres avaient de l’être collectif qu’ils constituaient s’était  également révélée dans les grands sacrifices  qu’ils avaient consentis et par les sentiments d’aversion portés par tous à l’égard de la pénétration coloniale. Les attitudes de rejet et de répulsion que l’envahisseur avait suscitées chez tous les Mauritaniens sans distinction d’Emirats, d’ethnie, de tribu ou de caste, n’avaient pour signification que l’amour d’un même pays et une ferme volonté  de le défendre.  Dans ces moments difficiles, nos composantes sociales s’étaient soudées et avaient conjugué leurs efforts pour résister aux colons, malgré des rapports de forces inégaux. La résistance militaire et culturelle, conjuguée à d’autres facteurs a forgé l’indépendance nationale et protégé notre société contre l’aliénation culturelle. 

 

 

La possession en commun de cet héritage de gloire fait aujourd’hui notre fierté. Un pareil legs de riche souvenirs ne peut que  nous exhorter à réaffirmer le consentement  et le désir de continuer à être une communauté d’idées et d’intérêts, à vivre ensemble en partageant respect et affection et à œuvrer à bâtir, toujours ensemble, un avenir meilleur. 

 

Un second regard évaluatif sur le passé récent permet de faire une analyse succincte de la situation postindépendance pour en tirer les leçons afin de relever les défis du présent et éclairer notre vision du futur. 

 

A l’aube de l’indépendance, l’accession de notre pays à la souveraineté nationale et la naissance d’un Etat moderne  ont permis au peuple mauritanien, toutes composantes confondues, de s’atteler à l’œuvre d’édification nationale. Le colon, qui n’avait pas jeté les bases d’un futur Etat, n’a rien légué aux autochtones. Il fallait que les Mauritaniens créent de toute pièce un Etat moderne, à partir de rien si ce n’étaient leur attachement à la patrie, leur sentiment d’appartenance à une même communauté historique, leurs valeurs morales et socioculturelles et la volonté de bien préparer l’avenir. Durant les cinquante ans d’indépendance, nous avons réalisé ensemble beaucoup d’acquis : une administration, des institutions, des infrastructures, un système éducatif, un système de santé,  un secteur minier, une industrie, des relations régionales et internationales, etc. C’était  un demi-siècle de labeur, d’efforts, de sacrifices  et de dévouement avec, naturellement, des moments fugitifs de divergence ou de frictions. 

 

Grace à la volonté, à l’intelligence et à l’endurance du peuple mauritanien, nous avons réussi ensemble à faire ce qu’est la Mauritanie d’aujourd’hui : Une République islamique, une société à démocratie pluraliste et un pays en voie de développement. Ce n’est, certes, pas suffisant mais au cours des cinq dernières décennies, notre  marche vers le progrès ne s’est pas effectuée sur un tapis rouge. C’était un véritable parcours de combattants, jonché d’écueils. Heureusement, dans un  pays comme le nôtre, qui compte sur le génie créateur de son peuple et dont le sol recèle une importante richesse, les perspectives sont prometteuses. 

 

En réalité, la Mauritanie de demain ne sera que ce que nous en ferons. Certes, les obstacles au développement durable du pays  ne manquent pas et nous avons plusieurs défis à relever dans tous les domaines de la vie nationale : culturels, sociaux, économiques et politiques. 

 

Je me limiterai  ici à l’analyse d’un seul facteur,  mais qui parait majeur à mes yeux et déterminant dans notre marche vers le progrès : il s’agit d’une crise de valeurs qui a infiltré notre parcours récent et  qui risque d’affecter notre  identité nationale, notre attachement à la patrie, notre unité et par conséquent de compromettre gravement notre avenir. 

  

Depuis quelques décennies, cette crise s’est installée, progressivement et à notre insu, dans certains milieux sociaux. Plusieurs études sociologiques nationales révèlent que les mutations récentes que notre société a connues n’ont pas toujours été accompagnées de comportements favorables au développement. 

 

En effet, sous les effets dévastateurs d’une sécheresse persistante, qui a détruit le couvert  végétal et décimé le cheptel, le pays a connu un exode massif des populations rurales  vers les grandes villes. Ces mouvements migratoires opérés sur une courte période ont  « bouleversé la société, passant, sans transition, d’un mode de vie fondé sur la tradition, le nomadisme et la tribu, à un nouveau style de vie urbain dans un Etat moderne ». 

 

La sédentarisation anarchique, la perturbation des circuits traditionnels de productions ont contribué à la  dégradation des conditions de vie des populations et à l’accentuation de la pauvreté.  La vie en ville et l’ouverture sur l’extérieur, ont créé « de nouveaux besoins et  déstabilisé les rôles classiques au sein de la famille et des communautés ». A cause d’une répartition inégale des ressources, le marasme s’est aggravé et les tensions sociales. « L’argent est devenu omniprésent dans la vie » et dans les relations humaines. Avec l’érosion du système traditionnel de solidarité sociale du fait de l’anonymat de la vie urbaine, les aspirations et les attentes des populations, notamment les couches vulnérables dépassaient souvent les capacités et les ressources de l’Etat, rongées par des épisodes de mauvaise gestion. 

 

Malheureusement, ces mutations rapides n’ont pas été accompagnées par un effort de changement des mentalités, d’éducation citoyenne et d’éducation tout court. Alors, une avidité du profit et un esprit égoïstes faisant prévaloir l’intérêt personnel sur l’intérêt général, sont nés et risquent de s’enraciner dans notre société. Les familles, qui se sont trouvées brusquement indigentes et  incapables d’assurer les conditions minimales de survie, étaient contraintes à faire fi de certaines valeurs pour survivre et obtenir dans l’urgence, quel qu’en soit le prix, tout revenu pouvant avoir des retombées directes sur leur vie quotidienne. Le ¨chacun pour soi¨ était devenu une amère réalité. Tellement on courait derrière le profit personnel immédiat que la réalisation d’infrastructures collectives (hôpitaux, écoles, routes, aéroports, etc.) était parfois moins appréciée  que la distribution individuelle de terrains ou de vivres, l’embauche d’un membre de la famille, l’attribution d’une allocation ou d’un privilège illégitimes, etc. 

 

Une régression des bonnes mœurs est apparue, favorisée par la survivance de préjugés sociaux et de pratiques surannées «où la prépondérance du facteur tribal et ethnique était perceptible » au détriment du sentiment d’appartenance nationale. En effet, lorsque les intérêts, personnels, politiques ou socioéconomiques d’un groupe social sont en  jeu, on n’hésitait plus, depuis des lustres, à s’arroger les droits des autres, à détourner les deniers publics, à enfreindre les règlements,  à pratiquer le trafic d’influence, etc. Cultiver le favoritisme et le népotisme, protéger un proche contre la loi  ou se faire justice au mépris des procédures en vigueur, tendent à perdre leur connotation péjorative.  Dans certains milieux, une nouvelle perception  des valeurs nourrit la tendance à faire de la richesse illicite,  de l’argent sale, de la corruption, du clientélisme, de la transgression des lois, des qualités et des attributs du « gentilhomme ». Le savoir, l’éducation, l’honnêteté, la probité, l’amour de la patrie, etc. sont parfois relégués au second plan dans une perspective de renversement de l’échelle de nos valeurs ancestrales.  

 

L’application et le respect de la loi ont beaucoup souffert de cet esprit communautariste. Combien de fois a-t-on  constaté des tentatives de sape du pouvoir et de la puissance de l’Etat par des groupes de pression s’opposant à l’application d’un acte administratif, d’un texte juridique, ou contestant un programme de développement : par exemple l’installation d’un projet d’intérêt public dans des terres non mises en valeur mais relevant de la propriété coutumière d’une tribu, etc. L’aliénation du domaine de l’Etat et l’occupation illégale de terrains et d’espaces publics sont devenues monnaie courante. La contrefaçon, la fraude et la piraterie industrielles ainsi que le ré-étiquetage et la vente de produits périmés ont presque infesté tous les secteurs même celui de l’agroalimentaire et de la pharmaceutique. L’autorité de l’Etat s’en est trouvée gravement altérée et les valeurs morales bafouées. 

 

Outre ces mutations sociales, la carence du système éducatif et certaines ambitions politiques ont contribué à la création d’un milieu social propice à l’évolution de cette crise de valeurs. 

 

Faut-il souligner que la qualité de l’enseignement dispensé aux jeunes générations laisse à désirer et que l’école n’a, malheureusement, pas su jouer  son rôle en matière d’instruction civique et d’éducation citoyenne, ni contribuer à promouvoir le sentiment d’appartenance à une même nation ou à « façonner une identité nationale, au-delà de la diversité ethnique et tribale ». Au lieu de rester un creuset fédérateur, notre système éducatif a failli établir des cloisons étanches entre nos composantes sociales suite à des réformes préconisant un enseignement différencié selon deux filières (l’une arabe et l’autre française) parallèles et complètement séparées. 

 

 

L’avènement de la démocratie (depuis 1992) n’a point suscité l’émergence d’une véritable culture  démocratique et citoyenne. Paradoxalement,  il a  ranimé les souvenirs  « du système de clans et de castes » et permis au sentiment d’appartenance primaire (à une tribu, à une ethnie, à un groupe social ou économique) de refaire surface dans sa dimension négative, faussant le jeu démocratique et affaiblissant  l’autorité et la puissance de l’Etat.  En effet, les Mauritaniens, engagés dans la vie politique, n’ont pas toujours su raison garder dans les moments de chaude concurrence ou de rivalité électorale. Avec ce recul des mentalités, les citoyens optaient souvent pour des choix dictés par les sentiments et non par la raison, les liens de parenté primant sur l’intérêt supérieur de la Nation. Incarner un projet de société idéal ou avoir un excellent programme d’intérêt public n’était plus le meilleur moyen de s’attirer les voix des électeurs. Il fallait, alors,  se  rabattre sur les  liens consanguins, le milieu d’origine (tribu, ethnie, clan, caste) ou procéder à l’achat de consciences. Certains notables négociaient leur poids électoral et sont rarement du côté du mois disant. Pour limiter les défections, on a vu certains régimes politiques allouer des  primes  de fidélité ou  d’allégeance, sur le compte du contribuable.   

 

Aujourd’hui, ce regain de comportements négatifs bâtis sur des ambitions politiques, des représentations socioculturelles archaïques et des  appartenances sectaires, n’est pas de nature à favoriser l’attachement à l’Etat ni le sentiment d’appartenance à la Nation mauritanienne. Il constitue un obstacle majeur à la conjugaison des efforts de tous pour bâtir un avenir sûr.  Aussi, l’absence d’éducation citoyenne et  les tentatives de sape  de l’autorité publique, entravent-elles le développement durable et harmonieux du pays. D’autant plus qu’Il existe de véritables défis dont la relève n’est pas facile et qui nécessite l’adhésion et la participation de tous les Mauritaniens à l’effort de l’édification nationale. 

 

Construire la Nation suppose, avant tout, l’allégeance à la Mauritanie, patrie de tous les Mauritaniens sans aucune distinction de races, de couleur, de tribu ou d’ethnie. Cette allégeance  à la Nation passe inévitablement par le renforcement de l’Etat de droit, un enseignement de qualité, la diffusion  et l’enracinement d’une culture citoyenne et démocratique, qui  dissipent tout sentiment d’appartenance primaire et renforcent l’identité nationale ainsi que la puissance de l’Etat garant des intérêts de tous les Mauritaniens. 

 

Pour mieux préparer l’avenir, il est temps que cette crise de valeurs fasse l’objet de notre réflexion et de notre action. A présent, la question n’a pas suscité, à ma connaissance, un débat national profond. Les intellectuels, les hommes politiques et l’ensemble des Mauritaniens sont appelés à marquer une pause de méditation, de réflexion et d’échange sur les maux de notre société et sur l’ensemble des problèmes qui peuvent ralentir notre  processus de développement. Seule une convergence nationale vers une fine analyse de la situation, un diagnostic précis des  problèmes nationaux et l’identification et la mise en œuvre  de solutions  idoines par les Mauritaniens eux-mêmes, permettra de pallier les insuffisances et de répondre aux exigences  du  développement.   

 

Nous avons fait ensemble de grandes choses, et je suis sûr que nous voulons en faire encore  ensemble.  Forts et fiers de nos valeurs, de notre diversité socioculturelle et ethnolinguistique, et  de notre sentiment d’appartenance à une même nation, nous devons et pouvons, ensemble, construire la Mauritanie autrement. 




La question de la langue en Mauritanie

21062010

Par Mohamed Ould Abdalhaye* 

·         (Mohamed Ould Abdal Haye est docteur es-lettres, ancien directeur du département des langues et de la traduction de l’université de Nouakchott, il enseigne actuellement à l’université d’Ajman (E.A.U.) des sciences et de la technologie)

 

 

La langue arabe est la langue de la culture islamique. Elle l’a été tout au long de l’histoire de l’Islam. C’est celui-ci qui l’a développée et l’a consacrée en raison du statut spécifique de celle-ci en tant que la langue de la révélation coranique et du corpus prophétique. L’Empire Musulman en a naturellement fait sa langue administrative, le médium de sa production intellectuelle et la langue de son élite dirigeante. Nécessaire pour exercer toute haute fonction au sein de l’Empire, la langue arabe s’est ainsi substituée aux deux grandes langues qui se disputaient jusque là le Proche et le Moyen-Orient antiques : le grec et l’araméo-syriaque. Elle s’est aussi substituée petit à petit au perse. Le processus de propagation de la langue arabe fut cependant graduel, le perse et le grecque ayant même servi au début de l’Empire Musulman de langue cadastrale dans les régions où elles avaient prédominé.

Lorsque, dans les régions restées arabophones du Monde Musulman, des Etats postcoloniaux ont vu le jour, la langue arabe, au travers de ses variantes parlées et de son corpus savant, apparaissait encore dans chacun de ces Etats comme la langue millénaire de la majorité de la population aussi bien sur le plan de la culture que sur celui de la communication. Comment fallait-il tenir compte de cet état de fait ? Plusieurs considérations ont été alors soulignées pour plaider en faveur de l’adoption de l’arabe comme langue officielle au détriment de la langue héritée du Colonisateur. Rappelons-en les plus significatives.     

1-                 La vocation fondamentale de l’Independence est celle de permettre l’affranchissement du joug de la domination. Et l’histoire enseigne que la langue a de tout temps été le plus décisif des instruments de domination après celui de l’occupation militaire.   

2-                 Le développement humain, clef de voûte de tout développement, repose sur une éducation moderne à même de promouvoir l’esprit de création et d’innovation. Il va sans dire que la promotion de cet esprit dépend généralement pour les membres de chaque société de la promotion de leur langue maternelle.  

3-                 Les Etats modernes sont le plus souvent, en raison précisément des deux considérations précédentes, jaloux de leur indépendance linguistique. Même l’inexistence de langue écrite dans l’héritage propre de nombreux Etats dans le monde ne les a pas empêchés d’œuvrer à dispose d’une langue unificatrice qui leur soit propre pour s’émanciper de la dépendance linguistique à l’adresse d’autres pays quand bien même il s’agirait de pays amis. Aussi l’objectif est-il toujours celui de protéger l’indépendance intellectuelle et l’esprit créatif des citoyens d’un Etat donné (les dédales de la bipolarité linguistique et la subordination à une langue étrangère sont considérés comme néfastes pour toute créativité ou productivité intellectuelles). Les exemples de la Norvège,[i] d’Israël[ii] et de Madagascar[iii] sont parmi les plus édifiants en la matière.   

 

Or, dans les pays musulmans dits arabes ou arabophones (c’est-dire ceux des pays musulmans dont la population est formée majoritairement de locuteurs de telle ou telle variante vernaculaire de l’arabe) la culture islamique est diffusée dans et par la langue arabe. Leur histoire est liée à cette langue si importante pour la continuité mémorielle de leurs populations. Il est donc pense-t-on logique dans cet ordre d’idées qu’elle demeure la langue officielle de ces pays. Plusieurs raisons sont alors invoquées.

 

1-                 La langue arabe est une langue suffisamment développée pour relever les défis modernes. Il s’agit une langue à la fois savante et vivante[iv].

2-                 Elle a demeuré des siècles durant (du 8ème au 13ème) l’unique « prestige language »[v] dans le monde.

3-                 Elle est restée la seule langue de la communication savante dans toutes les régions islamisées avant de connaître sa période de repli (du 13ème au 19ème). C’est encore une langue assez présente et influente à l’échelle internationale.

4-                 Elle a toujours bénéficié et bénéficie encore d’un statut privilégié auprès de tous les adeptes de la religion musulmane[vi].

5-                 C’est la principale langue liturgique d’un bon nombre d’Eglises chrétiennes dans le Monde Arabe.

6-                 Elle a été la langue d’une partie majeure du corpus religieux et philosophique juif durant les époques médiévales.

7-                 Elle a exercé son influence sur de nombreuses langues anciennes et modernes. De même qu’elle a joué en Afrique et dans une bonne partie de l’Asie[vii] un rôle historique largement analogue à celui que le latin a joué en Europe occidental (transmission des caractères écrits, formation du vocabulaire savant des langues locales, unifications des élites, etc.).    

8-                 C’est la langue du Texte coranique dont procède l’essence spirituelle de chaque musulman, abstraction faite de toues les particularités géohistoriques (Les Etats ayant adopté la langue arabe comme langue officielle sont bien entendu formés majoritairement de musulmans).

9-                 Elle constitue le lien sociopolitique de plus de 20 Etats dans un monde où il n’y a plus de place que pour les grands blocs géostratégiques. Ainsi est-elle une des six langues de travail internationales.

10-             Elle a connu durant les deux derniers siècles (19ème et 20ème) un développement de la production littéraire qui a presque surpassé ce qu’elle a connu durant sa longue histoire.

11-              Elle n’est pas seulement la langue officielle des Etats de
la Ligue Arabe, elle est également langue officielle dans certain nombre d’autres pays limitrophes
[viii].

12-             Elle est enseignée de façon officielle ou para-officielle dans tous les autres pays musulmans.

13-             Elle bénéficie d’une présence non négligeable dans les pays africains et asiatiques limitrophes des pays arabes[ix].

14-             C’est la seule langue vivante qui ait à son actif plus de 14 siècles en tant que langue savante et qui est simultanément une langue vivante (utilisée encore comme langue de travail et de communication), en ce sens que ses locuteurs parviennent à comprendre ses plus anciens textes sans grande difficulté et sans formation spécifique.

15-             Elle occupe une position de premier plan dans la classification des langues internationales au vu des 6 critères par lesquelles se mesure la puissance d’une langue[x].

16-             Elle fait partie des six langues reconnues comme langue de travail de la plus haute instance internationale : L’ONU. Et c’est de la même manière qu’elle est la langue de plusieurs organismes internationaux[xi]. 

17-             Elle occupe la 2ème position parmi les 11 langues les plus parlées au monde[xii].

18-             Au sein de ces dernières, elle fait partie des 8 langues qui tendent à se partager le globe et dont chacune possède une assise géographique solide[xiii].

19-             Elle fait partie des 6 langues internationales dont les populations locutrices se distinguent  par une des expansions démographiques les plus élevées[xiv].

20-             Toutes ces considérations sont suffisantes pour que chacun des Etats où la population est majoritairement arabophone procède à l’officialisation de la langue arabe, qui doit l’emporter ainsi sur la langue de l’ex-puissance étrangère.   

 

Néanmoins, d’autres éléments moins réjouissants sont à prendre en compte. De telles considérations ne peuvent les faire occulter. La langue arabe requiert en effet d’immenses et inlassables efforts pour en parachever la modernisation et la mettre en phase avec un monde en évolution. Ces efforts n’ont pas encore été tout à fait accomplis. L’arabe souffre d’énormes points de faiblesse qui ne pourraient être dissimulés et auxquels il faut indubitablement remédier. 

1-                 Elle est encore privée du statut de « prestige language », statut qui confère à certaines langues étrangères, notamment dans les pays arabes (le français au Maghreb et l’anglais en Orient), de nombreux privilèges sociopolitiques.

2-                 Elle est assiégée dans l’usage populaire quotidien par une diglossie qui désavantage le niveau littéraire au profit des variantes vernaculaires. Elle est aussi assiégée par des langues étrangères qui conservent en partie le monopole de la production intellectuelle modernes notamment dans le domaine technoscientifique (qui va de pair avec la production lexicologique en techno-science). Cette situation est encore renforcée par les insuffisances sur le plan de l’édition lexicographique arabe. La production des académies de la langue arabe, en matière de dictionnaires usuels et a fortiori en matière de dictionnaires etymologiques, est encore marquée par une grande carence éditoriale.

De nombreuses autres difficultés techniques persistent : Les procédés de dérivation doivent être davantage pris en charge pour mieux répondre au besoin de néologismes adéquats ; Des disciplines par pans entiers continuent de payer les frais d’une terminologie anarchique et d’une activité de traduction à la traine (malgré les efforts louables  du Centre de Coordination de l’Arabisation et de l’Institut Arabe de
la Traduction) ;  La mise à profit des méthodes des sciences humaines modernes et notamment de la linguistique général fait en partie défaut
[xv] .

3-                 Ces facteurs et d’autres encore risquent de produire une situation effroyable pour la langue arabe : Il s’agit de la situation que les linguistes appellent la phase du bilinguisme de fait et qu’ils considèrent comme périlleuse pour l’avenir de toute langue. Comme l’enseigne l’historiographie linguistique, le phénomène de la bipolarité idiomatique est un phénomène auquel aucune langue ne peut survivre durablement. Pour les linguistes, lorsqu’une langue perd la primauté sur son propre terrain, elle devient une langue de seconde zone en voie de disparition. 

Aussi plusieurs démarches doivent-elles être entreprises, pour remédier à ces insuffisances, aussi bien au niveau de la l’éduction familiale et scolaire[xvi] qu’au niveau de l’institution éducative[xvii] de façon générale.

Source : La Tribune n°506


[i] En Norvège, le danois a été la langue officielle de 1397 à 1814. Lorsque la décision a été prise d’officialiser le norvégien et que les dispositions nécessaires à cet égard ont été prises, le danois a été complètement écarté de l’usage en Norvège.

[ii] L’hébreu fut une langue quasi morte durant 1700 ans (du 2ème au 19 siècle). Il doit sa renaissance moderne au linguiste Eliézer Ben Yehouda. Celui-ci a réussi avec un travail d’équipe ayant duré quarante ans à redonner vie à cette langue et en faire le médium principale d’une population de 13 millions qui n’en avaient préalablement  aucune véritable connaissance et qui vivaient à l’époque dans 102 pays de langue différente.

[iii] Au Madagascar, le français a demeuré la langue officielle jusqu’en 1972. En nationalisant les secteurs économiques, l’Etat malgache a estimé du même coup devoir mettre un terme à la domination du français considérée par lui comme synonyme de la domination française. Le parlé malgache fut alors standardisé et

institué avec succès langue officielle à la place du français.

[iv] La langue arabe a connu le développement de ses formes écrites bien avant l’Islam. Mais c’est sous la double impulsion de celui-ci et de l’Empire Musulman (en tant que langue de
la Révélation des sciences religieuse, langue administrative etc.) qu’elle a fait l’objet de tant de travaux descriptifs et normatifs sur les différents plans (orthographe, lexicologie, morphosyntaxe, stylistique, phonétique etc.)

[v] La maitrise de l’arabe était requise pour occuper des postes de premier plan. La langue arabe était alors devenue une des langues les plus puissantes à l’échelle mondiale (d’un point de vue politique, militaire, culturel, linguistique, économique comme d’un point de vue démographique).

[vi] En tant que la langue des deux sources principales du droit musulman : le Coran et le corpus prophétique,

comme en tant qu’elle est la langue liturgique de l’islam. 

[vii] Il s’agit du turque, du perse, de l’albanais, du français, de l’anglais, du russe, de l’allemand, de l’italien, de l’espagnol ainsi que de nombreuses langues africaines.

[viii] C’est le cas par exemple du Tchad et de l’Erythrée.

[ix] C’est entre autres le cas du  Nigéria, du Mali, du Sénégal, de l’Iran et de
la Turquie.

[x] Elle occupe 1°/ la deuxième position mondiale du point de vue du nombre de ses locuteurs (critère démographique), 2°/ la troisième position mondiale du point du vue du nombre des pays dont elle est la langue officielle (critère politique). Sa position est plus mitigée quant aux trois critères (culturel, linguistique et militaire). Du point de vue de la production éditoriale globale (critère culturel) elle occupe la 22ème place mondiale. Dans le domaine spécifique de la production scientifique, elle occupe la 42ème position mondiale. Voir notre ouvrage, Le phénomène linguistique : l’origine et le développement (en arabe), Abû Dhabî, 2005.

[xi] Les six langues de l’ONU sont l’anglais, le français,  le chinois, le russe (qui sont les langues des pays membres permanents du CC des ONU) puis l’arabe et l’espagnol qui sont les langues des deux plus grands blocs internationaux. Cf. Le phénomène linguistique, .Ibid..

[xii]  Voir pour les différentes classifications Ethnologue. Voir aussi Le phénomène linguistique, .Ibid..

[xiii] Cf. Le phénomène linguistique, op. cité..

[xiv] -Cette situation d’une langue proclamée officielle sur le plan formel mais qui ne l’est pas sur le plan effectif vide le statut de langue officielle de son sens et produit l’effet inverse. Elle donne l’impression aux jeunes élèves que l’arabe est un fardeau pour eux: Ils sont obligés de consacrer beaucoup de temps à son étude alors qu’ainsi enfermée dans un statut factice il  ne pourra pas les aider à occuper les postes prestigieux auxquels ils aspireraient. Cela ne fait qu’accroitre la paralysie et la marginalisation de l’arabe consacrant l’image d’une langue stérile privée de tout génie créatif et de toute production intellectuelle originale.

[xv] Au Maghreb le français est « le prestige language » à la maitrise duquel toute ascension sociale est suspendue. Il en va de même pour l’anglais en Orient.

[xvi] Les cinq premières années de l’enfance sont caractérisées par d’immenses aptitudes à l’apprentissage linguistique. C’est une opportunité que les parents et les institutions éducatives ne doivent jamais manquer pour permettre aux futurs élèves de dominer l’outil linguistique dont ils auront grandement besoin tout au long de leur apprentissage scolaire. Il est du devoir par exemple de la famille de saisir cette occasion irremplaçable et tenir à ce que ses enfants s’appliquent et s’exercent durant ces années à s’exprimer dans  un arabe correct. L’acquisition d’un arabe correct du point de vue normatif et des bases d‘une ou deux langues étrangères sont à ce stade de l’âge une priorité.

[xvii] – Il appartient aux enseignants 1- de veiller à ce que les élèves aient un usage correct de la langue arabe moderne et contemporaine. Il est nécessaire que ceux-ci s’habituent à s’exprimer dans l’arabe moderne et à éviter les archaïsmes caractéristiques des usages traditionnels vieillis. Il est tout aussi nécessaire de les habituer à éviter l’usage fautif et autres solécismes propres aux niveaux familiers et vernaculaires. Il importe à cet effet d’encourager les élèves y compris dans leur propres conversations et même en dehors des cours réglementaires à utiliser la langue arabe normative. Différents jeux ludiques ou scéniques peuvent être utilisés dans cet objectif.; 2- de focaliser leur enseignement de l’arabe sur l’analyse des textes contemporains pour faire découvrir de façon inductive aux élèves les règles syntaxique et morphologique régissant la langue arabe telles que celles-ci apparaissent réellement dans l’usage normatif actuel. Tous les éléments morphosyntaxiques et grammaticaux qui ne répondent  pas d’une exigence pratique relative à l’usage effectif et actuel de l’arabe normatif ne doivent figurer que dans les programmes universitaires réservés aux futurs spécialistes; 3- de mettre à profit les méthodes descriptives de la linguistique modern et de rénover de la sorte les procédés didactiques destinés notamment aux débutants; 4-  d’opter dans l’enseignement de la littérature pour les textes relevant aussi bien de la langue arabe contemporaine et de la vie contemporaine (dans son rapport au présent comme dans son double rapport au passé et au futur) que des préoccupations et des centres d’intérêts actuels. 5- de promouvoir les méthodologies inductives, descriptives et déductives fondatrices de toute réflexion structurée et de tout esprit critique. 6- d’élaborer de nouveaux outils pour mieux procéder à l’évaluation de l’enseignement des langues. 7- de faire appel aux nouvelles technologies en matière d’apprentissage des langues.




La diversité culturelle n’est pas un handicap

12042010

Suite aux propos récents de notre Premier ministre portant sur l’importance que revêt l’arabe pour notre pays et la nécessite de lui accorder sa place de choix  comme langue officielle, un débat passionné semble se dégager sur la question. Comme toujours, quand il s’agit d’une discussion afférente à un aspect de l’identité linguistique du pays, des réactions étaient attendues. Mais des  propos, a priori anodins, justifiaient-ils, pour autant, un tel déchainement de passions ? 

Jadis dénommée prosaïquement terre des hommes à cause des rigueurs qui y impose la nature au commun des mortels, l’existence dans notre pays, presque un siècle après l’assertion d’Antoine de Saint Exupery, reste encore difficile, pour la plupart d’entre nous, pour en rajouter en souffrances supplémentaires les uns aux autres. La vie au quotidien force déjà, en temps de paix, ses épreuves, sans merci, à la majorité d’entre nous. Y ajouter un fardeau de plus serait, plus qu’une faute de tact, un excès de maladresse. Le faix de la misère ne saurait en effet supporter trop longtemps le poids des tensions identitaires. 

A cheval entre le monde arabe et l’Afrique noire, le pays semble, depuis son accession à l’indépendance,  mal assumer le rôle de trait d’union qu’a voulu lui assigner ses fondateurs dès sa conception. Cette inadéquation entre l’aspiration fondatrice et la réalité d’aujourd’hui prend en fait sa source dans l’histoire, parfois tragique, de la cohabitation ethnique dans notre pays. L’instrumentalisation des identités culturelles à des fins politiciennes explique, en partie, cette tournure à  l’envers de notre projet d’état-nation. Un projet que  les bâtisseurs espéraient  voir évoluer en mosaïque  « arc-en-ciel. D’où le désillusionnement par rapport aux slogans d’unité nationale si chers aux patriotes de la première heure. D’où, évidemment, la déception et la sensibilité à fleur de peau que l’on entrevoit, aujourd’hui, dans  les réactions des uns et des autres. 

Nous allons tenter, dans le présent essai, de sonder l’importance de l’idée d’arabisation pour notre pays  avant de mettre en exergue les bienfaits d’un effort visant à promouvoir les autres langues nationales. Ce faisant, on mettrait l’accent, tout au long de notre réflexion, sur l’importance d’y bâtir un avenir commun sur des bases justes fondées sur l’impératif de justice et le souci d’équité. 

On conclurait notre analyse par un éclairage critique sur  le déviationnisme apparu récemment dans le mode de production d’un nouveau discours sur l’émancipation de certains laissés-pour-compte de  notre société afin de mieux en cerner la portée subjective. 

 Notre but étant, avant tout, d’initier, au travers d’un échange de vues et d’idées, un dialogue intelligent à même de nous permettre d’appréhender, ensemble, la complexité de certains  enjeux importants liés à notre devenir de pays multiethnique et multiculturel. 

  

La Question de l’arabisation 

Si l’utilitarisme de l’apprentissage, ou de l’usage, du français va de soi, pour le moment, en Mauritanie, le monopole de cette langue dans l’administration n’est pas un acquis dont la préservation relève nécessairement de la légitimité de droit. Bien qu’il soit une langue d’ouverture et de communication très utile, le français n’en demeure pas moins une langue étrangère. Par conséquent, le maintien de son statut actuel ne devrait se faire au détriment de l’utilisation de la langue officielle du pays ou de la promotion des autres  langues nationales. 

En effet, si on peut former des experts voire des élites dans une langue étrangère, on ne peut, cependant, éduquer des masses dans un medium qui leur est culturellement  étranger. Outre un outil de communication, une langue est aussi le  véhicule d’une culture et l’expression d’une civilisation. S’en approprier une sans précaution intelligente, c’est faire preuve de beaucoup d’inconscience et d’un manque réel de prudence ; c’est, en d’autres termes, se vouer à l’acculturation en singeant aveuglément les us et coutumes d’un monde différent.  Il va, sans dire, qu’on perdrait notre âme si on empruntait un tel chemin. 

Du reste, l’expérience sociologique et les recherches dans le domaine du développement ont prouvé, de par le monde, que l’essor d’une nation ne peut, durablement, prendre pied sans un affermissement de son indépendance culturelle et de sa personnalité identitaire. Or, il se trouve, au cœur de cette identité, un pilier de base : la langue. Sans un développement conséquent de ce socle identitaire, fondation première de toute culture, aucun épanouissement n’est possible. Mieux, aucune politique de développement ne peut réussir en en faisant fi. La préservation de l’héritage d’une nation et la promotion de ses cultures participent indéniablement de la logique de son développement intégré.  Outil d’expression identitaire par excellence, la langue demeure, si elle est conséquemment mise en valeur, une arme de choix dans le dispositif de toute politique de développement durable. 

Aucun exemple de développement réussi, que ce soit celui des tigres asiatiques ou avant eux celui du Japon, ou bien celui de la Chine, n’a pu se réaliser sans l’intégration, dans la stratégie de développement, de la dimension culturelle du progrès où le facteur de la langue joue un rôle essentiel. C’est à partir de cette base que s’effectue, sur l’entrefaite, le décollage de pays émergents comme le Vietnam, la Turquie, le Brésil  ou l’Iran. D’autres nations y ont investi un trésor d’énergies. 

En posant les bases de leur projet sioniste, les Ashkénazes ou  Juifs d’Europe, étaient particulièrement conscients de l’importance de cet aspect des choses dans leur projet de colonisation de la Palestine. D’où la mise sur pied, à cet effet, de l’Université Hébraïque de Jérusalem.  L’avènement  de cette institution académique, avant même la création de l’état d’Israël, démontrait l’importance que revêt aux yeux des pionniers du sionisme, la dimension culturelle de leur dessein. Leur effort participait, ainsi, de la revivification de la culture et de la civilisation judaïques ; d’où la décision, dés le départ, d’enseigner dans cette langue toutes les disciplines et à tous les niveaux. Le résultat est impressionnant : la renaissance d’une langue et d’une culture quasi-mortes il y a un siècle. 

L’émergence de l’arabe comme la langue de prédilection et d’instruction de millions de locuteurs participe de la même logique de renaissance culturelle et de réaffirmation identitaire. Son potentiel d’expansion qui chevauche les continents est, aujourd’hui, une preuve irréfutable de sa centralité géostratégique et de sa vitalité linguistique. 

Prétendre, donc, que l’Arabe ne peut pas servir d’outil de communication moderne et d’instrument d’acquisition du savoir c’est faire preuve d’une étroitesse d’esprit n’ayant d’égal que la morgue raciste de ceux qui ne voient pas d’utilité dans la promotion des autres langues nationales. C’est aussi faire preuve d’iniquité quand on sait qu’une majorité de nos compatriotes sont formés dans cette langue nationale qui plus est officielle. 

Comment peut-il en être autrement si on leur refuse l’opportunité de donner toute la mesure de leur potentiel dans leur langue de formation? Certains avanceront des arguments spécieux comme quoi les arabisants sont, par essence, médiocres et partant ne méritent que l’exclusion, le bannissement ou la condamnation à  la subalternité fonctionnelle. La vérité est que la médiocrité frappe sans partage des deux côtés. Ce qu’il convient d’évaluer objectivement, ici, ce n’est pas tant, comme le font insidieusement certains, la nature d’une langue donnée mais plutôt  la qualité du contenu appris dans cette langue. Le reste n’est que bluff. 

En vérité, l’avantage que confère  l’apprentissage de l’arabe n’est pas une chose qui prête, désormais, à équivoque tant la richesse  idiosyncratique de cette langue, ses qualités éclectiques et  l’immensité de son fond d’érudition ne sont plus une matière à polémique ou un sujet à prouver. Hormis les  inconditionnels d’un orientalisme révolu, personne ne se hasarde à ânonner, au sujet de cette langue, les  absurdités que répètent encore, chez nous, les adeptes d’une francophonie exclusive et étroite. 

En fait, Il ne s’agit vraiment que d’une frange minoritaire au sein de l’élite francophone qui perçoit, à tort, l’ascension de l’arabe comme une menace sans précédent et un danger existentiel qu’il faudrait combattre coûte que coûte. Prisonniers de leur déracinement, sans âme propre ni fierté identitaire, confondant inconsciemment leurs illusions d’avec l’intérêt général, ces aliénés culturels demeurent, en permanence, séparés de leurs base populaire et des aspirations réelles de leur peuple. 

Toutefois, l’aliénation n’est pas, faut-il le souligner, le propre d’une classe ou l’apanage d’une ethnie. C’est un fléau qui afflige une bonne partie des élites du tiers-monde et inhibent les possibilités de développement endogène de bien de nations sur notre continent. Son danger réside dans l’écart qu’elle crée entre les besoins d’émancipation des masses et les calculs opportunistes ou inconscients de certaines élites urbaines déconnectées, à  jamais, de la réalité de leur terroir. 

Par ailleurs, il est difficile d’être convaincu par l’argumentaire avancé par ceux qui ne rechignent pas à choisir, volontiers, comme d’expression vernaculaire la version « créolisée » d’un français bas de gamme tout en refusant, systématiquement, d’apprendre la langue véhiculaire des préceptes sacro-saints de leur religion. Mieux, en choisissant comme unique mode d’instruction une langue d’emprunt étrangère à  leurs réalités sociologiques, ils peineront  à convaincre du bien-fondé de l’argument selon lequel l’idée à la base d’une telle décision prend source dans le refus, somme toute légitime, d’assimilation culturelle. 

Des les toutes façons ils n’en feront qu’à  leur têtes s’ils continuent de rejeter l’apprentissage d’une langue dont la connaissance, plutôt que de les appauvrir, les enrichirait infiniment. 

Autant il est inexcusable pour certains Mauritaniens de continuer à rejeter systématiquement  l’apprentissage de l’arabe, sous des prétextes fallacieux, autant il est inadmissible de vouloir le leur imposer sans leur consentement. Mieux, s’il est judicieux de défendre la légitimité de l’usage de l’arabe comme langue de travail et la nécessité de sa promotion, étant donné son statut officiel, il est tout aussi équitable de lutter pour la préservation des droits légitimes de ceux de nos citoyens dont la langue de formation est le français.    

On ne peut, en effet, escompter une unité nationale en  cultivant l’exclusion ni bâtir une nation forte sur des bases d’iniquité. Une politique de promotion fondée sur l’exclusion porterait préjudice à  l’arabe plus qu’elle ne lui bénéficierait. Pour pouvoir s’inscrire dans la durée et prêter à conséquence, la promotion d’une langue nationale ne doit pas s’accomplir dans une logique hégémonique ni se réaliser aux dépens des autres. 

Si l’arabe, vu son ancienneté, les circonstances historiques de son évolution et l’étendue de l’aire géographique où il est parlé, jouit naturellement d’une longueur d’avance sur les autres langues nationales, ce n’est pas une raison pour ne pas induire un effort sérieux pour la promotion et le développement de celles-ci. Plus qu’un impératif d’équité la promotion des autres langues du pays constitue une nécessité. 

Mais avant qu’elle ne soit réalité,  c’est-à-dire avant la standardisation de l’enseignement des autres langues nationales et leur mise aux normes académiques requises, la solution la plus équitable demeure, à  mes yeux, la culture d’un bilinguisme de qualité arabe -français où la part du lion reviendrait à  la langue officielle. Car le monolinguisme à sens unique est une nouvelle forme d’illettrisme. Mieux, l’apprentissage du français peut nous ouvrir  à d’autres horizons et nous permettre un meilleur accès à la connaissance des sciences et de la technologie. 

Le multilinguisme n’est, donc, pas un handicap mais un atout majeur. D’où l’intérêt d’un apprentissage sérieux du français et d’une valorisation de notre patrimoine multiculturel et multilinguistique. 

 La nécessité de promouvoir les autres langues nationales 

Si le développement d’une langue constitue une tâche de longue haleine, la décision d’en promouvoir une relève, elle, de la volonté du leadership politique. Si la détermination de ce dernier est acquise dans ce domaine, il y a des mesures pratiques qui peuvent être prises à cet effet. Insuffler la vie, par exemple, à l’institut désigné pour la promotion des langues nationales peut constituer, en ce sens, un premier pas  important. 

Contrairement aux apôtres d’un arabisme hégémonique aux relents  négationnistes, les autres langues nationales disposent, elles aussi, d’un potentiel réel qui mérite d’être mis en valeur. Ce ne sont pas simplement des mediums vernaculaires mais des langues, à part entière, qui méritent, par conséquent, d’être développées et promues à un meilleur statut. Il y va de la cohésion et de l’avenir de notre pays. 

Concomitamment  à  la propagation de l’arabe et la généralisation de son usage dans l’administration, une batterie de mesures, simples mais efficaces, peuvent être prises en vue de l’élévation académique des autres langues nationales puis leur promotion subséquente. 

L’adoption d’un plan  de développement stratégique dans ce sens revêt, à notre avis, une importance critique. Pour produire les résultats escomptés, celui-ci doit être axé sur un ensemble de mesures concrètes suivant un schéma réaliste d’évolution processuelle et de mise en œuvre graduelle. On peut, entre autres, citer comme actions à prendre en vue de la réalisation de ce projet de promotion de nos langues : 

·         La formation d’un personnel enseignant qualifié. 

·         Le choix obligatoire pour les étudiants universitaires de l’apprentissage d’une langue autre que leur langue maternelle  pour l’achèvement de leur cursus de licence ou de maitrise.  Par exemple, pour compléter sa licence en droit un étudiant maure doit, au préalable, avoir complété un niveau intermédiaire ou avancé dans l’une des trois langues nationales restantes avec la possibilité de choisir parmi elles etc. 

·         L’entreprise, en collaboration avec les pays de la sous-région concernés, d’un effort soutenu et collectif de traduction d’ouvrages didactiques (linguistique, histoire, géographie, informatique…) et de leur vulgarisation. 

·         L’introduction de ces langues dans les programmes d’alphabétisation des adultes. 

·         L’augmentation du nombre d’horaires dévolus  à  ces langues dans les medias publics. 

·         La création d’une version en langues nationales du Journal Chaab et du site électronique  de l’AMI 

·         L’introduction d’un service civique obligatoire pour les jeunes diplômés à  effectuer en dehors de leur lieu de naissance ou région d’origine pour encourager le brassage linguistique et l’apprentissage culturel réciproque. 

·         La création d’un prix national pour encourager et honorer un travail de traduction accompli dans une langue nationale. 

·         Mettre à profit la contribution matérielle et technique de partenaires au développement comme l’USAID, les agences canadienne et  française de coopération et de développement, l’Unesco etc. 

·         S’impliquer plus activement dans des initiatives régionales comme le colloque tenu récemment  à Dakar pour la promotion de la langue Pulaar. 

·         Elaborer un plan cohérent assorti d’objectifs spécifiques à  accomplir en vue de l’officialisation  à terme de ces langues. 

Ces propositions sont, certes, succinctes et partielles et  doivent, par conséquent, être intelligemment  discutées et approfondies avant de constituer une source d’analyse ou de réflexion. Toutefois, il importe de savoir que l’esprit qui les sous-tend n’est pas le produit d’une vision naïve d’un égalitarisme utopique. Il est l’expression objective d’une conviction : la Mauritanie n’est pas la propriété privée d’une ethnie ou d’une race.  C’est un pays qui appartient, à parts égales, à toutes ses composantes. 

Pour pouvoir y construire un devenir commun prometteur, il importe d’y cultiver un sens de la justice et de l’équité. Pour ce faire, les ressources du pays doivent profiter à tout le monde sans discrimination aucune. 

Mais, hélas, la carence des uns n’a d’égal que l’extrémisme des autres. A l’étroitesse d’esprit d’une frange de notre classe politique répond l’irréalisme d’une autre. Doit-on rappeler, sans cesse, aux uns que ni l’Iraq de Saddam ni le Soudan d’El Bachir ne sont des modèles dignes d’émulation tout en faisant comprendre aux autres que la Mauritanie ne peut, en aucun cas, aspirer à   un sort culturel semblable à  celui du Gabon ou du Congo Brazzaville. 

S’il est hors de question d’y initier une assimilation culturelle par la contrainte, il serait également absurde d’y officialiser une langue étrangère quelle que soit, par ailleurs, son utilité pratique. Il y va de notre authenticité nationale et de notre fierté culturelle. 

Sans une consolidation de nos identités, on ne peut escompter ni évolution ni progrès. Une nation sans personnalité est une entité sans fondation. Or un corps, sans structures, ne peut ni s’élever ni s’épanouir. Tout comme le corps humain, une collectivité sociale a besoin,  pour  bien fonctionner, de veiller à  la santé de tous ses membres. Sans quoi elle tombera malade. Par conséquent, notre diversité ne doit pas constituer un handicap à  notre progrès ni être une source de conflits. Si on méditait l’histoire récente de notre continent, on pourra tirer bien des leçons sur l’absurdité de certains de nos raisonnements actuels. 

On a bien vu, par exemple, que ni l’homogénéité ethnique de la Somalie ni l’uniformité linguistique du Rwanda n’ont empêché ces deux nations de sombrer dans l’enfer des guerres fratricides et de la haine génocidaire. 

Par ailleurs, on ne peut pas, du fait du comportement de certains, vilipender toute une culture ou une cultiver une haine sans mesure de l’autre. Ce serait aller contre-voie de l’idéal d’émancipation poursuivi que d’emprunter un tel chemin. 

L’effet contre-productif et néfaste d’une révolte fondée sur la hargne 

La stupidité est la pire ennemie des causes justes. L’ampleur de l’ignorance de certains esprits n’a d’égal que le poids écrasant de leurs complexes et la vacuité de leurs préjugés. Outre la puanteur raciste et la haine viscérale de l’autre qui s’en dégagent, le prurit de la hargne dégoulinant de certaines langues, aujourd’hui, démontre à quel point la déraison peut, profondément, nuire à la défense d’une cause humaine d’essence juste et noble : la liberté.  

On a vu , en effet, récemment comment, en voulant défendre les droits légitimes  d’émancipation d’une communauté longtemps opprimée, certains usent et abusent, délibérément, du langage ethno-fasciste le plus réactionnaire. La dénonciation, sans nuance,  de toute une communauté humaine ne peut, en aucun cas, servir de catalyseur légitime à la libération d’une autre quel que soit son degré d’oppression. 

Vouer aux gémonies un groupe ethnique tout entier, tourner en dérision, sans souci de précaution, l’entièreté du corpus doctrinaire lui tenant de référence spirituelle, assigner à  sa culture toutes les tares possibles, remettre en question l’authenticité de ses repères linguistiques et civilisationnels, mettre publiquement en cause la probité de tous ses représentants politiques et guides religieux, sans exception aucune, voilà  le genre d’intolérance raciste qui frise le summum de l’absurdité subjective et négationniste. 

Si, pour acquérir un pouvoir et le préserver, le seul impératif requis était le nombre, les Hutu n’auraient jamais perdu le contrôle du Rwanda. Au-delà de l’exigence de la quantité en la matière, il y a cet autre impératif, de qualité celui-là, que constitue, pour l’espèce humaine, la raison. On peut, grâce une majorité de voix, conquérir le droit d’exercer une prérogative légitime, on ne peut, cependant, maintenir l’exercice de ce droit quand on fait preuve d’un manque cruel d’intelligence. 

Le genre de propos provocateurs auxquels nous faisons allusion peuvent, au mieux, exaspérer des  tensions raciales latentes, au pire, convaincre les éléments les plus réactionnaires du groupe exerçant la réalité du pouvoir de chercher à perpétuer leur domination, par tous les moyens, étant  convaincus qu’ils  perdraient tout s’ils faisaient preuve de la moindre concession. 

La provocation insensée et les mauvais calculs peuvent conduire, comme on l’a vu au Darfour, à  l’exact contraire de l’effet escompté avec pour résultat des conséquences désastreuses pour les plus vulnérables. 

La noblesse d’une cause, donc, ou la justesse d’une finalité ne justifient, en aucun cas, l’emploi de tous les moyens pour y accéder. Seuls des esprits, à la fois  bêtes et méchants, peuvent y croire. 

Mohamed El Mokhtar Ould Sidi Haiba 




Le Premier ministre confirme l’orientation raciste exclusiviste de la Mauritanie

15032010

 

   

         J’ai été amené, à plusieurs reprises, a dénoncer le plus grand et le plus indigne mal du troisième millénaire : l’ existence sur ce globe terrestre d’inégalités raciales ! On me dirait que ce n’est pas là un fait nouveau, que partout dans le monde où cohabitent des communautés humaines différentes par leurs langues, leurs religions ou les couleurs de leurs peaux, il y a eu (ou y a encore) des inégalités ! Je répondrai que la particularité du racisme mauritanien, c’est justement qu’il a été suscité par l’Etat qui continue encore aujourd’hui de l’entretenir. On me répondra que pourtant la constitution mauritanienne ne prévoit aucune disposition raciste, que les lois de notre république consacrent l’égalité des citoyens, je reviendrai à la charge pour dire ceci : c’est justement là le plus terrible des racismes car autant il est relativement absent dans les textes régaliens en général et dans la loi organique en particulier, autant il est omniprésent dans le vécu quotidien des Mauritaniens ! 

Du racisme d’Etat 

Pourquoi la Mauritanie est un Etat raciste ? Et pourquoi ce racisme est un racisme d’Etat ? Si je juge nécessaire de répondre à ces deux interrogations, ce n’est certainement pas à cause de difficultés épistémologiques liées aux termes définitionnels de ce syntagme. Mais aussi étonnant que cela puisse paraître, aussi accessibles que soient ces termes, c’est l’écrasante majorité de la classe politique et civile qui semble d’accord pour l’occulter à jamais ! Dans les cercles politiques – y compris (je devrais dire surtout) dans les partis politiques – dans les médias et à fortiori dans les milieux officiels, l’affirmation de l’évidente existence dans notre pays du racisme d’Etat est un tabou ! « Haze maa yin ngal » vous dira-t-on lorsque, sidéré par l’hypocrisie générale, vous osez le crier haut et fort! 

Le racisme messieurs, est effectif lorsque, sans pour autant que ce ne soit écrit ni dans la constitution, ni dans aucune autre loi, le gouvernement mauritanien affiche toujours une dizaine de Noirs sur un effectif d’une trentaine de ministres pendant que plus de 80% de la population mauritanienne sont noirs ! La proportion des Noirs baisse de manière encore plus draconienne au niveau des secrétaires généraux des ministères, des directeurs de départements ministériels, des chefs de service, des gouverneurs, des préfets, des chefs d’arrondissement etc, parce qu’il s’agit là de postes moins visibles depuis l’étranger. 

De la complicité de l’intelligentsia et de la classe politique 

Ainsi, les communautés noires de Mauritanie que sont les Hratines, les Peuls, les Soninko et les Wolofs sont systématiquement réduits au strict minimum de leur nombre et relégués aux périphéries par rapport aux postes de responsabilités  Le plus inadmissible c’est que cet état de choses est considéré par une frange importante de la minorité dominante (Maures blancs) comme normal. 

Cette situation qui dure en s’amplifiant depuis les indépendances a fini par instaurer une configuration économique, sociale et urbaine clairement révélatrice de ce racisme : comme au temps de la colonisation, à Nouakchott par exemple, les Noirs sont, pour l’écrasante majorité, relégués dans les quartiers populeux, insalubres, sans eau et bien des fois sans électricité ( cinquième, sixième, quebé, arafat, basra couva…)  Au plan national, les régions du sud (Guidimakha, Gorgol, Trarza, Brakna Assaba) sont laissées pour compte dans tous les projets de développement initiés par l’Etat, ou alors ne bénéficient que des miettes, de sorte qu’une ville comme Sélibaby est pendant toute les saisons hivernales coupée du reste du pays faute d’infrastructures routières avec tout ce que cela comporte comme victimes sur les routes et dans les hôpitaux corrompus. 

Dans l’appréciation de cette dramatique situation, l’objectivité voudrait que l’on s’intéressât tout particulièrement au sein de la communauté noire, à une de ses composantes : les Haratines. Ces hommes et ces femmes auxquels la Mauritanie doit l’essentiel de son essor économique et qui sont « remerciés » par un déni de leur humanité ! A eux seuls les Haratines, qui sont racialement noirs, linguistiquement arabes et culturellement hybrides (nous aurons l’occasion de revenir sur cette question) constituent au moins 40% de la population mauritanienne. Et pourtant dans la haute et moyenne administration, ils ne représentent même pas 5%. Le système raciste et esclavagiste qui a dirigé la Mauritanie depuis les indépendances a décidé que leur place est ailleurs : 

-ils doivent être la pièce détachable des camions et autres remorques qu’ils doivent décharger à longueur de journées et de nuits pour que les commerces florissent et que les banques augmentent leurs chiffres d’affaire. 

-ils doivent servir de manœuvres dans l’édification des châteaux de Tevrag Zeina, ils doivent aussi occuper ces lieux, mais juste le temps des travaux, pour surveiller le matériel. Mais une fois que le chantier devient une luxueuse maison habitable, ils doivent immédiatement s’en aller ailleurs, à la recherche d’une nouvelle pitance, aux côtés d’un autre chantier ou sous d’autres baraques… 

Ce racisme d’Etat qui a finit par instituer la domination politique, économique et culturelle de la  communauté raciale blanche sur la communauté raciale noire, s’il a survécu et s’est renforcé, c’est bien à cause de la complicité de l’écrasante majorité de l’intelligentsia de la première et de celle d’une minorité oligarchique noire prête à tout pour s’enrichir. En effet, qu’ils s’appellent Mohamed oul Mowloud, Ahmed Daddah, Jémil Mansour (pour citer des dits opposant de l’heure), Abdel Aziz, Mint Mouknass, BA Mbaré ou Kane Hamidou Baba, Moulaye oul Lahgdaf (mouvance présidentielle), ils sont tous complices avérés de ce racisme grégaire qui exclut la majorité des Mauritaniens à cause de la couleur de leurs peaux ou de leur appartenance linguistique. Les uns veulent maintenir leur suprématie raciale et/ou tribale, les autres sont disposés à sacrifier leur communauté pour garder leurs privilèges bassement matériels. 

Tous sont d’accord pour que l’équipe nationale de la Mauritanie s’appelle les « Mourabitounes ». Que toute une partie des Mauritaniens boude son équipe nationale rien que pour cette appellation sectaire, raciste et exclusive ne les offusque guère ! Comment voulez-vous que les Mauritaniens peuls, soninkes, hatatines ou Wolofs se sentent concernés par une équipe dont la dénomination, au meilleur des cas ne les regarde point, au pire des cas désigne leurs oppresseurs. Les Mourabitounes sont peut-être les ancêtres des Maures blancs, mais les Négro-africains, eux ne se sentent liés à eux ni par la biologie, ni par la génétique, encore moins par la culture. Quant aux Haratines, pour peu qu’ils soient instruits et soient imprégnés de l’histoire, ils savent que leur condition actuelle d’esclaves affranchis (ou d’esclave tout court-version moderne) est née de la pénétration almoravide. Aussi n’est-il point étonnant que cette équipe ne remporte jamais de coupe, puisque ceux qui s’intéressent au sport ne la supportent pas ! L’équipe nationale aurait pu s’appeler les « Taureaux » ou les « Béliers » de la Mauritanie, dans un souci de compromis national, mais non, car pour cela il aurait fallu une réelle volonté de construire une véritable nation. Les Habitants de Sélibaby (Guidimakha) se rappellent encore de la réaction méprisante du Gouverneur de leur ville qui, en 1998, à l’occasion de la Semaine de l’Amitié et de la Fraternité (SAFRA), a fait venir de Nouakchott deux joueurs maures blancs parce que selon lui, l’équipe sélibabyenne composée de Peuls, de Soninkés et de Haratines, ne pouvait pas dignement représenter la Mauritanie dans une compétition sous régionale. Il fallait la colorer d’éléments blancs. Aussi les joueurs blancs venus de Nouakchott ne rencontraient leurs camarades que dans le stade, car ils étaient logés ailleurs dans des conditions de petits princes. La colonisation française n’a jamais été aussi cruelle face à ses administrés ! 

Du génocide linguistique et culturel 

Tous sont d’accord que l’hymne national doit continuer à être chanté dans la langue d’une seule communauté linguistique sur quatre qui composent la Mauritanie. De sorte que près de la moitié des Mauritaniens, uniquement parce qu’ils ne sont pas des arabes, ne comprend rien à ce qui était censé l’émouvoir et revivifier sa flamme nationaliste. 

La langue arabe qui est une langue nationale comme le Poular, le Soninké et le Wolof est imposée comme la langue officielle. Mais ce qui est inadmissible dans cette institution, c’est que l’officialisation de la seule langue arabe n’est nullement motivée par la volonté de construire une nation unie. Elle répond au seul désir d’ériger la suprématie d’une communauté sur les autres! Sinon, comment expliquer le refus catégorique des différents régimes racistes d’intégrer les autres langues nationales dans le système éducatif ? Comment expliquer la suppression, en 1999 de l’Institut des langues nationales et son remplacement par un département des Langues nationales et de linguistique dont la mort fut programmée le jour même de sa création ? 

Comment, enfin, expliquer l’arrogance, le mépris et l’irresponsabilité du premier ministre Moulaye ould Laghdaf qui, dans la même semaine, répète à qui veut l’entendre que la Mauritanie est un pays (exclusivement) arabe ? En appréhendant ses propos, je me suis dis une chose : la véracité du titre de Docteur que la presse officielle lui colle, ainsi que la carrière de diplomate qui lui est attribuée sont à vérifier ! D’abord parce qu’un docteur même en « technique de surface », à moins qu’il soit victime de daltonisme, ne peut ignorer les composantes sociales de son pays, surtout que ce dit docteur est, comme par hasard, premier ministre. Ensuite parce qu’un diplomate même stagiaire est censé savoir qu’on n’insulte pas une communauté nationale surtout que celle-ci a atteint le paroxysme de la frustration et du mépris. A moins que son objectif ne soit de déstabiliser le pays, cela pour je ne sais quelle raison ? 

M. Moulaye doit savoir qu’en Mauritanie vivent des Peuls, des Soninkés, des Haratines et des Wolofs et que ces communautés racialement noires et culturellement africaines n’ont ni l’intention d’être confondues avec les arabes, encore moins de s’assimiler à la culture arabe ! Nous sommes ceux que nous sommes, et il en demeurera ainsi, cela, n’en déplaise à Moulaye l’ignorant !Avec de tels racistes à la tête de nos gouvernements, il n’est pas étonnant que le génocide culturel qui a succédé au génocide de 1989 se poursuive encore infiniment. L’on sait qu’après la tentative de « dé-négrification » de la Mauritanie qui s’est soldée par la mort de milliers de négro-mauritaniens et la déportation de milliers d’autres, des lobbies racistes – auxquels appartiendrait l’actuel premier ministre – s’évertuent à effacer toute trace de culture négro-africaine en Mauritanie, y compris et surtout dans les régions du sud. Ainsi, ce sont des dizaines de villages, de collines, de plaines, de quartier qui, de Nouakchott à l’intérieur du pays, sont rebaptisés avec le seul objectif de faire disparaître l’appellation poular, soninké ou wolof au profit d’une nouvelle appellation maure. 

Ce n’est pas non plus étonnant que nos frère déportés de retour dans leur patrie grâce à au Grand cœur de SIDIOCA, se retrouvent brutalisés, emprisonnés, et humiliés, uniquement parce que, conformément à l’accord qu’ils avaient signé au préalable, ils ont osé réclamer leurs maisons et leurs terres de culture ! 

Avec le même objectif, les racistes d’obédience islamiste, à travers des propagandes décousues, et des décisions arbitraires, s’efforcent de nous imposer les us et coutumes (par exemple ne pas saluer les femmes) ainsi que le mode vestimentaire maure (port du voile) sous le couvert de l’islam. Les uns et les autres doivent savoir une bonne fois pour toute que seul Dieu crée un peuple et il ne sera jamais possible pour des humains de le recréer ! 

A bon entendeur, salut ! Je ne saurai terminer sans appeler tous les patriotes à constituer un bouclier contre les velléités colonialiste du premier ministre Moulaye Laghdaf sur une partie de son propre peuple ! 

  

Mamadou Kalidou BA 

Président de l’Initiative Mauritanienne pour l’Egalité et la Justice (IMEJ) 

  

  

 

Mamadou Kalidou BA 

Maître de conférences  

(Littérature africaine, critique littéraire)  

Université de Nouakchott 




Commentaires sur le discours du Premier Ministre et Avenir de la somelec

15032010

 

  

 

En réponse à l’intervention du Premier Ministre sur le secteur de l’énergie, je tiens à apporter les précisions suivantes :

-          La plus grande centrale solaire existante dans le monde et rattachée à un réseau conventionnel se trouve en Espagne dans une localité de l’Andalousie avec une population de 300.000 Habitants. Sa capacité est de 10 MW seulement. Je ne vois pas comment ma ville natale peut disposer d’une centrale de 100 MW dans les 5 ou 10 années à venir. La demande de la ville ne le justifie pas, même si nous tenons compte des besoins de toutes les régions avoisinantes. Ensuite ces 100 MW doivent être injectés sur un réseau conventionnel suffisamment grand pour être capable d’absorber une telle puissance sur la base du taux de pénétration le plus élevé car il s’agit bien d’une énergie aléatoire. Au-delà de ces deux aspects, l’implantation d’une centrale occupera énormément d’espace dont l’entretien et la maintenance demande beaucoup de temps et d’énergie à une main d’œuvre hautement qualifiée. Assurer un nettoyage des plaques solaires dans nos conditions climatiques sur une large superficie de 1 KM² n’est pas garantie pour demain.

L’ensoleillement existe en quantité suffisante mais nos réseaux existants sont un freinage pour le développement d’une telle technologie à grande échelle. Il s’impose de revoir, à la baisse, les chiffres avant qu’on ne les présente à nos partenaires qui se moqueront de nous de toutes les façons.

-          Le parc éolien prévu à Nouadhibou d’une capacité de 100 MW suppose l’existence au préalable d’un réseau conventionnel dont la capacité minimale devrait être de 1000 MW si nous prenons un taux de pénétration très faible de 10 %  de l’énergie éolienne à interconnecter sur un réseau de production classique. Cela n’est pas pour demain, d’autant plus que les trois études jusqu’à présent menées n’ont mentionné que de faibles puissances :

·         ma Thèse Doctorale  soutenue en Février 2001 et qui proposait un parc éolien de 1.6 MW représentant un taux de pénétration de 10% du réseau de
la Sonelec existant à cette date ;

·         l’étude d’Helimax portant sur les données du vent à Nouadhibou et dont les données ont été exploitées par le GEF sans pour autant qu’il nous restitue les conclusions de ses études technico-financière et technico-économique. A ma connaissance
la Puissance dont il était question ne dépassait pas les 10 MW ;

·         L’étude de
la SNIM sur le potentiel éolien de Nouadhibou et dont les conclusions n’ont pas mentionnées la puissance qui sera installée.

            Il va falloir revoir à la baisse nos prévisions en matière de production de l’énergie éolienne et commencer avec des puissances capables d’être supportées par le réseau conventionnel déjà existant.

-          La centrale de gaz de 700 MW est énorme pour notre pays et ne se justifie pas à l’heure actuelle car notre demande à nous seule ne peut pas lui assurer le fonctionnement minimal de rentabilité économique. Compter sur les pays voisins est une solution qui contient beaucoup de risques financiers étant donné l’instabilité de la sous région. Pourrions-nous véritablement compter sur nos voisins immédiats en leur vendant le surplus de notre production ? Et à quel prix ? Toujours est-il que le pétrole Off-shore a été en deçà de nos espérances, devrions-nous croire plus au Gaz qui se trouve dans la même zone ? C’est tout de même une source tarissable sur laquelle il ne faut pas trop compter. La mise en fonctionnement de cette gigantesque centrale nous contraindra à retirer les autres centrales qui seront d’ici là déclassées. L’apparition d’une panne technique imprévue engendrera probablement des nuits obscures pour Nouakchott. L’entretien d’une sécurité pour une telle centrale nous coûtera très chères et demeurera hors de portée de nos moyens jusqu’à là rudimentaires. Ce choix n’est pas éminemment stratégique dans la mesure où nous ne maîtrisons pas nous-mêmes les gisements de Gaz.

-          La centrale de 36 MW, dénommée Anglaise, je ne sais pour quelle raison ? Sauf, si l’on fait allusion à ces types de moteurs, demeure obscure, car le Premier Ministre ne nous a pas éclairé sur sa technologie (Gasoil ou Fuel) ni sur son coût de production. IL serait toujours souhaitable de rechercher à introduire de nouvelles technologies meilleures par rapport à ce qui existe et avec des coûts plus compétitifs. Le citoyen a le droit d’être éclairé.

-          Les groupes Diesels de 10 MW coûtent énormément chers pour le pays. L’Etat paye d’avance, pour une production de 6 mois, 2 Millions d’Euros tout en assurant le Gasoil et les frais d’entretien. Ainsi le coût de production du KWH dépasse les 100 UM et oblige l’Etat à assurer une subvention de la moitié car il ne nous est facturé à 59 UM pour les abonnés domestiques hors social. Ce n’est pas la bonne solution car le marché est très mal négocié et devrait être revu pour intégrer les coûts liés à la pollution et les coûts indirects en relation avec une création d’emploi juste et durable afin de nous protéger contre les humeurs des producteurs dont l’autorité de régulation devrait suivre de près.

En conclusion l’Etat doit revoir à la baisse ses ambitions et ne compter que sur lui-même pour ce qui concerne les parcs solaires et éoliens. En général les partenaires au développement n’ont financé jusqu’ici que les multipales Américaines, les petits Aérogénérateurs (type 100 W à l’exception de 2500 W à Tiguent), les petits Kits solaires. Ils sont aujourd’hui dans cette même logique par les lignes de crédits accordées à l’ADER et à l’APAUS. Leur chef de file étant
la France, de surcroît s’intéressant très peu aux énergies renouvelables, je vois difficilement leur politique changer de sitôt. Mais cela ne devra pas nous faire baisser les bras car les enjeux sont énormes pour notre futur et notre indépendance énergétique. D’autres voies sont là pour nous permettre de s’autofinancer et gagner plus de souveraineté dans un secteur vital pour le développement de notre pays.

 

Au vu de cette modeste contribution dans l’analyse du Discours du Premier Ministre pour le volet énergétique, je profite ici pour éclairer le citoyen sur sa relation avec son entreprise d’électricité :     


La Somelec est une société qui devrait se situer au cœur de tout développement de

la Mauritanie. Elle devrait en être le moteur. En fait, quand on parle de développement, on sous-entend un niveau de production énergétique. Il revient à elle de l’offrir à notre pays. Malheureusement ce niveau est jusqu’à présent très faible en comparaison à la sous région. La vétusté de son outil de production, la mauvaise gestion de ces dernières années, le manque de professionnalisme de son personnel, le pis-aller de son administration font, qu’aujourd’hui,
la Somelec est au bord de l’abîme après une tumultueuse tentative de privatisation qui a échoué par la faiblesse de l’offre qu’elle a reçue.

Ses pertes techniques et commerciales s’évaluent actuellement entre 30 et 35% pour les calculs les plus optimistes :

 

*Les pertes techniques sont dues essentiellement au non respect des normes dans les modes de branchements tant pour les clients que pour elle-même (les câbles à même le sol, les poteaux surchargées, l’absence d’isolateur, le sous dimensionnement des câbles et de la filerie, le surdimensionnement des abonnements, les déséquilibres chez les clients sont autant de facteurs de nature à créer des conditions susceptibles d’augmenter encore les pertes techniques).

*Les pertes commerciales sont le fruit d’une mauvaise gestion des abonnés souvent surfacturés et emmenés à faire de la fraude, les agents intermédiaires de
la Somelec offrant des facilités aux abonnés, le manque de législation en matière de piraterie, le manque de régulation de la facturation, le non respect de payement de l’Etat qui est le plus gros client, la quasi absence de programmation de l’outil de production, l’incohérence des compteurs par l’absence d’un étalonnage sérieux par une tierce personne autre que
la Somelec qui ne peut pas continuer à être juge et partie, sont autant de facteurs qui ne peuvent que peser lourdement sur son chiffre d’affaires.

 

A titre d’exemple, je vous invite à interpréter mes quatre dernières factures depuis qu’on ma installé un  compteur électronique au lieu d’un compteur électromécanique dont la facturation moyenne était de 130.000 UM pour deux mois et qui me faisait déjà souffrir énormément. C’est pourquoi, j’ai demandé qu’on me le change. Le résultat est horrible :

Mai-juin : 286.000 UM, Juillet-Août : 275.000 UM, Septembre-Octobre : 308.000 UM (Mois de  Délestage où la ville de Nouakchott est plongée dans l’obscurité totale),Novembre-Décembre : 126.000 UM. Ces facturations me contraignent à verser le double de ce que je payais, soit 248.000 UM tous les deux Mois au lieu de 130.000 UM. Autrement dit, parce que j’ai demandé un changement de compteur on m’oblige à payer le double de ma facturation qui est de toutes les façons erronées car mes essais l’ont prouvé au moment où l’étalon de
la Somelec dit le contraire. Qui de nous deux à raison ? Pour le moment, je continue de souffrir

 parce que je paye mensuellement à
la Somelec 124.000 UM ce qui est supérieur à la moitié de mon salaire. En se fiant à son compteur
la Somelec perd le visage commercial et montre ses limites techniques et prouve qu’elle est dans l’incapacité de gérer objectivement ses clients qu’elle contraint à la fraude. Je ferme cette parenthèse ici et l’occasion nous est donnée pour vous éclairer plutard.  

 

De toutes les manières
la Somelec est malade parce que l’Etat ne veut plus y investir dans sa forme actuelle qu’elle a hérité depuis quelques années mais encore, et c’est le comble, elle sur utilise son outil de production engendrant d’énormes frais inutiles (Il s’agit d’une augmentation de la production sur la base, soit d’abonnements surdimensionnés, soit d’un faux comptage électronique qui, de toutes les façons reflèteront en réalité une Puissance électrique fictive engendrant un coût plus élevé de consommation en Gasoil et en maintenance).

Il est évident que les populations souffrent cruellement de la maladie de
la Somelec et souhaitent qu’elle soit soignée. Même l’Etat en souffre directement car plusieurs de ses entreprises croulent sous le lourd poids des facturations de

la Somelec. Plus aucune personne, aucune entreprise étatique ou privée, aucun service, ne sont épargnés de l’injustice de cette société. A défaut d’une entité d’arbitrage, et fort de son monopole illégal,
la Somelec continuera à se fier à son faux comptage qui nous tuera tous, inclus elle-même, car les chefs de centres sont tenus de produire leurs recettes sur cette même base. Or, ils savent pertinemment que l’affichage des compteurs de Zones est faux grâce à leurs connaissances de leurs quartiers en matière d’occupation et d’habitat. D’ailleurs les nouveaux modes de prépayé avec leurs compteurs mal tarés poseront les mêmes problèmes aux populations.

 

L’actuelle Direction devra réviser tous ses compteurs, ce qui n’est pas une mince affaire. Mais la justice est plus importante qu’un gain illicite.

Depuis quand les compteurs qu’on nous installe, et qui changent d’un abonné à un autre, n’ont pas été étalonnés ?  Depuis quand les deux étalons de
la Somelec n’ont pas été étalonnés ( le neuf et le vieux)? Depuis quand une société fait elle-même l’étalonnage des compteurs de ses clients et par une seule personne depuis  plus d’une décennie ? Si, elle s’absente ou elle tombe malade, qu’allons-nous faire ?

 


La Somelec, indépendamment des facturations, est injuste vis-à-vis de ces clients pour les raisons suivantes :

 

  1. Elle ne respecte jamais sa police d’abonnement qui stipule qu’elle doit offrir à  ses abonnés une tension simple entre phase et neutre de 220 + ou – 10%, c’est-à-dire au

minimum 198v et au maximum 242v. Tel n’est pas le cas car, suivant des mesures que

nous avons effectué, elle a toujours été en deçà du petit seuil et assez souvent au dessus du grand seuil. Les conséquences résultantes de ces dépassements sont préjudiciables pour le matériel de même, que les sous alimentations qui entraînent

un disfonctionnement des équipements.
La Somelec devrait être placée sous contrôle

d’une vraie autorité de régulation qui ne joue pas avec les intérêts de ses citoyens et qui effectue des contrôles réguliers chez les abonnés et sur demande de ceux-ci.

 

  1. Elle n’avise pas ses clients de ses coupures intempestives, ni des retours de l’électricité qui mettent le plus souvent les équipements hors usage. Une ou plusieurs Sociétés doivent être agréées pour évaluer à chaque fois les dégâts subis par les clients et faire en sorte que
    la Somelec les rembourse sans tarder.
    La Justice devrait faire son travail.

 

  1. Les sociétés de monopole ont disparu, laissant place à la concurrence dans un marché tourné vers le libéralisme organisé et régulé. C’est le cas de
    la Sonimex (n’importe quel commerçant peut emmener  le produit qu’il veut parmi ceux de première nécessité), le Gaz (
    la Somagaz, Gaz de Mauritanie, Rimgaz, Etc …), Aviation (Air Mauritanie, Airways et d’autres petites compagnies), Les Télécoms (
    La Mauripost,  Mauritel, Mattel, Chinguittel ). Même le secteur de l’eau n’est pas épargné avec la multiplication des Sociétés étatiques (SNDE, ANEPA, APAUS, toutes intervenant dans le secteur Eau, les deux dernières assurant la Maintenance et une partie de
    la Gestion des AEPs en milieu rural et semi-urbain ) et privées (Nombre en croissance de petites unités d’embouteillages d’eau minérale auxquelles s’ajoutent les Fontaines et les Charretiers). Rien ne justifie plus ce monopole de
    la Somelec (l’ADER et l’APAUS n’intervenant qu’ en milieu rural). Effectivement, l’Etat avait suspendu le projet de privatisation, à un moment donné, pensant que les recettes de pétrole pouvaient nous éviter de brader notre Société qui n’arrivait pas à trouver un bon acquéreur.

 

      Les recettes  tardant à venir et le rêve d’être Pétrolier pour le Pays s’est envolé, il

      S’impose au pouvoir public, aujourd’hui ou demain, de repenser notre politique 

      énergétique de manière à être cohérent avec tous les Secteurs.          

                                            


  1. La Somelec est en porte à faux avec le Code d’électricité qui est une Loi disponible

depuis 2001 et qui n’arrive pas à être appliquée par le manque de volonté des dirigeants de cette Société. Un certain nombre de décrets devraient être adoptés en l’absence même d’une privatisation. C’est le cas de ceux portant sur la tarification, la production et le transport.

Récemment,
la Somelec a pris l’option d’associer l’Autorité de Régulation dans l’élaboration de sa tarification malgré l’absence de son décret d’application ce qui fragilise cette dernière institution dans ses prises de position par le manque de cadre légal.

En dehors d’une privatisation,
la Somelec devrait inviter d’autres producteurs à s’intéresser à notre marché en mettant en place le décret d’application du Code d’électricité relatif à la production. Autrement dit,
la Somelec devrait préparer le futur centre de Dispatching auquel, tous les producteurs seront affilés notamment
la SOGEM qui, aujourd’hui opère, dans un cadre entaché d’irrégularité par l’absence d’un cadre légal qui lui impose son niveau de production, sa qualité de service et sa continuité. Il est vrai, quand même, que cette Société est liée à
la Mauritanie par une convention fixant les niveaux de Puissance et d’Energie à fournir à notre Pays, mais ce n’est pas suffisant pour les besoins de contrôle.

 

Après la régulation de la production, le monopole du transport peut être levé graduellement suivant la nature des nouveaux intervenants dans le secteur électricité qui prendront part dans la distribution de l’énergie afin d’améliorer les types de branchements aux poteaux et d’installations internes chez les clients. La création de nouvelles Sociétés de contrôle s’impose car ils devront délivrer des attestations de conformités avec nos normes que l’Etat cherchera à actualiser.

 

Deux options s’offrent devant nous :

 

-          Premièrement, accepter que l’équipe actuelle est saturée et la recycler dans son mode de gestion en lui fixant un objectif clair et précis qui devra engendrer une dynamique, au sein de la boîte, basée sur le développement d’une haute performance alliant qualité de services et normes des installations et équipements. C’est une solution interne, doublée d’une volonté politique solide et déterminée, peut donner d’excellents résultats. Elle sera onéreuse sur le Budget de l’Etat mais elle nous permettra de continuer à gérer un secteur de souveraineté.

-          La deuxième solution, contiendra plusieurs scénarios de libéralisation dont on retiendra celle de  moindre mal pour la société mais surtout pour le pays qui doit tenir compte des besoins de ses populations fragiles et pauvres. D’ailleurs, toutes les politiques menées ces dernières années par nos différents Gouvernements ont accordé une importance particulière à cette frange de la population qui ne peut que disposer d’un service de base vital pour l’amélioration de ses conditions de vie.

Cette solution offre l’avantage de maintenir un cap de stabilité pour
la Société et permet de réduire les charges supportées par l’Etat tout en garantissant un cadre légal plus sain et plus homogène.

 

Source : La Tribune n°492

Dr Khalil Ould Khalifa




Quel avenir pour la Mauritanie !

1032010

 

 La Mauritanie est en proie à une série de crises. 

Crise sociale d’abord : problèmes d’indemnités pour les fonctionnaires et agents de l’Etat, suspension de quelques 5000 fonctionnaires et agents de l’Etat ; dont plus de 100à tort ! 

Crise politique ensuite : bruits de bottes et guerre à coups de déclarations  entre le RFD et L’UPR ; avec en toile de fond, les options diplomatiques face à la gestion des problèmes du terrorisme et de l’insécurité. Et puis, la C.O.D qui veut s’organiser… 

Crise économique enfin : hausse vertigineuse des prix, faible pouvoir d’achat du citoyen et tout ce que cela comporte comme conséquences. 

Toute cette réalité permet-elle de parler de développement durable pour ce pays qui depuis cinq ans peine à retrouver une stabilité ? 

La durabilité d’un projet est la condition d’une construction d’idées réfléchies et appliquées dans le respect des prévisions. Un développement durable suppose une progression arithmétique ou géométrique avec des efforts qui durent dans le temps sans altérer la situation de départ, et une attitude responsable chez ceux qui détiennent l’imperium du pouvoir, ainsi que les divers acteurs politiques, économiques et sociaux, car ils sont les principaux acteurs du développement. 

Ça va faire bientôt un demi- siècle depuis son indépendance (déclarée en 1960), pourtant l’économie de ce pays aux énormes potentialités tarde à connaître son décollage. Au même moment, d’aucuns citent l’exemple des pays qui émergent aujourd’hui alors qu’ils n’étaient pas plus dotés en ressources naturelles que ne l’était
la Mauritanie au lendemain des indépendances. Cela pour dire que le «  facteur naturel » peut constituer un avantage économique mais son absence ou insuffisance n’est pas une fatalité. Donc faudrait-il voir les causes du blocage du système économique mauritanien ainsi que ses perspectives de s’extirper du cercle vicieux du sous développement. Le  retard de
la Mauritanie  sur le plan économique s’explique, entre autre, par l’insuffisance de formation professionnelle des  cadres sur les créneaux de développement. Ainsi, sur le territoire national, aucun centre de formation en ingénierie dans aucun domaine n’a vu le jour. 

En plus, les secteurs primaire et secondaire sont désarticulés : c’est-à-dire qu’il n’y a pas d’interdépendance entre eux. L’industrie Mauritanienne malgré les ressources du pays s’approvisionne de l’extérieur. Le secteur tertiaire fait face à  d’énormes difficultés alors que la population active s’en occupe soit les 16,5%. Donc, l’inexistence de système de production consolidé entre ces secteurs entraîne l’absence de débouchés pour les produits agricoles, et par ricochet, rend la pauvreté chronique surtout dans le monde rural comme tel est le cas aujourd’hui. Même si tant de mesures ont été prises aucune d’entre elles n’a permis d’atteindre ni les résultats ni les objectifs escomptés de manière effective.    

L’action des acteurs politiques  s’avère toutefois plus déterminante. En effet, comment parler de « développement durable » dans un contexte d’instabilité permanente, où la plupart des systèmes politiques ignorent superbement le vrai sens de l’appareil de l’Etat : celui d’être au service des administrés, et non une aubaine pour se faire de la fortune et une notoriété. L’Etat doit prévoir l’avenir de ses citoyens à moyen  et à long terme. La frange la plus pauvre constitue, à cet effet, la majeure partie de ces citoyens (ces derniers se trouvent partout dans le pays et non seulement dans le triangle de la pauvreté). C’est cette prévision qui peut finalement se révéler comme plan de développement, et pourquoi pas « durable ». L’absence de ce principe constitue le grand obstacle pour un  développement durable en Mauritanie. 

Ainsi, l’on constate une absence totale de politiques pour un développement apparent, réel et objectif. L’exploitation effrénée des ressources naturelles, notamment du poisson, du fer, du pétrole, du cuivre et des mines d’or,  a toujours rapporté et rapportera certes des devises. Mais à quelle fin ont-elles (été) et seront-elles  utilisées ? 

D’emblée, il convient de redynamiser tout le secteur primaire (l’agriculture, la pêche, l’élevage, le maraîchage, l’artisanat…) pour véritablement booster l’économie du pays. 

Regardons notre environnement aussi pauvre qu’il ne l’est. Nos parcs sont nus. Absence totale d’espaces verts. Aucun jardin public dans nos grandes villes. Où est le parc de L’OMVS ? Nos ceintures vertes oubliées. La menace vient de l’autre coté de la capitale et nous faisons semblant comme si rien ne se dessine sur nos yeux.   

Cependant, le non reboisement des espaces ainsi dénudés dans les grandes villes telles que Nouakchott, Nouadhibou et Zouératt va entraîner une modification sérieuse de l’écosystème du pays. Sans doute, des projets de reboisement ont toujours été initiés mais à des rythmes non prometteurs.  Aussi, l’agriculture demeure à faible rentabilité pour la plupart des cas même si d’importants moyens financiers et matériels ont toujours été mobilisés. La grande campagne agricole de SIDIOCA est là comme preuve. Les agronomes et les géologues n’ont jamais été associés dans les travaux agricoles. Les paysans se débrouillent avec leurs connaissances routinières. Faute de techniques appropriées pour une bonne gestion de leurs terres, ils exploitent leurs champs après une ou deux rotations de cultures, étant donné l’appauvrissement des terres. Le risque d’un épuisement pur et simple de ces terres ne semble pas non plus les préoccuper. Il revient donc au gouvernement de prévoir l’avenir de toutes ces populations qui sont abandonnées sur leur faim. 

Nous pouvons, en Mauritanie, entreprendre le développement socioéconomique tout en protégeant l’environnement  et en conservant les ressources naturelles. La gestion de nos ressources halieutiques, la bonne surveillance de nos cotes en période de repos biologique et un contrôle sérieux sur l’exportation de nos produits de pêche et de l’entrée des devises sont des principes qui permettent un essor économique du pays. 

L’Etat doit réduire la course à la recherche des devises avec uniquement l’exploitation des ressources naturelles et autres minières. Il faudra plutôt orienter les énergies vers les activités de production telle que l’agriculture et l’élevage. Quand bien même l’exportation de ses produits serait hypothétique. Le problème crucial de l’autosuffisance alimentaire sera totalement ou en partie résolu ! 

Le développement durable en Mauritanie dans le contexte de la mondialisation est une véritable problématique. Même si
la Mauritanie est victime d’une période  de mauvais systèmes de gestions, de détournements, et de laisser aller, il reste beaucoup à faire pour atteint un redressement économique considérable. Cependant, il est en effet difficile de mettre sur pied une politique de développement indépendamment du rythme de développement atteint par les autres pays de la sous région dont
la Mauritanie est plus riche. 

Les principaux secteurs du pays à savoir la santé, l’éducation et la sécurité sont confrontés à d’énormes difficultés. L’accès au soin reste le souci majeur des plus pauvres, les produits de notre système éducatif sont des plus médiocres depuis plus d’une décennie et l’insécurité fait défaut que ça  soit entre nos murs qu’au niveau de nos frontières. Allons voir avec la nouvelle stratégie ! 

Le développement durable est une garantie pour l’avenir du pays. Une classe politique éveillée (qui accepte pour le dialogue), une société civile soudée présente au chevet d’une population au tissu social fragile, une jeunesse citoyenne loin de l’extrémisme  et un gouvernement «  de l’homme qu’il faut à la place qu’il … » constituent cet avenir. Il y a donc urgence quant à l’implication de tous dans toute action visant à préparer un développement qui soit réellement durable et pourquoi  pas continu ? 

Avec une absence totale de crises politiques, sociales et économiques en Mauritanie, nous serons sur le chemin de la croissance économique et du développement. 

 Sidaty O.Sidi 




LA MAURITANIE : LE MARIAGE INTERCOMMUNAUTAIRE, UN FRUIT DEFENDU ?

16022010

 

Le mariage entre le Kwar et les Beidanes est tellement rare voire même inexistant qu’il enrôle notre sens intellectuel interrogateur. L’hypothèse centrale de cet article est précisément de chercher les causes de l’extension conquérante de ce mal  car c’est bien de cela qu’il s’agit, d’exhiber l’assise idéologique sur le quel il repose. Le plus surprenant dans cette situation, de mon point de vue, c’est le désaccord de fond entre cet état des choses et la pensée islamique : « les croyants ne sont que des frères. » Pourquoi alors les mauritaniens sont dans une juxtaposition, dans une résidence surveillée culturelle ? On dirait une attitude de chien en faïence n’attendant que la bataille ! Habitués à certains modèles, à certaines valeurs fossiles, à des stratégies d’esquive, le mauritanien a mis en place une logique sociale décrochée de la réalité exogamique. Doté d’un dispositif culturel régi de part en part par des stéréotypes, la société mauritanienne accorde une place importante aux vertus préislamiques : ces critères traditionnelles de sélection de partenaires matrimoniaux, miasmes ancestraux recommandent peu les unions mixtes. Dans nos communautés, la parenté est le critère fondamental de choix de partenaire. Il renfermerait même un coefficient de sécurité très élevé parce que permettant, semble t-il, le linge sale de se laver en famille. Ainsi c’est un honneur, une réussite sociale pour une fille d’être marié par un cousin ; ne dit-on pas que les cousins sont faits pour des cousines ? L’imaginaire collectif considère de telles alliances comme un devoir sacré : choisir sa partenaire dans son propre groupe d’appartenance s’est gagné l’estime collective. L’endogamie entraîne par conséquent une réduction des échanges matrimoniaux, entraîne quelque fois une répulsion entre groupes différents. Ainsi toutes les communautés mauritaniennes ont tendance en raison de ce conservatisme à se replier sur elle-même. Ces valeurs socioculturelles empêchent justement Kwar et Beidanes d’entretenir des liaisons de mariage. La persistance de ces représentations rend en outre infranchissable les barrières ethniques, les frontières closes entre les groupes. En d’autres termes, les mécanismes mis en relief en vue de sceller les alliances matrimoniales repoussent l’exogamie. Celle-ci est à contre courant des traditions de nos communautés. Ceci est d’ailleurs attesté par le rejet quasi général du parvenu : la société lie les hommes dans une sorte de « citoyenneté » qu’ils ne peuvent refuser. Chez les anciens d’ailleurs, l’homme ne veut que par sa cité. Si cette dernière est libre, il est libre. Si elle est vaincue, il n’est plus rien c-à-d peut  être tué, torturé, réduit en esclavage. L’ombre de cette logique continue à planer au dessus de nos têtes. Ainsi pour éviter le mépris collectif, de s’attirer le courroux, d’encourir la colère unanime, paroxysme de haine, on se soude à la communauté en préférant avoir tort avec elle plutôt qu’avoir raison avec les exigences de l’Islam, de l’état moderne. Force est de constater que l’Islam est allé en guerre contre les traditions basées sur le tribalisme, la vanité. Il a enterré l’esprit de clan. Mohamed (PSL) disait à ce propos « n’appartient pas à notre communauté celui qui appelle à un clan ou combat pour un clan ; et n’est de notre communauté celui qui meurt en ayant l’esprit de clan. » Dans cette perspective, la couleur de la peau, la race deviennent des distinctions intolérables. « Regardez bien dit Mohamed (PSL), tu n’est nullement meilleur qu’un rouge ou qu’un noir sauf si tu est plus pieux que lui. » D’ailleurs quelle est la valeur de la tribu, de la famille, de la généalogie quand tous les hommes ont la même origine ? Mohamed (PSL) répond « ces origines dont vous vous vantez ne peuvent servir à injurier quelqu’un. Vous êtes tous de fils d’Adam. Nul n’est meilleur qu’un autre si ce n’est par sa religion et par sa piété » ou encore « nous remontons tous à Adam et Eve….Dieu ne vous demandera pas des comptes sur vos origines et votre famille le jour de

la Résurrection. Les plus nobles d’entre vous sont pour Dieu les plus pieux. » Sommes nous sourds à l’appel du prophète ? Pourquoi la sottise préislamique est-elle une unité de mesure dans une république islamique ?
La Mauritanie, serait-elle une société de spectacle, de simulation, de jeu de rôle ? Les imams, les intellectuels chargés de former le peuple seraient-ils aussi de simples metteurs en scène.

Poussée plus loin, l’analyse montre que ce clivage qui pèse lourdement sur le destin du pays est aussi quelque part, un legs colonial : la présence depuis 1887 des structures scolaires de langues françaises au sud et la création en 1914 des medersas à Boutilmit a divisé
la Mauritanie en deux académies. Ainsi l’école, pièce maîtresse de l’éducation, de « modèle culturel », « d’identité collective traça des trajectoires différentes à la population d’une même nation ; du coup réprime toute possibilité d’interconnaissance, d’amour. En effet l’espace scolaire est un microcosme où les citoyens, cadres, intellectuels potentiels d’un pays se côtoient, apprennent à s’aimer, à se connaître. Malheureusement en Mauritanie c’est dans ce microcosme qu’on apprend à se distendre, à s’ignorer. L’école devient donc le sol nourricier des cassures, des solidarités ethniques, communautaires, des particularismes régionaux. Dès lors comment les élites formées de ces écoles peuvent-elles contractées des liens de mariage ? Mais nous c’est une autre Mauritanie que nous rêvons. Une Mauritanie qui pourrait être inspirée par un « I have a dream », une Mauritanie multiculturelle, métissée où vivrons en bonne intelligence des Thierry Henry, des Ronaldino mais aussi des Zidane des Thuram ; une Mauritanie harmonieuse qui n’est pas seulement un simple enchevêtrement de « nous », un simple assemblage de peuples neutres, une réduction du pluriel au singulier. Au lieur d’exacerber les différences, les dispersions ; affirmons plutôt l’union, la fusion. Je n’aime pas une Mauritanie où les groupes se côtoient sans se mélanger. Ça rend triste, inquiet.

 

 

SY ALASSANE ADAMA 

PHILOSOPHE

Source : La Tribune n°488




Contribution à la réponse à la question : quelle gouvernance pour

16022010

 
la Mauritanie, par la définition de la gouvernance. 

   

 

 

Le mot gouvernance 

 

La gouvernance, mot fétiche, censé rendre compte,  à lui seul, de l’ensemble des transformations de «  la technologie des pouvoirs » contemporains ; ce mot  est porteur d’une logique qui affecterait d’abord l’Etat par de nouvelles techniques de gouvernement. 

Il nous paraît indispensable de prendre d’abord, une distance critique par rapport à ce thème pour les raisons suivantes : 

-il est d’un usage immodéré 

-Il est utilisé comme argument d’autorité ; 

-considéré, souvent, comme  une grille unique d’explication des transformations étatiques ; il tend à réduire la complexité des évolutions contemporaines en cours . 

-mot passe- partout, concept omnibus ; -omniprésent dans le discours politiques internationaux et internes ; il en vient à recouvrir des significations très diverses 

-il relève d’un effet de mode ,devenu un simple label, dont le contenu conceptuel est de plus en plus vague et incertain; le fait qu’il soit chargé de telles équivoques, entouré d’une telle confusion lui fait courir le risque  d’ abandon. 

-introduit dans le vocable politique mauritanien,  en  même temps que démocratie et transparence, il se confond dans notre horizon mental avec elles.  

 

 

Nous ne sommes pas certains, en Mauritanie,  de connaître le sens réel  et notre adhésion à ce thème, qui fait partie  du patrimoine international commun, relève plutôt du réflexe que de la réflexion malgré nos dernières journées nouakchottoises

C’est pourquoi, nous l’abordons aujourd’hui dans cet exposé pour faire un éclairage sur ses origines, son apport théorique et sa signification….. 

Cette conférence introductive sera suivie par d’autres qui traiteront de ses implications sur l’Etat ,la démocratie et la société civile. 

 

 

 

 Origines du mot 

 

On croit généralement que le mot  gouvernance est importé de l’anglais et forgé au creuset du vocabulaire transnational du milieu des entreprises ou du jargon des organisations internationales. Il n’en n’est rien. 

C’est d’abord un mot français du Xii siècle qui désignait la direction des baillages. 

A partir du xiii siècle ,le sens s’élargit et devient synonyme de gouverner.     

Gouvernance et gouvernement renvoient au gouvernail d’un navire  et à l’action de piloter quelque chose 

Au moyen âge, le terme est adapté puis adopté par l’Angleterre pour devenir « governance « pour caractériser le mode d’organisation du pouvoir féodal. 

Avec l’apparition de l’Etat moderne au xvi siècle,on utilise de plus en plus les 2 termes gouvernement  et gouvernance avec une prépondérance du mot gouvernement 

C’est au XX siècle avec  la mondialisation des marchés , la recherches de meilleurs systèmes de gestions des personnes et des choses et d’une ré légitimation de l’Etat démocratique et la recherche d’un ordre international nouveau  que la  gouvernance réapparaît avec force. Le terme est commode car plastique, pour désigner :la demandepolitique du xxie siècle, le besoin d’un contrat social d’un nouveau type et pensé à l’échelle mondiale. 

Apport théorique de
la Gouvernance 

·         l’œuvre du prix Nobel d’économie 1998, Amartya Sen constitue le principal apport théorique du concept de « bonne gouvernance » .Pour cet auteur le progrès social et la démocratie sont des processus qui se renforcent mutuellement Selon Amartya Sen, la démocratie fait partie intégrante du développement, envisagé comme « un processus d’expansion des libertés réelles dont les personnes peuvent jouir. De cette façon, l’expansion des libertés constitue à la fois la fin première et le moyen principal du développement 

Il donne l’exemple aux Etats-Unis dans lesquels ,après  l’abolition de l’esclavage , les tentatives successives pour attirer les nouveaux affranchis dans les formes diverses d’organisation du travail, calqués sur le modèle servile, mais en échange, cette fois, de rétributions élevées, ont toutes abouti à l’échec »  

Il étudie, aussi, la cause des famines et aboutit au constat que les famines ne proviennent pas d’un manque de nourriture disponible, mais bien de l’incapacité des personnes à accéder à la nourriture qui, pourtant, existe. Cette incapacité provient du manque de revenu, mais aussi d’une carence de droits et de démocratie. Selon Sen : « Au cours de la terrible histoire des famines survenues dans le monde, il est en fait difficile de trouver le cas d’une famine qui se soit produite dans un pays doté d’une presse libre et d’une opposition active, au sein d’un système démocratique »  

 Allant jusqu’au bout de sa logique, Sen conclut que « le pilotage unilatéral,comme celui pratiqué à l’occasions des Programme d’ajustement structurel , y compris s’il est le fait du meilleurs des experts, ne saurait en soi constituer une solution » 

Suivant la logique d’Amartya Sen, l’objectif est de faire du renforcement de la démocratie un moyen et une fin du processus de développement et de placer les pays en développement « sur le siège du conducteur  

Gouvernance et sciences sociales 

Le concept de gouvernance a progressivement gagné la plupart des sciences sociales dans les années 1990 : 

 - En sciences économiques, il permettra dans la perspective institutionnaliste ouverte par R. Coase et l’École de Chicago, de formaliser les mécanismes assurant la coordination des activités économiques, notamment au sein de l’entreprise (O. Williamson), autrement que par l’échange ou la hiérarchie; 

-En théorie des relations internationales, il servira, à partir de l’ouvrage pionnier coordonné par J.-N. Rosenau et E.-O. Czempiel, à rendre compte des nouvelles formes d’organisation d’une société internationale de plus en plus fragmentée et hétérogène; 

- En science politique, il visera à théoriser le mouvement de repli d’un État devenu « creux » (Hollow State) et confronté à la montée en puissance d’autres acteurs, publics et privés, internes et externes, qui entendent peser sur les choix collectifs et avec lesquels il est devenu nécessaire de composer;  

-En science administrative, par « gouvernance urbaine » (Urban Governance), on s’attachera à mettre en évidence la complexité nouvelle du « gouvernement des villes », qui impliquerait désormais de multiples intervenants, aussi bien publics que privés 

Définitions : 

 Les définitions des dictionnaires à propos de la gouvernance restent vagues, et renvoient à la de la science politique traditionnelle, par exemple, il s’agit à la fois de “ la forme du régime politique ” ; “  »du processus par lequel l’autorité est exercée dans la gestion des ressources économiques ou sociales ” ; ou “ de la capacité des gouvernements à  concevoir, formuler et mettre en œuvre des politiques et, en général, à assumer leurs fonctions gouvernementales.  

Par ailleurs ;la gouvernance est devenue un lieu commun du vocabulaire politique mondial sans que sa définition en ait pourtant été stabilisée. Ses définitions sont donc provisoires mais ont une valeur indéniable. 

 

 

Le concept de “ gouvernance ” renvoie finalement à une liste de principes ,de recettes managériales ou d’instruments(indices critères, d’évaluation et de jugement.. ) extensibles, supposés apporter des réponses appropriées aux crises  des politiques démocratiques traditionnelles, centrées sur l’autorité de l’Etat 

Il s’agit d’ un catalogue d’outils “ universels ” capables de répondre à toutes les situations, même les plus complexes, sans aucune vision idéologique du “ bon gouvernement » – si ce n’est une vision plutôt abstraite de la démocratie, conçue comme une interaction ouverte et pluraliste entre acteurs. 

 

Plusieurs propositions de  définitions 

 

 

 Définitions et acception   

1-« La « gouvernance » permet de désigner à la fois le besoin de « gouvernement » que le monde en changement suscite et le besoin des citoyens de retrouver la maîtrise collective de leur destin, le sentiment qu’ils peuvent infléchir les choix de leur société et se reconnaître dans des représentants et dans un espace dont les repères sont explicites et familiers. 

 

2-La bonne gouvernance est le meilleur moyen de régler l’horloge sociale, en limitant le pouvoir par le pouvoir, en  multipliant les pôles de puissance, tout  en veillant à éviter toute collusion entre eux. 

 

3-La « bonne gouvernance » peut être entendue comme « la gestion des affaires publiques par la génération d’un régime (ensemble de règles) accepté comme légitime visant à promouvoir et améliorer les valeurs sociales auxquelles aspirent individus et groupes » . 

  

4- « la gouvernance est une méthode ou un mécanisme de régulation d’une vaste série de problèmes ou conflits, par laquelle/lequel les acteurs parviennent régulièrement à des décisions mutuellement satisfaisantes ou contraignantes, à travers la négociation et la coopération »; elle se caractérise par des « formes horizontales d’interaction entre acteurs qui ont des intérêts contradictoires mais qui sont suffisamment indépendants les uns des autres pour qu’aucun d’eux ne puisse imposer une solution à lui seul, tout en étant suffisamment interdépendants pour qu’ils soient tous perdants si aucune solution n’était trouvée ».  

L’important dans ces définitions, c’est l’idée de processus interactif : une succession d’étapes à travers lesquelles des acteurs nombreux n’ayant pas le même intérêt et agissant à différentes échelles, mais confrontés à un même problème vont progressivement construire une représentation commune de cette réalité, lui donner un sens, se fixer des objectifs, adopter des solutions puis les mettre en œuvre collectivement sans que rien – ni cette représentation, ni ces objectifs, ni ce sens, ni cette interaction ne soient déterminés à l’avance. 

Pour moi je me hasarderai en établissant l’équation : 

Bonne gouvernance =démocratie +efficacité+efficience- effets pervers de la démocratie 

 

. La gouvernance : motrice de réformes, 

A tous les niveaux et dans tous les domaines de la vie sociale,(Entreprise ,’Etat et Monde)la gouvernance a alimenté la croyance en de nouvelles méthodes de décision et d’action capables de résoudre les problèmes de plus en plus complexes et capables de faire face à l’existence de pouvoirs multiples. 

Des systèmes souples, emportant l’implication des acteurs multiples,se  proposant de répondre à cette problématique , ont été conçus outre atlantique :les 3  governances 

-Corporate governance 

 -Global Governance 

 -Good -Governance 

1-La corporate governance (la gouvernance d’entreprise ) : 

La gouvernance d’entreprise se définit comme la manière dont les entreprises sont gérées et contrôlées. 

 

 

Cette gestion de l’entreprise est fondée sur l’interaction entre les différents pouvoirs existants au sein de l’entreprise et notamment entre le pouvoirs des actionnaires et des dirigeants. 

Principes 

 1-Principe de transparence On sait que la transparence dans la gestion et l’information réduit considérablement les risque d’abus

2- Principe de compétence, disponibilité, intégrité et responsabilité des dirigeants et des administrateurs. 

3-Gestion avec une vision stratégique de long  terme plutôt que sur des considérations immédiates. 

4-prise en compte de toutes prenantes : les actionnaires, les salariés, les clients, les fournisseurs, le cadre sociétal et environnemental. 

5-Implication de l’actionnaire par l’information, l’interpellation des dirigeants et des administrateurs qui doit donner son avis sur les choix de l’entreprise. 

6-Implication la plus forte possible des salariés dans l’entreprise dont le succès repose sur eux. 

7-possibilité de débat et libre expression pour encadrer les actions des dirigeants. 

8-Principe de la bonne information des administrateurs, des actionnaires, des salariés et des tiers  

La gouvernance globale : 

 
la Global Governance (la gouvernance globale), vise à établir de nouveaux modes de régulation et d’intégration de la société internationale : après la création à Londres en 1992 du « Centre pour l’étude de la gouvernance globale », au sein de
la London School of Economics, et le lancement en 1995 de la revue Gouvernance Globale, les Nations Unies mettront ainsi en place en 1995 la « Commission sur la gouvernance globale », formée de vingt-huit personnalités.
 

Au niveau international, deux approches de la gouvernances différentes  et complémentaires à la fois  sont dominantes 

-      Celles des théoriciens des relations internationales,qui considèrent que ce thème décrit et rend compte de l’évolution d’une société internationale devenue très hétérogène et complexe  il s’agissait de(descriptyive) 

-      Celles des tenants de la Global Governance, qui veulent promouvoir de nouveaux modes de régulation et d’intégration destinés à établir un nouvel ordre international.(prescriptive) 

                                   

 Acteurs de La gouvernance globale  

Ces nouveaux acteurs, désormais  présents, dans les arbitrages internationaux par le biais des  États avec lesquels ils entretiennent des rapports permanents d’interaction et d’échange, mais encore directement dans des clubs de réflexion et des cercles de décision 

Il s’agit entre autres : 

 -des cénacles de pensée tels le Forum de Davos, qui réunit chaque année des chefs d’entreprise, des personnalités politiques, des dirigeants syndicaux, des banquiers, des experts (global leaders), pour réfléchir à l’état du monde et tracer des perspectives d’évolution 

-(ONG) l’associées aux travaux des organisations internationales, qui tendent de plus en plus à s’ouvrir vers l’extérieur : le processus d’accréditation auprès des Nations Unies donne ainsi aux organisations non gouvernementales qui en bénéficient un statut consultatif qui leur permet de participer aux activités de l’Organisation; 

- Plus significativement enfin, ces nouveaux acteurs sont associés aux grands choix internationaux, qui ne relèvent plus des seuls États : les ONG ont ainsi pris une part active à la réflexion sur les grands problèmes internationaux et à l’élaboration corrélative des normes nouvelles du droit international; de même, les négociations directes menées au sein de l’OMC impliquent bel et bien les grands opérateurs internationaux, qui utilisent les États comme instruments d’action pour faire prévaloir leurs vues. 

 Le concept de « gouvernance globale » permet de rendre compte de ces mécanismes complexes d’interaction qui se déroulent entre une multiplicité d’acteurs, publics et privés, en vue de parvenir à des règles du jeu élaborées collectivement : l’ordre international n’est plus seulement le produit des initiatives prises par les États, mais le résultat de compromis négociés entre des acteurs d’origine diverse; renonçant à se prévaloir d’une souveraineté devenue largement illusoire, les États n’apparaissent plus que comme des acteurs parmi d’autres, dont les stratégies sont interdépendantes de celles des autres joueurs

La gouvernance laisse ainsi entrevoir l’image : 

-      d’un monde intégré, dans lequel les États, régulés plutôt que régulateurs, sont pris dans les mailles d’un jeu dont la maîtrise désormais leur échappe. Néanmoins, si elle rend bien compte de la transformation des modes de régulation de la vie internationale induite par la dynamique de la mondialisation, elle ne signifie pas plus la mise entre parenthèses des États que l’élimination des rapports de force de la vie internationale : non seulement les États restent des acteurs essentiels, dont la médiation est plus que jamais nécessaire, mais encore l’idée d’un monde pacifié par les vertus de la gouvernance reste une vue de l’esprit; 

  

 

3-la Good -Governance (la bonne gouvernance ) 

Dans première monture la bonne gouvernance a été  prônée  par les bailleurs de fonds internationaux comme instruments de réforme des institutions des pays en développement Cette bonne gouvernance a mis l’accent sur la « gestion saine du développement » exigeant « l’instauration de normes et d’institutions assurant un cadre prévisible et transparent pour la conduite des affaires publiques et obligeant les tenants du pouvoir à rendre des comptes » avant de s’élargir pour couvrir un éventail beaucoup plus large 

Ce que recouvre la notion de gouvernance 

La gouvernance a une dimension descriptive et une dimension prescriptive qui s’entremêlent et sont en réalité indissociables. Le thème de la gouvernance recouvre 

 

1-    un projet de redéfinition du statut de l’État 

2-     ce projet de « bonne gouvernance » a alimenté un processus de réforme des institutions étatiques dans les pays en développement; 

3-    il s’est traduit aussi dans les pays développés par la redéfinition en profondeur de la place et du rôle de l’État, faisant l’objet d’un remarquable consensus politique. Dès lors, le paradigme de la gouvernance devient 

4-    une grille d’analyse pertinente pour décrire les mutations qui vont affecter les appareils d’État à partir des années 1980 et qui se caractérisent en fin de compte par une forte convergence. 

5-     Sous-produit de la mondialisation, ces mutations sont à première vue conformes aux nouvelles règles du jeu international : placés dans un contexte d’interdépendance élargie, les États sont contraints de redéfinir leurs principes d’organisation et d’action; 

6-     la « bonne gouvernance » des États dans l’ordre interne apparaît comme une condition de la bonne gouvernance mondiale 

  

La Problématique de gouvernance recouvre donc  deux inflexions principales : 

a- l’État n’est plus seul maître à bord; il est contraint, sur le plan externe comme sur le plan interne, de tenir compte de l’existence d’autres acteurs, qui sont amenés à participer, d’une manière ou d’une autre, dans un cadre formel ou de façon informelle, à la prise des décisions. La gouvernance implique donc un décloisonnement entre public et privé, mais aussi entre les différents niveaux (international, régional, national, local). Ces différents acteurs divers vont être associés aux processus décisionnels : 

b—La bonne gouvernance  signifie que les solutions consensuelles, reposant sur l’accord des différents acteurs, vont être systématiquement préférées aux formules de type autoritaire : les choix seront le résultat de négociations et de compromis, prenant en compte les points de vue des parties en présence; renonçant à faire prévaloir ses vues, l’État accepte de discuter sur un pied d’égalité avec des partenaires, dans le cadre d’un processus d’élaboration collective. 

La gouvernance relève ainsi d’une approche pluraliste et interactive de l’action collective : elle signifie qu’aucun acteur ne saurait à lui seul maîtriser les processus décisionnels ; prenant acte de la complexité des problèmes et de l’existence de pouvoirs multiples, il s’agit de coordonner leur action et d’obtenir leur coopération.  

 

 

Quelques principes de bonne gouvernance 

5 principes cumulatifs sont à la base  d’une bonne gouvernance : 

-Principe 1 : Ouverture des institutions en adoptant transparence dans le processus décisionnel et assurant systématiquement la communication des décisions prises . 

Principe 2 : Participation à travers l’implication systématique des citoyens l’élaboration et la mise en œuvre des politiques; 

Principe 3 :Responsabilisation des différents acteurs dans le processus décisionnel qui doivent avoir une vision nette de leurs rôles respectifs dans le processus décisionnel. Chaque acteur concerné doit ensuite assumer la responsabilité du rôle qui lui est dévolu; 

 

Principe 4 : Efficacité par la prise des décisions au niveau et au moment appropriés, et produire les résultats requis; 

 

Principe 5 : cohérence: les diverses politiques et stratégies  menées doivent être cohérence entre elles ainsi que leurs mises en œuvre 

 

 

Indicateurs pour calculer des«indices» de bonne gouvernance : 

Parce que le système de bonne gouvernance doit être constamment amélioré des indices doivent le mesurer. Or,on peut améliorer que ce qu’on peut mesurer . 

Ces indicateurs sont,entre autre : 

1- la qualité de la représentation politique, 

2- l’efficacité des institutions, 

3- l’Etat de droit, 

4- l’efficacité et l’étendue du pouvoir exécutif, 

5- le degré incitatif des investissements (fiscalité, partenariat public privé ou transparence, par exemple) ainsi que 

6- le niveau de lutte contre la corruption. 

De nombreuses sous-rubriques 

ont également été établies pour évaluer plus en détail 

1- le pluralisme politique, 

2-l’équilibre des pouvoirs, 

 3-l’indépendance des partis et de la presse, 

4- la crédibilité électorale 

5-ou l’efficacité des services publics. 

Les résultats ont été examinés au regard d’un nouveau concept d’Etat compétent 

Normes universelles 

Les résultats obtenus par l’application de ces indices sont analysées au regard d’un concept nouveau Etat compétent  «d’Etat compétent» forgé selon des normes que l’on peut qualifier d’universelles et qui doit pouvoir :. 

      1-«renforcer les capacités humaines et institutionnelles des parlements»

 2-d’assurer «l’autonomie du pouvoir judiciaire»

3-de «réduire les pesanteurs bureaucratiques et 

4-de supprimer les occasions de corruption» dans le secteur public 

5-«supprimer les entraves à l’action des entreprises privées», 

6-de «susciter l’émergence de médias crédibles et responsables», voire de 

7-«tirer le meilleur parti des modes traditionnels de gouvernance», mais aussi celui des nouvelles technologies de communication pour promouvoir une «cybergouvernance». 

 

 

Critères de jugement d’un système de bonne gouvernance  

On peut juger qu’un système de gouvernance est bon lorsque, entre autres : 


 la politique macroéconomique est stable, 

 le secteur public est géré efficacement, 

 les lois et les libertés sont respectées, 

 le gouvernement et les services publics rendent compte de leur gestion et mettent les informations à la disposition du public, 

 les organes législatifs sont forts et exercent un réel contrôle sur l’action gouvernementale, 

 le pouvoir judiciaire reste indépendant pour jouer véritablement son rôle, 

 les composantes de la société civile participent aux décisions et aux initiatives concernant à la fois le développement et la gestion des affaires publiques, 

 le pouvoir est régulièrement transféré et un système d’alternance pacifique existe, avec une bonne représentation des différentes sensibilités. 

11-Conditions bonne gouvernance 

1- Des institutions démocratiques -et impartiales, -La démocratie a pour éléments constitutifs : 

- le pluralisme, 

- la concurrence, 

-les élections libres au suffrage universel, 

 -le constitutionnalisme 

2-la diffusion d’informations auprès du public, 

 3-la transparence des procédures de décisions, 

4-la participation des acteurs 

5-une gestion efficace des ressources, 

 6-la compétence d’expertise, 

 7-l’obligation de rendre des comptes, 

8-l’intégrité

       9- le respect des droits de l’Homme 

 MMohamed Ould Mohamed El Hacen 

   Pr d’Université  de Nouakchott 

                                       




19012010

Modernité haal poular, « traditionnisme » maure dans un état intégrateur 

L’homme est normativement programmé à vivre avec une conscience influencée par une concorde unanime, un consensus contraint et forcé – une source unique de valeurs partagées. Les préceptes d’une communauté faite d’intersubjectivité restreignent souvent la latitude d’une mise en forme de projet, de vie individualiste. Dans le déroulement d’une existence collective, le « Nous » enveloppe le « je ». Le dernier est dénué de sens. Dans cette perspective, la société haal poular appartient aux exceptions : ces sujets agissants semblent se soustraire à la main mise d’un passé antérieur, c’est-à-dire un espace culturel commun identitaire – une conscience d’ethnie. Ils inaugurent ainsi la modernité, le pouvoir – être – soi-même par delà les traditions, les contextes d’interaction.

L’observation, en effet, de la société haal poular offre un spectacle étrange. Elle ressemble à un nid de fourmis sur lequel, un piéton, par inattention, aurait posé un pied. Affolés, gênés, les fourmis partent isolément dans toutes les directions. Pour mieux encore imager notre réflexion, nous dirons que cette société est identique à une montagne dont on a fait sauté le flanc de sorte que partout gisent des débris de rocher épars chacun dans son territoire, dans sa logique avec son talent, dans son expérience personnelle… Cette situation nous invite à parler d’égarement dans un labyrinthe où le fil d’Ariane ne tient plus, ne conduit plus. Rien en tous cas ne permet plus d’éviter les césures, le délaissement, la désaffection. Ceux-ci dévastent, assombrissent, occultent, à regret, la monté en puissance de nouvelles directions au sein desquels aurait pu se dessiner une thérapie apte à désamorcer cet ulcère. Ma conviction la mieux ancrée, c’est que comme ça le haal poular ne va nulle part. Je veux dire que l’absence d’épaisseur de relation de proximité vicinale significative laisse entrevoir un « suicide de la société ». Et puis que tout para-doxe sollicite de notre part un questionnement, nous sommes saisis par l’envie de savoir pourquoi et comment en est-on arrivé là ? Pour dire différemment, pourquoi le haal poular a toujours l’œil rivé au particulier ?

Nous pensons, comme postulat, que le contact historique, séculier avec les modes d’aperception de l’école coloniale, source de diffusion des valeurs issues de la révolution française, a beaucoup contribué à l’émergence de ce gout excessif du singulier. Dans sa volonté en effet d’assimiler le négro mauritanien, le colon a eu l’intuition d’ériger des structures scolaires à Kaédi (1887), à Sélibaby (1912), à Boghé (1919) déstructurant ainsi un imaginaire collectif de référence auquel il supplanta le sien propre. Ainsi, le refus de se noyer dans la communauté, n’est-il pas expression d’une autonomie que définit une citoyenneté moderne ? Transcender les clivages ethniques, leur imaginaire et isolement pour plonger dans l’espace commun national, un « Etat unitaire » n’est-ce-pas la marque véritable d’une citoyenneté républicaine ?

La citoyenneté en effet « reconstruit l’individu sur un mode contractuel par lequel chacun s’unissant à tous n’obéit qu’à lui-même ». Elle se signale par une latitude éthique représentée par une liberté de faire de sa vie la meilleure vie possible. Ainsi, l’individu est « un sujet de droit » affranchi du joug de la communauté, disposant d’ « une possibilité de choix et une capacité de critique ». De ce point de vue, le haal poular serait un sujet moderne privilégiant l’individuel parce qu’ayant intériorisé un « ensemble de modèles culturels de valeurs spécifiques qui définissent une identité personnelle liée à une identité collective. » En tout cas, l’inexistence de « base d’affinité » ethnique, des propensions à des réflexes de solidarité ethnique est manifeste chez le haal poular. En ce sens, il est moderne, serviteur d’un Etat moderne, rationnalisateur, intégrateur, encadreur, unificateur.

L’observation des faits montre, par contre, que le compatriote maure, dans ses postures morales, politiques, économiques reste extrêmement sensible au contrôle tribal. Celui-ci prend le dessus sur l’Etat. Il est courant de le voir s’adonner, souvent la mort dans l’âme, à des pratiques irrationnelles à contre-courant des exigences de l’Etat : recruter et promouvoir les éléments de la tribu sans que le besoin ne se fasse sentir. On arrive ainsi à une hypertrophie de personnel inessentiel. Si donc son Excellence le Président Mohamed Ould Abdel Aziz a milité en faveur de la transmutation de cette valeur, c’est que cet héritage ancestral fait obstacle à l’établissement d’un Etat unitaire au sein duquel les anciennes barrières tribales ethniques seraient rationnellement transcendées en faveur d’une condition générale de reconnaissance mutuelle, d’égalité de chance. C’est dire aussi que l’autorité de l’Etat, espace commun national, est aux antipodes des traditions séculières. Cette autorité doit mettre en scène une société civile forte aspirant à l’exercice de sa citoyenneté et apte à jeter dans l’ombre des inégalités qui font écran à l’instauration d’une démocratie saine, source de vie de nos Etats africains multiethniques.

Sy Alassane Adama

Philosophe







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