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Les Echos de La Tribune :La conscience de l’inconsciente !

3052010

Par Mohamed Fouad Barrada

Environ minuit, à côté d’une boutique de l’un des  quartiers périphériques de Nouakchott, elle s’accroche à une partie de mon boubou, en me disant vous devriez m’écouter. Après une journée de travail épuisante, je voulais me débarrasser d’elle. Niet Monsieur, me rétorquait-elle, vous devrez m’écouter. 

Aussitôt, je me suis plié  à ses exigences. Il s’agit là, d’une  femme correctement habillée, elle était entourée par une petite foule composée de ses voisins, tous forcés à l’écouter. Elle confirmait, qu’elle a demandé à son ex-mari de lui donner de quoi payer un loyer avoisinant les 40 mille et que sa réponse était cette fois-ci négative. La femme en question  semble  assurer le fonctionnement de son foyer. Elle a, entre autres, comme charge une fille à la quinzaine, celle-ci malgré son âge, passe une grande partie de son temps à l’extérieur du ménage, elle a déjà dérobé deux véhicules.  

Derrière cette petite famille toute une histoire, pleine  d’antagonisme. Après un divorce, le degré extrême de la jalousie affectait la ‘conjointe’ qui devient subitement délaissée à la merci de ses créanciers, sans époux, ni travail. Il faut le reconnaitre, en apparence, elle ne  représente aucun symptôme de folie, néanmoins, c’est au cours de la discussion que vous vous rendez compte qu’elle dévoile des vérités  arrangées dans un discours parfois incohérent. 

« En Mauritanie, les femmes sont dans l’obligation de soutirer de l’argent, par n’importe quel moyen, elles ne peuvent plus survivre. Elles ne sont plus à l’abri de la catastrophe. L’autre jour un jeune homme voulait violer ma fille. Dés lors, j’ai déposé une plainte contre lui, toutefois,  enfin de compte, je me suis rendue à l’évidence qu’il est de bonne famille, ce qui m’a incité  à renoncer à l’infraction dont on a été victime», martèle-t-elle avec une spontanéité extraordinaire, avant d’ajouter, « certes, ma fille a pris la voiture d’un voisin, elle a fait un tour. Cependant, elle a déjà averti celui-ci qu’il n’a pas le droit de s’arrêter devant notre maison. Tant pis pour lui ».  

Elle poursuit dans un délire appuyé par des revendications ‘bienséantes’. Les temps sont durs, il faut que les associations des droits de l’homme et celles de la protection des familles se mobilisent pour m’aider.  

Ainsi, une autre partie de son discours extériorisait ceci : j’ai démoli mon téléviseur après un rêve  cauchemardesque. Raisons invoquées : chasser une malédiction pouvant toucher la patrie et le Président de
la République.
 

Pourtant, « mon téléviseur était comme un frère, une fille obéissante, une mère », annonce-t-elle, amèrement. 

En somme, ce cas n’est guère dénué de tout fondement. Il est révélateur d’un message, implicite, bien qu’adressé par une inconsciente, il interpelle tout un  chacun.  

 m_barrada@yahoo.fr 




Edito de La Tribune Par Mohamed Fall Ould Oumère

3052010

Quand l’ordonnance sur la liberté de presse en juillet 1991, Mauritanie Demain est saisi pour un dossier sur les événements de 90/91. Titre : «Arabes-Négro-africains : fin d’un mariage de raison ?» Le ministère de l’intérieur avait jugé qu’il s’agissait là d’une atteinte à l’unité nationale. Ce ne sont pas «les tortionnaires zélés», ni les assassins avérés qui sont inquiétés, mais le journal qui a osé soulever un coin du voile. 

Quand en mars 2002 on parle de compte d’attente de la BCM – celui-là même qui justifiera la chasse aux hommes d’affaires en 2009 – cela me vaut personnellement un emprisonnement pour une douzaine de jours. 

Ne parlons pas des pressions exercées par l’administration, les particuliers, les partis politiques, les tribus… des pressions qui s’exercent à chaque moment de la vie… c’est fatiguant et parfois décourageant. C’est d’ailleurs fait pour ça. 

C’est parfois terrible. Comme si l’objectif était de réprimer toute velléité. Au début, était la question : «j’ai lu un article que vous avez écrit… où ça ? dans la Vérité ? ou Horizons ?» L’essentiel est de vous faire croire que l’article ne mérite pas qu’on se rappelle où on l’a lu. 

Puis vint la question : «Pourquoi vous avez écrit cet article ? ou confectionner ce dossier ?» Pour vous dire que si vous vous intéressez à un sujet c’est pour une raison personnelle, bassement matérielle. 

Et enfin le phénomène du net avec les signatures anonymes de textes faits d’insultes, de vindictes. Ces anonymes, que vous finissez fatalement par reconnaitre, déversent et cultivent la haine… 

Nous avons raté quelque chose qu’il sera difficile de rattraper. Parce que la demande démocratique n’a pas été assez appuyée, parce qu’elle n’a pas mérité les sacrifices nécessaires… parce que les «offres» de 1991, de 2005 et de 2008 ont manqué d’hommes visionnaires, capables de récupérer les projets et de les faire aboutir. 

La pensée dominante étant celle de l’ante-démocratie, tout ce qui concerne la presse n’a pas vraiment été une exigence des forces politiques. Ce n’était pas une demande sociale non plus. 

Aujourd’hui que de nouvelles perspectives sont ouvertes devant elle, la presse doit se prendre en charge et s’imposer encore plus comme acteur. La naissance du syndicat, les prédispositions politiques exprimées par le Président de la République notamment sur la libéralisation de l’audiovisuel et l’ouverture des médias publics, la maturité de plus en plus évidente des acteurs… tout cela pourrait contribuer à l’amélioration considérable des conditions d’exercice du métier. 

Mais toute évolution reste tributaire de la conception, puis de la mise en œuvre d’une stratégie nationale de la communication. Que voulons-nous et où voulons-nous en venir ? avec quels moyens ? quelles personnes ? 

«Il faut donner à la presse les moyens de son indépendance par rapport aux sphères politiques et financières. La libérer aussi du carcan des pesanteurs sociales. Il faut l’aider à rompre avec ces contenus formatés, qu’on dit ‘politiquement corrects’, parce que convenables, ne remettant en cause ni l’ordre social, ni la pensée dominante des élites au pouvoir. La presse doit s’engager un peu plus, un peu mieux. Il ne s’agit plus de conforter le système dominant mais d’amener à sa remise en cause. (…)La presse plurielle est d’abord une cause. Qui doit être celle de tous. Les autorités ont, plus que tout autre partenaire, le devoir de protéger la pluralité. D’autant que la plupart des dysfonctionnements du secteur sont le produit des interférences de l’autorité qui a toujours voulu d’une presse au pas, d’une presse de la pensée unique, de la vision inique».

Source : La Tribune n°499 




De la radioactivité au CHN,

3052010

 

 Les «déchets israéliens» ? 

 

 

On pouvait s’attendre à tout sauf à celle-là : la découverte de produits radioactifs dans les magasins du centre hospitalier national, plus connu sous le nom «Hôpital national». C’est pourtant le ministre de la santé qui, dans une démarche sans précédent, a révélé l’existence de quatre bonbonnes suspectes. Le ministère a publié un communiqué à l’occasion. 

Nous apprenons dans ce communiqué que la découverte est «fortuite». Qu’il s’agit de «quatre cassettes en plomb scellées dans un réduit du service de radiologie du CHN portant des inscriptions suspectes de radioactivité». Ce serait au début du mois d’avril. Pris de panique, le ministère dans un souci extraordinaire – parce que sans précédent – de vérité, fait appel à l’agence internationale de l’énergie atomique (pourquoi elle ?). 

L’AIEA envoie des experts qui séjournent dans notre capitale du 12 au 17 avril. Silence – toujours sans précédent – sur l’affaire. «Les investigations menées par cette mission ont confirmé qu’il s’agit de sources faiblement radioactives et ont permis d’identifier la société émettrice qui est une société allemande PTW-Fribourg». C’est ce que dit le communiqué qui précise qu’«il s’agit de trois sources de strontium 90 et d’une source de radium 226». Qui révèle ensuite que la société allemande a confirmé «avoir livré ces sources à la société française: la Compagnie Générale de Radiologie (CGR Paris) le 21/11/1964, le 6/12/1968, le 26/11/1976 et le 7/1/1977». Est-ce aux mêmes dates que les produits ont atterri chez nous ? Ou plus tard ? Tout ce que nous avons le droit de savoir, c’est que «ces sources auraient été utilisées dans notre pays par une équipe médicale étrangère pour l’étalonnage d’un appareil de radiothérapie». Qu’est-ce que cela veut dire ? 

Personne n’a jamais pensé à une unité de radiothérapie en Mauritanie avant les années 90. Surtout pas dans les années 60. A rappeler surtout que le CHN était encore en phase de construction. Il faut donc comprendre que l’équipe médicale «étrangère» pourrait avoir agi récemment. Il s’agirait alors d’une équipe israélienne, la seule qui a déjà travaillé sur un projet demandant l’utilisation de produits radioactifs (lutte contre le cancer). Il s’agirait très probablement de ce qui a suscité des remous au début des années 2000 : l’enfouissement de déchets nucléaires israéliens. L’information publiée par El Qods el Araby qui avait cité le président du RFD, Ahmed Ould Daddah à l’époque, cette information pourrait donc être fondée sur la présence de ces cassettes dont la venue a visiblement entourée d’un grand secret… 

Pour une opération de communication, elle est bien ratée, et même largement. Si l’objectif était de rassurer, la révélation a fini par inquiéter parce que les questions essentielles restent posées. Comment et par quels intermédiaires le produit a-t-il atterri à l’hôpital national ? qui en est responsable ? sommes-nous un dépotoir ? Car n’oublions pas que le scandale de l’existence d’un dépôt de fûts d’insecticides stockés par l’OCLALAV aux environs de Letfetar est toujours sans réponse. 

Qu’à cela ne tienne, le ministère nous apprend qu’«après les mesures effectuées, il s’avère que ces sources ne présentent aucun danger de contamination ni pour le personnel médical, ni pour les populations». Tant mieux. Que «la Mauritanie a demandé à l’AIEA le rapatriement de ces sources à leur origine». Et que «la société PTW a confirmé sa disponibilité à les reprendre» (Pourquoi c’est elle qui doit la reprendre ?). Donc que «les dispositions sont en cours pour leur rapatriement». Oui, qu’«en conclusion, ces sources ne présentent aucun danger de contamination et la société PTW-Fribourg est prête à les rapatrier». Qui dit mieux ? 

Au ministère où rien de «reluisant» n’a été fait depuis quelques temps, on est satisfait d’avoir pris les devants dans une affaire qui aurait pu ne pas se savoir dans la mesure où toutes les démarches ont été, pour une fois tenues au secret. La preuve que l’administration peut cacher ce qu’elle a envie de cacher. Preuve que les fuites sont toujours voulues…

Source : La Tribune n°499 




Economie :

3052010

 

 La table-ronde de Bruxelles n’aura pas lieu 

 

Le Premier ministre en a fait un cheval de bataille. Un comité interministériel a été mis sur pied pour la préparer. Elle a été fixée d’abord en février, puis reculée pour mars, avril, mai et maintenant juin… et si la table-ronde de Bruxelles n’avait pas lieu ? 

 

 

Au début était «une idée espagnole». L’Espagne accédait à la présidence tournante de l’Union Européenne le 1er janvier 2010. Premier alliée du nouveau pouvoir en Mauritanie, elle manifestait sa volonté de lui apporter le soutien nécessaire pour relancer les promesses du Groupe Consultatif de décembre 2007, lesquelles avaient atteint le niveau record pour des engagements de plus de trois milliards dollars. Le terrorisme, l’instabilité politique et la crise internationale étaient passés par là. Remettant en cause les résultats de Paris et, chose plus grave, la fiabilité du pays. 

Après le 18 juillet et l’élection bénie par la communauté internationale, l’objectif premier devait être de renverser la tendance. Signe favorable : l’Espagne préside l’UE pour les six mois à venir. Elle propose une relance des partenaires à travers une réunion à Madrid. L’idée est très bonne. Mais elle est tout de suite «détournée» : ce sera à Bruxelles et non à Madrid. Premier couac. 

Pour réunir les partenaires à Bruxelles, il faut avoir la bénédiction de… Bruxelles. Même si les instances de l’UE avaient, après l’élection présidentielle, décidé de reprendre sa coopération avec la Mauritanie, un processus de normalisation de ces relations devait être engagé d’un commun accord. Point essentiel de ce processus : les engagements consignés du nouveau pouvoir vis-à-vis de l’UE et sur des questions allant de la consolidation de la démocratie par le dialogue entre les acteurs, la libéralisation du système d’information… à l’assainissement de la gestion par l’introduction d’outils performants en matière de transparence. Avec un échéancier clair et précis. Le passage de l’article 96 de la convention de Cotonou, article qui gérait la période de crise et de désengagement sur le terrain, à l’article 8 qui gère lui la phase de normalisation et de retour, ce passage nécessite des discussions soutenues entre les instances de l’UE et le pays concerné. 

Dans le cas de la Mauritanie, cela devait se traduire, immédiatement après la prise de fonction par le gouvernement de Ould Mohamed Laghdhaf (version III), par la formalisation des engagements communs. C’est seulement au début du mois d’avril que le gouvernement a signifié à la partie européenne sa disponibilité à remplir les conditions de l’article 8. Il y a moins de trois semaines ! Alors comment envisager – et même décider – la tenue d’une table-ronde des bailleurs à Bruxelles alors que les relations avec l’UE n’étaient pas encore normalisées ? 

D’autant plus difficile que les autres bailleurs multilatéraux n’avaient pas été sollicités ou même avertis. Le Fonds monétaire international et la Banque Mondiale, maîtres d’œuvre des réunions du genre notamment des Groupes consultatifs, n’ont pas non plus été avertis. On imagine aisément les appréhensions qui seront nées ici et là. 

Aussi faut-il ajouter à ces éléments de blocage, les effets du contexte international. Le monde se relève difficilement de la crise financière et économique qui l’a sérieusement secoué en 2008 et 2009. La reprise de la croissance est rendue difficile par la raréfaction des ressources. La plupart des pays sont encore à la recherche de nouvelles formules pour éviter de pareilles secousses. Les instances financières internationales et multilatérales comme la BM, la BAD… sont à la recherche d’un nouveau souffle pour pouvoir répondre aux besoins pressants des Etats touchés par la crise. Cela se traduit par des opérations de recapitalisation qui, on l’espère, permettront de mobiliser de nouvelles ressources en vue de financer les déficits de l’économie mondiale et de venir en aide aux plus faibles. 

Dans cette phase transitoire – une transition qui peut durer -, le monde est en phase d’évaluation des Objectifs de développement du Millénaire (OMD). En septembre prochain, le système des Nations Unies procèdera à cette évaluation qui intervient tous les cinq ans depuis le lancement du programme. Ce sera l’occasion non seulement de constater les avancées, mais aussi de réévaluer les besoins et d’essayer d’augmenter les ressources. Tout est en attente donc en matière de mobilisation des ressources financières jusqu’à septembre. 

Ajoutons à cela la conjoncture et… l’actualité. Haïti a absorbé le peu de ressources existantes. L’Afghanistan, le Darfour et maintenant la Grèce… la pauvreté et la faillite des Etats ont renversé l’ordre des priorités pour les bailleurs mondiaux. 

Alors pourquoi la Mauritanie tient-elle tant à cette réunion ? Pourquoi le Premier ministre Dr Moulaye Ould Mohamed Laghdhaf tient-il à aller à Bruxelles plaider une cause au mauvais moment et dans le mauvais lieu ? Pourquoi, d’autant plus que le défi sera énorme pour les autorités qui devront obligatoirement mieux faire qu’en 2007 ? 

La crise politique ouverte par la fronde des parlementaires en 2008 aboutira naturellement au coup d’Etat du 6 août 2008. Par chance, le nouveau pouvoir profite de la chute des prix des matières de première nécessité (pétrole, sucre, blé, riz…). Ce qui lui permet de faire baisser les prix se donnant un répit social au moment d’une effervescence politique sans précédent. Le gouvernement de l’époque devait tenir compte de cette donne conjoncturelle en préparant le reflux. Surtout que la Mauritanie venait de bénéficier d’une annulation de la dette d’une part, et d’un engagement des bailleurs à l’accompagner. L’annulation lui permettait de ne pas rester liée par la contrainte de la soutenabilité de la dette. Ce qui lui ouvrait la voie de l’endettement intérieur pour éviter le manque de liquidité et afin de subvenir aux dépenses budgétaires. Le souci étant de ne pas donner l’impression que les finances publiques sont incapables de respecter leurs engagements. On pourrait, à défaut, altérer la confiance dans le système financier. Quoi dire d’une loi financière adoptée et qui n’est pas exécutée ? 

Un indicateur qui ne trompe pas : quand il y a inadéquation entre prévisions budgétaires et exécutions budgétaires. Comme c’est le cas actuellement. Comment comprendre que la mise en place du budget 2010 le 1er mars dernier n’a pas eu d’effets. Car nous en sommes encore au stade où les paiements se font selon le bon désir du ministre ou du Premier ministre. C’est bien ce qui fonde la rumeur concernant le manque de liquidité au Trésor. 

Alors qu’il fallait parer au plus pressé en procédant aux recadrages macro-économiques – comme disent les spécialistes -, le gouvernement de Ould Mohamed Laghdhaf a simplement laissé les événements «agir». Peut-être faudra-t-il que le Président de la République lui-même demande à son PM et son ministre des finances de lui présenter des plans d’exécution budgétaires clairs. Pour empêcher la perte de confiance mais aussi l’image d’un système financier en panne. Et au plus vite. 

C’est sous le sceau de l’urgence qu’il faut réparer la panne actuelle. On peut toujours invoquer le tarissement des ressources extérieures à la suite de la crise politique et pendant toute une année, pour expliquer les contreperformances du gouvernement qui est là depuis deux ans. Il faut y ajouter un manque avéré de compétences, ce qui explique l’absence d’initiatives et d’anticipation sur les événements. Avec comme circonstance aggravante la crise économique et financière mondiale qui s’est finalement traduite pour nous par la baisse des recettes des exportations et le tarissement des ressources de financement venant de l’extérieur. 

Autre impératif pour l’équipe gouvernementale, l’élaboration d’une stratégie nationale de développement économique et social du pays. Il y a eu le cadre stratégique de lutte contre la pauvreté (CSLP) qui est resté une sorte de document copié-collé reprenant une logomachie peu convaincante. C’est dans le cadre de cette stratégie, une fois définie, qu’il faut élaborer une panoplie de projets fiables. Mais avant tout savoir ce qu’on veut et l’expliquer à nos partenaires pour les convaincre de nous accompagner. 

Toutes ces conditions sont-elles remplies pour aller faire l’exercice de la table-ronde ? Au gouvernement mauritanien de répondre pour se décider. Tout en tenant compte de l’avis des partenaires les plus concernés. Qu’en pensent le FMI et la Banque Mondiale ? On sait que l’UE a exprimé ses réserves, estimant que c’est un risque politique inutile pour le pouvoir actuel. Le gouvernement peut toujours compenser les «réticences occidentales» par les engagements arabes et islamiques, mais jusqu’à quel niveau peuvent aller les partenaires de cet espace ? et quelles implications politiques et diplomatiques pour la Mauritanie ? 

Dans ce contexte il y a vraiment lieu de se demander si la table-ronde Bruxelles aura lieu. Tout indique que non. Et même si elle a lieu, qu’est-ce qu’elle peut rapporter ? 

 

MFO 

 

Encadré : 

Article 8 

 

L’Accord de Cotonou a mis l’accent sur «les dimensions politiques» des relations entre les ACP et l’Union Européenne. Il se traduit par le soutien des processus démocratiques et des réformes visant à améliorer la gouvernance dans les pays ACP. Il met en place des mécanismes de sanctions en vue de prévenir les changements anticonstitutionnels et de faire pression sur les contrevenants. Au titre de l‘article 96 de cet accord. Passé la crise, le dialogue politique doit continuer dans un autre cadre. Au titre de l’article 8 qui stipule : 

«1. Les parties mènent, de façon régulière, un dialogue politique global, équilibré et approfondi conduisant à des engagements mutuels. 

2. Ce dialogue a pour objectif d’échanger des informations, d’encourager la compréhension mutuelle ainsi que de faciliter la définition de priorités et de principes communs, en particulier en reconnaissant les liens existant entre les différents aspects des relations nouées entre les parties et entre les divers domaines de la coopération prévus par le présent accord. Le dialogue doit faciliter les consultations entre les parties au sein des enceintes internationales. Le dialogue a également pour objectif de prévenir les situations dans lesquelles une partie pourrait juger nécessaire de recourir à la clause de non-exécution. 

3. Le dialogue porte sur l’ensemble des objectifs et finalités définis par le présent accord ainsi que sur toutes les questions d’intérêt commun, général, régional ou sous-régional. Par le dialogue, les parties contribuent à la paix, à la sécurité et à la stabilité, et à promouvoir un environnement politique stable et démocratique. Le dialogue englobe les stratégies de coopération ainsi que les politiques générales et sectorielles, y compris l’environnement, l’égalité hommes/femmes, les migrations et les questions liées à l’héritage culturel. 

4. Le dialogue se concentre, entre autres, sur des thèmes politiques spécifiques présentant un intérêt mutuel ou général en relation avec les objectifs énoncés dans le présent accord, notamment dans des domaines tels que le commerce des armes, les dépenses militaires excessives, la drogue et la criminalité organisée, ou la discrimination ethnique, religieuse ou raciale. Il comprend également une évaluation régulière des évolutions relatives au respect des droits de l’homme, des principes démocratiques, de l’État de droit et à la bonne gestion des affaires publiques. 

5. Les politiques générales visant à promouvoir la paix ainsi qu’à prévenir, gérer et résoudre les conflits violents, occupent une place importante dans ce dialogue, tout comme la nécessité de prendre pleinement en considération l’objectif de la paix et de la stabilité démocratique lors de la définition des domaines prioritaires de la coopération. 

6. Le dialogue est mené avec toute la souplesse nécessaire. Il peut, selon les besoins, être formel ou informel, se dérouler dans le cadre institutionnel et en dehors de celui-ci, sous la forme et au niveau les plus appropriés, y compris au niveau régional, sous-régional ou national. 

7. Les organisations régionales et sous-régionales ainsi que les représentants des sociétés civiles sont associés à ce dialogue». 

 

Source : La Tribune n°499




Faits divers de la Tribune Par AOS

3052010

Opération coup de poing

 

Le Commissaire de police Nejib et ses  éléments de l’Anti-drogue ont réussi une vive opération dans le courant de la semaine dernière. Ils ont épinglé une bande de cinq hommes spécialisés dans le trafic et la vente de chanvre indien.

Selon des sources policières, la bande est menée par le Guinéen de Conakry Baldé Mohamed qui a été arrêté en possession de 9kg de chanvre indien une somme de 500.000de nos ouguiyas. Dans la foulée, il y avaient le Malien Yéro Sangaré qui ravitaillait le réseau en matière de drogue depuis l’étranger, le Sénégalais Samba Moussa Sow dit Bathe qui se chargeait de la sensibilisation des clients et de la vente en plus de deux jeunes qui épaulaient la bande dans sa mission. Les cinq suspects ont été déferrés au parquet le dimanche dernier. Entendus par le Procureur de
la République qui libéra l’un d’eux et les quatre autres furent envoyés en prison. La somme de 500.000UM a été remise au Procureur de
la République a-t-on appris de sources policières.

Boycott de lit suivi de coups 

La Brigade Mixte de Gendarmerie a déferré lundi dernier un couple, un soldat et son épouse a-t-on appris de source judiciaire. Au parquet, ils ont été entendus. Le Procureur confie le dossier au Juge du 6e Cabinet qui les entend à son tour. La ‘bonne’ dame se plaint d’être maltraitée et de recevoir régulièrement des coups sans aucune raison. Le soldat reprochait à son épouse de refuser à se soumettre quand elle est au lit et que cela a duré bien qu’il ait tout fait pour qu’elle change. C’est ce qui l’aurait poussé à la corriger, selon ses expressions.

Interrogée, la femme, reconnaît ce que son mari a dit, mais elle se justifie en disant : «je suis une personne et non une bête ». «J’ai besoin de me reposer de temps en temps » rétorque la dame. Les propos furent enregistrés et classés dans le dossier. Le militaire relâché sous contrôle judiciaire et l’affaire qui semble être délicate serait confiée à un Cadi.

Au palais de Justice, le militaire et son épouse, chacun d’eux traînait derrière lui une foule de supporters qui s’échangeaient des sales paroles a indiqué un policier chargé de la sécurité.

 

 Source : La Tribune n°499




Volonté de puissance

3052010

 

« Nous voulons substituer dans notre pays la morale à l’égoïsme, la probité à l’honneur, les principes aux usages, les devoirs aux bienséances, l’empire de la raison à la tyrannie de la mode, le mépris du vice au mépris du malheur,  la fierté à l’insolence, la grandeur d’âme à la vanité, l’amour de la gloire à l’amour de l’argent, les bonnes gens à la bonne compagnie, le mérite à l’intrigue, le génie au bel esprit, la vérité à l’éclat, le charme du bonheur aux ennuis de la volupté, la grandeur de l’homme à la petitesse des grands, un peuple magnanime, puissant, heureux, à un peuple aimable, frivole et misérable, c’est-à-dire, toutes les vertus et tous les miracles de
la République, à tous les vices et à tous les ridicules de la monarchie. »Robespierre.

 

Mots savamment choisis et objectifs minutieusement définis,  Robespierre  exprime à travers cette citation  pleine de sens et d’une profondeur incomparable, son désespoir, son amertume et un certain sentiment d’humiliation trempée dans une flaque de peur. La société française d’avant la révolution est typiquement la même que la notre d’aujourd’hui : règne de la médiocrité, allégeance inconditionnelle  au roi, amour aveugle de l’argent, bourgeoisie arrogante, école religieuse politisée et antre de la soumission… N’importe qui de ce pays se reconnaitrait dans cette citation de Robespierre, intemporelle, serais-je tenté de dire.

 

C’est un cri de lassitude, une volonté de puissance et attachement à une lueur d’espoir dans un ciel assombrit par l’égoïsme, le vice et les usages mondains réfractaires au changement et à l’aspiration au bonheur humain et à l’épanouissement existentiel accessible à tout homme. La bataille pour la liberté a ponctué sa vie, comme elle a ponctué celle de Che Guevara, Gandhi et près de chez nous Nelson Mandela, icône vivante de la lutte mais aussi et surtout du pardon, de l’ascétisme comprenez par cela le désintéressement du pouvoir entre autres valeurs ascétiques.

 

Toutes ces sommités de la lutte continue ont en commun la volonté de puissance chère à Nietzsche. Ils ont refusé le statu quo, ils se sont servis de l’humiliation qu’ils ont vécue à travers leur personne ou de celles d’autres hommes de leurs contrées, asservis par des pouvoirs démagogues, pour renverser la vapeur en faisant triompher l’espoir. Ils ont milité à corps défendant et à leurs risques et périls pour la démocratie et pour la justice.

En lisant ces phrases, j’accorde à mes lecteurs le droit de porter le jugement de valeur qui serait approximativement  le suivant : tout ce que vous dites Monsieur est empreint d’idéalisme. Moi je dirais d’espoir  après que nous ayons  vécu dans l’humiliation totale et dans la peur transfuge. L’humiliation, nos compatriotes l’ont connu en 66, 68, 89, 90, 91. La peur les a amenés  à accepter la déportation, à rester en dehors de chez soi et à lier le nom de leur pays à l’injustice, à la torture, à l’exclusion et à l’expropriation aussi bien matérielle que culturelle. La fracture est toujours là, aussi béante. La méfiance et le rejet demeurent de mise. Pourquoi ? Parce que le pardon ne se fait pas par procuration, parce que l’humiliation et la peur ne disparaisse pas avec un discours aussi conciliant soit-il ou par des mesures aussi alléchantes fussent-elles. Le développement d’un pays ne peu se faire au détriment d’une des composantes de sa société, l’Afrique du Sud nous l’a prouvé.

Seule une réelle volonté de puissance, une aspiration à l’avènement du surhomme mauritanien et un espoir bâti sur les décombres et les expériences de l’humiliation et de la peur, peuvent nous sauver de l’abime qui se profile à l’horizon.

 

Momme Ducros.

Source : La Tribune n°499




Le Directeur de Publication de« La Tribune », primé par l’Unesco:

3052010

Un Maghreb pluriel, une information plurielle

 

Quand l’ordonnance de 1991 est promulguée en Mauritanie, le premier journal indépendant du pays, Mauritanie-Demain, est saisi. Au nom du «devoir de la protection du citoyen», le ministère de l’intérieur saisissait une édition consacrée aux douloureux événements de 1990/91. Evénements qui ont servi de prétexte pour épurer l’Armée de l’élément négro-africain.  

Promulguée le 12 juillet 1991, la nouvelle loi favorisera le développement de la presse écrite. La Mauritanie était déjà lancée dans le processus électoral dont la première étape sera l’élection présidentielle de janvier 1992. D’où l’intensité de la fièvre qui s’emparait du monde politique. Multiplication de titres, instrumentalisation par les différents acteurs… l’effet de mode joue pleinement. Remarquable action des renseignements qui tentent très tôt de ‘noyer’ la presse sérieuse.

Le gouvernement engage une politique de mise au pas, de domestication de la presse. Censures abusives, agressions inconsidérées, corruption, débauchages, mise en quarantaine… tous les moyens sont mis en œuvre pour discréditer la presse, l’asphyxier et, à défaut de pouvoir la tuer, la contrôler. Cela se solde par des dégâts énormes : disparition de journaux, emprisonnements de journalistes, limitation du champ des libertés, institution de la censure… Si bien que quand le pouvoir change en 2005, c’est une presse émiettée, appauvrie, ‘esquintée’ par des pratiques arbitraires, discréditée… qui aborde le changement. 

Malgré cela, elle sera le moteur de la transition qui est lancée. Elle impose aux nouvelles autorités de l’inscrire dans l’agenda de la transition. 

 

Fin du régime de la censure. Une commission de réflexion sur la presse est mise sur pied. Comprenant les représentants de l’ensemble des acteurs, elle est chargée de concevoir les réformes nécessaires en vue d’asseoir pluralisme et liberté d’expression. La philosophie qui sous-tend cette réflexion, consiste à quitter le régime de la surveillance vers celui de la régulation. Une nouvelle loi est élaborée. Le ministère de l’intérieur n’est plus concerné par la presse. Il n’y a plus que la régulation par voie de justice. Une haute autorité de la presse et de l’audiovisuel (HAPA) est créée.

Les textes consensuels sont cependant charcutés par les juristes-maison des autorités. La loi est réduite à une énumération de ‘pénalités’ à l’encontre des contrevenants. La HAPA est sans prérogatives à même de lui permettre de jouer le rôle qui devait être nécessairement le sien.

L’accès à l’information ne sera pas garanti. Les autorités ne se conformeront pas à la loi quant à l’aspect «aide à la presse». Le statut du journaliste ne sera pas défini. L’octroi de la carte de presse relèvera encore du pouvoir discrétionnaire de fonctionnaires, anti-libéraux pour la plupart. La libéralisation du secteur de l’audiovisuel restera un vœu.

Dès l’avènement du pouvoir civil, la mise au pas est lancée par les autorités. Les médias officiels – télévision, radio et agence – redeviennent ce qu’ils ont toujours été : des outils de propagande pour le régime en place. Les émissions de débats pluralistes disparaissent. Du coup, l’évolution vers le régime du «service public» est stoppée.

De son côté, la presse écrite indépendante continue de se débattre dans des problèmes au moment où elle doit refuser la domestication rampante. Le coup d’Etat d’août 2008 achève un processus de reprise en main commencé bien avant.

 

Une cause pour tous. Mais la crise ouvre des opportunités à la presse pluraliste qui redevient ce qu’elle a été à sa naissance : le fer de lance de la bataille pour la démocratie. Les acteurs politiques sont les premiers à s’en rendre compte. La préservation de la liberté de presse revient au centre du débat.

Le fondement de la démocratie est de donner au citoyen le moyen de choisir et de contrôler l’action du décideur. L’intérêt de la démocratie est cette possibilité qu’elle ouvre devant le citoyen de s’exprimer et d’avoir droit à être informé sur l’état de la Nation.

En Mauritanie, la bataille du pluralisme, toujours à l’ordre du jour, commence par les médias publics qui doivent devenir des services publics. Elle concerne aussi la presse écrite qui doit, elle, jouer un rôle premier dans la revitalisation des idéaux de la nouvelle République. Pour ce faire, nous sommes en face de certaines exigences : garantie de la liberté d’accès à l’information pour le journaliste, liberté d’expression, aide publique à la presse, formation, reconnaissance des mécanismes d’autorégulation propres, définition du statut du journaliste, transparence dans la communication officielle, assainissement du secteur, dépénalisation du délit de presse…

Il faut donner à la presse les moyens de son indépendance par rapport aux sphères politiques et financières. La libérer aussi du carcan des pesanteurs sociales. Il faut l’aider à rompre avec ces contenus formatés, qu’on dit ‘politiquement corrects’, parce que convenables, ne remettant en cause ni l’ordre social, ni la pensée dominante des élites au pouvoir. La presse doit s’engager un peu plus, un peu mieux. Il ne s’agit plus de conforter le système dominant mais d’amener à sa remise en cause.

Ce qui vaut pour la Mauritanie, vaut pour les autres pays du Maghreb : les exigences sont les mêmes, les risques aussi. 

La presse plurielle est d’abord une cause. Qui doit être celle de tous. Les autorités ont, plus que tout autre partenaire, le devoir de protéger la pluralité. D’autant que la plupart des dysfonctionnements du secteur sont le produit des interférences de l’autorité qui a toujours voulu d’une presse au pas, d’une presse de la pensée unique, de la vision inique.

 

Par Mohamed Fall Ould OumeïrJournaliste (La Tribune) 







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