Edito de La Tribune Par Mohamed Fall Ould Oumère

3 05 2010

Quand l’ordonnance sur la liberté de presse en juillet 1991, Mauritanie Demain est saisi pour un dossier sur les événements de 90/91. Titre : «Arabes-Négro-africains : fin d’un mariage de raison ?» Le ministère de l’intérieur avait jugé qu’il s’agissait là d’une atteinte à l’unité nationale. Ce ne sont pas «les tortionnaires zélés», ni les assassins avérés qui sont inquiétés, mais le journal qui a osé soulever un coin du voile. 

Quand en mars 2002 on parle de compte d’attente de la BCM – celui-là même qui justifiera la chasse aux hommes d’affaires en 2009 – cela me vaut personnellement un emprisonnement pour une douzaine de jours. 

Ne parlons pas des pressions exercées par l’administration, les particuliers, les partis politiques, les tribus… des pressions qui s’exercent à chaque moment de la vie… c’est fatiguant et parfois décourageant. C’est d’ailleurs fait pour ça. 

C’est parfois terrible. Comme si l’objectif était de réprimer toute velléité. Au début, était la question : «j’ai lu un article que vous avez écrit… où ça ? dans la Vérité ? ou Horizons ?» L’essentiel est de vous faire croire que l’article ne mérite pas qu’on se rappelle où on l’a lu. 

Puis vint la question : «Pourquoi vous avez écrit cet article ? ou confectionner ce dossier ?» Pour vous dire que si vous vous intéressez à un sujet c’est pour une raison personnelle, bassement matérielle. 

Et enfin le phénomène du net avec les signatures anonymes de textes faits d’insultes, de vindictes. Ces anonymes, que vous finissez fatalement par reconnaitre, déversent et cultivent la haine… 

Nous avons raté quelque chose qu’il sera difficile de rattraper. Parce que la demande démocratique n’a pas été assez appuyée, parce qu’elle n’a pas mérité les sacrifices nécessaires… parce que les «offres» de 1991, de 2005 et de 2008 ont manqué d’hommes visionnaires, capables de récupérer les projets et de les faire aboutir. 

La pensée dominante étant celle de l’ante-démocratie, tout ce qui concerne la presse n’a pas vraiment été une exigence des forces politiques. Ce n’était pas une demande sociale non plus. 

Aujourd’hui que de nouvelles perspectives sont ouvertes devant elle, la presse doit se prendre en charge et s’imposer encore plus comme acteur. La naissance du syndicat, les prédispositions politiques exprimées par le Président de la République notamment sur la libéralisation de l’audiovisuel et l’ouverture des médias publics, la maturité de plus en plus évidente des acteurs… tout cela pourrait contribuer à l’amélioration considérable des conditions d’exercice du métier. 

Mais toute évolution reste tributaire de la conception, puis de la mise en œuvre d’une stratégie nationale de la communication. Que voulons-nous et où voulons-nous en venir ? avec quels moyens ? quelles personnes ? 

«Il faut donner à la presse les moyens de son indépendance par rapport aux sphères politiques et financières. La libérer aussi du carcan des pesanteurs sociales. Il faut l’aider à rompre avec ces contenus formatés, qu’on dit ‘politiquement corrects’, parce que convenables, ne remettant en cause ni l’ordre social, ni la pensée dominante des élites au pouvoir. La presse doit s’engager un peu plus, un peu mieux. Il ne s’agit plus de conforter le système dominant mais d’amener à sa remise en cause. (…)La presse plurielle est d’abord une cause. Qui doit être celle de tous. Les autorités ont, plus que tout autre partenaire, le devoir de protéger la pluralité. D’autant que la plupart des dysfonctionnements du secteur sont le produit des interférences de l’autorité qui a toujours voulu d’une presse au pas, d’une presse de la pensée unique, de la vision inique».

Source : La Tribune n°499 


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