L’Edito de La Tribune Par Mohamed Fall O Oumère

11 05 2010

Quand il prend la parole lors du diner organisé par le ministre de la communication, Mohamed Yehdhih Ould Breidelleil confirme : il s’agit bien là d’un intellectuel au sens moderne du terme. C’est-à-dire qu’il y a là l’épaisseur culturelle et encyclopédique, l’intelligence critique et la maîtrise de la synthèse. En quelques mots, Ould Breidelleil nous rappelle là où se situe le débat : la bataille entre l’ancien et le moderne. 

La démocratie n’est qu’un pan de cette modernité qui a eu quelques vecteurs dont essentiellement une école laïque et obligatoire, des enseignants libérés et une presse dynamique et libérale. C’est à peu près ce qu’il a dit. 

La Mauritanie a, tant que ce débat était posé en ces termes, quelque peu avancé. Aux premières heures de l’indépendance, ce fut le face à face entre la vieille garde aristocratique refusant l’indépendance et ne croyant pas à la viabilité d’un pays, et celle des jeunes cadres pour la plupart formés dans les écoles coloniales et qui croyaient que l’aventure était jouable, et même prometteuse. 

Puis il y a eu la confrontation entre une élite devenue rapidement une «nomenklatura» du parti unique, et une jeunesse de plus en plus ouverte sur le monde et de plus en plus avide de liberté et d’égalité. 

Chacune des étapes s’est traduite par une série d’avancées dont la plus importante est sans doute l’accession à l’indépendance, le choix de la capitale, de l’hymne, du drapeau… le lancement du projet Mauritanie. Avec ses fondations premières. 

Puis vint l’ère des grandes réformes qui devait consacrer l’indépendance réelle ou complète du pays. Indépendance politique avec la révision des accords militaires avec la France et la prise en charge de soi de plus en plus évidente. Indépendance économique avec la nationalisation et la reprise en main des richesses nationales. Indépendance culturelle avec l’arabisation progressive et la revalorisation du patrimoine national dans toute sa diversité. 

La guerre du Sahara aura pour conséquence l’arrivée des militaires au pouvoir en juillet 1978. La catastrophe pour le pays. Le reflux à tous les niveaux. Trente ans de tergiversations, de navigation à vue, d’approximations et de mal gouvernance. Assez pour mettre le pays à genoux… et pour justifier instabilité et dysfonctionnements. 

La problématique de la modernité est restée entièrement posée. Surtout que la ruralité a fini par rattraper l’élite du pays. 

Sur le plan politique, le retour à la tribu, à l’ethnie et à la région comme référentiels d’action et d’organisation, a accentué le reflux des regroupements politiques, d’abord les groupuscules ensuite les partis. Favorisant du coup l’atomisation de la société déjà fragilisée par les agressions multiples (sécheresse, aliénation, détérioration des termes de l’échange…). 

Sur le plan économique, la déstructuration du tissu économique traditionnel a donné naissance à un système informel hybride et bâtard. Les cultures traditionnelles ont cédé la place à d’autres, plus coûteuses et fatalement moins rentables (le riz à la place du mil, le blé à la place du sorgho…). Malversations, corruption, visions erronées, accords catastrophiques pour le pays, libéralisation chaotique… un système de production qui se limite à «l’économie de cueillette» avec l’exploitation irrationnelle des ressources. 

Sur le plan social, les fractures sont énormes. Valeurs et structures anciennes survivent dans le pire de leurs aspects : société inégalitaire, système de domination perpétué par une classe dominante de plus en plus réduite et de moins en moins «éclairée», couches défavorisées de plus en plus pauvres et ignorantes… Politisation extrême des rapports sociaux et instrumentalisation des appareils institutionnels pour arriver à des fins sectaires parfois égoïstes.   

Par où commencer ? L’héritage est si lourd. L’urgence est si nécessaire. 

C’est par l’école qu’il faut commencer. L’école doit devenir le moule de formation des générations futures. Réhabiliter l’enseignement. Dans sa forme et dans son contenu. Réhabiliter les savoirs. Par la promotion du mérite et de la compétence. 

Réhabiliter l’enseignement de la philosophie dans les lycées, revaloriser l’enseignement des matières techniques et scientifiques dès le primaire, introduire un service national à la fin du cycle universitaire… 

Dans l’édition du 12 au 19 décembre 2004 de La Tribune, numéro 237, j’écrivais en guise d’introduction à un dossier intitulé : «12/12/1984-12/12/2004 : Qu’avons-nous fait de ces vingt années ?» : 

«20 ans cette semaine que Moawiya Ould Sid’Ahmed Taya est au pouvoir. Nous avons délibérément choisi d’éviter deux choses tentantes en pareille circonstance : faire une chronologie des événements et juger sans appel cette époque. 

Par contre, nous croyons qu’il convient de retracer le parcours depuis 1984 de l’homme qui a fini par être le seul maître à bord. Ensuite de camper les choix qui continuent de peser et qui pèseront à notre avis sur l’avenir de la Mauritanie. Enfin de fixer les pires et les meilleurs moments de ce long règne. 

Dans ce mot d’introduction, nous nous contenterons de caractériser l’époque en la faisant éclater. En remarquant cependant que «l’esprit 12/12» n’a finalement pas existé. Il y a eu «l’esprit PPM», caractérisé par une approche alliant l’ambition d’instaurer un centralisme étatique, de créer une administration de développement et l’obligation de composer avec les forces traditionnelles (1961-1978). Puis «l’esprit 10 juillet» qui fut un mélange de revanche d’une Mauritanie réfractaire au centralisme, de retour à l’ordre Hassane, de conquête par la Mauritanie profonde, de refus de la guerre du Sahara, d’un rééquilibrage au profit de régions s’estimant lésées jusque-là (1978-1980)… Et enfin «l’esprit des SEM» qui s’exprimait à travers le Volontariat national et qui n’est qu’une mauvaise copie de l’embrigadement nord-coréen (1980-1984). Mais pour le 12/12 il n’y a pas vraiment eu d’esprit ou d’idéologie dominante. Ould Taya a gouverné selon les besoins du moment, s’alliant avec telle force pour frapper telle autre. Nous aboutissons à cette pâle image d’un Atatürk qui n’a pas eu les moyens de ses ambitions parfois mal exprimées : un modernisme débridé, une révolution sociale avortée, un libéralisme compromis, un nationalisme chauvin, un traditionalisme superficiel, un islamisme sectaire, une ouverture fausse…»

Source : La Tribune n°500


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