26 07 2010

Attaques contre AQMI : 

Avec 7 morts d’un coup, la peur a changé de camp 

 

« La France pensait que l’otage Michel Germaneau se trouvait dans le camp d’Al Qaida visé par l’opération mauritanienne », déclare le ministère français de la Défense, cité par les agences de presse samedi 24, deux jours après le déclenchement des opérations. « Entre 20 et 30 militaires français ont participe à l’opération conjointe avec la Mauritanie« , précise le ministère français. 

De leurs côtés, les officiels mauritaniens parlent d’une opération qui a voulu anticiper sur un projet d’attaque contre une base militaire de Bassiknou de la Katiba Tarek Ibn Zayad dirigée par Abdul Hamid Abu Zayd. L’objectif principal n’étant pas de libérer l’otage français, Michel Germaneau dont on ne sait d’ailleurs pas grand-chose. Alors ? 

Si l’on avait à raconter l’attaque telle qu’elle aurait pu se passer, on commencerait par dire qu’au début il y avait ce renseignement parvenu aux autorités mauritaniennes au début du mois de juillet et qui faisait état d’un projet d’attaque contre la base militaire de Bassiknou, à l’extrême est du pays, non loin de la frontière avec le Mali. Quelques cent hommes seraient en phase de regroupement dans une base située à près de 200 kilomètres à l’intérieur des frontières maliennes, sur l’axe Bassiknou-Tombouctou. Donc beaucoup plus au sud des bases habituelles de AQMI. Un indicateur de plus que l’action était imminente. 

La décision des mauritaniens était prise : il faut attaquer la base et la détruire. Anticiper ainsi et reprendre l’initiative. Jusque-là ce sont toujours les combattants terroristes qui ont attaqué les premiers, profitant de l’effet de surprise et massacrant civils et militaires mauritaniens. D’autant plus nécessaire que le groupe en question est celui d’Abu Zayd, responsable de l’assassinat de trois soldats mauritaniens en décembre 2007 à Ghallawiya et de douze autres à Tourine le 14 septembre 2008. Responsable aussi du rapt des Italiens dans le sud-est mauritanien. L’occasion donc de lui porter un coup dur, en espérant trouver dans le camp, l’une des grosses barbes du groupe : Abu Zayd, Jwadi ou Abu al Hamam. 

Le 13 juillet, le Président Mohamed Ould Abdel Aziz est à Paris pour assister aux festivités marquant le 14. Peu avant le défilé du 14, il rencontre le Président Nicolas Sarkozy pendant près de vingt minutes. Pour, dit-on «une visite privée de courtoisie». C’est au cours de cette visite que le président mauritanien aurait exposé son projet à son homologue français : les Mauritaniens sont décidés à attaquer cette base et demandent une aide au niveau de la surveillance des airs et du contrôle des communications. 

Les Français y voient l’occasion d’y greffer une opération commando pour libérer l’otage Michel Germaneau, cet ingénieur de 78 ans enlevé au Niger et détenu justement par le groupe Abu Zayd. La France n’a pas de nouvelles de l’otage depuis la mi-mai. Il avait, à ce moment-là, envoyé un message audio dans lequel il demandait l’intervention du Président Sarkozy pour le faire libérer. Il se disait fatigué par la chaleur qu’il ne supportait plus. Sa situation était fragilisée par le refus de ses ravisseurs de lui donner ses médicaments alors qu’il était cardiaque et par les conditions de détention. Ses ravisseurs refusaient aussi de donner une preuve de vie de l’otage depuis mai. 

En plus, les revendications des ravisseurs semblent «exorbitantes» aux yeux des Français. Ils demandent, selon Le Monde citant une source française, la libération de Rachid Ramda, condamné par la Cour d’Assises de Paris à la réclusion perpétuelle assortie d’une peine de 22 ans pour participation aux attentats commis dans le milieu des années 90 à Paris, attentats dont le plus sanglant et le plus spectaculaire fut celui du RER de Saint-Michel (95). Ils exigent aussi la libération d’un terroriste emprisonné en Algérie. Autant dire l’impossible. C’est ce qui pousse la France à tenter le tout pour le tout. 

Dans un premier temps, des renseignements auraient fait état de la présence de l’otage sur les lieux du camp visé par les Mauritaniens. De là, les forces françaises optent pour la participation. C’est certainement un groupe de 20 à 30 hommes, appartenant aux commandos spécialisés du GIGN ou de la DGSE qui ont accompagné l’unité mauritanienne. 

Cette unité aurait été constituée sur la base d’un quatrième Groupe spécial d’intervention (GSI) dont trois unités existent déjà. Il s’agit d’unités mobiles, spécialisées dans la lutte contre le terrorisme, très bien formées et très bien équipées. Elles servent à patrouiller dans les zones désertiques s’étendant du D’har de Néma dans le Hodh Echargui au sud aux frontières algéro-maliennes au nord. Connaissance du terrain, vigilance, disponibilité, préparation au combat sont les atouts de ces unités. 

Le quatrième GSI qui serait en constitution, aurait donc été l’ossature de l’unité d’attaque. On y aurait ajouté des éléments appartenant à l’unité qui avait fait le coup de Lemzerreb. La date a été fixée au 22 juillet. 

Mauritaniens et Français se dirigèrent vers le camp dans la nuit du 21 au 22 (mercredi à jeudi). Arrivés à quelques 10 kilomètres, ils abandonnèrent leurs véhicules pour ne pas donner l’alerte. Le reste du chemin est fait à pieds. C’est aux premières heures de l’aube qu’ils lancèrent l’attaque contre le camp. Le combat n’aurait pas duré deux heures. Très vite, on se rendit compte que l’otage français n’était pas là. Les Français se retirèrent en conséquence. Les Mauritaniens continuèrent la poursuite. 

Premier bilan : 7 morts du côté de AQMI. Une voiture réussit à fuir, à son bord quatre combattants dont un grièvement blessé. Vendredi, les officiels mauritaniens annoncent six morts. Le septième serait mort aux mains des mauritaniens à la suite de ses blessures. Le bilan des opérations de vendredi et samedi n’est pas encore rendu public. 

Au lendemain de l’opération, les réactions sont multiples. En France, les premières révélations concernent un appui technique et logistique. Le ministère des Affaires étrangères a d’abord expliqué que l’opération anti-terroriste «a permis de neutraliser le groupe de terroristes» qui a «exécuté l’otage britannique, Edwin Dyer, il y a un an» et qui «refuse de donner des preuves de vie» de l’otage français Michel Germaneau qui a été enlevé dans le nord du Niger, près de la frontière avec le Mali et l’Algérie, le 22 avril dernier. Oubliant que la Katiba Tarek Ibn Zayad est aussi responsable de l’assassinat des 12 mauritaniens décapités à Tourine, des 3 mauritaniens de Ghallawiya. 

L’information a été donnée d’abord par les correspondants dans la région des quotidiens espagnols El Pais et ABC. Ils y ont vu une menace sur les humanitaires espagnols enlevés en Mauritanie. Oubliant que les groupes de AQMI ne sont pas les mêmes. El Pais va plus loin en croyant qu’il s’agit d’un arrêt de mort pour l’otage français. 

Côté mauritanien, on a donné la nouvelle vendredi matin. Les ministres de l’intérieur et de la communication, la direction de la communication de l’Etat Major national ont organisé un point de presse pour donner des informations sur l’attaque. 

«Six terroristes ont été tués, quatre autres ont réussi à s’enfuir et l’armée a pris possession d’équipements et de documents», a annoncé le ministre de l’intérieur ministre de la défense par intérim. Le ministre, a expliqué que l’armée mauritanienne a agi en prévention d’une attaque terroriste : «Nous avions une information faisant état d’une attaque de l’AQMI prévue le 28 juillet, contre une unité de l’armée stationné à Bassiknou. Nous avons agi en prévision de cette attaque contre cet élément qui s trouvait dans une zone proche de notre frontière avec le Mali». Au cours de c point de presse, le ministre a remercié la France pour «l’appui, en matière de renseignements, qu’elle a apporté à l’armée mauritanienne».

Le message de fermeté envoyé au groupe AQMI a visiblement plu, notamment à l‘Union africaine. Selon Ramtane Lamamra, commissaire chargé de la Paix et de la Sécurité, ce type d’opération est préférable aux rançons, synonymes de financement du terrorisme. A Bamako où le Président Amadou Toumani Touré a reçu la délégation mauritanienne dirigée par le ministre de la défense, le droit de poursuite est reconnu pour les pays voisins (Mauritanie, Algérie et Niger). Le Mali aurait été averti par la Mauritanie 48 heures avant l’opération.

Les Etats-Unis n’ont pas participé à l’opération de jeudi, a précisé le porte-parole du Département d’Etat, mais les Américains ont travaillé en amont avec la France et la Mauritanie, notamment par le partage de renseignements Pour l’Amérique d’Obama «AQMI, une menace pour la sous-région, l’Europe et potentiellement les Etats-Unis». 

Sur le plan intérieur, c’est l’occasion pour la COD de demander des comptes au gouvernement qui, selon elle, a fait une déclaration de guerre sans en référer au Parlement. Lui reprochant d’avoir violé un territoire étranger… Le chef de file de l’opposition, Ahmed Ould Daddah a cependant apporté la nuance : nécessité de faire la guerre au terrorisme et de fournir à l’Armée national soutien moral et matériel qu’il faut dans cette guerre. Suivi dans cette optique par Yahya Ould Sid’El Moustaph, premier vice-président de Adil. 

Les spécialistes sont formels. A l’image de Jean-Pierre Filiu, professeur à Sciences Po Paris et auteur d’un ouvrage sur les «Neuf Vies d’Al-Qaeda» qui a déclaré dans une interview à un journal français : «Il faut souligner que l’armée mauritanienne semble avoir enfin décidé de prendre l’initiative dans la région, et de ne plus la laisser aux mains des terroristes d’AQMI. Et notamment à l’une des deux brigades qui le compose: la katiba d’Abou Zeid, responsable de nombreuses provocations et d’attaques contre les forces régulières, en Mauritanie, au Mali et au Niger, ces dernières années».

 

MFO

Source : La TRibune n°511 


Actions

Informations



Laisser un commentaire




bientôt tous en prison, bie... |
WADE - Président - |
la vérité |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Journal d'1 République...
| sarkosy un espoir pour la f...
| Sylvie Trautmann