Pétrole :

29 03 2010

 

 Pour 9000 barils seulement 

 

C’est au cours d’une émission télévisée que le ministre du pétrole et de l’énergie s’est exprimé pour la première fois devant la presse sur la situation du secteur en Mauritanie. L’émission est nouvelle dans sa forme mais pas dans son esprit. Qu’elle s’appelle «wajhan liwajh» (face à face) ou «elhoukouma vil miizaane» (le gouvernement dans la balance) ou encore «elhoukouma amaama il mouwatin» (le gouvernement face au citoyen), l’émission a pour objectif d’évaluer l’action du gouvernement, secteur par secteur. Aujourd’hui, l’émission est perçue comme l’un des signes d’ouverture du pouvoir. 

En réalité, elle comble le déficit énorme de manque de communication du gouvernement de Ould Mohamed Laghdaf. Devant les critiques multiples qui vont de l’«incapacité du gouvernement» à la «paresse du gouvernement du Docteur Moulaye Ould Mohamed Laghdaf». 

Ces critiques ont été plusieurs fois reprises par le Président de la République en plein Conseil des ministres. C’est ce qui a justifié les sorties multipliées des responsables de l’Exécutif. 

Après la prestation, plutôt de faible effet, du Premier ministre, c’est autour des ministres de s’exprimer et de donner leurs bilans. TVM a commencé par le ministre du pétrole et de l’énergie, Ahmed Ould Moulaye Ahmed. 

Personnage atypique pour sa méconnaissance de la langue de bois, Ould Moulaye Ahmed bénéficie d’un préjugé favorable dans l’opinion publique nationale. Pour sa droiture et sa compétence unanimement reconnues. Au ministère du pétrole où el est arrivé au lendemain de l’élection présidentielle, il a dû d’abord perdre beaucoup de temps et d’énergie dans l’effort de réorganisation et de reprise en main. Il ne le cache pas, reconnaissant volontiers que malgré tout ce qui a été fait, cela restera invisible, tellement la situation était chaotique. 

Quand on lui pose la question de savoir s’il reste encore quelque chose de la ressource, Ould Moulaye Ahmed reste catégorique : «le secteur pétrolier est un pilier de nos ressources et les espoirs de voir la Mauritanie devenir un pays pétrolier sont là». Et de citer les champs qui n’ont pas été développés. «Sur les 8 champs découverts en off shore, un seul a été exploité, celui de Chinguitti». Les réserves de ce champ sont estimées à un peu plus de 50 millions barils, seulement 24 millions ont été extraits selon les données du ministère. 

«Thiof devenu Walata découvert en 2003 est 4 à 6 fois plus que Chinguitti. Il n’a pas encore été exploité. Banda découvert en 2004 contient du pétrole mais surtout des quantités de gaz qui peuvent aller jusqu’à 4 milliards m3. Thévet, Faucon, Abeidna… L’espoir de trouver du pétrole en quantités suffisantes, rien que dans l’off shore est toujours très fort». Ce qui a visiblement changé, c’est que pendant longtemps la ressource et les possibilités d’y accéder ont fait l’objet d’instrumentalisations politiques, «aujourd’hui, nous voulons imposer le sérieux et la transparence dans le secteur». 

Alors pourquoi y a-t-il des problèmes avec les compagnies ? «Il n’y a aucun problème. La chinoise CNPC est partie pour des raisons liées au développement d’un redéploiement stratégique qui fait qu’elle doit donner priorité à l’exploitation de ses champs en Irak, Iran etc. Avec Dana, les relations sont très bonnes. D’ailleurs on a signé récemment un avenant pour lui permettre le développement de ses blocs. Elle a bénéficié d’un délai d’un an et a dû verser un bonus de deux millions dollars et s’engager à augmenter les ressources allouées à la formation à notre profit. Pour Petronas, l’avenant est en cours de finalisation. Nous voulons mettre toutes les chances de notre côté pour commencer à exploiter des gisements nouveaux avant juillet prochain». 

Quand il parle de l’on shore, le ministre est moins catégorique. Moins confiant aussi quand il veut justifier l’existence d’une société comme la Société mauritanienne des hydrocarbures (SMH). Combien coûte-t-elle à la Mauritanie ? Que rapporte-t-elle en contrepartie ? Pourquoi ne vend-elle pas déjà le produit mauritanien ? «C’est le bras technique du ministère. Elle a acquis une expérience et une expertise certaines, donc elle peut aujourd’hui jouer pleinement son rôle». Est-ce qu’une affaire comme celle de Sterling est encore faisable ? «Heureusement que la perturbation de la production pétrolière a diminué les effets d’une telle affaire. Mais je peux vous assurer que la ressource mauritanienne sera désormais protégée de toutes les combines qui viseront à la dilapider ou à la mal gérer». Le ministre n’ira pas plus loin. Comme dans l’affaire de l’approvisionnement du pays en hydrocarbures. Même s’il explique le montage qu’il venait de réaliser entre la SNIM et la SOMIR, comme étant la réponse adéquate à la fragilité du système d’approvisionnement. «La SNIM va investir 7 milliards d’ouguiyas dont deux seront consacrés aux travaux de réfection d’urgence des installations de l’ancienne raffinerie de pétrole. La nouvelle société aura à gérer les infrastructures de stockage dans le pays». Même ceux de Nouakchott ? «On verra». 

Jusque-là c’est la MEPP (mauritanienne d’exploitation des produits pétroliers), société appartenant aux privés, qui a géré ces installations. Comme s’il s’agissait d’un patrimoine propre. Sans pour autant se soucier de leur entretien, encore moins de leur mise à niveau. Et ce malgré les énormes rentes générées par cette gestion. Rien que le droit de passage et celui du stockage étaient facturés à 6 dollars la tonne. Si l’on considère que la Mauritanie consomme 500000 tonnes par an, on arrive facilement à 3 millions dollars l’an. Si l’on considère que le contrat court depuis 2002, on est à 24 millions dollars… Selon la dernière étude faite par un bureau canadien, la réfection de la partie stockage de la raffinerie et sa remise à niveau (y compris l’appontement) reviendrait à 25 millions dollars. C’est à peu près la somme que la SNIM devra injecter prochainement. Mais de tout cela le ministre ne dira rien, reconnaissant quand même que «rien n’a été fait pendant des années pour entretenir les installations». 

La question de Winfield, la fameuse raffinerie pour laquelle des investisseurs canadiens ont eu un agrément dans des conditions occultes en février 2008. Nous étions alors au beau milieu du mandat civil qui s’est tout de suite caractérisé par une guerre des clans. Le Premier ministre d’alors, Zeine Ould Zeidane, a été surpris par les remerciements adressés par un groupe d’investisseurs canadiens qu’il recevait dans son bureau. 

«Monsieur le Premier ministre, nous tenons à vous remercier pour la célérité avec laquelle nous avons eu l’agrément pour la raffinerie…» Ould Zeidane est d’autant plus surpris que les semaines précédentes, la Mauritanie avait reçu des demandes similaires d’investisseurs saoudiens et brésiliens. Un comité interministériel avait alors statué sur la question : pas question d’octroyer un agrément tant que la raffinerie de Nouadhibou n’avait pas trouvé acquéreur. Décision irrévocable. Pourtant… Les canadiens du nom de Wienfield resources s’engageaient à faire un investissement de près de quatre milliards dollars, de créer pour plus de 3000 emplois et de construire une usine de dessalement des eaux de mer. Cela fait trois ans maintenant, et rien n’arrive… Le temps ne permettra pas au ministre de faire le point… tant pis. 

Il parlera d’électricité et promettra de résoudre le problème de l’approvisionnement de Nouakchott avant l’été prochain. Avec la perspective de la construction d’une centrale à gaz, avec notamment Petronas et Gaz de France, la Mauritanie pourrait envisager d’exporter vers les pays voisins. 

Pour le reste, le ministre n’aura pas le temps. Défaillance physique ? Peut-être. En tout cas, s’il y a défaillance, elle n’était pas «technique» ce soir-là. Le ministre répondait avec aisance et sans détour. Réussissant même à faire oublier aux journalistes présents de poser la seule question qui vaille : pourquoi créer un ministère du pétrole, une société des hydrocarbures, mobiliser tant de ressources, dépenser autant… pour une production de moins de dix mille barils par jour ? Il est vrai que la réponse a été donnée par le ministre dans ses premières phrases quand il expliquait qu’au début de l’aventure pétrolière, il y avait de la démagogie et de l’instrumentalisation. Nous avions raison de comprendre comme cela les propos du ministre. 

 

Ould Oumeir 


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