27 04 2010

A 66 ANS, Baham nous quitte 

 

La mort, ce phénomène naturel et qui doit être reçu comme tel parce qu’inéluctable, laisse pourtant une impression diffuse de grand vide, surtout quand l’être disparu est ce que l’on qualifie généralement de Grand Homme. 

Ce vide, je l’ai ressenti bien avant la disparition de mon ami et frère Baham. J’ai commencé à le ressentir quand il avait cessé  de nous recevoir dans le salon d’en bas, au rez-de-chaussée, pour se retirer dans les appartements de l’étage, ce « harem » où la maladie l’obligeait à rester, et à attendre, sans faiblir, la mort. 

Se sachant atteint d’une maladie incurable et donc forcément mortelle, il a gardé, jusqu’au dernier moment, ce moral et cette force de caractère qu’on lui a toujours connus. 

Continuant à nous recevoir, malgré tout, il nous forçait à penser que ce sont nous, en apparence saints et saufs, qui sommes mourants ! Pas lui. 

 C’est là, en plus de cette force de caractère, une force morale  qui faisait de Baham cet homme  résistant et imperturbable : La mort ne pourra emporter avec elle cette image de sérénité, cette stature de « Zaim » (le Chef incontesté et incontestable) qui a toujours été la sienne, quand il s’agissait de se singulariser des autres. Animateur infatigable de nos discussions, malgré les contraintes de la maladie, sans aucune pensée ou signe de faiblesse, Baham, de son vrai nom Mohamed El Hafedh, en imposait à tout le monde. 

 L’inéluctabilité de la mort passait à l’arrière plan pour ne laisser apparaître que ce qu’était Baham : un homme solide et vivace, par sa forte personnalité, sa présence d’esprit,  son autorité. 

 Là où il était, là où il passait, il était le Chef. Une image qui restera gravée dans les esprits, même après sa disparition. Agent de police, il avait l’allure non feinte de l’Inspecteur ou même du Commissaire. Représentant de
la SNIM à Nouakchott, on le confondait avec cette institution jusqu’à le prendre pour le Boss. Ce qu’il était en réalité,
la SNIM devant en fait beaucoup de son prestige médiatique au travail et à la qualité des relations publiques et personnelles  de Baham. Au Patronat, c’était lui le vrai patron. 

Dans la société adraroise, il faisait figure de notable influent et écouté. Une image de l’Homme Baham que l’on retrouve là où il a servi. A Akjoujt, Nouadhibou, Nouakchott, il ne laissait jamais indifférent.  Craint ou aimé, il obtenait ce qu’il recherchait : le respect sans lequel la personne vit toujours avec l’impression de manquer cette plénitude si nécessaire pour l’équilibre de l’être humain. Elle lui donnait la capacité de sortir du lot, d’être différent, sans arrogance ni volonté de déranger les  autres. Sauf en cas exceptionnel de force majeure. 

 Il aidait, conseillait, aimait bien ses amis, qu’il accueillait chaleureusement chez lui, sans restriction, sans préavis.  Moments de joie, de taquineries et de partage. Moments de communion, d’intimité, de sympathie et de fraternité qui donnent aux compagnons que nous étions l’impression d’être des privilégiés, partageant la vie d’un ami, de notre « Zaim » à nous, qui sait être dur quand il le fallait,  souple au besoin, mais toujours en incarnant cette image qui résistera aux dures épreuves :  Personnalité aimable mais indomptable. 

 

J’ai tenté, sans grand succès, parce qu’il restera toujours quelque chose à dire sur les qualités de l’homme, un mini-portrait de mon ami Baham, pour évoquer ce vide qu’il laisse aujourd’hui derrière lui. Un vide intimement lié à la notion d’être. L’absence d’Etre. Le vide compris dans ses deux significations essentielles : »Absence complète d’un type de personnes… » « Sentiment pénible d’absence, de privations…  ». 

 Baham était cet être qui refusait le vide. Aujourd’hui qu’il n’est plus, le vide reprend son droit plein et entier  comme une entité en soi, comme une absence. Une absence cruellement ressentie par ceux qui connaissaient  Baham – ils sont légion- et qui se rappelleront, jusqu’au jour de leur mort, que cet homme a vécu comme savent- et doivent- vivre les Hommes. 

Ce vide sera ressenti tragiquement par son épouse Mariem, appelée intimement Mreyem, la femme courageuse, la vaillante mère de famille ; par ses fils Haiba et Sidi Mohamed  pour le bien desquels il s’est tant dépensé ; par ses filles : Vatimetou la rebelle et la gentille Savia dite Hweyou qui regrettent, toutes les deux, de ne pas avoir eu la chance de croiser son dernier regard, retenues qu’elles étaient au Maroc pour des raisons de santé, ainsi que la sympathique Meylem, la fille intime du foyer demeurée aux cotés de sa mère, l’assistant, jusqu’au dernier soupir de son père. 

Ce vide sera ressenti douloureusement par ses frères : le très respecté Mohamed Salem toujours plein d’humour et Mohamed Mahmoud dit Meyloud, l’homme jovial au sourire constant ; par ses sœurs du coté de son  père ; par ses sœurs du coté de sa mère ; toutes confondues dont il s’occupait  sans calcul. 

Ce vide sera ressenti énergiquement par ses oncles maternels avec lesquels ils partagent des relations excellentes : Haiba  le porte-étendard de la célèbre famille Hommody, Mohamed Said l’intellectuel éclairé, Mohamed Mahmoud l’homme d’Atar, Mohamed Laghdaf sous-contrôle médical-hélas !- à Paris depuis des années, Mohamed l’oncle discret et Ahmed Salem dit Isselmou l’intime du défunt et son homme de confiance ; par ses tentes maternelles encore vivantes : Meylem, Mariem et Rabia qui l’aimaient et le respectaient et qu’il savait entretenir  avec beaucoup d’égards. 

Ce vide sera tout autant ressenti par ses éternels amis intimes, les membres du « Club » : Mohamed Lemine Ould Hamoud dit Elemine le proche cousin et le grand frère très respecté, Mohamed Lemine Ould Cheiguer dit Guemmine ou « Chriv » de nature gai et détendu, Mohamed Ould Bdebba que l’on surnomme «ER Raiss »tout le temps accueillant et disponible, Nezahi Ould Nati l’intime parmi les intimes  qu’il ne cessait de taquiner, Hmeimed le cousin, Baba l’ami distingué et son ancien directeur général, Sidi Mohamed Ould Nemine le cousin, le gendre, le familier parmi les familiers….et j’en oublie, tellement ses amis se recrutaient parmi toutes les couches, toutes les catégories, toutes les régions, toutes les tribus. Il en avait de tous les bords, de tout acabit. 

Que dire de nous autres, habitués de la demeure, abonnés assidus et réguliers, invités à toutes les festivités organisées en permanence, de jour comme de nuit : Mohamed Ould Limam le plus calme et le plus sage, Louah provocateur et plein de bonté, Ammar le compagnon fidèle à la SNIM, moi-même et bien d’autres, peut-être moins réguliers, mais toujours bien accueillis et se sentant confortablement chez eux. 

Que dire aussi des vétérans, Mohamed Lemine Ould Babbe  proche cousin très aimé et admiré, Mohamed Ould Ejiwen le neveu, le spécialise de l’actualité, Babbah le cousin de Méderdra et Werzig le vrai fils de la maison, l’homme des protocoles. 

Que dire enfin des neveux, des nièces, des proches parents ; des  cousins en Adrar, au Tagant, au Trarza, en Assaba. 

Que dire pour terminer, sauf cette expression, la seule qui sied en pareille circonstance : »INNA LILLAHI WA INNA ILEIHI RAJIOUNE ». Tirée du Saint Coran, elle est substantiellement intraduisible.   

Que Dieu, le Miséricordieux, accueille Baham, de son vrai nom Mohamed El Hafedh Ould Ahmedou  Ould Cheikh Ould Ejiwen dans son paradis. 

 

Mohamed Abdellahi BELLIL 

 

Source : La Tribune n°498


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