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Mohamed Ould Abdel Aziz, deux ans après et toujours sans «système»

7 08 2011

Mohamed Ould Abdel Aziz, deux ans après et toujours sans «système» 

Un Président atypique 

 

Décidément, il continuera de nous intriguer. Le Président Mohamed Ould Abdel Aziz ne ressemble à aucun de ses prédécesseurs, surtout pas à celui dont il a été pourtant un collaborateur proche, Ould Taya. Alors qu’on cherche en lui quelqu’un qui ressemble à quelqu’un, on le perd facilement… 

Essai de lire dans un cursus fait de rebondissements… 

 

 

On a longtemps cherché chez ceux qui ont dirigé le pays, un petit quelque chose de Moktar Ould Daddah. Nous avons fini par nous résoudre à oublier «le marabout» et les valeurs qu’il incarnait. 

Vint l’ère du colonel Moawiya Ould Taya qui a été un peu plus longue que celle de Moktar. Elle fut la négation, l’antithèse de celle-là. Le colonel l’a si bien compris qu’il a entrepris très tôt d’opposer les deux périodes. Le livre de François Soudan (Jeune Afrique), «le Marabout et le Colonel», fut le fondement idéologique de cette volonté d’exister en s’opposant au Père, en accomplissant le fameux parricide dont parlent psychanalystes et anthropologues politistes. 

 

Ould Taya, où es-tu ? 

 

Et quand Ould Taya partit, le jeu consista à le chercher à travers ceux qui lui ont succédé. Le colonel Ely Ould Mohamed Val ne s’en démarqua pas et chercha d’ailleurs à réhabiliter certains de ses réflexes, certaines de ses méthodes. Le Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi finira par restaurer quelques piliers de son système. Si bien que quand arrive le Général Mohamed Ould Abdel Aziz, il avait le loisir d’asseoir son action – anticonstitutionnelle du reste – dans le sillage de la volonté politique de résister devant «le retour de la Bête». C’est ainsi que le coup d’Etat du 6 août fut très tôt appelé «mouvement de rectification». Cette appellation qui ne vient pas forcément des soutiens inconditionnels de Ould Abdel Aziz, a fait référence à la dérive de l’acte fondamental qui est celui du 3 août 2005. Ce jour-là, quelques officiers décidaient de mettre fin au régime de Ould Taya qui aura sévi 21 ans durant. 

On avait fini par croire que rien, absolument rien, ne mettrait fin à un régime qui avait pu domestiquer toutes les oppositions, intérieures et extérieures. 

Certes la tentative du 8 juin 2003 avait, quelque peu, fait trembler le régime. Mais elle avait en même temps jeté le désarroi dans les esprits pour deux raisons. La première est qu’on se rendait compte que la chute de Ould Taya allait nécessairement coûter en vie sans pour autant garantir une meilleure relève. La seconde est l’absence de la scène de l’élément politique civil : deux jours durant, alors que le pouvoir était dans la rue, les acteurs politiques avaient choisi de faire «profil bas». Ni le camp du Président Ould Taya n’a manifesté pour le soutenir, ni celui de l’opposition ne l’a fait pour accélérer sa chute. Comme si on signait là la démission définitive des politiques qui avaient fini par s’accommoder des changements que l’Armée opérait. 

Quand arrive le 3 août 2005, la société politique est, dans son ensemble en pourparlers avec Ould Taya. Au nom d’un compromis qu’on disait «historique» et «nécessaire», opposition et majorité étaient en plein débat. On ne peut pas qualifier cela de dialogue parce que la seule personne véritablement concernée, celle qui avait tout en main, à savoir le Président Ould Taya refusait de parler directement avec ses protagonistes, tout comme avec ses partenaires. 

Au matin de ce mercredi-là, c’est la surprise générale. Ce sont bien quelques jeunes officiers – en fait deux : les colonels Mohamed Ould Abdel Aziz commandant du BASEP et Mohamed Ould Ghazwani chef du 2ème bureau de l’Armée – décident de démettre Ould Taya parti en Arabie Saoudite présenter ses condoléances à la suite de la mort du roi Fahd. Trop jeunes pour exercer directement le pouvoir, ils choisissent de faire recours à la classe d’officiers de la génération de ceux qui ont appartenu au comité militaire de salut national en même temps que Ould Taya. Dont principalement le colonel Ely Ould Mohamed Val, compagnon et collaborateur de toujours. Il devient président du comité militaire pour la justice et la démocratie (CMJD). Et nomme son gouvernement. 

 

Le changement malgré nous 

 

Le 8 août 2005, alors que le Président du CMJD n’avait toujours pas prononcé de discours, ni fait la moindre déclaration, c’est le colonel Mohamed Ould Abdel Aziz qui prend l’initiative dans une interview à
la Voix de l’Amérique (reproduite intégralement dans
la Tribune N°267 du 10 août 2005) dans laquelle il annonce avec une lucidité et une détermination remarquables les intentions du CMJD. Offre de neutralité, concertation autour du processus devant être conclu par des élections libres, transparentes et consensuelles. En attendant volonté de rompre avec le passé en jetant les bases d’un ordre nouveau. 

Après ces premiers moments, les déclarations et apparitions publiques de Ould Abdelaziz se feront très rares. Cependant, son influence sur l’armée mauritanienne et sur la vie politique du pays n’a cessé de se renforcer au point que certains voyaient son empreinte partout. On lui prêta d’avoir été à l’origine de la réduction du mandat du CMJD de 24 à 19 mois, d’avoir fait adopter le décret interdisant le comptage des votes blancs lors des présidentiels de 2007, ainsi que le réaménagement de l’armée après les limogeages de quelques Colonels dont Ould Boubacar et Ould El Alem. Ce n’est qu’après s’être assuré de son appui, que le candidat Sidi Ould Cheikh Abdallahi se présenta aux élections présidentielles. Secret et peu bavard, Ould Abdel Aziz semble pourtant bénéficier d’un sens tout militaire de l’organisation et d’un courage à toute épreuve. Et derrière, il pouvait compter sur Mohamed Ould Ghazwani qui est le deuxième homme fort de la nouvelle junte et son compagnon de toujours. 

Que les noms des deux compagnons figurent en troisième et quatrième places sur la liste du CMJD en 2005, ne trompe personne. Tous les observateurs savaient que les véritables auteurs du changement du 3 août étaient ceux-là. Ils semblaient avoir mûri leur action. La seule chose qu’ils avaient mal appréciée était la force d’inertie de l’Appareil. Ils avaient aussi sous-estimé la capacité de nuisance des hommes de cet Appareil. C’est certainement cela qui avait créé le malaise qui avait fini par s’amplifier devenant une crise majeure. Et c’est certainement ce qui avait donné de ces officiers une idée qui n’était pas forcément juste. 

Le 6 août, ils prennent le pouvoir en traînant plusieurs handicaps dont le plus grave n’est certainement pas l’absence de reconnaissance internationale. En fait, l’opinion a toujours jugé qu’ils étaient associés étroitement au pouvoir durant ces quinze derniers mois. Leurs détracteurs sont nombreux : caciques du régime Ould Taya qui les rendent responsables de leur fin, les prétendants «naturels» à l’héritage de Ould Taya (politiques du PRDS, Apparatchiks civils et militaires, vieille garde des comités militaires de l’époque d’exception…), les opposants qui trouvent qu’ils leur ont «volé» leur victoire en soutenant un candidat et «copié» leur discours de changement en se l’appropriant… Et vite ils sont parus comme «les méchants». 

Au lendemain du 6 août 2008, ils ont eu à fournir d’énormes efforts pour inverser l’image que l’opinion avait d’eux. Ils ont été les vrais auteurs du 3 août, alors que la gloire est allée à leurs aînés. Le premier défi pour eux était de refaire l’unité intérieure autour d’eux, de construire un front intérieur capable d’accompagner leurs actions. 

Un putsch n’a jamais été une solution durable à une crise politique. La vraie solution est l’ancrage de la démocratie et le renforcement des institutions existantes. Il ne faut pas oublier que la cause première de la situation qui suivra est l’interférence du CMJD dans le jeu politique de la Transition. Un péché originel pour la jeune démocratie mauritanienne. Qui expliquera le reste. Y compris le putsch du 6 août. 

 

Manœuvres politiques… 

 

La méconnaissance de l’espace politique et la «trop» grande confiance placée dans le Président élu, véritable «poulain», les amènent à baisser la garde au lendemain de l’élection. Le bloc du nouveau pouvoir se fissure. A la présidence se retrouvent quelques rebus du pouvoir civil d’avant juillet 1978, et l’essentiel de la classe politique ayant exercé directement avec Ould Taya. En somme tous les ennemis de ce que Ould Abdel Aziz a fini par incarner : l’Armée et le changement. Raison d’une alliance objective entre les victimes du coup d’Etat de juillet 1978 et celles de celui d’août 2005. 

Les manœuvres commencent. Première étape : s’approprier la Présidence et pour ce faire évincer Zeine Ould Zeidane qui gênait à ce moment-là. Deuxième étape : nommer un chef de gouvernement issu du sérail en constitution et ouvrir ce gouvernement à ceux de l’opposition qui voudrait soutenir l’entreprise de déconstruction en contrepartie de portefeuilles ministériels. Troisième étape : liquider les militaires et s’en libérer définitivement. C’était compter sans le sens de la manœuvre et l’intelligence politique des deux officiers concernés. 

La contre-stratégie se basait sur une déstabilisation constitutionnelle. Mobiliser les élus de l’Assemblée d’abord pour voter la défiance d’un gouvernement jugé incarnation du passé. L’aile politique joue et perd. Inspiré par son nouvel entourage politique, le Président Ould Cheikh Abdallahi descend dans l’arène pour défendre «son» gouvernement au lieu de rester le modérateur du jeu d’influence. 

L’aile militaire a tout loisir à préparer le moment où ce seront les élus qui viendront en grande majorité devant le Président lui dire : «les élus du peuple vous retirent leur confiance». Ce qui augure d’un scrupule certain. Nous en sommes à attendre l’issue politique d’une crise politique somme toute normale dans une transition mal entamée en 2005. 

Survient le 6 août. Au petit matin, le Président Ould Cheikh Abdallahi annonce le limogeage des cinq commandants de corps : Etat Major de la présidence (Général Ould Abdel Aziz), Etat Major national (Général Mohamed Ould Ghazwani), Gendarmerie (colonel Ahmed Ould Bicrine), Garde nationale (colonel Felix Negri) et Sûreté nationale (colonel Mohamed Ould El Hady). 

 

…Et répliques militaires 

 

C’est le premier coup d’Etat que les Mauritaniens suivront en direct. C’est sans surprise qu’on apprend que le chef de la nouvelle junte n’est autre que le Général Mohamed Abdel Aziz, le plus proche des collaborateurs du Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Nous assistons ainsi aux prolongations d’un match dont le coup d’envoi a été donné le 3 août 2005. 

Le Général Ould Abdel Aziz essaye d’abord d’engager avec lui les acteurs politiques majeurs. L’idée d’un «Haut Conseil d’Etat» comprenant cinq civils et cinq militaires, chargés de superviser la constitution d’un gouvernement d’union nationale ayant pour mission de préparer et d’organiser des élections est avancée. Elle est naturellement refusée par les grandes figures politiques. On estime ici que les militaires sont assez faibles, que leurs positions sont indéfendables. Surtout que les condamnations fusent de partout. 

Le Front nationale pour la défense de la démocratie (FNDD) est immédiatement constitué. Composé des partis Adil que dirigeait Yahya Ould Ahmed Waghf, l’Alliance populaire progressiste (APP) du président de l’Assemblée nationale Messaoud Ould Boulkheir, l’Union des forces du Progrès (UFP) de Mohamed Ould Maouloud, Tawassoul de Jemil Ould Mansour… En somme ceux qui ont perdu le pouvoir veulent le reconquérir au nom de la restauration de la démocratie. Même s’ils organisent une résistance interne, ils comptent plus sur la pression extérieure. Et y croient plus. 

Le HCE s’en va à l’intérieur expliquer ses raisons. Les missionnaires du FNDD vont à l’extérieur en quête d’une intervention pour déboulonner les militaires. Le Rassemblement des forces démocratiques (RFD) accompagne le «mouvement de rectification» dans un premier temps. Le nouvel homme fort du pays avait déjà largement recruté dans les rangs du parti de Ould Daddah. Son Premier ministre, la plupart de ses ministres sont passés par les rangs du parti. 

Il faudra attendre les Etats généraux de la démocratie pour voir la rupture s’opérer. Les desseins du Général Mohamed Ould Abdel Aziz sont de plus en plus clairs. L’exigence de non candidature des militaires avancée par le RFD n’est pas adoptée par les EGD. 

Le Général Ould Abdel Aziz qui décide d’accélérer le processus. Il descend lui-même sur le terrain et va à la conquête du pouvoir par les urnes. Il fait un premier tour dans toutes les capitales régionales. 

Le discours est le même : appel à combattre la gabegie et les «moufsidine» (mauvais gestionnaires), à redistribuer les richesses, à rendre au peuple ce qui lui appartient, à investir dans les infrastructures, à faire des réalisations concrètes, à répondre aux attentes des populations… Pour cela rompre les relations avec Israël. Un acte fondateur qui lui vaut le soutien de pans entiers de la société politique. Mais aussi de nombreux pays arabes. 

Multipliant ses sorties, le Général Mohamed Ould Abdel Aziz ne manque pas d’occasion pour fustiger ses adversaires auxquels il fait porter la responsabilité des dérives du passé. Selon lui, ceux qui s’opposent sont les mêmes qui ont, par le passé, organisé le sac du pays. Ils ne peuvent prétendre à aucun statut moral leur permettant de s’instituer «défenseurs de la démocratie». Au terme de ses sorties, le Général Ould Abdel Aziz rappellera toujours que « les problèmes de la Mauritanie ne peuvent être résolus qu’entre Mauritaniens, ceux qui vont à l’étranger mentir et prétendre à une quelconque représentativité n’aboutiront à rien du tout ». Il ira jusqu’à dire à l’adresse de ses adversaires en campagne à l’extérieur : « Les Européens ne votent pas en Mauritanie, ils ne s’y portent pas candidat ». En face, Mohamed Ould Maouloud rétorque dans une dépêche de l’AFP : « la junte veut gagner du temps pour asseoir la dictature militaire en utilisant les armes traditionnelles du pouvoir personnel, que sont les intimidations, la répression et la falsification des faits ». 

 

Guerre contre la mal gouvernance 

 

Inaugurant  une route destinée à désenclaver, le quartier défavorisé de « Dar el Baydha », le Général Ould Abdel Aziz relèvera cette amère vérité : « il est inconcevable que la tonne d’eau continue d’être vendue  dans ces quartiers entre 2.000 et 2.500 UM, alors que son prix à Tevragh Zeina, où vivent les gens aisées, varie entre 180 et 200 UM ». Le Général n’hésitera pas à promettre que la situation va changer dans tous les domaines qui intéressent directement la vie des populations (santé, éducation, infrastructures). En affirmant qu’il a les moyens nécessaires pour honorer ces engagements. Il a jugé que 5% de la population monopolisent les richesses du pays, laissant l’écrasante majorité survivre dans la misère. Avant d’appeler ceux qu’ils considèrent coupables de gabegie de cesser de voler le bien public et de s’opposer à la volonté du peuple qui a accepté de les laisser impunis. « Ils demandent secours à l’extérieur et voyagent sans arrêt mais cela ne résoudra aucun problème pour eux ; ils peuvent faire croire à l’étranger, pendant un certain temps, qu’ils représentent quelque chose en Mauritanie, ils seront démentis ; le temps prouvera qu’ils représentent seulement la gabegie », répète-t-il. « Eux-mêmes savent cela et tout le monde les connaît par leurs actes ; ils n’ont de liens avec les populations qu’en périodes d’élections ». 

Il précise quelque part : «Les contrôles lancés ces derniers mois ont démontré que des centaines de millions ont été détournés». «Nous sommes confus (Ehna Hayriin), nous ne savons pas si on doit envoyer tout ce monde en prison». Le problème de la Mauritanie, affirme-t-il, n’a jamais été un problème de ressources mais plutôt un problème de gestion. « Il est vrai que les espoirs du peuple, fait remarquer le Chef de l’Etat, ont été longtemps déçus par ceux qui avaient eu à gérer ses affaires. C’est pourquoi il est temps que notre peuple prenne conscience de ses véritables intérêts et place sa confiance en ceux qui la méritent. Nous avons le devoir de léguer aux générations futures un Etat fiable fondé sur des bases saines et pérennes « . C’était devant les populations de l’Aftout, le fameux triangle de la pauvreté. La campagne était lancée. Ce que certains appelleront «le populisme du Général» sera payant le moment venu. Le processus d’apaisement aussi… 

Les négociations sont ouvertes. Le Sénégal propose sa médiation. Cheikh Tidjane Gadio réussit là où Kadhafi a échoué. Le Général démissionne et fixe une date pour l’élection présidentielle : 6 juin 2009. Pressions sur tous les protagonistes politiques. Accord de Dakar. Rien ne semble perturber les plans du Général. Pas même l’épisode de la panne de son hélicoptère en plein désert. 24 heures sans nouvelles de lui et pourtant rien de son dispositif n’est remis en cause. La cohésion du HCE est forte. 

C’est sans doute cette impression de diriger le pays et de tenir les rennes du pouvoir. Autre atout fondamental dans la victoire psychologique du futur candidat. Sa stratégie lui permet d’aller aux élections comme candidat gagnant. A l’avance. Une situation unique. Surtout qu’il accepte de confier les portefeuilles de l’intérieur, des finances, de la communication et de la défense à l’opposition. Il peut prendre ce risque. 

Le 18 juillet 2009, c’est la consécration pour Ould Abdel Aziz : il est élu à 52%. Mais les protagonistes politiques refusent de reconnaître les résultats… Le Général devient le Président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz. Son expérience au cœur du pouvoir, puis à la tête de l’Etat lui apprend à savoir sortir des situations les plus risquées. Deux ans de polémiques politiques, de passions déchaînées, d’errements dans les visions… 

 

Après l’An II ? 

 

Aujourd’hui, en l’An II de son règne, nous avons comme l’impression que le Président Mohamed Ould Abdel Aziz a comblé le déficit de reconnaissance : les protagonistes – même les plus acharnés – ont répondu à son appel au dialogue lancé le 28 novembre 2010. Ils ont mis du temps il est vrai, mais les voilà qui ont répondu en faisant une contreproposition. Lui avait dit qu’aucun thème ne serait tabou, l’espoir de voir les choses avancer n’est donc pas interdit. 

Mais il est probable que Ould Abdel Aziz choisisse ceux avec qui il voudra bien composer, ceux à qui il voudra bien faire des concessions pour les associer à la gestion du pays. Parmi eux, il faut compter Messaoud Ould Boulkheir et Boydiel Ould Hoummoid. Le premier pour sa position de président de l’Assemblée nationale et de figure de proue de l’opposition classique, en plus du fait d’être arrivé en deuxième position à l’élection présidentielle de juillet 2009. Le second pour le poids que commence à prendre son parti avec l’afflux de personnalités (élues et non). Arrive ensuite le parti islamiste Tawaçoul qui a longtemps attendu des signes de bonne volonté de la part de Ould Abdel Aziz. 

Au fur et à mesure que les premières élections de l’ère Ould Abdel Aziz approchent, nous avons l’impression que les contours d’un nouveau paysage politique se dessinent. Dès la rentrée, nous aurons probablement deux grands axes : l’un représentant «la normalisation» dans lequel il faut compter les inconditionnels et les opposants acceptant de participer à l’élaboration d’un ordre nouveau ; le second composé de ceux qui veulent bien croire qu’il n’y a pas d’avenir avec Ould Abdel Aziz, ni avec lui ni pour lui. Oubliant que c’est dans une situation de crise que l’homme se meut le mieux. Il l’a prouvé jusqu’à présent. 

A l’exercice, Ould Abdel Aziz a lancé de nombreux projets pour la réalisation d’infrastructures (routières, sanitaires, en eau et électricité…). Il mène la guerre contre la mauvaise gestion sans pour autant définir une stratégie de bonne gouvernance institutionnalisée. Diminuant le train de vie de l’Etat, il essaye de rationnaliser la vie publique par de nombreuses mesures qui ne plaisent certainement pas. 

Mais le grand défi pour la Mauritanie est sécuritaire. Il semble être le mieux placé pour y faire face. Qui assure la sécurité, assure la stabilité. C’est pourquoi, la lutte contre le terrorisme a été une priorité. Elle s’est concrétisée par un effort à trois niveaux : au niveau de l’exercice de la souveraineté nationale sur l’ensemble du territoire national, c’est fait car aucun point du territoire n’échappe aujourd’hui au contrôle des forces armées ou de sécurité ; au niveau de la prévention justifiant les sorties en territoire malien dont l’objectif était bien d’anticiper sur des attaques préparées par AQMI contre la Mauritanie ; au niveau des moyens disponibilisés et de la réhabilitation des forces mobilisées. 

Autre axe de travail, celui de la diplomatie. Avec Ould Abdel Aziz, c’est la vocation naturelle de terre de convergence, de trait-d’union entre l’Afrique noire et l’Afrique du nord, c’est cette vocation qui réapparait. Le Président Ould Abdel Aziz n’a pas raté une seule occasion d’associer la Mauritanie aux réunions au sud du Sahara. Le pays revient peu à peu à son environnement africain qu’il avait dédaigné sous Ould Taya. 

Si l’on devait donner quatre caractéristiques de l’homme Ould Abdel Aziz, on dirait : le franc-parler, la fermeté, la témérité et la détermination. Des qualités autrement perçues par ses détracteurs qui voient en lui un homme «introverti», «emporté», «rustre» et «méprisant». 

Oubliant que cet homme-là les a menés en bateau jusque-là. D’abord pendant la première transition en les emmenant, pour la plupart, à voter Ould Cheikh Abdallahi, un candidat sorti d’on ne sait où. Ensuite en 2008, en jouant l’ordre constitutionnel pour dénoncer le retour en force du système décrié de l’avant août 2005. Enfin en les amenant à signer l’Accord de Dakar et à organiser conjointement des élections où il s’est présenté comme le promoteur du changement contre une alliance contre-nature entre soutiens et opposants de l’ancien régime. 

Deux ans après son investiture, le Président Ould Abdel Aziz désoriente toujours. Faut-il le soutenir en reprenant les anciennes manières et les anciens mots ? Faut-il s’opposer à lui pour attirer son attention ? Quel comportement avoir en face de lui ? Tous les politiques vous avoueront leur incapacité à savoir. Et rares parmi eux ceux qui vous diront que le mieux c’est de rester soi. Encore plus rares ceux qui vous avoueront que ce qui les empêche de fonctionner avec lui, c’est le fait de chercher en lui un autre Ould Taya. Erreur. 

Quand on lui pose une question sur son âge, le comédien Kopeck évite de répondre en rétorquant : «quand je me regarde, je suis inquiet, mais quand je me compare, je suis rassuré». Ce doit toujours être la devise des responsables politiques : toujours inquiets de ne pas avoir tout accompli, toujours rassuré d’avoir évolué par rapport à la situation de départ. 

 

MFO 

 

Encadré : 

Il a dit à La Tribune : 

 

«Par rapport à nos possibilités, ce qui a été fait est attristant. En matière de mauvaise gestion de nos ressources, de rendez-vous manqués, d’occasions ratées, sans parler de la pauvreté des populations, leur ignorance, le manque d’infrastructures de base…» 

 

«C’est triste quand on sait que nous sommes tous responsables de cette situation : de l’analphabète au super-cadre, du planton au haut responsable. Nous avons créé, entretenu, encouragé pour les uns, tandis que les autres n’ont pas décrié, dénoncé s’ils n’ont pas applaudi». 

 

 

«Il faut arriver à un moment où ce sont les populations elles-mêmes qui refuseront de souffrir la prévarication. Il faut voir les usagers des services publics refuser de payer un tribut en contrepartie d’un droit. Les voir se plaindre et manifester ce refus, tout faire pour que cela aille au niveau supérieur». 

 

«Je serai heureux le jour où les gens ne viendront pas me voir pour me demander une licence de pêche, un passe-droit, une faveur, mais pour me poser des problèmes d’ordre communautaires, d’ordre nationaux». 

 

«Avoir 85% de nos diplômés dans les matières scientifiques et techniques surtout que le pays, vu ses richesses minières, est appelé à développer des expertises en la matière pour faire face à la voracité des opérateurs, faire les meilleurs plans de développement et imposer la plus profitable des exploitations de nos richesses». 

 

«Le seul engagement que j’ai, c’est celui que j’ai contracté auprès du peuple mauritanien et qui tourne autour du changement par la lutte contre la corruption, la gabegie, l’ignorance, la pauvreté, l’injustice, la précarité, en définitive pour l’édification d’un Etat moderne au service de ses citoyens et fier d’être lui-même». 

 

«Nous acceptons donc de discuter de tous les problèmes mais pas de partager la prise de décision qui revient de droit à celui dont le programme a convaincu la majorité du peuple mauritanien». 

 

«Ce pays a souffert pendant plus de 20 ans durant, une gestion à la base de laquelle se trouve le mensonge».

 

Source : La Tribune  n°558


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