• Accueil
  • > Chronique
  • > Le Directeur de Publication de« La Tribune », primé par l’Unesco:

Le Directeur de Publication de« La Tribune », primé par l’Unesco:

3 05 2010

Un Maghreb pluriel, une information plurielle

 

Quand l’ordonnance de 1991 est promulguée en Mauritanie, le premier journal indépendant du pays, Mauritanie-Demain, est saisi. Au nom du «devoir de la protection du citoyen», le ministère de l’intérieur saisissait une édition consacrée aux douloureux événements de 1990/91. Evénements qui ont servi de prétexte pour épurer l’Armée de l’élément négro-africain.  

Promulguée le 12 juillet 1991, la nouvelle loi favorisera le développement de la presse écrite. La Mauritanie était déjà lancée dans le processus électoral dont la première étape sera l’élection présidentielle de janvier 1992. D’où l’intensité de la fièvre qui s’emparait du monde politique. Multiplication de titres, instrumentalisation par les différents acteurs… l’effet de mode joue pleinement. Remarquable action des renseignements qui tentent très tôt de ‘noyer’ la presse sérieuse.

Le gouvernement engage une politique de mise au pas, de domestication de la presse. Censures abusives, agressions inconsidérées, corruption, débauchages, mise en quarantaine… tous les moyens sont mis en œuvre pour discréditer la presse, l’asphyxier et, à défaut de pouvoir la tuer, la contrôler. Cela se solde par des dégâts énormes : disparition de journaux, emprisonnements de journalistes, limitation du champ des libertés, institution de la censure… Si bien que quand le pouvoir change en 2005, c’est une presse émiettée, appauvrie, ‘esquintée’ par des pratiques arbitraires, discréditée… qui aborde le changement. 

Malgré cela, elle sera le moteur de la transition qui est lancée. Elle impose aux nouvelles autorités de l’inscrire dans l’agenda de la transition. 

 

Fin du régime de la censure. Une commission de réflexion sur la presse est mise sur pied. Comprenant les représentants de l’ensemble des acteurs, elle est chargée de concevoir les réformes nécessaires en vue d’asseoir pluralisme et liberté d’expression. La philosophie qui sous-tend cette réflexion, consiste à quitter le régime de la surveillance vers celui de la régulation. Une nouvelle loi est élaborée. Le ministère de l’intérieur n’est plus concerné par la presse. Il n’y a plus que la régulation par voie de justice. Une haute autorité de la presse et de l’audiovisuel (HAPA) est créée.

Les textes consensuels sont cependant charcutés par les juristes-maison des autorités. La loi est réduite à une énumération de ‘pénalités’ à l’encontre des contrevenants. La HAPA est sans prérogatives à même de lui permettre de jouer le rôle qui devait être nécessairement le sien.

L’accès à l’information ne sera pas garanti. Les autorités ne se conformeront pas à la loi quant à l’aspect «aide à la presse». Le statut du journaliste ne sera pas défini. L’octroi de la carte de presse relèvera encore du pouvoir discrétionnaire de fonctionnaires, anti-libéraux pour la plupart. La libéralisation du secteur de l’audiovisuel restera un vœu.

Dès l’avènement du pouvoir civil, la mise au pas est lancée par les autorités. Les médias officiels – télévision, radio et agence – redeviennent ce qu’ils ont toujours été : des outils de propagande pour le régime en place. Les émissions de débats pluralistes disparaissent. Du coup, l’évolution vers le régime du «service public» est stoppée.

De son côté, la presse écrite indépendante continue de se débattre dans des problèmes au moment où elle doit refuser la domestication rampante. Le coup d’Etat d’août 2008 achève un processus de reprise en main commencé bien avant.

 

Une cause pour tous. Mais la crise ouvre des opportunités à la presse pluraliste qui redevient ce qu’elle a été à sa naissance : le fer de lance de la bataille pour la démocratie. Les acteurs politiques sont les premiers à s’en rendre compte. La préservation de la liberté de presse revient au centre du débat.

Le fondement de la démocratie est de donner au citoyen le moyen de choisir et de contrôler l’action du décideur. L’intérêt de la démocratie est cette possibilité qu’elle ouvre devant le citoyen de s’exprimer et d’avoir droit à être informé sur l’état de la Nation.

En Mauritanie, la bataille du pluralisme, toujours à l’ordre du jour, commence par les médias publics qui doivent devenir des services publics. Elle concerne aussi la presse écrite qui doit, elle, jouer un rôle premier dans la revitalisation des idéaux de la nouvelle République. Pour ce faire, nous sommes en face de certaines exigences : garantie de la liberté d’accès à l’information pour le journaliste, liberté d’expression, aide publique à la presse, formation, reconnaissance des mécanismes d’autorégulation propres, définition du statut du journaliste, transparence dans la communication officielle, assainissement du secteur, dépénalisation du délit de presse…

Il faut donner à la presse les moyens de son indépendance par rapport aux sphères politiques et financières. La libérer aussi du carcan des pesanteurs sociales. Il faut l’aider à rompre avec ces contenus formatés, qu’on dit ‘politiquement corrects’, parce que convenables, ne remettant en cause ni l’ordre social, ni la pensée dominante des élites au pouvoir. La presse doit s’engager un peu plus, un peu mieux. Il ne s’agit plus de conforter le système dominant mais d’amener à sa remise en cause.

Ce qui vaut pour la Mauritanie, vaut pour les autres pays du Maghreb : les exigences sont les mêmes, les risques aussi. 

La presse plurielle est d’abord une cause. Qui doit être celle de tous. Les autorités ont, plus que tout autre partenaire, le devoir de protéger la pluralité. D’autant que la plupart des dysfonctionnements du secteur sont le produit des interférences de l’autorité qui a toujours voulu d’une presse au pas, d’une presse de la pensée unique, de la vision inique.

 

Par Mohamed Fall Ould OumeïrJournaliste (La Tribune) 


Actions

Informations



Une réponse à “Le Directeur de Publication de« La Tribune », primé par l’Unesco:”

  1. 3 05 2010
    barrada (23:13:49) :

    Le Directeur de Publication de « La Tribune », primé par l’Unesco
    mercredi 28 avril 2010

    Dans le cadre de la célébration de la Journée mondiale de la liberté de la presse pour cette année 2010, le Bureau de l’Unesco à Rabat a lancé un concours sous-régional d’articles d’opinion, qui vient d’être remporté par le Directeur de Publication de « La Tribune ».

    Annoncé le 11 mars dernier, le concours portait sur le thème « “Liberté d’information et droit de savoir, quel avenir pour le Maghreb ?”.

    Plusieurs journalistes des cinq pays du Maghreb, francophones et arabophones se sont porté candidats à ce prix, de première vue facile pour des journalistes expérimentés, surtout pour la famille des doyens de la presse maghrébine, mais qui dans les faits n’est pas une sinécure.

    Ceci est d’autant plus vrai si l’on sait que les dizaines de postulants auront beaucoup de peine à condenser des tonnes d’informations relatives au sujet proposé par le concours en 800 à 900 mots, soit environ 15 à 20 lignes d’une page courante de Word.

    Une taille de résumé très insuffisante, pour pouvoir cerner les nombreuses idées toutes liées à un thème très vaste et dont chacune vaut sa pesée dans l’appréciation globale de l’article par un jury régional composé de talents journalistiques confirmés du Maghreb arabe.

    Selon la note du concours, le jury comprend en son sein « des représentants de haut niveau des journaux et magazines algériens, marocains, mauritaniens et tunisiens, ainsi que plusieurs autres, journalistes éminents de l’espace médiatique maghrébin ».

    Par ailleurs, soulignons que les candidats n’étaient pas exposés à ces seules contraintes de réflexion intellectuelle et de compétitivité dans la pertinence et l’excellence des articles, mais, avaient juste 20 jours pour soumettre leur travail.

    Les articles d’opinion qui doivent présenter un point de vue sur les perspectives de la liberté d’information dans les pays du Maghreb, doivent également « suivre une argumentation claire, être illustré de faits et/ou de statistiques, et inciter au débat ».

    C’est donc à ce concours très difficile, que notre confère et Directeur de Publication de « La Tribune », Mohamed Vall Ould Oumère qu’est revenu le titre de lauréat.

    C’est à l’occasion de la célébration de la Journée mondiale de la liberté de presse le 3 mai prochain, que cette grande plume de la presse mauritanienne, qui avait bataillé aux côtés de l’ex fondateur du « Le Calame », feu Habib Ould Mahfoudh, les durs et glorieux moments du combat pour l’avènement d’une réelle liberté de presse, que le Directeur de Publication « La Tribune », sera gratifié à Nouakchott de son nouveau titre de lauréat du concours 2010, decerné par le Bureau de l’Unesco à Rabat.

    Une consécration bien méritée et une grande joie que nous partageons avec l’autre main efficace de « La Tribune », dont Kissima Diagana, Mohamed Fouad Barrada et les autres, qui présentent d’excellents talents journalistes, capables de rééditer dans l’avenir l’exploit de leur maître.

    Ce titre distingué constitue également une victoire pour la Mauritanie et pour la famille journalistique nationale, qui retrouve les lueurs du succès en se hissant, après une très longue absence, aux cimes de l’espace médiatique maghrébin.

    Source :http://www.emjad.net/fr/spip.php?article321

Laisser un commentaire




bientôt tous en prison, bie... |
WADE - Président - |
la vérité |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Journal d'1 République...
| sarkosy un espoir pour la f...
| Sylvie Trautmann