Les Echos de la Tribune :Décentralisation

19 04 2010

 Par Mohamed Fouad Barrada  

 

 Le gouvernement mauritanien, à travers un comité interministériel  composé du ministre de l’intérieur, ceux des finances, de l’habitat, de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire, a élaboré, ‘‘ une Politique de Développement Local’’. Le but étant de  mettre au point des procédures permettant l’exécution, le suivi et l’évaluation des programmes de Décentralisation et un mécanisme d’ordonnance et d’exécution des dépenses des structures ‘‘déconcentrées’’.  

Quelle méthode appropriée pour concrétiser ce travail titanesque ? 

La réponse  ne me semble pas tout à fait évidente dans la mesure où la société mauritanienne est difficilement classable  dans la catégorie des nations ‘contrôlables’.  

Ceci aide à comprendre les soubassements analytiques de ladite reforme :  

«  Dans les sociétés de discipline, on n’arrêtait pas de recommencer (de l’école à la caserne, de la caserne à l’usine), tandis que dans les sociétés de contrôle on n’en finit jamais avec rien, l’entreprise, la formation, le service étant les états métastables et coexistants d’une même modulation, comme d’un déformateur universel. Kafka qui s’installait déjà à la charnière de deux types de société a décrit, dans Le Procès, les formes juridiques les plus redoutables : l’acquittement apparent des sociétés disciplinaires (entre deux enfermements), l’atermoiement illimité des sociétés de contrôle (en variation continue) sont deux modes de vie juridiques très différents, et si notre droit est hésitant, lui-même en crise, c’est parce que nous quittons l’un pour entrer dans l’autre. Les sociétés disciplinaires ont deux pôles : la signature qui indique l’individu, et le nombre ou numéro matricule qui indique sa position dans une masse. C’est que les disciplines n’ont jamais vu d’incompatibilité entre les deux, et c’est en même temps que le pouvoir est massifiant et individuant, c’est-à-dire constitue en corps ceux sur lesquels il s’exerce et moule l’individualité de chaque membre du corps (Foucault voyait l’origine de ce double souci dans le pouvoir pastoral du prêtre – le troupeau et chacune des bêtes – mais le pouvoir civil allait se faire « pasteur » laïc à son tour avec d’autres moyens). Dans les sociétés de contrôle, au contraire, l’essentiel n’est plus une signature ni un nombre, mais un chiffre : le chiffre est un mot de passe, tandis que les sociétés disciplinaires sont réglées par des mots d’ordre (aussi bien du point de vue de l’intégration que de la résistance) » (Post-scriptum sur les sociétés de contrôle, 1993). 

En effet, je me suis permis de  citer longuement Gilles Deleuze qui décortiquait intelligiblement la ‘face’ cachée  des sociétés modernes  et leurs structures organisationnelles réformées et déformées  selon la contrainte. D’autant plus que les meilleures  orientations des réformateurs dans les domaines de la décentralisation se focalisent sur un fonctionnement par rhizome. Ce dernier  n’est  « qu’ un modèle descriptif et épistémologique dans lequel l’organisation des éléments ne suit pas une ligne de subordination hiérarchique —avec une base, ou une racine, prenant origine de plusieurs branchements, selon le modèle bien connu de l’Arbre de Porphyre—, mais où, tout élément peut affecter ou influencer tout autre (Deleuze & Guattari 1972) ».  

 m_barrada@yahoo.fr

Source : La Tribune n°497


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