Les Echos de Mohamed Fouad Barrada

4 03 2012

Le calvaire  d’une divorcée

Lorsque des parlementaires  de la majorité ont  sollicité le Président de la République en vue  de  détenir des  passeports diplomatiques  (à eux et  à leurs familles) à l’instar des membres du gouvernement, sa  réponse  était   significative : aucune objection, néanmoins,  cessez, je vous en prie,  de multiplier les mariages, c’est-à-dire, il  faut un minimum d’équilibre familial[1] .  

Selon toute vraisemblance, les femmes mauritaniennes  divorcées en charge d’une famille  sont nombreuses, délaissées à leur propre sort, souvent en chômage, peu instruites et  moins qualifiées en grande partie   pour décrocher un job.  ‘‘Elles souffrent du divorce’’.   Et si elles travaillent ?

 Une femme  arguait : on nous a forcées à travailler à l’extérieur pour contribuer aux dépenses du ménage (voire matérialisme), ou pour subvenir à des besoins, donc les enfants et la maison ont été mis en 2ème place, faute de temps. Mais sommes-nous, hommes et femmes plus heureux de cette situation – cette question restera toujours sans réponse définitive, car elle changera au fil du temps-.  Et pourtant nos femmes cherchent  de plus en plus  la  liberté. Elles  sont souvent dehors !  Elles cherchent  par tous les moyens des mécanismes de vie plus ou moins adaptés aux exigences de la famille. Représentant plus de 51% des mauritaniens, elles sont, semble-t-il, dans l’obligation de travailler ou…

Pour plaire  aux ‘dames’, aux bailleurs de fonds aux…, une discrimination positive  ‘législative’ du pays  leur accorde  plus de 30%  de postes de responsabilités électives. A qui profite cela ? À l’équilibre ethnico-tribal du système ?  Aux  femmes de tel ou tel chef de tribu   ou aux femmes, filles, cousines  d’un  haut responsable ou amis d’un haut gradé de l’armée  … ? 

Une chose est sûre, en Mauritanie, le gouvernement, l’opposition, les groupes de pression tribale relèguent   l’équilibre sociétal du pays au second plan. C’est dire, homme-femme, la protection de la famille, les obligations des uns et des autres pour préserver et  la pérennité et la solidarité de la petite cellule familiale, ‘indépendamment’ de la pression des parents, de la tribu, de la vision  de l’autre ou les autres.

***

En ce mois de mars, mois des festivités des femmes instruites et activistes, j’évoque une illustration, un calvaire d’une  divorcée[2].

En effet, environ minuit, à côté d’une boutique de l’un des  quartiers périphériques de Nouakchott, elle s’accroche à une partie de mon boubou  en me disant vous devriez m’écouter. Après une journée de travail épuisante, je voulais me débarrasser d’elle. Niet Monsieur, me rétorquait-elle, vous devrez m’écouter. 

Aussitôt, je me suis plié  à ses exigences. Il s’agit là, d’une  femme correctement habillée, elle était entourée par une petite foule composée de ses voisins, tous contraints à l’écouter. Elle confirmait, qu’elle a demandé à son ex-mari de lui donner de quoi payer un loyer avoisinant les 40 mille et que cette fois-ci sa ‘‘réplique’’ était négative. La femme en question  semble  assurer le fonctionnement de son foyer. Elle a, entre autres, comme charge une fille à la quinzaine, celle-ci malgré son âge, passe une grande partie de son temps à l’extérieur du ménage, elle a déjà dérobé deux véhicules.  

Derrière cette petite famille toute une histoire, pleine  d’antagonisme. Après un divorce, le degré extrême de la jalousie affectait la ‘conjointe’ qui devient subitement délaissée à la merci de ses créanciers, sans époux, ni travail. Il faut le reconnaitre, en apparence, elle ne  représente aucun symptôme de folie, toutefois, c’est au cours de la discussion que vous vous rendez compte qu’elle dévoile des vérités  arrangées dans un discours parfois incohérent. 

« En Mauritanie, les femmes sont dans l’obligation de soutirer de l’argent, par n’importe quel moyen, elles ne peuvent plus survivre. Elles ne sont plus à l’abri de la catastrophe. L’autre jour un jeune homme voulait violer ma fille. Dés lors, j’ai déposé une plainte contre lui, mais,  enfin de compte, je me suis rendue à l’évidence qu’il est de bonne famille, ce qui m’a incité  à renoncer à l’infraction dont on a été victime», martèle-t-elle avec une spontanéité extraordinaire, avant d’ajouter, « certes, ma fille a pris la voiture d’un voisin, elle a fait un tour. Cependant, elle a déjà averti celui-ci qu’il n’a pas le droit de s’arrêter devant notre maison. Tant pis pour lui ».  

Elle poursuit dans un délire appuyé par des revendications ‘bienséantes’. Les temps sont durs, il faut que les associations des droits de l’homme et celles de la protection des familles se mobilisent pour m’aider.  

Ainsi, une autre partie de son discours extériorisait ceci : j’ai démoli mon téléviseur après un rêve  cauchemardesque. Raisons invoquées : chasser une malédiction pouvant toucher la patrie et le président de  la République.

Pourtant, « mon téléviseur était comme un frère, une fille obéissante, une mère », annonce-t-elle, amèrement. 

En somme, ce cas n’est point  dénué de tout fondement. Il est révélateur d’un message, implicite, bien qu’adressé par une inconsciente, il interpelle tout un  chacun.  

 m_barrada@yahoo.fr 


[1] D’après des sources journalistiques 

[2] Les échos de Mohamed Fouad Barrada du  3/O5/2010


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