Ahmed Ould Daddah :

21 06 2010

 

 Destin d’opposant 

 

Président de la Coordination de l’opposition démocratique (COD) durant les deux derniers mois, Ahmed Ould Daddah a marqué de son emprunte les positions de ce regroupement qui rassemble à ses côtés l’APP de Messaoud Ould Boulkheir, l’UFP de Mohamed Ould Maouloud, Adil de Yahya Ould Ahmed Waghf et le tout nouveau Wi’am de Boydiel Ould Hoummoid. C’est d’ailleurs à ce dernier que Ould Daddah a passé le témoin. 

Jugé «radical» par certains, Ahmed Ould Daddah se refuse pourtant de rejeter carrément les propositions de dialogue faites par le pouvoir. Mais il pose les conditions et tient le langage qu’il faut pour en éloigner la perspective. C’est à se demander si la relation personnelle avec Ould Abdel Aziz ne pèse pas dans cette position. Ou faudra-t-il revoir le parcours de l’homme pour comprendre son désintérêt vis-à-vis de tout ce qui peut ressembler à un rapprochement – synonyme ici d’une normalisation – du Président Mohamed Ould Abdel Aziz et de son régime ? Oui… il le faut. 

 

Du «mouvement de rectification»… 

 

Le chef de file de l’Opposition, président du RFD, Ahmed Ould Daddah a très tôt «compris» – «soutenu» diront d’autres – le coup d’Etat du 6 août. D’ailleurs la dénomination «mouvement de rectification» a été utilisée pour la première fois par des cadres de son parti. A la veille du 6 août, certains des députés du RFD ont promis, notamment sur Al Jazeera, «le changement qui arrivait inexorablement». Cette position s’expliquait largement par ses relations plutôt mauvaises avec le président élu Sidi Ould Cheikh Abdallahi. 

Les deux hommes ont sensiblement le même cursus. Ils ont été les plus jeunes ministres du gouvernement de Moktar Ould Daddah au milieu des années 70. Technocrates confirmés, ils sont allés à la politique un peu par effraction. Chacun d’eux, à un moment donné, a été «sollicité» pour conquérir un pouvoir qui ne semblait attendre que son entrée en scène. 

Ahmed Ould Daddah est arrivé en 1991 sur la scène politique. On ne lui connaît aucune position politique avant cela. Il a mal apprécié le rapport de force à l’époque et n’a pas inscrit son action dans la durée. Préférant récuser le résultat de la présidentielle de janvier 92 et prôner le boycottage du reste du processus électoral. Sous l’influence d’activistes politiques qui croyaient à l’imminence de l’effondrement du régime. 

Puis il a conquis la direction du parti Union des Forces démocratiques (UFD) devenant à l’occasion UFD/Ere Nouvelle. Poussé par un entourage fortement manipulé par les renseignements, il choisira la radicalisation dans ses positions vis-à-vis du régime de l’époque. Qui le lui rendra bien. 

L’entreprise de débauchage réussit. Puis le parti éclate. Avant d’être interdit. De ces éclatements naissent : Action pour le Changement interdit et dont les animateurs vont conquérir l’Alliance populaire progressiste (APP) ; l’Union des forces du progrès (UFP) dont les animateurs vont disputer un moment à Ould Daddah le leadership de l’UFD/Ere Nouvelle ; plus tard Tawassoul dont les cadres ont adhéré à l’UFD/EN puis au RFD à sa naissance. 

Ould Daddah supporte toutes les trahisons et tous les retournements. Au moment du coup d’Etat du 3 août 2005, il venait d’accepter de prendre part à un dialogue ouvert entre les différentes composantes politiques mauritaniennes. La mort dans l’âme. Parce qu’il y voyait – et c’était juste – une manière de le marginaliser en le réduisant à sa plus simple expression. Une conspiration nationale qui satisfaisait visiblement tout le monde, du moins les leaders politiques. 

Au lendemain du 3 août, Ould Daddah incarne incontestablement l’image du leader par qui le changement devait nécessairement arriver. L’usure, l’essoufflement et le manque sans doute de perspective amènent la classe politique dans son ensemble à soutenir sans réserve le coup d’Etat. Brusquement, les portes de l’espoir s’ouvrent. L’opposition d’hier est incapable de fédérer et de proposer. Les militaires conçoivent leur transition. Et la mènent. Les politiques suivent. Au début, Ould Daddah paraît être le candidat favori des militaires pour cette image d’incontournable. Mais la candidature de Sidi Ould Cheikh Abdallahi, le compagnon et l’ami d’hier, révèle les vraies intentions des militaires, notamment du chef de la junte, le colonel Eli Ould Mohamed Val. Les autres militaires suivront. 

Ould Daddah accepte d’ignorer cela et va à une élection où toutes les forces traditionnelles sont liguées contre lui. Le compagnon d’hier, cette fois-ci Messaoud Ould Boulkheir lui préfère le candidat des militaires et va le soutenir au deuxième tour. Une onction qui légitime tout le reste. Malgré cela, il s’en sort plutôt grandi avec près de 48% du suffrage exprimé. Surtout quand il reconnaît les résultats de l’élection et accepte de rentrer dans son rôle de chef de file de l’opposition. Même si c’est avec réticence au début. Ses relations avec le Président Ould Cheikh Abdallahi se limitent à des entrevues trimestrielles d’où pas grand-chose ne sort. 

Arrive le temps des manigances. Ses amis de l’opposition inspirent une loi portant redéfinition du statut de leader de l’opposition. Ses prérogatives et ses compétences s’en trouvent limitées. Deux des grands partis du front qu’il avait réussi à fédérer autour de l’institution – UFP et Tawassoul – lui faussent compagnie et vont rejoindre la majorité au pouvoir, majorité essentiellement constituée des animateurs et inspirateurs du régime précédent. La crise éclate. 

 

…A la «dictature du Général» 

 

En connaissance de cause ou non, une partie des apparatchiks du RFD pousse vers l’alliance avec les militaires. Au lieu de s’en tenir loin d’une bataille qui ne concerne pas a priori leur parti. C’était oublier le rôle de plus en plus prépondérant des anciens du PRDS pour lesquel la bataille au sein de l’Appareil d’Etat était une continuation des luttes entre factions du temps d’avant le 3 août. Il fallait donc s’engager et ne pas se retenir. Ce qui fut fait. 

Résultat : engagement politique dont les nuances ne sont pas retenues, bénédiction par Ould Daddah, icône majeure de la politique locale, participation aux Etats généraux de la démocratie, amplification de la fracture avec les constituantes du FNDD… Les réserves du chef de file de l’opposition n’expliquent pas assez son attitude réelle. Entretemps la candidature du Général Mohamed Ould Abdel Aziz devient inévitable. La rupture est alors totale. «Le mouvement rectificatif» devient «un coup d’Etat dangereux». Ould Daddah rejoint le FNDD, poussé par les plus radicaux de son entourage. Nouvelles trahisons. Nouveaux retournements. 

RFD et FNDD, même combat. Cela va vouloir dire que, comme le FNDD, le RFD considère les prisonniers dans l’affaire Air Mauritanie des prisonniers politiques et va exiger donc leur libération. Alors que c’est une bataille qui est loin d’être la sienne. Deuxième écueil : le retour de Sidi Ould Cheikh Abdallahi devient un élément de solution. Absence de plus en plus de nuances dans les positions du RFD et du FNDD. Au moment où toutes les figures mises en avant dans le combat du FNDD ont fait beaucoup de torts au RFD et à Ould Daddah en personne. Entre ceux qui ont servi Ould Taya, Ould Mohamed Val, Ould Abdel Aziz et Ould Cheikh Abdallahi pour détruire l’image de celui qui allait devenir le leader de l’opposition, lui mettre les bâtons dans les roues, l’empêcher finalement d’accéder au pouvoir. Leurs raisons sont toujours là. 

 

Ne pas rester à la traine 

 

Il n’est pas faux de dire que seul Ould Daddah aspire réellement et peut légitimement avoir cette ambition de diriger le pays (vu le résultat obtenu en 2007). Les résultats de 2009 remettent cette affirmation en cause. Arrivé troisième derrière Ould Abdel Aziz et surtout Messaoud Ould Boulkheir (18%), Ould Daddah ne peut se permettre de reconnaitre les résultats d’un tel scrutin. Comme il ne peut s’engager dans un processus prenant en compte ces résultats. L’exigence de référence à l’Accord de Dakar trouve ici tout son sens. Parce que cet Accord a été signé entre «les trois pôles politiques mauritaniens» : le pôle Ould Abdel Aziz, le pôle du RFD et celui du FNDD (APP, UFP, Tawaçoul, Adil…). Elle reconnaît au RFD et à son leader un statut d’acteur majeur. Ce qui reste vrai dans la mesure où Ahmed Ould Daddah est encore le chef de file de l’opposition démocratique parce qu’il dirige le parti le mieux représenté à l’Assemblée nationale. 

Le problème de renouvellement des structures de l’institution de l’opposition est toujours posé. En effet depuis la réforme de la loi la régissant, le bureau de l’institution n’a jamais été mis en place. Alors que c’est le bureau qui est l’interlocuteur de l’autorité et non la seule personne du chef de file. Qui, au sein de la COD, ne veut pas la mise en place du bureau de l’institution de l’Opposition ? Cherche-t-on à substituer la COD – dont la direction est tournante – à l’Institution qui ne peut être présidée que par celui dont le parti a le plus de députés ? Est-ce là une manière de refuser de s’inscrire dans la constitutionnalité et continuer ainsi à récuser les résultats d’une élection entérinée par le Conseil constitutionnel ? 

Comprendre pourquoi les partis d’opposition évitent de mettre en place l’institution est l’une des clés de compréhension de la situation actuelle. La deuxième clé est la différence d’approches chez les acteurs. 

Entre ceux de l’UFP qui ont toujours prôné le dialogue – y compris avec Ould Taya avec lequel ils ont opté pour «un compromis historique» – et ceux qui ont marchandé pour participer au premier gouvernement de l’ère Ould Cheikh Abdallahi, en passant par ceux qui n’ont d’autres soucis que d’avoir une part du gâteau, les approches sont multiples. Et nécessairement concurrentes. Au pire contradictoires. 

Les approches de l’un (Ould Daddah) et des autres – même si l’on fait fi des trahisons probables – ne sont forcément pas les mêmes. Chez Ould Daddah, le comportement politique est dicté par la recherche des voies et moyens d’accéder au pouvoir pour l’exercer directement. Chez les autres, c’est plutôt l’influence d’un pouvoir par le soutien d’un clan ou d’un autre. Le système des vases communiquant dans lequel les non aguerris se perdent facilement. 

Pour la plupart des observateurs, le mariage de saison que constitue l’actuel attelage de la COD n’est pas fait pour durer. Les principaux acteurs le savent. Les leaders cherchent chacun une sortie. 

Dans cette atmosphère, la seule porte ouverte devant pour Ould Daddah est l’opposition pure et dure. Reste à savoir comment va-t-il la prendre et surtout avec quels atouts ? 

 

MFO

Source : La Tribune n°506


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