Mes meilleurs souvenirs

17 05 2010

 

 Invitée en tant qu’ancienne élève du Lycée National, je suis revenue après près de trente ans d’absence, sur ce lieu qui a représenté l’essentiel de mes centres d’intérêt pendant plus de trois longues années. Longues parce que riches, riches en apprentissage de la vie (à défaut de savoir), riches en relations humaines, riches surtout en rêves. 

Je suis donc, arrivée sur ce lieu de pèlerinage, et tout de suite je fus frappée par l’effervescence du lieu, il y avait comme un air de kermesse : trop de bruit, trop de personnes, un air de fête… 

Nostalgique, j’ai commencé à rechercher mes repères : le foyer, la cabane d’Ahmed le gardien, l’arbre des cancres, la Direction, le domicile du Directeur, le réfectoire, l’internat, les terrains (basket, foot, volley), … 

Le foyer était encore debout, certes déserté, éteint, l’arbre et la cabane étaient toujours là, fidèles, à leur place, la Direction aussi, mais beaucoup moins imposante, les blocs intacts sauf qu’en lieu et place des hautes fenêtres en bois (par lesquelles je glissais pour sécher un cours), il y avait des vasistas grillagés, un peu comme une prison. 

Mais la vue la plus douloureuse, était celles du grand vide, blanc, plat, rasé : le lieu des annexes : le dortoir, le réfectoire, les cuisines, l’infirmerie, les terrains … 

Et je me suis vue, là, il y a bien longtemps, à gambader derrière un ballon que je rattrapais difficilement, ou à traîner entre les bâtiments en rasant les murs pour échapper aux surveillants et surtout pour échapper au regard perçant du surveillant général, Mr Koné ! 

Eh, oui il était impossible de traîner dans la cour pendant les cours, comme le fait aujourd’hui cette cohorte d’élèves, éparpillés, bruyants, indisciplinés, habillés comme s’ils sortaient d’une boum ! 

Je cherchais désespérément à repérer les profs, impossible, dans une telle confusion… Perdue dans mes souvenirs, je revoyais Mr Arnaud sortir de son cours, avec sa cour de disciples, qui l’écoutent religieusement, retardant sa marche vers sa Jeep décapotable. 

Je me suis vue en train de fantasmer (somme toute innocemment) sur mes profs : après les cours de Mme Colombelle et Mme Karité, je rêvais d’être plus tard en blouse blanche à manipuler des éprouvettes. Pendant le cours de Mme Maillot, je me voyais grande, imposante, érudite, maîtrisant la géopolitique du monde sur la scène d’un amphithéâtre. Après le cours de Mme Sy, la prof d’anglais, je me voyais mystérieuse princesse dans un conte de mille et une nuits ou redoutable Mata Hari sillonnant le monde dans un sillage fortement musqué ! 

A la vue de mes promotionnaires (avec des tifs quelques peu blanchis), je retrouvais mon âme enjouée de fillette insouciante, déplorant qu’ils fussent peu nombreux, je retrouvais mille et un souvenirs oubliés ! 

Des souvenirs heureux (les sales tours, les blagues, les dragues, nos lectures échangées, nos sorties au cinéma, au CCF, nos jeux au foyer) et d’autres douloureux (les grèves de 79, les policiers, les matraques, les gaz lacrymogènes). 

Que tout ceci semble loin, et oh combien sont perdues « toutes les choses » que tout cela représentait, … comme tout à changer ! 

Le Professeur était craint, respecté ! Il en imposait par sa sérénité, sa tranquillité, ne criait jamais, arrivait le premier en classe et partait le dernier ! Connaissait tous ses élèves, leurs handicaps, leurs capacités. 

Rien à voir avec l’enseignant d’aujourd’hui, hirsute, énervé, préoccupé, pressé, comme s’il avait le diable aux trousses. Il a perdu toute sa dignité, à force de courir dans tous les sens à la recherche de quelques sous, a perdu sa vocation en confondant l’intérêt général et l’intérêt personnel : quel est l’enseignant ou l’inspecteur qui n’a pas le statut de fonctionnaire de l’Etat, de prof ou directeur dans un établissement public et dans un établissement privé, de répétiteur à domicile ? 

Quant est ce qu’il trouvera le temps nécessaire pour préparer ses cours, pour réviser les programmes, pour corriger les épreuves et devoirs et pour le repos de son corps et de son esprit ? 

Qu’est ce qu’un éducateur écartelé, relégué par la société au rang de personnel domestique, peut transmettre, à nos enfants déjà peu motivés par un cadre désuet, exigüe et un environnement triste, sale, … à part son stress ? 

Et c’est triste, la tête remplie par toutes ces interrogations, écrasée par l’ampleur de la déliquescence du plus grand symbole de notre système éducatif, que je me suis sauvée de ce lieu qui désormais fera partie de ma liste, déjà longue, d’actions prioritaires (mes jours de grand optimisme), ou celle tout aussi longue, des arguments pour l’immigration (mes jours sombres) ! 

La Citoyenne Lambda 

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