Le climat d’affaires en Mauritanie

25052012
Par Mohamed Fouad Barrada
Je  reviens  d’abord sur une étude  bien qu’effectuée en 2006-2007  par la Banque Mondiale  sur 237 entreprises industrielles formelles et 124 petites entreprises informelles, elle reste, à mon avis,  d’actualité et représentative de la situation économique du pays.
 Chez nous, « la productivité  du travail est au-dessous de la moyenne comparée  aux pays à revenu intermédiaire hors de la région Afrique.   Les firmes manufacturières en  sont peu productives: la productivité du travail et du capital est faible. Tout ceci implique que les performances à l’exportation et la rentabilité des firmes manufacturières sont limitées. Ce constat d’une faible productivité n’est malheureusement pas restreint à l’industrie manufacturière, la productivité dans les autres secteurs de l’économie reste assez faible. Ceci pose le problème des éléments limitant la croissance de la productivité en Mauritanie. »
Selon toute vraisemblance, les principales contraintes du monde d’affaires mauritanien  sont  respectivement : la corruption et ses coûts sur le chiffre d’affaires ; l’inefficacité  de la réglementation,  l’insécurité juridique ; l’instabilité politique, les attaques de AQMI ,    la  défaillance des facteurs de production( capital et travail) , la quasi inexistence de l’épargne,   manque d’ infrastructures efficientes  (électricité, port, transport) et cela  malgré les efforts entrepris pour  y remédier.
Des experts préconisent, cependant, une série de mesures allant dans le sens d’une incitation au développement régional, l’encouragement de jeunes prometteurs et des petits métiers, la défiscalisation et la prise en charge des contributions patronales. Les entreprises qui ont une activité axée sur l’exportation seront favorisées par un régime fiscal assoupli. Ces entreprises doivent bénéficier d’une exonération sur le bénéfice industriel et commercial et l’impôt minimum forfaitaire pendant les 10 premières années de leurs activités et le payement de 50% de leurs droits à partir de la 11ième année.
S’agissant  de l’encouragement des jeunes promoteurs et des petits métiers, des critères ont été  dévoilés pour renforcer les qualifications de ces jeunes. Ceux qui ont l’expérience ou les qualifications requises, devront réaliser et assumer la gestion de leurs  projets. Parmi les jeunes à encourager  il faut adopter  des critères tels que :   enfants d’agriculteurs, de pêcheurs ou d’artisans, ayant un âge ne dépassant pas 40 ans et/ou exerçant leur activité principale dans les domaines de l’agriculture, de la pêche ou de l’artisanat ainsi  que les techniciens diplômés des établissements d’enseignement ou de formation agricole, de pêche ou d’artisanat.
Pour ce qui est  de la contribution du  secteur bancaire  aux financements des investissements, la barre de celui-ci   dépasse  difficilement  les  6 % de  financement des actifs à long terme alors que suivant les secteurs, 62 à 83% des ressources de financement  des entreprises pour l’investissement sont couverts par des capitaux propres (d’après  l’étude susmentionnée).
En outre,  je crois fort  que le taux d’intérêt excessif appliqué par les banques commerciales  freine  la relance économique en Mauritanie. Des réformes devront être entreprises dans le sens de la création des activités à travers des crédits productifs et prometteurs selon les mécanismes du « capital risque ».
Ainsi,  la Mauritanie compte  13  banques  avec un taux de bancarisation  de 5 % seulement. À quelques  exceptions près,  ces  banques ont une particularité spécifique, c’est celle du monopole du secteur bancaire pour consolider d’autres activités exercées  par les actionnaires principaux de ces mêmes structures bancaires.
Une  réforme bancaire a été, certes, entamée par la Banque centrale,   mais l’organisation du secteur souffre toujours d’un dysfonctionnement qui ne dit pas son nom. Si  l’on en croit un banquier de la place,  un tel dysfonctionnement est imputé, en partie,  à la rigidité des procédures privant à titre d’illustration les banques privées   de se procurer de la devise  nécessaire pour leur développement.
Personne  ne  peut réfuter, par ailleurs,   que la mise à niveau  de l’économie, l’indépendance de l’appareil  judiciaire,  l’instabilité politique  et la lutte contre la corruption demeurent  indispensables pour le drainage de l’investissement.
Toutefois, les sanctions à l’encontre des  corrompus et corrupteurs  ne sont  guère de mise dans le pays, et si elles existent, elles servent, semble-t-il,  à  régler les comptes  à  certains ou à  maintenir le statuquo à travers  un ostracisme renforcé par un populisme ambiant.
SOURCE :  Magazine mauritanies1 du 5 avril 2012



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10052012

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La mobilité urbaine de la ville de Nouakchott

4042012

Par Mohamed Fouad Barrada
Entre l’océan  et  le désert,  la capitale mauritanienne s’est édifiée sur une planimétrie presque  plane, elle est limitée  par un cordon dunaire en face du  littoral  marin à l’Ouest  s’étendant sur une  largeur d’environ 150 m avec une végétation naine. Celui-ci  constitue pratiquement l’unique  protection de la ville contre des  inondations  qui pourront être causées  par d’éventuelles ras de marrées.
Ce cordon  naturel a fait, pourtant,   depuis plusieurs  années l’objet d’agressions intensives   dues notamment  aux prélèvements de matériaux de construction, (du  sable).
Aussi à  une altitude située en plusieurs endroits en dessous du niveau de la mer, juste derrière ce cordon se trouve  un vaste espace en large  de quelques kilomètres, dénommé   Sebkha, dans la partie Occidentale de la ville.
Ainsi, cette ville est  également  déterminée par  plusieurs cordons dunaires successifs allongés Nord-Ouest, Sud-ouest avec des attitudes qui   peuvent atteindre  jusqu’à une vingtaine de mètres et la majorité d’entre eux sont encore très mobiles. Et ces cordons sont séparés par des dispositions qui forment le site sur lequel est bâtie la ville. « Excepté le plateau gréseux enterré sous une couche mince  de sable argileux (dans la dépression de type Sebkha), les sols de Nouakchott se composent en surface soit des  strates de faluns coquillers fossilisés,  soit de sable fin ». Quelle mobilité urbaine pour Nouakchott ?
A partir des années  1960, la ville de Nouakchott a connu une évolution  urbaine rapide entrainant   un changement radical de l’espace urbain  de la ville.  Cette situation a  été au début sollicitée par l’Etat voulant le peuplement de cette nouvelle capitale naissante provoquant au départ l’entassement  de  milliers de tentes endommagées  autour du centre de la ville. Ensuite les cycles de sécheresse dans les années soixante dix, quatre vingt ont bouleversé cette situation, et cela par  un effet d’habitat spontané rendant difficilement l’absorption  des flux  migratoires aux conséquences néfastes   sur le mode de structuration, d’organisation spatiale de la ville. L’extension de la ville s’est faite le long des grands axes routiers reliant la capitale à  l’intérieur du Pays.
Ce changement a eu comme effet une vraie problématique de la mobilité urbaine due essentiellement au manque d’un plan d’aménagement du territoire prévoyant les perspectives de l’accroissement de la ville.    En effet, le centre ville de Nouakchott concentre l’essentiel des activités administratives et commerciales.
En fait, une étude a été lancée  en juin 2006 par la cellule de la coordination  dans le cadre du programme du développement urbain.  Le maître d’ouvrage  de ladite étude est la Communauté Urbaine de Nouakchott (établissement à vacation intercommunale   regroupant 9 communes au niveau de la capitale Nouakchott). Cette étude s’inscrit  dans le cadre du  processus  de décentralisation, la loi n°51- 2001  du 19 juillet 2001  attribuant  à la Communauté Urbaine de Nouakchott  la compétence  en matière  notamment d’organisation du transport urbain d’aménagement et d’entretien de la voirie , de signalisation routière , de stationnement, etc.
L’étude de la mobilité urbaine  a montré   que les transports collectifs  à Nouakchott souffraient  de plusieurs dysfonctionnements, car jusqu’à une date récente ils ne fonctionnent pas  dans une perspective de service public. Son mode de fonctionnement bien qu’il n’engage aucun risque financier de la part des autorités publiques, il représente  un inconvénient pour les usagers  qui ne disposent pas  en grande partie   d’une autre alternative. Ainsi, l’étude  a  souligné   l’absence de toute  garantie de disposer  du service spécifique sur les liaisons avec la périphérie. Les déséquilibres accrus entre la demande et l’offre, la vétusté des véhicules,  leur inconfort et l’insécurité liée à leur utilisation représentent également un handicap majeur.
Certes, une société  publique de transport urbain en commun a été mise   en service  le 28 novembre 2010 par le gouvernement, mais dont la rentabilité et la pérennité ne sont pas encore assurés.
Le nombre des bus  qui ont été utilisés sont en deçà des besoins.  Ils sont juste 62 bus pour  un besoin de 150 y compris le munis bus.    Et ces bus en fonction ne couvrent  pas  l’ensemble de la capitale faute bien sûr du manque d’infrastructure urbaine routière organisée en sites propres. En outre, ces bus sont une source d’embouteillage   aux  heures de pointes.
Des solutions ont été, par ailleurs,  proposées par l’étude sur la mobilité urbaine. Il s’agit   entres autres de  la planification du système (définition et adaptation  des réseaux  lignes et infrastructure, type de matériel  roulant, horaires, tarification, …) ;  de la mise en place et de l’entretien  du matériel roulant ; la gestion du système  (attribution de concessions   surveillance, statistiques de fréquentation).
En outre, l’architecture  du réseau  urbain principal de Nouakchott  nécessite  une implantation  du réseau en site propre (infrastructure).
En somme, l’étude met en valeur  les mécanismes ci-après :
 L’insertion des différents tronçons en site propres, l’implantation des stations, le renforcement des structures du réseau urbain secondaire,  les infrastructures et matériels roulants, l’implantation des principaux carrefours, l’application d’une vraie  politique de stationnement, le renouvellement  du parc automobile,   la création d’un réseau routier destiné au poids lourd et l’application  d’une réglementation permettant  au poids lourd de circuler dans des axes particuliers.
Cependant,  en matière de gestion urbaine  l’applicabilité de cette étude est du ressort  de la Communauté urbaine de Nouakchott et ses neuf communes.  Celles-ci  ne disposent pas  de ressources humaines et financières nécessaires pour venir à bout de l’application de l’étude en question. D’où la problématique de la gouvernance locale  pour une meilleure mobilité  urbaine de Nouakchott.
Démographie de la ville de Nouakchott  (données de la cellule études et projets de la Communauté Urbaine de Nouakchott)
Année
Population
Taux de croissance
1955
2000
-
1977
134700
32%
1990
420000
8%
 2000
610000
3.7%
2008
850000
3.75%
Plus d’un million d’individus  en 2012
M_barrada@yahoo.fr
Source :mauritanies1 n°21 du mars au 10 avril 2012



Les Echos de Mohamed Fouad Barrada

20022012

De l’emploi  en Mauritanie

Le salon de l’emploi vient de voir le jour en Mauritanie.  Une initiative  à encourager certes, mais dont le mécanisme me semble difficile à mettre en place dans  un pays qui tend vers l’anéantissement de la classe moyenne et son pouvoir d’achat.  Sans épargne, il n’y a pas de développement, d’où la très délicate question de la relance économique  et la place des pauvres sans compétences, ou sans diplômes  dans la reprise.

A en croire  les organisateurs  dudit salon, celui-ci   vise « à rassembler les acteurs en matière d’emploi et de recrutement et à encourager la rencontre entre les employeurs et les spécialistes ciblés, à favoriser l’organisation de sessions de formation, la promotion de la formation professionnelle et technique en tant que moteur essentiel pour la dynamisation de l’emploi et la promotion des compétences locales auprès des sociétés internationales, la promotion de l’auto emploi, la création de petites et moyennes entreprises, la facilitation du mouvement des cadres professionnels au sein des sociétés et à contribuer à la conception et à l’accompagnement de l’exécution de la stratégie nationale d’emploi, à valoriser les potentialités de la Mauritanie et à renforcer le partenariat entre les secteurs public et privé »( ami.mr). 

Voilà un bon discours ! « S’il est réellement concrétisé !? »

Il faut, d’abord,  revenir sur  la définition des critères de la pauvreté chez nous et la capacité de notre économie nationale à absorber les chômeurs.  

Cette capacité  est,  sans contraste,  biaisée par la  situation de guerre imposée par l’insécurité dans les zones sahélo- sahariennes. Et la lutte contre la gabegie et la  rationalité des ressources, leurs orientations, l’indépendance de la  justice, demeurent-elles   l’épine dorsale  de la mise en place  d’une vraie stratégie d’emploi ?  

Deux axes, cependant, à valoriser : le premier est celui de la qualité de l’enseignement  professionnel et académique, quant au  deuxième c’ est incontestablement l’action gouvernementale   permettant d’insérer  les chômeurs et de  suivre leur productivité.

L’expérience  de l’agropastoral  dans la zone  de « chemama »  qui a permis  l’insertion de plusieurs chômeurs à la recherche de l’emploi en  est la seule initiative, pour le moment,  que l’on peut juger juste.

Ainsi, «  étant donné que 24,6 % de la population mauritanienne  s’occupe du commerce[1],  une  structure commerciale qui réalise un chiffre d’affaires dépassant les 2 millions d’ouguiyas peut  bel et bien être dans l’obligation de tenir une comptabilité même si elle n’est pas soumise au régime réel d’imposition (25% du bénéfice pour une  société qui réalise un chiffre d’affaires au delà  de 3 millions). Ce qui permettra, tout simplement, d’insérer un bon nombre de demandeurs d’emploi.  

En gros, soumettre les entreprises nationales  et étrangères à des mécanismes  plus réfléchis d’insertion des chômeurs tout en les insistant à investir représente  la clé de voûte pour relancer les activités économiques. Il faut, néanmoins, alléger les procédures de création des entreprises tout en luttant  contre la fraude fiscale et ‘l’informalisation’  des unités de création d’emploi ». (NDR)

[1] Ce chiffre est issu d’une étude sur  la carte des potentialités de création d’emplois en Mauritanie, restituée pour validation au cours d’un atelier  tenu  le jeudi 8 avril 2010 à Nouakchott. 




Fast Spiders une nouveauté à Nouakchott

12122011

Fast Spiders  une nouveauté à Nouakchott

 

C’est une première, une société  de HI-TECH   vient de  lancer un nouveau produit : les écrans  type  LED dont les spécificités sont rares en Afrique, deux écrans  de ce genre à  Dakar.  A Nouakchott  ils sont 5.

Il s’agit là d’un nouvel  espace  d’affichage moderne  pour la diffusion du contenu  des messages  sur des endroits particuliers.

En effet,  la solution d’affichage  LED grand écran permet  de diffuser les concerts, de la vidéo  en direct, des manifestations  sportives etc., expliquent  les spécialistes en la matière.

L’idée est venue de deux informaticiens jeunes qui ont fait leurs études en informatique et techniques  de communication  au Canada. D’après le directeur de  la société Fast Spiders, Mohamed Ould ALEM, notre objectif  est de développer  les canaux de transmission de message et de la publicité. A travers ce nouveau type de communication électronique adapté  au climat  de notre pays et à ses spécificités, le support communicatif dynamique  sera d’un  grand appui aux institutions étatiques et privées. A titre d’illustration, durant les festivités  de  l’armée nationale nous avons  pu diffuser     le défilé des troupes sécuritaires  sur ce type d’écran, alors que l’institution de l’armée était prête à  débloquer  des fonds pour une telle diffusion. Certes, nous ne sommes pas une entreprise à but non lucratif, toutefois, les entreprises dans ce monde d’aujourd’hui doivent à mon avis   avoir des penchants citoyens.

Quant  a nos services, poursuit-il,  nous avons  plusieurs offres notamment un  forfait :  1 espace  de 10 secondes diffusion  d’un spot  pendant une semaine  ; un espace de 10 secondes , diffusion  pendant  2 semaines et   la durée de diffusion peut aller jusqu’  à  une année .

Pour ce qui est  des   perspectives   à venir le directeur de ladite société confirme que  pour le moment, ils ont lancé des produits d’écran type 5 m2.    Cependant, en 2012  nous allons lancer des écrans  type 20 m2    qui seront  positionnés  dans  des emplacements de choix. Ainsi nous avons tissé des  partenariats avec des entreprises de la sous-région afin de toucher d’autres marchés, conclut-il.




Fast Spiders une nouveauté à Nouakchott

12122011

Fast Spiders  une nouveauté à Nouakchott

 

C’est une première, une société  de HI-TECH   vient de  lancer un nouveau produit : les écrans  type  LED dont les spécificités sont rares en Afrique, deux écrans  de ce genre à  Dakar.  A Nouakchott  ils sont 5.

Il s’agit là d’un nouvel  espace  d’affichage moderne  pour la diffusion du contenu  des messages  sur des endroits particuliers.

En effet,  la solution d’affichage  LED grand écran permet  de diffuser les concerts, de la vidéo  en direct, des manifestations  sportives etc., expliquent  les spécialistes en la matière.

L’idée est venue de deux informaticiens jeunes qui ont fait leurs études en informatique et techniques  de communication  au Canada. D’après le directeur de  la société Fast Spiders, Mohamed Ould ALEM, notre objectif  est de développer  les canaux de transmission de message et de la publicité. A travers ce nouveau type de communication électronique adapté  au climat  de notre pays et à ses spécificités, le support communicatif dynamique  sera d’un  grand appui aux institutions étatiques et privées. A titre d’illustration, durant les festivités  de  l’armée nationale nous avons  pu diffuser     le défilé des troupes sécuritaires  sur ce type d’écran, alors que l’institution de l’armée était prête à  débloquer  des fonds pour une telle diffusion. Certes, nous ne sommes pas une entreprise à but non lucratif, toutefois, les entreprises dans ce monde d’aujourd’hui doivent à mon avis   avoir des penchants citoyens.

Quant  a nos services, poursuit-il,  nous avons  plusieurs offres notamment un  forfait :  1 espace  de 10 secondes diffusion  d’un spot  pendant une semaine  ; un espace de 10 secondes , diffusion  pendant  2 semaines et   la durée de diffusion peut aller jusqu’  à  une année .

Pour ce qui est  des   perspectives   à venir le directeur de ladite société confirme que  pour le moment, ils ont lancé des produits d’écran type 5 m2.    Cependant, en 2012  nous allons lancer des écrans  type 20 m2    qui seront  positionnés  dans  des emplacements de choix. Ainsi nous avons tissé des  partenariats avec des entreprises de la sous-région afin de toucher d’autres marchés, conclut-il.




La Tribune n°573

21112011

La Tribune n°573 dans Actualités pdf 573.pdf




La Tribune 572

21112011

La Tribune 572 dans Actualités pdf copiede572ok311qxd.pdf




Mohamed Ould Abdel Aziz, deux ans après et toujours sans «système»

7082011

Mohamed Ould Abdel Aziz, deux ans après et toujours sans «système» 

Un Président atypique 

 

Décidément, il continuera de nous intriguer. Le Président Mohamed Ould Abdel Aziz ne ressemble à aucun de ses prédécesseurs, surtout pas à celui dont il a été pourtant un collaborateur proche, Ould Taya. Alors qu’on cherche en lui quelqu’un qui ressemble à quelqu’un, on le perd facilement… 

Essai de lire dans un cursus fait de rebondissements… 

 

 

On a longtemps cherché chez ceux qui ont dirigé le pays, un petit quelque chose de Moktar Ould Daddah. Nous avons fini par nous résoudre à oublier «le marabout» et les valeurs qu’il incarnait. 

Vint l’ère du colonel Moawiya Ould Taya qui a été un peu plus longue que celle de Moktar. Elle fut la négation, l’antithèse de celle-là. Le colonel l’a si bien compris qu’il a entrepris très tôt d’opposer les deux périodes. Le livre de François Soudan (Jeune Afrique), «le Marabout et le Colonel», fut le fondement idéologique de cette volonté d’exister en s’opposant au Père, en accomplissant le fameux parricide dont parlent psychanalystes et anthropologues politistes. 

 

Ould Taya, où es-tu ? 

 

Et quand Ould Taya partit, le jeu consista à le chercher à travers ceux qui lui ont succédé. Le colonel Ely Ould Mohamed Val ne s’en démarqua pas et chercha d’ailleurs à réhabiliter certains de ses réflexes, certaines de ses méthodes. Le Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi finira par restaurer quelques piliers de son système. Si bien que quand arrive le Général Mohamed Ould Abdel Aziz, il avait le loisir d’asseoir son action – anticonstitutionnelle du reste – dans le sillage de la volonté politique de résister devant «le retour de la Bête». C’est ainsi que le coup d’Etat du 6 août fut très tôt appelé «mouvement de rectification». Cette appellation qui ne vient pas forcément des soutiens inconditionnels de Ould Abdel Aziz, a fait référence à la dérive de l’acte fondamental qui est celui du 3 août 2005. Ce jour-là, quelques officiers décidaient de mettre fin au régime de Ould Taya qui aura sévi 21 ans durant. 

On avait fini par croire que rien, absolument rien, ne mettrait fin à un régime qui avait pu domestiquer toutes les oppositions, intérieures et extérieures. 

Certes la tentative du 8 juin 2003 avait, quelque peu, fait trembler le régime. Mais elle avait en même temps jeté le désarroi dans les esprits pour deux raisons. La première est qu’on se rendait compte que la chute de Ould Taya allait nécessairement coûter en vie sans pour autant garantir une meilleure relève. La seconde est l’absence de la scène de l’élément politique civil : deux jours durant, alors que le pouvoir était dans la rue, les acteurs politiques avaient choisi de faire «profil bas». Ni le camp du Président Ould Taya n’a manifesté pour le soutenir, ni celui de l’opposition ne l’a fait pour accélérer sa chute. Comme si on signait là la démission définitive des politiques qui avaient fini par s’accommoder des changements que l’Armée opérait. 

Quand arrive le 3 août 2005, la société politique est, dans son ensemble en pourparlers avec Ould Taya. Au nom d’un compromis qu’on disait «historique» et «nécessaire», opposition et majorité étaient en plein débat. On ne peut pas qualifier cela de dialogue parce que la seule personne véritablement concernée, celle qui avait tout en main, à savoir le Président Ould Taya refusait de parler directement avec ses protagonistes, tout comme avec ses partenaires. 

Au matin de ce mercredi-là, c’est la surprise générale. Ce sont bien quelques jeunes officiers – en fait deux : les colonels Mohamed Ould Abdel Aziz commandant du BASEP et Mohamed Ould Ghazwani chef du 2ème bureau de l’Armée – décident de démettre Ould Taya parti en Arabie Saoudite présenter ses condoléances à la suite de la mort du roi Fahd. Trop jeunes pour exercer directement le pouvoir, ils choisissent de faire recours à la classe d’officiers de la génération de ceux qui ont appartenu au comité militaire de salut national en même temps que Ould Taya. Dont principalement le colonel Ely Ould Mohamed Val, compagnon et collaborateur de toujours. Il devient président du comité militaire pour la justice et la démocratie (CMJD). Et nomme son gouvernement. 

 

Le changement malgré nous 

 

Le 8 août 2005, alors que le Président du CMJD n’avait toujours pas prononcé de discours, ni fait la moindre déclaration, c’est le colonel Mohamed Ould Abdel Aziz qui prend l’initiative dans une interview à
la Voix de l’Amérique (reproduite intégralement dans
la Tribune N°267 du 10 août 2005) dans laquelle il annonce avec une lucidité et une détermination remarquables les intentions du CMJD. Offre de neutralité, concertation autour du processus devant être conclu par des élections libres, transparentes et consensuelles. En attendant volonté de rompre avec le passé en jetant les bases d’un ordre nouveau. 

Après ces premiers moments, les déclarations et apparitions publiques de Ould Abdelaziz se feront très rares. Cependant, son influence sur l’armée mauritanienne et sur la vie politique du pays n’a cessé de se renforcer au point que certains voyaient son empreinte partout. On lui prêta d’avoir été à l’origine de la réduction du mandat du CMJD de 24 à 19 mois, d’avoir fait adopter le décret interdisant le comptage des votes blancs lors des présidentiels de 2007, ainsi que le réaménagement de l’armée après les limogeages de quelques Colonels dont Ould Boubacar et Ould El Alem. Ce n’est qu’après s’être assuré de son appui, que le candidat Sidi Ould Cheikh Abdallahi se présenta aux élections présidentielles. Secret et peu bavard, Ould Abdel Aziz semble pourtant bénéficier d’un sens tout militaire de l’organisation et d’un courage à toute épreuve. Et derrière, il pouvait compter sur Mohamed Ould Ghazwani qui est le deuxième homme fort de la nouvelle junte et son compagnon de toujours. 

Que les noms des deux compagnons figurent en troisième et quatrième places sur la liste du CMJD en 2005, ne trompe personne. Tous les observateurs savaient que les véritables auteurs du changement du 3 août étaient ceux-là. Ils semblaient avoir mûri leur action. La seule chose qu’ils avaient mal appréciée était la force d’inertie de l’Appareil. Ils avaient aussi sous-estimé la capacité de nuisance des hommes de cet Appareil. C’est certainement cela qui avait créé le malaise qui avait fini par s’amplifier devenant une crise majeure. Et c’est certainement ce qui avait donné de ces officiers une idée qui n’était pas forcément juste. 

Le 6 août, ils prennent le pouvoir en traînant plusieurs handicaps dont le plus grave n’est certainement pas l’absence de reconnaissance internationale. En fait, l’opinion a toujours jugé qu’ils étaient associés étroitement au pouvoir durant ces quinze derniers mois. Leurs détracteurs sont nombreux : caciques du régime Ould Taya qui les rendent responsables de leur fin, les prétendants «naturels» à l’héritage de Ould Taya (politiques du PRDS, Apparatchiks civils et militaires, vieille garde des comités militaires de l’époque d’exception…), les opposants qui trouvent qu’ils leur ont «volé» leur victoire en soutenant un candidat et «copié» leur discours de changement en se l’appropriant… Et vite ils sont parus comme «les méchants». 

Au lendemain du 6 août 2008, ils ont eu à fournir d’énormes efforts pour inverser l’image que l’opinion avait d’eux. Ils ont été les vrais auteurs du 3 août, alors que la gloire est allée à leurs aînés. Le premier défi pour eux était de refaire l’unité intérieure autour d’eux, de construire un front intérieur capable d’accompagner leurs actions. 

Un putsch n’a jamais été une solution durable à une crise politique. La vraie solution est l’ancrage de la démocratie et le renforcement des institutions existantes. Il ne faut pas oublier que la cause première de la situation qui suivra est l’interférence du CMJD dans le jeu politique de la Transition. Un péché originel pour la jeune démocratie mauritanienne. Qui expliquera le reste. Y compris le putsch du 6 août. 

 

Manœuvres politiques… 

 

La méconnaissance de l’espace politique et la «trop» grande confiance placée dans le Président élu, véritable «poulain», les amènent à baisser la garde au lendemain de l’élection. Le bloc du nouveau pouvoir se fissure. A la présidence se retrouvent quelques rebus du pouvoir civil d’avant juillet 1978, et l’essentiel de la classe politique ayant exercé directement avec Ould Taya. En somme tous les ennemis de ce que Ould Abdel Aziz a fini par incarner : l’Armée et le changement. Raison d’une alliance objective entre les victimes du coup d’Etat de juillet 1978 et celles de celui d’août 2005. 

Les manœuvres commencent. Première étape : s’approprier la Présidence et pour ce faire évincer Zeine Ould Zeidane qui gênait à ce moment-là. Deuxième étape : nommer un chef de gouvernement issu du sérail en constitution et ouvrir ce gouvernement à ceux de l’opposition qui voudrait soutenir l’entreprise de déconstruction en contrepartie de portefeuilles ministériels. Troisième étape : liquider les militaires et s’en libérer définitivement. C’était compter sans le sens de la manœuvre et l’intelligence politique des deux officiers concernés. 

La contre-stratégie se basait sur une déstabilisation constitutionnelle. Mobiliser les élus de l’Assemblée d’abord pour voter la défiance d’un gouvernement jugé incarnation du passé. L’aile politique joue et perd. Inspiré par son nouvel entourage politique, le Président Ould Cheikh Abdallahi descend dans l’arène pour défendre «son» gouvernement au lieu de rester le modérateur du jeu d’influence. 

L’aile militaire a tout loisir à préparer le moment où ce seront les élus qui viendront en grande majorité devant le Président lui dire : «les élus du peuple vous retirent leur confiance». Ce qui augure d’un scrupule certain. Nous en sommes à attendre l’issue politique d’une crise politique somme toute normale dans une transition mal entamée en 2005. 

Survient le 6 août. Au petit matin, le Président Ould Cheikh Abdallahi annonce le limogeage des cinq commandants de corps : Etat Major de la présidence (Général Ould Abdel Aziz), Etat Major national (Général Mohamed Ould Ghazwani), Gendarmerie (colonel Ahmed Ould Bicrine), Garde nationale (colonel Felix Negri) et Sûreté nationale (colonel Mohamed Ould El Hady). 

 

…Et répliques militaires 

 

C’est le premier coup d’Etat que les Mauritaniens suivront en direct. C’est sans surprise qu’on apprend que le chef de la nouvelle junte n’est autre que le Général Mohamed Abdel Aziz, le plus proche des collaborateurs du Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Nous assistons ainsi aux prolongations d’un match dont le coup d’envoi a été donné le 3 août 2005. 

Le Général Ould Abdel Aziz essaye d’abord d’engager avec lui les acteurs politiques majeurs. L’idée d’un «Haut Conseil d’Etat» comprenant cinq civils et cinq militaires, chargés de superviser la constitution d’un gouvernement d’union nationale ayant pour mission de préparer et d’organiser des élections est avancée. Elle est naturellement refusée par les grandes figures politiques. On estime ici que les militaires sont assez faibles, que leurs positions sont indéfendables. Surtout que les condamnations fusent de partout. 

Le Front nationale pour la défense de la démocratie (FNDD) est immédiatement constitué. Composé des partis Adil que dirigeait Yahya Ould Ahmed Waghf, l’Alliance populaire progressiste (APP) du président de l’Assemblée nationale Messaoud Ould Boulkheir, l’Union des forces du Progrès (UFP) de Mohamed Ould Maouloud, Tawassoul de Jemil Ould Mansour… En somme ceux qui ont perdu le pouvoir veulent le reconquérir au nom de la restauration de la démocratie. Même s’ils organisent une résistance interne, ils comptent plus sur la pression extérieure. Et y croient plus. 

Le HCE s’en va à l’intérieur expliquer ses raisons. Les missionnaires du FNDD vont à l’extérieur en quête d’une intervention pour déboulonner les militaires. Le Rassemblement des forces démocratiques (RFD) accompagne le «mouvement de rectification» dans un premier temps. Le nouvel homme fort du pays avait déjà largement recruté dans les rangs du parti de Ould Daddah. Son Premier ministre, la plupart de ses ministres sont passés par les rangs du parti. 

Il faudra attendre les Etats généraux de la démocratie pour voir la rupture s’opérer. Les desseins du Général Mohamed Ould Abdel Aziz sont de plus en plus clairs. L’exigence de non candidature des militaires avancée par le RFD n’est pas adoptée par les EGD. 

Le Général Ould Abdel Aziz qui décide d’accélérer le processus. Il descend lui-même sur le terrain et va à la conquête du pouvoir par les urnes. Il fait un premier tour dans toutes les capitales régionales. 

Le discours est le même : appel à combattre la gabegie et les «moufsidine» (mauvais gestionnaires), à redistribuer les richesses, à rendre au peuple ce qui lui appartient, à investir dans les infrastructures, à faire des réalisations concrètes, à répondre aux attentes des populations… Pour cela rompre les relations avec Israël. Un acte fondateur qui lui vaut le soutien de pans entiers de la société politique. Mais aussi de nombreux pays arabes. 

Multipliant ses sorties, le Général Mohamed Ould Abdel Aziz ne manque pas d’occasion pour fustiger ses adversaires auxquels il fait porter la responsabilité des dérives du passé. Selon lui, ceux qui s’opposent sont les mêmes qui ont, par le passé, organisé le sac du pays. Ils ne peuvent prétendre à aucun statut moral leur permettant de s’instituer «défenseurs de la démocratie». Au terme de ses sorties, le Général Ould Abdel Aziz rappellera toujours que « les problèmes de la Mauritanie ne peuvent être résolus qu’entre Mauritaniens, ceux qui vont à l’étranger mentir et prétendre à une quelconque représentativité n’aboutiront à rien du tout ». Il ira jusqu’à dire à l’adresse de ses adversaires en campagne à l’extérieur : « Les Européens ne votent pas en Mauritanie, ils ne s’y portent pas candidat ». En face, Mohamed Ould Maouloud rétorque dans une dépêche de l’AFP : « la junte veut gagner du temps pour asseoir la dictature militaire en utilisant les armes traditionnelles du pouvoir personnel, que sont les intimidations, la répression et la falsification des faits ». 

 

Guerre contre la mal gouvernance 

 

Inaugurant  une route destinée à désenclaver, le quartier défavorisé de « Dar el Baydha », le Général Ould Abdel Aziz relèvera cette amère vérité : « il est inconcevable que la tonne d’eau continue d’être vendue  dans ces quartiers entre 2.000 et 2.500 UM, alors que son prix à Tevragh Zeina, où vivent les gens aisées, varie entre 180 et 200 UM ». Le Général n’hésitera pas à promettre que la situation va changer dans tous les domaines qui intéressent directement la vie des populations (santé, éducation, infrastructures). En affirmant qu’il a les moyens nécessaires pour honorer ces engagements. Il a jugé que 5% de la population monopolisent les richesses du pays, laissant l’écrasante majorité survivre dans la misère. Avant d’appeler ceux qu’ils considèrent coupables de gabegie de cesser de voler le bien public et de s’opposer à la volonté du peuple qui a accepté de les laisser impunis. « Ils demandent secours à l’extérieur et voyagent sans arrêt mais cela ne résoudra aucun problème pour eux ; ils peuvent faire croire à l’étranger, pendant un certain temps, qu’ils représentent quelque chose en Mauritanie, ils seront démentis ; le temps prouvera qu’ils représentent seulement la gabegie », répète-t-il. « Eux-mêmes savent cela et tout le monde les connaît par leurs actes ; ils n’ont de liens avec les populations qu’en périodes d’élections ». 

Il précise quelque part : «Les contrôles lancés ces derniers mois ont démontré que des centaines de millions ont été détournés». «Nous sommes confus (Ehna Hayriin), nous ne savons pas si on doit envoyer tout ce monde en prison». Le problème de la Mauritanie, affirme-t-il, n’a jamais été un problème de ressources mais plutôt un problème de gestion. « Il est vrai que les espoirs du peuple, fait remarquer le Chef de l’Etat, ont été longtemps déçus par ceux qui avaient eu à gérer ses affaires. C’est pourquoi il est temps que notre peuple prenne conscience de ses véritables intérêts et place sa confiance en ceux qui la méritent. Nous avons le devoir de léguer aux générations futures un Etat fiable fondé sur des bases saines et pérennes « . C’était devant les populations de l’Aftout, le fameux triangle de la pauvreté. La campagne était lancée. Ce que certains appelleront «le populisme du Général» sera payant le moment venu. Le processus d’apaisement aussi… 

Les négociations sont ouvertes. Le Sénégal propose sa médiation. Cheikh Tidjane Gadio réussit là où Kadhafi a échoué. Le Général démissionne et fixe une date pour l’élection présidentielle : 6 juin 2009. Pressions sur tous les protagonistes politiques. Accord de Dakar. Rien ne semble perturber les plans du Général. Pas même l’épisode de la panne de son hélicoptère en plein désert. 24 heures sans nouvelles de lui et pourtant rien de son dispositif n’est remis en cause. La cohésion du HCE est forte. 

C’est sans doute cette impression de diriger le pays et de tenir les rennes du pouvoir. Autre atout fondamental dans la victoire psychologique du futur candidat. Sa stratégie lui permet d’aller aux élections comme candidat gagnant. A l’avance. Une situation unique. Surtout qu’il accepte de confier les portefeuilles de l’intérieur, des finances, de la communication et de la défense à l’opposition. Il peut prendre ce risque. 

Le 18 juillet 2009, c’est la consécration pour Ould Abdel Aziz : il est élu à 52%. Mais les protagonistes politiques refusent de reconnaître les résultats… Le Général devient le Président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz. Son expérience au cœur du pouvoir, puis à la tête de l’Etat lui apprend à savoir sortir des situations les plus risquées. Deux ans de polémiques politiques, de passions déchaînées, d’errements dans les visions… 

 

Après l’An II ? 

 

Aujourd’hui, en l’An II de son règne, nous avons comme l’impression que le Président Mohamed Ould Abdel Aziz a comblé le déficit de reconnaissance : les protagonistes – même les plus acharnés – ont répondu à son appel au dialogue lancé le 28 novembre 2010. Ils ont mis du temps il est vrai, mais les voilà qui ont répondu en faisant une contreproposition. Lui avait dit qu’aucun thème ne serait tabou, l’espoir de voir les choses avancer n’est donc pas interdit. 

Mais il est probable que Ould Abdel Aziz choisisse ceux avec qui il voudra bien composer, ceux à qui il voudra bien faire des concessions pour les associer à la gestion du pays. Parmi eux, il faut compter Messaoud Ould Boulkheir et Boydiel Ould Hoummoid. Le premier pour sa position de président de l’Assemblée nationale et de figure de proue de l’opposition classique, en plus du fait d’être arrivé en deuxième position à l’élection présidentielle de juillet 2009. Le second pour le poids que commence à prendre son parti avec l’afflux de personnalités (élues et non). Arrive ensuite le parti islamiste Tawaçoul qui a longtemps attendu des signes de bonne volonté de la part de Ould Abdel Aziz. 

Au fur et à mesure que les premières élections de l’ère Ould Abdel Aziz approchent, nous avons l’impression que les contours d’un nouveau paysage politique se dessinent. Dès la rentrée, nous aurons probablement deux grands axes : l’un représentant «la normalisation» dans lequel il faut compter les inconditionnels et les opposants acceptant de participer à l’élaboration d’un ordre nouveau ; le second composé de ceux qui veulent bien croire qu’il n’y a pas d’avenir avec Ould Abdel Aziz, ni avec lui ni pour lui. Oubliant que c’est dans une situation de crise que l’homme se meut le mieux. Il l’a prouvé jusqu’à présent. 

A l’exercice, Ould Abdel Aziz a lancé de nombreux projets pour la réalisation d’infrastructures (routières, sanitaires, en eau et électricité…). Il mène la guerre contre la mauvaise gestion sans pour autant définir une stratégie de bonne gouvernance institutionnalisée. Diminuant le train de vie de l’Etat, il essaye de rationnaliser la vie publique par de nombreuses mesures qui ne plaisent certainement pas. 

Mais le grand défi pour la Mauritanie est sécuritaire. Il semble être le mieux placé pour y faire face. Qui assure la sécurité, assure la stabilité. C’est pourquoi, la lutte contre le terrorisme a été une priorité. Elle s’est concrétisée par un effort à trois niveaux : au niveau de l’exercice de la souveraineté nationale sur l’ensemble du territoire national, c’est fait car aucun point du territoire n’échappe aujourd’hui au contrôle des forces armées ou de sécurité ; au niveau de la prévention justifiant les sorties en territoire malien dont l’objectif était bien d’anticiper sur des attaques préparées par AQMI contre la Mauritanie ; au niveau des moyens disponibilisés et de la réhabilitation des forces mobilisées. 

Autre axe de travail, celui de la diplomatie. Avec Ould Abdel Aziz, c’est la vocation naturelle de terre de convergence, de trait-d’union entre l’Afrique noire et l’Afrique du nord, c’est cette vocation qui réapparait. Le Président Ould Abdel Aziz n’a pas raté une seule occasion d’associer la Mauritanie aux réunions au sud du Sahara. Le pays revient peu à peu à son environnement africain qu’il avait dédaigné sous Ould Taya. 

Si l’on devait donner quatre caractéristiques de l’homme Ould Abdel Aziz, on dirait : le franc-parler, la fermeté, la témérité et la détermination. Des qualités autrement perçues par ses détracteurs qui voient en lui un homme «introverti», «emporté», «rustre» et «méprisant». 

Oubliant que cet homme-là les a menés en bateau jusque-là. D’abord pendant la première transition en les emmenant, pour la plupart, à voter Ould Cheikh Abdallahi, un candidat sorti d’on ne sait où. Ensuite en 2008, en jouant l’ordre constitutionnel pour dénoncer le retour en force du système décrié de l’avant août 2005. Enfin en les amenant à signer l’Accord de Dakar et à organiser conjointement des élections où il s’est présenté comme le promoteur du changement contre une alliance contre-nature entre soutiens et opposants de l’ancien régime. 

Deux ans après son investiture, le Président Ould Abdel Aziz désoriente toujours. Faut-il le soutenir en reprenant les anciennes manières et les anciens mots ? Faut-il s’opposer à lui pour attirer son attention ? Quel comportement avoir en face de lui ? Tous les politiques vous avoueront leur incapacité à savoir. Et rares parmi eux ceux qui vous diront que le mieux c’est de rester soi. Encore plus rares ceux qui vous avoueront que ce qui les empêche de fonctionner avec lui, c’est le fait de chercher en lui un autre Ould Taya. Erreur. 

Quand on lui pose une question sur son âge, le comédien Kopeck évite de répondre en rétorquant : «quand je me regarde, je suis inquiet, mais quand je me compare, je suis rassuré». Ce doit toujours être la devise des responsables politiques : toujours inquiets de ne pas avoir tout accompli, toujours rassuré d’avoir évolué par rapport à la situation de départ. 

 

MFO 

 

Encadré : 

Il a dit à La Tribune : 

 

«Par rapport à nos possibilités, ce qui a été fait est attristant. En matière de mauvaise gestion de nos ressources, de rendez-vous manqués, d’occasions ratées, sans parler de la pauvreté des populations, leur ignorance, le manque d’infrastructures de base…» 

 

«C’est triste quand on sait que nous sommes tous responsables de cette situation : de l’analphabète au super-cadre, du planton au haut responsable. Nous avons créé, entretenu, encouragé pour les uns, tandis que les autres n’ont pas décrié, dénoncé s’ils n’ont pas applaudi». 

 

 

«Il faut arriver à un moment où ce sont les populations elles-mêmes qui refuseront de souffrir la prévarication. Il faut voir les usagers des services publics refuser de payer un tribut en contrepartie d’un droit. Les voir se plaindre et manifester ce refus, tout faire pour que cela aille au niveau supérieur». 

 

«Je serai heureux le jour où les gens ne viendront pas me voir pour me demander une licence de pêche, un passe-droit, une faveur, mais pour me poser des problèmes d’ordre communautaires, d’ordre nationaux». 

 

«Avoir 85% de nos diplômés dans les matières scientifiques et techniques surtout que le pays, vu ses richesses minières, est appelé à développer des expertises en la matière pour faire face à la voracité des opérateurs, faire les meilleurs plans de développement et imposer la plus profitable des exploitations de nos richesses». 

 

«Le seul engagement que j’ai, c’est celui que j’ai contracté auprès du peuple mauritanien et qui tourne autour du changement par la lutte contre la corruption, la gabegie, l’ignorance, la pauvreté, l’injustice, la précarité, en définitive pour l’édification d’un Etat moderne au service de ses citoyens et fier d’être lui-même». 

 

«Nous acceptons donc de discuter de tous les problèmes mais pas de partager la prise de décision qui revient de droit à celui dont le programme a convaincu la majorité du peuple mauritanien». 

 

«Ce pays a souffert pendant plus de 20 ans durant, une gestion à la base de laquelle se trouve le mensonge».

 

Source : La Tribune  n°558




Peur sur le monde rural

7082011

 

  

Le ministre du développement rural, Brahim Ould M’Barek a fait le tour des régions concernées par la menace d’une sécheresse. Avec lui le commissaire à la sécurité alimentaire. Des milliers de tonnes ont été distribuées dans les régions touchées. Mais des milliers de têtes ont été touchées. Même les hommes ont commencé à souffrir du retard des pluies en cette saison d’hivernage. 

Yeslem, la cinquantaine, s’étend sur le dos, observant un nuage solitaire, mené par un vent sud-nord (la mousson): c’est généralement bon signe, sinon ce sera le pire » soupire-t-il. Il vient, avec son fils et deux autres employés de ramener leur bétail (près du milliers de bovins) d’une petite marre avoisinante où l’eau « n’est plus que boue » impropre, acculant des éleveurs à déménager un peu plus au sud.
« Ici, à Boubat’ha », (100 km au sud de Tintane au Hodh el Gharby), les pâturages étaient bons aux premières pluies, mais les retenues d’eau y sont inexistantes », regrette-t-il, se reprochant d’avoir cru à un hivernage précoce avec les quelques précipitations enregistrées en début de saison.
Comme lui, des éleveurs pensent déjà à quitter les lieux par manque d’eau. La paille qui s’y trouvait a été balayée par les vents des premiers orages et les petites herbes ayant poussé se sont desséchées sous l’effet des vents chaux et de la forte insolation.
Yeslem jette un regard furtif sur « Oum Dreiga », sa valeureuse vache qui vient de mettre bas et qui ne peut plus se relever. Un frisson le traverse: les gens qui l’ont aidé à la remettre sur pied aujourd’hui pour aller brouter ne seront plus là demain.
Dans toute cette région, l’économie repose sur l’élevage, toujours plus « sentimental » que rentable, principalement celui des bovins dont des centaines de mille descendent du nord vers le sud tous les ans, en période de soudure, allant jusque dans le nord du Mali.
Beaucoup de gens hésitent maintenant à dépasser la frontière eu égard à l’insécurité qui y règne du fait, selon eux, de bandes de voleurs de bétails et probablement de la menace terroriste d’AQMI basée dans ce pays.
La rupture des pluies qui avaient commencé la mi-juin a surpris beaucoup parmi eux. Ils avaient même commis l’erreur de « renvoyer » les provisions d’aliments de bétails qu’ils avaient achetés. Du coup les commerçants ont cessé d’en importer du Mali voisin, suscitant une pénurie généralisée.
« Nous avons envoyé chercher du ‘Rackel’ (aliment de bétail), mais aucun grain n’est plus trouvable ni à Tintane, ni à Kiffa et Aioun », deux grandes villes de leur voisinage, regrette Ahmed, lui aussi très inquiet et prédit la catastrophe « si Allah ne nous pardonne pas ».
Pour le moment la malnutrition n’a pas encore fait beaucoup de dégâts, mais les bêtes commencent à souffrir et à montrer de graves signes de faiblesse, enregistrant déjà quelques pertes.
« Pourtant la météo promettait une année pluvieuse, mais les changements climatiques ont déboussolé la nature », avance Didi, l’homme le plus cultivé du groupe et qui s’est acheté une 4X4 camionnette pour accompagner son bétail.
« On est peut être face à la sécheresse la plus grave depuis les années 80, que Dieu nous préserve du pire » implore-t-il, les mains tendues vers le ciel, seul recours d’un bon musulman en pareille situation.
Face à la crise qui s’annonce, quelle pourrait être l’intervention de l’Etat qui, sans doute, est également pris de vitesse par les évènements?. Il serait difficile de programmer une action à grande échelle en faveur du cheptel menacé à quelques jours seulement du mois d’Août qui est par excellence celui de l’hivernage.
Cependant, beaucoup estiment qu’une politique à long terme mérite d’être envisagée, non seulement pour la prise en charge des crises semblables, l’aide aux éleveurs durant la période de soudure et leur orientation aux fins d’éviter la surexploitation des pâturages, mais surtout pour changer de mode d’élevage.
Désormais, les éleveurs doivent passer d’un mode d’ »élevage sentimental » à celui d’un élevage intensif, avec des encouragements à des formes de fermes et d’enclos où les fourrages seraient présents toute l’année et où la production deviendrait plus importante.
Dans ce cadre, on peut situer la création récente d’un projet d’insémination artificielle annoncée par l’Agence officielle dans la région d’Idini et qui sera étendu au reste du pays « pour une plus grande production de lait et de viande ». 


   ML Ould Sidi Abdallah 

Correspondance particulière 







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