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Les Echos de La Tribune Par Mohamed Fouad Barrada

18102010

Un bilan

Durant un  an et quelques mois d’exercice légitime du pouvoir, l’actuel homme fort du pays   semble  s’engager  pour la mise en œuvre  des   projets de grande envergure : les infrastructures, la sécurité  et au moindre degré  la bonne gouvernance.

Les efforts consacrés  aux infrastructures de base notamment routières sont salutaires. A presque un mois du  cinquantenaire de l’indépendance du pays, Nouakchott est en chantier, jour et nuit.  Les actions sont palpables.

Toutefois, la qualité, l’entretien routier  qui devrait être de  l’ordre de 3% du budget   annuel du coût total  de la voirie ‘érigée’,  le système d’assainissent  et de  la pérennité des voies bitumées, suscitent  des questionnements.  En effet, des routes nouvellement construites, il y a  à peine une année, sont déjà défectueuses. Quelle gouvernance ?  

Pour  un pays comme la Mauritanie paralysée, depuis longtemps,  par une gabegie qui gangrenait son système administratif, la bonne gouvernance n’acquiert guère  l’importance adéquate, hormis certaines arrestations, à encourager,  à l’encontre d’une petite poignée de dirigeants civils.

La tâche  n’est pas, tout à fait facile, cependant, si l’on en  croit l’indice  2010 de la gouvernance des 53 pays  africains, rendu public le 4 octobre  dernier, par  la fondation Mo Ibrahim, la Mauritanie occupe  la 38ème place avec une note de 44 sur 100.   Une position mitigée pour un pays qui fait de la lutte contre la gabegie un slogan incontournable. La première note est de 82 (Île Maurice). Celle du Maghreb est en faveur de la Tunisie (8ème) avec une notation de 60,  suivi  du Maroc,  14ème position. 

Concernant la sous-région subsaharienne, le Sénégal est bien positionné avec sa 13ème place et le Mali  est placé en 17ème  position  dans ledit classement,  talonné par  le Burkina Faso, 18ème  position.   

« On s’interroge  aussi sur le fait que  des  pays en Afrique progressent   alors que d’autres,   comme d’ailleurs le nôtre, qui est classé, d’après le  dernier  rapport annuel de l’ONG Transparency International, à la  130ème  position, ‘croupissent ’ comme d’habitude  en  queue  de peloton.  Seuls trois pays africains, le Botswana, Maurice et le Cap Vert,  ont pu réaliser un  bon score. Le reste du continent est pratiquement  mal classé, y figurent dans le bas de la hiérarchie, entre autres, notamment le Tchad, le Soudan, le Burundi, la Guinée équatoriale et les deux Congo.  On s’arrête d’ailleurs sur un constat, à éviter, selon lequel les puissants en Mauritanie n’ont rien à craindre, ‘sans limite’, et les pauvres  n’ont rien à réclamer, rien à dire. » (NDR)

m_barrada@yahoo.fr

Source : La Tribune n° 522




Les Echos de La Tribune Par Mohamed Fouad Barrada

16102010

La guerre contenue sous d’autres  formes  

La guerre  contre  Aqmi   mérite urgemment   un débat ouvert et médiatisé. Des questions élémentaires s’imposent alors : la guerre est-elle, religieusement,  légitime? Quelle signification  donnent nos  érudits aux  concepts tels que  martyr ?  Qu’en est-il des enjeux pétroliers et  leurs  retombées sur la stabilité du pays ?       

D’aucuns considèrent  que  le champ de bataille  des oulémas, à l’encontre d’AQMI, est purement ‘interprétativiste’. Certains parmi eux sont déjà  engagés dans  des dialogues  qui ont permis la libération des détenus salavistes.   

Jusque là, la position de ‘moufti’ de la République Habibou Rahman   qui est  ‘monopolistique’,  nous amène  à solliciter un débat médiatique permettant de confronter   les avis des érudits face à ceux  de Moufti et ceux qui partagent son opinion. 

Théologiquement, si l’on considère les agresseurs comme appartenant à  un courant islamiste, l’interprétation qui en résulte considère, implicitement,  que la guerre avec  AQMI est, tout simplement, illégitime. Puisque selon cette lecture  il est formellement  interdit que des musulmans s’entretuent  entre eux. Dans ce cas, une puissance musulmane intermédiaire devrait pousser l’agresseur -‘frère’ à revenir à la raison. Cela peut, à mon avis, se justifier dans un territoire dominé par une force nationale. Toutefois, si cette force  est attaquée  quelle interprétation avons-nous ?  

Une autre  explication met en relief ceci : 

Tout groupe de musulmans  prenant des armes contre ses  compatriotes  et leurs intérêts est considéré comme étant agresseur. Celui-ci devant soit être exécuté à la peine de mort soit exclu du territoire national. 

Une troisième position qui semble être le champ de bataille   d’AQMI. C’est celle de l’application de la Charia et son imposition. D’où la dichotomie théologienne  sur la tolérance-intolérance vis-à vis  de celui qui tente par la force  d’imposer  la loi de Dieu sur la terre d’islam. Ce  qui peut se justifier selon le positionnement des uns et des autres  dans un contexte d’applicabilité  qui reste pourtant conditionné par le contexte de l’exécution de la loi divine dans des espaces souffrant souvent  des injustices  sociales.          

Des indices  d’une vraisemblance découverte du pétrole dans le  bassin de Taoudenni prouvent, par ailleurs,  les mesures entreprises par l’armée mauritanienne pour attaquer le centre opérationnel des terroristes qui ont déjà déclaré, depuis 2005 une guerre sans merci contre la Mauritanie et son armée.  

Selon toute vraisemblance, ce qui divise, c’est le fait  d’engager avec la France  une guerre   contre les groupuscules d’AQMI. En d’autres termes, l’alliance franco mauritanienne fait, tout simplement, grincer des dents. 

D’où un deuxième  paradoxe géostratégique qui se manifeste par   la logique des moyens qui justifient des fins fortement prônées par Aqmi face  au raisonnement inverse qui bute vers des fins  devant être bien justifiées par des moyens consolidés par la force de frappe  chirurgicale unilatérale ou multilatérale selon les circonstances . 

  m_barrada@yahoo.fr

Source : La Tribune n°520 




Edito de La Tribune

16102010

Khadi n’avait jamais pensé qu’elle pourrait un jour se retrouver en garde-à-vue dans un commissariat. Rien dans on cursus éducatif, ni dans son cheminement mental, encore moins dans son comportement n’indiquait la route des prisons. 

Pour un cursus brillant, celui de Khadi l’est : maths appliquées, doctorat en statistiques, exercice exemplaire des responsabilités qui allaient être les siennes… Pour une éducation modèle, celle de Khadi l’était : incarnant parfaitement le milieu iguidien dont elle est une symbiose, avec le sens de la mesure, l’équité dans le jugement, la relativisation de tout ce qui peut arriver (ilaa ikhsir shi maa ikhsir shi), la pudeur et le respect d’autrui… 

Rien, je vous dis, ne pouvait écarter Khadi du chemin qui mène vers l’accomplissement de soi dans la réalisation du projet de la communauté à laquelle elle appartient… rien ne pouvait la mener là elle s’est retrouvée une nuit durant… 

Tout commence il y a cinq ans. Des appartements près de chez elle, sont dédiés aux rencontres nocturnes, aux rassemblements de gens douteux, aux fêtes qui n’en finissent pas de commencer… autour de ces appartements, un milieu interlope se forme. Plus question pour les gens du quartier de se sentir à l’aise. Le dérangement par le bruit est permanent. La menace est là… Pour Khadi dont la demeure est mitoyenne aux appartements qui deviennent rapidement un lieu de «mécréances»… 

Khadi croit à l’ordre. Elle s’adresse à la police, puis au Procureur et même à l’autorité administrative qu’est le préfet de l’époque… à chaque niveau, une réaction dans un premier temps, puis un retour à ce qui est devenu «la normale»… cinq ans que ça dure… 

Dans la nuit de mardi à mercredi derniers (5 et 6 octobre), Khadi rentre tard de son boulot. Pourtant plutôt que la normale : depuis le 15 septembre, elle n’est jamais revenue du boulot avant minuit. Ce soir, elle est chez elle vers 22 heures, et espère pour cela «récupérer». C’est compter sans les bruyants voisins. 

Dans les appartements, la fête est plus bruyante que d’habitude. Les haut-parleurs distillent des décibels à vous casser la tête. De là-bas, on entend tout : la musique immonde, les cris enchantés (et déchantés), et même les ébats amoureux d’amants occasionnels… tout y est. Tout ce qui pollue, prostitue, détruit l’environnement physique et moral… Minuit passé de quelques minutes, le tintamarre s’intensifie… 

Excédée et n’en pouvant plus, Khadi va au commissariat de police de Tevraq Zeina. Une patrouille de police se déplace sur les lieux. Après contrôle, la réponse tombe : «on n’y peut rien, c’est le Hakim qui a donné l’autorisation pour cette fête. Pour l’arrêter, il faut aller le voir». Il était une heure du matin. Elle prend les coordonnées du Hakim et se rend chez lui. La porte est grande ouverte. Mais malgré, les coups donnés sur le battant, malgré les salamalecs criés par le chauffeur qui accompagnait Khadi, rien n’y fait. Le Hakim dort profondément, tout comme sa garde. C’est vrai qu’on n’est pas en temps d’insécurité, qu’il n’est pas le premier responsable d’un département les plus pourris de Nouakchott… il peut dormir tranquille, on parle de lui comme directeur administratif et financier du ministère. Le temps de rêver à cette promotion inespérée et inexplicable… 

Khadi ne sait pas qu’on ne réveille pas un Hakim qui dort profondément. Parce qu’on risque de couper ses beaux rêves, de le ramener sur terre, de le mettre face à ses responsabilités… pour une fois… et ce n’est pas à faire. 

Parce qu’elle a insisté, parce qu’elle a voulu que le Hakim mette fin à un «trouble à l’ordre public», à «un tapage nocturne» qu’il est le seul à avoir autorisé, il ordonne son emprisonnement. Mais avant de la remettre aux policiers du commissariat, il envoie son garde demander à quelle tribu elle appartenait. Une question qu’il avait lui-même posée en sortant des bras de Morphée. Un peu pour savoir si la personne en face appartenait ou non à la classe des «intouchables»… 

«Je suis une citoyenne mauritanienne qui vient se plaindre auprès de l’autorité». Suprême insulte. «Retenez-là et voyez si elle est en bonne santé mentale. S’il est prouvé qu’elle est folle, libérez-la, sinon retenez-la». Comme quoi… 

Le lendemain matin, notre Hakim décide de porter plainte pour outrage à autorité. Il finit par jouer le jeu de la «régularisation» des procédures en avertissant la justice. Seulement le lendemain… cela lui réussit : il est l’autorité qui a finalement le dernier mot. Nous apprenons au commissariat que le gestionnaire des appartements est un proche de l’autorité, que… que… 

Vers midi le lendemain de son interpellation, Khadi peut rentrer chez elle. Seulement sous engagement d’un parent. Après tout c’est une femme… dans l’esprit de ceux-là, une femme n’est jamais majeure. Malgré les diplômes, la compétence intellectuelle et… mentale, les responsabilités… 

Tout le monde essaye de la consoler en la convainquant de croire «à un accident». Comme au bon vieux temps des méchantes vaches qui viennent de mettre au monde et qui vous écornent croyant que vous cherchez à faire mal à leurs petits… dans notre culture, nous invoquions Allah le Tout-Puissant, pour nous préserver du «mal porté par les deux aveugles» (Allahouma inni a’awdhou bika min sharri el a’mayani) : le taureau et le chameau en rut. Prions à présent de nous préserver d’un plus aveugle : le Hakim de Tevraq Zeina. 

MFO 

La Tribune N° 520 du 11 octobre 2010 




Post-scriptum :

16102010

 

 Oser dire non à la peine de mort en terre d’Islam 

Ne plus tuer les hommes au nom de quelque justice que ce soit. Tel serait le souhait le plus ardent des initiateurs de la coalition mauritanienne contre la peine de mort née en Mauritanie depuis dimanche 10 octobre 2010.

Devant eux, l’écueil de la religion. Même si depuis plus  de 25 ans la chari’a, prescrivant entre autres la peine capitale dans le droit mauritanien, n’a pas été appliquée, il appartiendra aux défenseurs du « droit à la vie » de convaincre le Législateur et les décideurs à bannir des textes régissant la vie civile en Mauritanie toutes dispositions aménageant l’applicabilité de la peine capitale. Et partant, il leur faudra trouver tous les arguments susceptibles de les mettre en position de force face aux rigoristes religieux.

Comment en effet soutenir sans hypocrisie le principe d’une opposition à la peine capitale lorsque l’on est musulman convaincu que  le Coran prescrit la loi de talion comme sanction?

Pour le moment aucun érudit de la place ne fait partie des coalisés contre la peine capitale. Les figures de la lute pour les droits de l’homme qui s’y affichent ont des arguments mais sont souvent freinés par le dilemme entre l’intangibilité des « limites » fixées par la croyance et la « suprématie » des valeurs universelles.

Entre la charia comme enseignement divin et le droit moderne qui s’insurge contre toute forme de sanction affligeante et handicapante, il y a un pas qu’il ne faut franchir qu’avec une dose complète d’audace. Mais au-delà de la complexité, peut-être de l’impossibilité, de la mission, que se fixe ce rassemblement de bonnes volontés issues de la société civile, c’est du principe même de la prononciation contre la peine de mort qui reste sujet à réflexion.

Beaucoup sont prompts à dire : « je suis contre la peine de mort par principe.» Et sans savoir sur quoi ils fondent ce principe, beaucoup dégainent les citations d’un Victor Hugo, d’un Albert Camus ou de je en sais quel autre grande figure de la littérature politique de l’époque moderne. Or, il est question de conviction indépendamment de tout encombrement idéologique, sociologique, religieux…

Comment en plus être au même niveau de conviction qu’un Victor Hugo, témoin de grands mouvements de révolution en France et engagé contre toutes les formes d’injustices que les tribunaux de son temps ont infligées à des misérables ?

Comment surtout être un homme révolté comme Albert Camus, l’homme qui, pour avoir vu  la barbarie humaine en action  durant le siècle de la peur,  s’est insurgé contre toute existence transcendante ? Où même comme un Jean-Paul Sartre, cet expérimentateur de la liberté jusque dans ses extrêmes limites et extravagances ?

Rien que des questions, certes. Mais il s’agit de se garder de heurter une certaine mentalité, en Mauritanie notamment, selon laquelle seuls les muftis ont le droit de décider  de la compatibilité des principes imposés par la modernité avec la religion de la cité.

Et même s’il fallait s’en tenir à la prescription islamique en matière de peines (ou houdoud), il est clair que très rarement, les conditions d’exécution de celles-ci ont été remplies. Combien de fois des hommes ont été tués sans que leur culpabilité n’ait pu être établie, combien d’hommes ont été mutilés pour vol sans que l’on ne soit parvenu à déterminer  les raisons de leurs forfaits ? Combien de femmes ont subi la flagellation ou la lapidation, ici ou ailleurs, alors qu’elles ont été violées  et forcées?

Il s’est trouvé dans l’histoire de l’Islam des hommes comme Oumar Ben Khattab et Oumar Ibn Abdel Aziz qui ont pris des décisions humainement justes. Le premier avait condamné l’esclavage et suspendu la mutilation des voleurs en période de disette. Le second avait dicté avant de mourir que l’on ne coupe jamais la main d’un esclave pris en flagrant délit de vol avant que l’on ne sanctionne son maitre ; entendant que ce dernier serait le vrai coupable pour avoir affamé son servant.

De mémoire de mauritaniens, en dehors  des cas d’exécution de la chari’a, le pouvoir a fait passer aux armes deux groupes de dissidents : les insurgés d’un certain 16 mars 81 conduits par le colonel Kader et les 3 officiers négro africains exécutés en 1987. De tels exemples d’application de la peine capitale sont loin de servir la religion. Car comme l’a dit un intervenant durant le lancement de la coalition, beaucoup de pouvoirs du monde arabo-musulman ont pris l’argument religieux comme prétexte pour régler des comptes à leurs ennemis. 

Ont échappé à la peine capitale, les auteurs de la tentative de putsch de juin 2003, car à leur procès, la société civile, notamment, a fait un plaidoyer soutenu pour dire « ne tuez pas nos enfants ».

Ont été condamnés à mort mais pas encore exécutés, les présumés auteurs de l’assassinat des touristes français. Et paradoxalement, la France, pays ayant aboli la peine capitale depuis plusieurs décennies s’est dite réjouie d’une telle décision de justice. Alors, que faire du « je suis contre la peine de mort par principe » ?

 

Kissima 

La Tribune N°520 du 11 octobre 2010 




Rentrée politique : Mésententes en temps de guerre

16102010

Faites vos jeux, rien ne va plus ! Entre Opposition et Pouvoir. Au sein de chacun des regroupements. Chacun veut apporter sa «couleur», exercer son hégémonie. Et cela dérange… 

 

A la veille des attaques contre AQMI – déjà en juillet – on parlait beaucoup de dialogue lancé entre certains pans de l’opposition et le pouvoir. On parlait de rapprochements qui étaient sur le point de conduire à des défections au sein de la Coordination de l’opposition démocratique (COD), regroupement des composantes du front national pour la défense de la démocratie (FNDD) et du Rassemblement des Forces Démocratiques (RFD). Les positions divergentes vis-à-vis de l’action préventive mauritanienne ont très tôt signifié la friction entre les composantes du regroupement COD. 

Le RFD qui avait engagé un processus d’apaisement avec le gouvernement en place, notamment en acceptant de reconnaître publiquement le statut de «Président de la République» à Mohamed Ould Abdel Aziz élu dès le premier tour en juillet 2009. Cette reconnaissance a fait suite à une rencontre entre le Président de la République et Ahmed Ould Daddah, président du RFD et surtout chef de file de l’opposition démocratique. Cette rencontre avait permis de «briser la glace», selon les termes de Ould Daddah, et d’établir «un contact direct» entre les deux hommes. Une secousse en somme pour la COD… 

Pourtant, et bien avant Ould Daddah, Yahya Ould Ahmed Waghf et Boydiel Ould Hoummoid, avaient été reçus par le Président de la République, le premier comme président de ADIL, le second comme patron de la COD. Avec Ould Ahmed Wghf, le processus d’intégration était plutôt bien engagé si l’on adopte la vision de son parti. Plusieurs fois reçus au palais présidentiel, tantôt seul tantôt avec d’autres cadres de son parti, Ould Ahmed Waghf avait eu le temps de peaufiner un processus de ralliement à la Majorité présidentielle qui devait «avoir l’air de quelque chose». D’un compromis disons. 

Il s’agissait dans un premier temps de faire adopter par ADIL d’abord, ensuite par la COD, une attitude moins belliqueuse vis-à-vis du pouvoir. Cela commencerait par une reconnaissance du fait accompli et l’abandon de position de rejet du pouvoir. Arrivera le temps des discours apaisés, conciliants, puis la participation à la gestion des affaires avant de revenir à «l’enchantement» des temps PRDSiens. Mais il fallait respecter des formes. 

Lancer un processus de dialogue dont les multiples rencontres sont un des aspects. Présenter une plate-forme au Président de la République, une plate-forme qui reprendrait quelques revendications génériques de la COD, et annoncer enfin le soutien à la Majorité. Cette annonce interviendra quand le Président aura donné des gages de bonne volonté en nommant deux ou trois personnalités de ADIL, «dans de hautes fonctions». On en était là quand a eu lieu la première attaque contre AQMI… 

Premier écueil : un communiqué de la COD qui demande la traduction du Président Ould Abdel Aziz devant la Haute Cour de Justice. Une violence verbale gratuite qui constitue un recul par rapport à la démarche générale. ADIL est incapable de se désolidariser publiquement du communiqué. Le camp d’en face doute de la sincérité de tout le processus. Les défiances récentes reviennent en surface. Il ne faut pas oublier qu’en 2007, les hommes politiques soutiens du candidat Sidi Ould Cheikh Abdallahi et plus tard animateurs principaux de la marginalisation des militaires, ces hommes politiques furent d’abord les «fantassins» des militaires. Ceux-là considéreront comme traitrise l’attitude hostile des politiques. Il en subsistera une défiance qui refait surface à l’occasion des derniers événements. 

Le coup fatal pour les négociations entre ADIL et Ould Abdel Aziz sera l’attitude exprimée par la COD à l’occasion de la deuxième incursion de l’Armée mauritanienne en territoire malien. ADIL est incapable de prendre ses distances vis-à-vis de la position COD. Alors que le RFD va très loin en anticipant sur le communiqué de la COD et en exprimant son soutien aux forces armées mauritaniennes. Cette position met en exergue – en la «dénudant» – celle de ADIL qui était sensé avoir pris l’option du rapprochement avec le pouvoir. 

Le Président Ould Abdel Aziz ne manquera pas de saisir l’occasion en disant qu’il était prêt à discuter avec l’opposition, de tout, mais seulement dans le cadre de la Constitution mauritanienne. Ce qui veut dire seulement à travers l’institution de l’opposition démocratique, donc à travers Ahmed Ould Daddah. Du coup, le parti et son parti ravissent la première place aux autres prétendants. 

C’est en partie ce qui explique la virulence des réactions vis-à-vis du RFD. Virulence exprimée par les différents partenaires au sein de la COD. Dernière expression de cette virulence, les propos de Messaoud Ould Boulkheir, président de l’Assemblée nationale et leader incontesté de l’Alliance Populaire et Progressiste (APP). 

Dans une interview au Quotidien de Nouakchott (Numéro 609 du 03 octobre 2010), Messoud Ould Boulkheir a déclaré : «C’est vrai que la COD n’est pas un parti et qu’elle est composée de sensibilités et qu’en définitive, nous n’avons pas encore choisi de nous séparer, ce qui ne saurait tarder, à mon humble avis….Chacun est certes libre de choisir sa voie mais quand il n’est pas en harmonie avec les autres, il doit pousser sa liberté plus loin et les quitter…ou les autres de l’exclure.» Devant le conclave des jeunes de son parti, Mohamed Ould Maouloud devait répéter les mêmes idées en plus doux. Tous deux sont d’accord aussi sur l’issue fatale du processus qui doit nécessairement aboutir à l’explosion de la COD. 

On imagine aisément une rentrée politique perturbée qui verra le radicalisme de l’APP et de l’UFP s’accentuer. Cela se traduirait par des positions de plus en plus hostiles – encore plus que ce qui n’existe actuellement – vis-à-vis du pouvoir. Déjà, toute l’énergie est déployée pour maintenir le pays dans la logique de la confrontation de l’avant Dakar (juin 2009). Sur ce registre, les deux partis devront faire avec un nouveau concurrent en la matière : le parti de la convergence nationale de Me Mahfoudh Ould Bettah qui revendique l’enracinement dans la transition de 2005-2007. 

Au niveau de ADIL, les choses pourraient aller très mal. Divisé en trois factions, ADIL pourrait ne pas trouver la voie de sortie qu’il faut. L’une des factions prône le dialogue et le rapprochement avec le pouvoir. Elle comprend les députés du parti et quelques grandes figures de sa direction : Mohamed Ould Rzeizim, Fatimetou Mint Khattri, Mohamed Ould Amar, Zeinebou Mint Nahah, Sidney Sokhona, Yahya Ould Sid’El Moustaph… La deuxième faction, même si elle n’est pas loin d’accepter le rapprochement, exige des conditions. Elle est composée de caciques du PRDS, de dinosaures de la politique locale. Enfin quelques individus de la parentèle de l’ancien régime ou des ennemis irréductibles de Ould Abdel Aziz (pour la plupart «victimes» d’août 2005 et 2008). 

El Wi’am de Boydiel Ould Hoummoid a lui aussi un agenda qui lui est propre. A la différence des autres, il peut encore entreprendre des manœuvres politiques lui permettant de compter à court terme. Comme les autres, la donne première est la préparation des élections de 2011. Comment compter sur l’échiquier dans moins d’un an ? 

En marge de la COD et de la Majorité, se meuvent quelques partis qui ont leur mot à dire dans ce qui sera fait dans les semaines à venir. Le premier d’entre eux est sans doute Tawaçoul, le parti des Islamistes qui semble plus accaparé par les événements de Gaza que par la situation intérieure du pays. Tawaçoul fait aussi face aux effets «collatéraux» de la guerre contre AQMI. Les positions peu tranchées du parti et des organes de presse qui lui sont affiliés, vont certainement peser sur l’image du parti à l’intérieur et à l’extérieur. A compter aussi avec l’AJD/MR de Ibrahima Sarr qui fait monter la mayonnaise en reprenant de vieux thèmes particularistes ouvrant sur tantôt sur la partition, tantôt sur le changement de nom du pays. 

Les surenchères politiques paraissent comme des palliatifs aux yeux de certains. La relève du personnel traditionnel demande plus de «singularisation» par un engagement plus «prononcé», plus «virulent». C’est ce qui explique la prolifération des positions les plus (bêtement) excessives. 

On en oublie que la présente rentrée politique est celle qui va voir s’organiser les futures élections. 

 

MFO 

La Tribune N°520 du 11 octobre 2010 




Les Echos de La Tribune : La guerre contenue sous d’autres formes

11102010

Par Mohamed Fouad Barrada

La guerre  contre  Aqmi   mérite urgemment   un débat ouvert et médiatisé. Des questions élémentaires s’imposent alors : la guerre est-elle, religieusement,  légitime? Quelle signification  donnent nos  érudits aux  concepts tels que  martyr ?  Qu’en est-il des enjeux pétroliers et  leurs  retombées sur la stabilité du pays ?      

D’aucuns considèrent  que  le champ de bataille  des oulémas, à l’encontre d’AQMI, est purement ‘interprétativiste’. Certains parmi eux sont déjà  engagés dans  des dialogues  qui ont permis la libération des détenus salavistes. 

Jusque là, la position de ‘moufti’ de la République Habibou Rahman   qui est  ‘monopolistique’,  nous amène  à solliciter un débat médiatique permettant de confronter   les avis des érudits face à ceux  de Moufti et ceux qui partagent son opinion

Théologiquement, si l’on considère les agresseurs comme appartenant à  un courant islamiste, l’interprétation qui en résulte considère, implicitement,  que la guerre avec  AQMI est, tout simplement, illégitime. Puisque selon cette lecture  il est formellement  interdit que des musulmans s’entretuent  entre eux. Dans ce cas, une puissance musulmane intermédiaire devrait pousser l’agresseur -‘frère’ à revenir à la raison. Cela peut, à mon avis, se justifier dans un territoire dominé par une force nationale. Toutefois, si cette force  est attaquée  quelle interprétation avons-nous ?

Une autre  explication met en relief ceci :

Tout groupe de musulmans  prenant des armes contre ses  compatriotes  et leurs intérêts est considéré comme étant agresseur. Celui-ci devant soit être exécuté à la peine de mort soit exclu du territoire national.

Une troisième position qui semble être le champ de bataille   d’AQMI. C’est celle de l’application de la Charia et son imposition. D’où la dichotomie théologienne  sur la tolérance-intolérance vis-à vis  de celui qui tente par la force  d’imposer  la loi de Dieu sur la terre d’islam. Ce  qui peut se justifier selon le positionnement des uns et des autres  dans un contexte d’applicabilité  qui reste pourtant conditionné par le contexte de l’exécution de la loi divine dans des espaces souffrant souvent  des injustices  sociales.         

Des indices  d’une vraisemblance découverte du pétrole dans le  bassin de Taoudenni prouvent, par ailleurs,  les mesures entreprises par l’armée mauritanienne pour attaquer le centre opérationnel des terroristes qui ont déjà déclaré, depuis 2005 une guerre sans merci contre la Mauritanie et son armée.

Selon toute vraisemblance, ce qui divise, c’est le fait  d’engager avec la France  une guerre   contre les groupuscules d’AQMI. En d’autres termes, l’alliance franco mauritanienne fait, tout simplement, grincer des dents.

D’où un deuxième  paradoxe géostratégique qui se manifeste par   la logique des moyens qui justifient des fins fortement prônées par Aqmi face  au raisonnement inverse qui bute vers des fins  devant être bien justifiées par des moyens consolidés par la force de frappe  chirurgicale unilatérale ou multilatérale selon les circonstances .

  m_barrada@yahoo.fr

Source : La Tribune n°520




Où est passée notre école ?

11102010

 

  

L’école, tout autant que la famille contribue à former et à épanouir la personnalité de l’enfant. Famille et école sont deux milieux nécessaires à toute éducation : elles ont pour finalité de permettre aux générations montantes d’acquérir de solides connaissances, des compétences pour mener à bien une vie heureuse en tant qu’individu, pour assurer les divers rôles socioéconomiques qui s’imposent à tous.  

  

A quoi bon proclamer l’instruction fondamentale obligatoire lorsqu’on  n’est pas capable de créer assez d’écoles et de fournir assez d’enseignants compétents ? N’oublions pas aussi que nous avons opté pour « l’enseignement pour tous » vers l’horizon 2010 : (Etats africains). Sachons aussi que l’évolution technologique qui devient de plus en plus unipolaire, concernera bientôt toute la planète. Cela étant, il a été constaté que notre système éducatif ne répond plus aux attentes de notre société. Cette idée est partagée par l’ensemble des acteurs de l’action éducative du pays. Certains accusent les responsables du pilotage pédagogique, d’autres inculpent les enseignants et les parents d’élèves. La Mauritanie a adopté en avril 1999  une loi portant réforme du système éducatif sectoriel. Cette réforme a été soutenue par un programme national de développement du secteur éducatif (Pndse). En effet, l’introduction progressive du français exigée par la réforme à partir de la 2ième année du fondamental, d’abord comme discipline, ensuite comme langue d’enseignement des sciences  maths et physiques, a mis le département devant une équation difficile à résoudre à savoir :  

  

-         mobiliser des enseignants francisants en bon nombre pour couvrir les besoins, sachant que la majorité était exclusivement arabisants.  

  

La conséquence de cet état de fait fut l’injection dans les classes d’enseignants sans une solide formation générale et pédagogique. La situation des années 98/99, loin de s’améliorer, s’était détériorée. Malgré tous les efforts consentis, les résultats dans les matières enseignées en français étaient alarmants. 

  

-         L’enseignant : On citera en premier lieu  le recrutement et la formation. Remodeler à nouveau les modes de recrutement, de même que les programmes des (ENI), en vue d’obtenir de bons instituteurs compétents.  

   

-         Les programmes : A revoir car l’APC a été un échec, étant donné qu’elle est dépourvue de soutien (tableaux, feutres, dossiers…) 

  

-         Motivation : Améliorer l’ensemble des indemnités et construction de cités pour enseignants  

  

-         Infrastructures scolaires : bon nombre de nos établissements sont délabrés, parfois sans portes ni fenêtres, ni sanitaires, ni mur de sécurité, parfois, dépotoir aussi d’ordures devant les écoles, au vu et au su de l’administration régionale et communale.  

  

-         Tables-bancs : Pas de tables bancs pour beaucoup d’écoles dont les élèves sont assis par terre.   

  

-         Matériel didactique : insuffisant de même que les manuels scolaires.  

  

Certains parents d’élèves disent « où est passée l’ancienne bonne école ? » Ses anciens bons maitres qui ont passé à la retraite, de même que les anciens directeurs et inspecteurs, qui à tour de rôle ont passé eux aussi à la retraite.  

Ces anciens, formés à la vraie école, celle de l’effort personnel, de l’honnêteté morale, de l’abnégation, de la conscience professionnelle et de l’amour des principes pédagogiques.  

  

  

-          Les états généraux : En ce qui concerne les états généraux de l’éducation, pour éviter qu’ils soient bâclés, il y a lieu de prévoir d’abord des journées de réflexion qui permettent aux enseignants, parents d’élèves, société civile, aux pédagogues expérimentés, de disséquer l’ensemble des problèmes au niveau de la base, ayant trait à notre système éducatif suivant un débat riche, sérieux et varié.  

  

Ainsi, à partir de la synthèse de l’ensemble de ces journées de réflexion, passer ensuite les résultats aux travaux des états généraux de l’éducation. Mais, attention, évitons dés à présent que l’ensemble de ces débats qui ont réellement pour but, l’amélioration de notre système, ne soient politisés…Que l’on sache qu’il y a politique à la politicienne, mais qu’il y a pédagogique propre, saine, de Platon à Rabelais, jusqu’à Jean Jacques Rousseau.  

  

Fouad Barrada Aziz 

Nouakchott (678.63.55)  

 

 







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