Peur sur le monde rural

7 08 2011

 

  

Le ministre du développement rural, Brahim Ould M’Barek a fait le tour des régions concernées par la menace d’une sécheresse. Avec lui le commissaire à la sécurité alimentaire. Des milliers de tonnes ont été distribuées dans les régions touchées. Mais des milliers de têtes ont été touchées. Même les hommes ont commencé à souffrir du retard des pluies en cette saison d’hivernage. 

Yeslem, la cinquantaine, s’étend sur le dos, observant un nuage solitaire, mené par un vent sud-nord (la mousson): c’est généralement bon signe, sinon ce sera le pire » soupire-t-il. Il vient, avec son fils et deux autres employés de ramener leur bétail (près du milliers de bovins) d’une petite marre avoisinante où l’eau « n’est plus que boue » impropre, acculant des éleveurs à déménager un peu plus au sud.
« Ici, à Boubat’ha », (100 km au sud de Tintane au Hodh el Gharby), les pâturages étaient bons aux premières pluies, mais les retenues d’eau y sont inexistantes », regrette-t-il, se reprochant d’avoir cru à un hivernage précoce avec les quelques précipitations enregistrées en début de saison.
Comme lui, des éleveurs pensent déjà à quitter les lieux par manque d’eau. La paille qui s’y trouvait a été balayée par les vents des premiers orages et les petites herbes ayant poussé se sont desséchées sous l’effet des vents chaux et de la forte insolation.
Yeslem jette un regard furtif sur « Oum Dreiga », sa valeureuse vache qui vient de mettre bas et qui ne peut plus se relever. Un frisson le traverse: les gens qui l’ont aidé à la remettre sur pied aujourd’hui pour aller brouter ne seront plus là demain.
Dans toute cette région, l’économie repose sur l’élevage, toujours plus « sentimental » que rentable, principalement celui des bovins dont des centaines de mille descendent du nord vers le sud tous les ans, en période de soudure, allant jusque dans le nord du Mali.
Beaucoup de gens hésitent maintenant à dépasser la frontière eu égard à l’insécurité qui y règne du fait, selon eux, de bandes de voleurs de bétails et probablement de la menace terroriste d’AQMI basée dans ce pays.
La rupture des pluies qui avaient commencé la mi-juin a surpris beaucoup parmi eux. Ils avaient même commis l’erreur de « renvoyer » les provisions d’aliments de bétails qu’ils avaient achetés. Du coup les commerçants ont cessé d’en importer du Mali voisin, suscitant une pénurie généralisée.
« Nous avons envoyé chercher du ‘Rackel’ (aliment de bétail), mais aucun grain n’est plus trouvable ni à Tintane, ni à Kiffa et Aioun », deux grandes villes de leur voisinage, regrette Ahmed, lui aussi très inquiet et prédit la catastrophe « si Allah ne nous pardonne pas ».
Pour le moment la malnutrition n’a pas encore fait beaucoup de dégâts, mais les bêtes commencent à souffrir et à montrer de graves signes de faiblesse, enregistrant déjà quelques pertes.
« Pourtant la météo promettait une année pluvieuse, mais les changements climatiques ont déboussolé la nature », avance Didi, l’homme le plus cultivé du groupe et qui s’est acheté une 4X4 camionnette pour accompagner son bétail.
« On est peut être face à la sécheresse la plus grave depuis les années 80, que Dieu nous préserve du pire » implore-t-il, les mains tendues vers le ciel, seul recours d’un bon musulman en pareille situation.
Face à la crise qui s’annonce, quelle pourrait être l’intervention de l’Etat qui, sans doute, est également pris de vitesse par les évènements?. Il serait difficile de programmer une action à grande échelle en faveur du cheptel menacé à quelques jours seulement du mois d’Août qui est par excellence celui de l’hivernage.
Cependant, beaucoup estiment qu’une politique à long terme mérite d’être envisagée, non seulement pour la prise en charge des crises semblables, l’aide aux éleveurs durant la période de soudure et leur orientation aux fins d’éviter la surexploitation des pâturages, mais surtout pour changer de mode d’élevage.
Désormais, les éleveurs doivent passer d’un mode d’ »élevage sentimental » à celui d’un élevage intensif, avec des encouragements à des formes de fermes et d’enclos où les fourrages seraient présents toute l’année et où la production deviendrait plus importante.
Dans ce cadre, on peut situer la création récente d’un projet d’insémination artificielle annoncée par l’Agence officielle dans la région d’Idini et qui sera étendu au reste du pays « pour une plus grande production de lait et de viande ». 


   ML Ould Sidi Abdallah 

Correspondance particulière 


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