Un « esclave marron » cherche à récupérer sa famille

26 07 2010

 

  

Il s’appelle Mohamed Ould Salem. Il est né en 1958 à Bassiknou. Il est esclave marron. Il cherche à retrouver sa famille qui travaille encore chez ses maîtres. Il a adressé en ce sens une lettre au Ministre de l’Intérieur, lui sollicitant d’intervenir. Une affaire flagrante d’esclavage, dit-on. Toutes les informations révélées dans cet article ont pour source ladite lettre. 

Les parents de Mohamed, Salem Ould Abdellahi et Lalla Fatma Mint Samba, étaient asservis, comme esclaves, par le sieur El Mourtaja Ould Moulaye Ely, de la tribu Aoulad Daoud (Eoulad Allouche Balla). Ils ont fui leurs maîtres en l’abandonnant lui et sa sœur Fatma El Kheïr, au moment où ceux-ci n’avaient pas encore atteint l’âge de la maturité. Lui, Mohamed, servait alors chez le frère d’El Mourtaja, Selmane. 

Sa sœur servait chez le cousin du maître, Hbib Ould Haïdda. Mohamed et fatma Lkheïr, comme leurs parents, ont goûté toutes les amertumes de l’esclavage: élevage des animaux, cherche de l’eau aux puits loin et profonds (par exemple les puits de Lekmeïza, Boumedian, Outeïd Arkas… à Bassiknou sur les frontières avec le Mali). 

Un jour, la famille Ehl Moulaye Ely quitte la Mauritanie pour loger près d’Ehl Daye Ould Youbba (de la tribu Tourmouz) à Bougraïra au Mali. Là, Mohamed Ould Salem trouve son âme-sœur en la personne de Tchicha Mint Maatalla, une des esclaves d’Ehl Daye. Le couple aura dix fils: Lbechir, Lmahfoudh, Abdellahi, Bel’id, Messaoud, Lalla Fatma, Oum Aïcha, Khdeïja, M’barka… Et comme le veut la coutume, leurs fils sont divisés entre les deux familles des maîtres pour y servir d’esclaves: Lbéchir chez Bouzeïn Ould Daye, Lalla fatma chez Mahfoudh Ould Dik, Khdeïja chez Ikebbrou Ould Moulaye Ely, Mbarka chez Moulaye Brahim Ould Mohamed, le reste chez Daye Ould Youbba. 

Mohamed n’a jamais connu le chemin de l’école. Sa vie se limitait à suivre les troupes jour et nuit. Sans aucune contrepartie. Il a subi toutes les sortes de violence, notamment la violence corporelle. Il n’a jamais oublié ses parents, bien qu’ils l’aient quitté très petit et l’aient laissé chez leurs maîtres dans des conditions qu’eux-mêmes n’ont pas pu supporter. Il regrette, surtout, le fait qu’il ait été privé de la tendresse de ses parents. 

Il y a trois ans, il est informé de la maladie de sa mère à Bassiknou. Il demande à ses maîtres de le laisser lui rendre visite. Mais, en vain. Une nuit, il décide de les fuir. Il part à Bassiknou. Il amène sa mère pour la soigner à Nouakchott où elle est décédée. Il retourne à Bassiknou pour rester à côté de son père et ses frères. Pour un bon musulman qu’il est, le reste de la vie d’un parent vaut mieux que ce bas-monde et tout ce qu’il contient. Un mois après, deux de ses fils, Mbarka et Bel’id, fuient leurs maîtres pour le joindre. Ensuite, c’est le tour de leur oncle, Zeïda Ould Maatalla, qui laisse derrière lui sa femme. 

Un an et demi après, Mohamed décide de retourner à Bougraïra pour récupérer sa famille. Avant d’exécuter, il passe voir le hakem de Bassiknou pour l’informer de ses souffrances et celle de sa famille. Le hakem lui dit qu’il n’y peut rien. Ensuite, lui, son fils Bel’id et l’oncle de celui-ci, Zeïda, quittent Bassiknou pour Bougraïra. En route, ils se disent utile de voir le préfet de Léré au Mali. Mais, des cousins de leurs maîtres, influents au Mali, les en empêchent. Ils continuent la marche à pied vers Bougraïra. En route, une maladie au niveau de la jambe de Mohamed l’empêche de continuer. Il reste chez une famille touareg. Les autres continuent la marche. Arrivés à Bougraïra, ils prennent la famille de Zeïda et disparaissent dans la nature. Leurs maîtres suivent leurs traces. 

Et par hasard, ils trouvent Mohamed chez la famille touareg. Ils l’arrachent à la famille avec l’assistance de leur fils Baba Ould Daye Ould Youbba qui est de l’Armée nationale. Ils ligotent Mohamed et peu après, une voiture arrive avec, à bord, son fils Bel’id et la famille Zeïda, tous ligotés. Ils les bastonnent devant lui. Puis, une autre voiture vient pour ramener la famille chez leurs maîtres à Bougraïra, alors qu’une autre voiture passe pour les prendre, lui et Zeïda, et les jeter près de Loukmeïza, fatigués, assoiffés, sans eau, et après avoir arracher à Mohamed une somme de cent dix mille francs CFA qu’il avait avec lui. Ils marchent à pied, jusqu’à Agour, où ils trouvent une voiture qui les amène à Bassiknou. 

Le jour suivant, ils sont partis au commissariat de police qui a pris connaissance de cette affaire et les renvoient au commandement de la gendarmerie nationale à Bassiknou. Après les avoir auditionnés et après avoir pris connaissance de la torture dont ils étaient victimes et dont les cicatrices étaient encore sur les corps, la Gendarmerie les renvoie au hakem. Le chef de la brigade de Gendarmerie les accompagne chez le hakem qui, après avoir vu les traces de violence dont ils étaient l’objet, il leur dit que si les faits s’étaient déroulés sur le territoire mauritanien, il trouverait rapidement une solution à ce problème. 

C’est là que Mohamed a décidé de venir à Nouakchott pour chercher l’aide en vue de retrouver sa famille. 

 

Synthèse: Mechri Ould Rabbany 

La Tribune N°510 du 19 juillet 2010 


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