Dialogue Majorité-Opposition :

25 03 2010

 

 Que reste-t-il de l’Accord de Dakar ? 

 

Il y a un an à peu près, commençaient les tractations visant à trouver une solution à la crise politique ouverte par la fronde des parlementaires qui a abouti au blocage des institutions et, fatalement, au coup d’Etat du 6 août 2008. En face deux camps qui avaient engagé une lutte à mort pour le pouvoir. 

D’un côté les soutiens du Général Mohamed Ould Abdel Aziz. De l’autre ses ennemis rassemblés dans deux pôles : celui du front national pour la défense de la démocratie regroupant les forces politiques ayant appartenu au dernier gouvernement de Sidi Ould Cheikh Abdallahi (Adil-PNDD, parti au pouvoir à l’époque, APP de Messaoud Ould Boulkheir, UFP de Mohamed Ould Maouloud et Tawassoul des islamistes modérés), et celui du Rassemblement des forces démocratiques (RFD) du chef de file de l’Opposition Ahmed Ould Daddah qui avait d’abord béni le changement avant de faire marche arrière quand les intentions du Général sont devenues plus claires. L’occasion de la tenue des Etats généraux de la démocratie auxquels le RFD a participé, a été saisie par les partisans du Général Ould Abdel Aziz pour annoncer sa candidature et faire déjà campagne. 

Devant l’impossibilité pour les acteurs mauritaniens de trouver une solution, la communauté internationale s’en mêle. Et très vite elle prend les choses en main. Grâce à l’entremise du Sénégal, et sous la houlette de l’Union Africaine et des Nations-Unies – les deux principaux négociateurs appartiennent à ces organisations – un schéma de sortie de crise est préparé. S’engageaient alors les pourparlers de Dakar dans un climat de forte tension. 

D’une part le candidat Mohamed Ould Abdel Aziz qui refuse de remettre en cause l’échéance initiale de la présidentielle fixée au 6 juin. En face, les pôles de l’opposition qui entendent le mettre définitivement hors jeu. Grâce aux pressions internationales, l’Accord est signé. Mais qu’en reste-t-il aujourd’hui ? 

C’est certainement la question que se posent tous ceux qui suivent l’actualité politique en Mauritanie. Avec la perspective d’une autre question non moins importante : un dialogue Majorité-Opposition peut-il être fondé sur les termes de l’Accord de Dakar ? 

Plusieurs fois, des leaders de l’Opposition ont demandé l’ouverture du dialogue «en vertu» de cet Accord qui, selon eux, reste en vigueur. En face, on semble estimer que l’Accord ne lie plus depuis que les deux autres pôles signataires «l’ont mis de côté», pour reprendre les termes d’un cadre du parti dirigeant. Pour comprendre les lectures des uns et des autres, un retour en arrière est nécessaire. 

Le 2 juin 2009, était paraphé à Dakar, un texte d’Accord entre les trois pôles politiques mauritaniens : le pôle du pouvoir en place, celui du Général Mohamed Ould Abdel Aziz, le pôle du FNDD et celui du RFD. 

L’article 1 de l’Accord indique : «Les trois grands pôles de la vie politique mauritanienne, signataires de cet ACCORD CADRE, s’accordent sur la nécessité d’une transition organisée de façon consensuelle dans le cadre du présent Accord politique. Ils s’engagent tous, par conséquent, à gérer ensemble la transition en participant aux élections (pour ceux qui le désirent), au Gouvernement Transitoire d’Union Nationale et à la constitution de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI)». 

Il en découle, selon les termes de l’Accord, «le déplacement du problème vers la transparence des élections en amont comme en aval, c’est-à-dire la fiabilité du fichier électoral, la crédibilisation du scrutin dans son ensemble, l’égalité de traitement des candidats par les médias du service public, la neutralité de l’administration territoriale, l’observation rigoureuse du processus dans son ensemble par la communauté internationale». 

La feuille de route est dégagée. Elle fixe les modalités d’une transition consensuelle qui commence par trois actes : démission du Président élu Sidi Ould Cheikh Abdallahi après avoir signé un décret nommant le gouvernement d’union nationale ayant en charge de gérer la transition, et enfin «la prise en charge des effets de cette décision en termes d’intérim de la présidence de la République par le Président du Sénat». 

Certains détails concernant notamment la répartition des postes ministériels sont donnés : «Les portefeuilles de ce gouvernement sont répartis de façon paritaire entre le pôle de la majorité parlementaire actuelle soutenant Monsieur Mohamed Ould ABDELAZIZ d’une part et d’autre part les deux autres pôles du FNDD et du RFD. Le Premier Ministre sera nommé sur proposition du pôle de M. ABDELAZIZ, après consultation des dirigeants des deux autres pôles. Les Ministères de l’Intérieur, des Finances et de la Communication seront attribués à des personnalités proposées par le FNDD et le RFD». La mission de ce gouvernement est définie. Il doit assurer «la continuité de l’état et la gestion des affaires du pays ainsi que la mise en œuvre du présent Accord, en particulier la prise de mesures appropriées pour l’organisation et le bon déroulement de l’élection présidentielle ; étant entendu que l’action et les décisions d’un Gouvernement de transition obéissent aux exigences du fonctionnement normal des institutions, de la stabilité des administrations publiques et de la continuité des relations internationales du pays, et que les institutions et structures de Défense et de Sécurité accomplissent leurs missions dans le cadre de la Constitution et des lois de la République». 

Sur l’élection elle-même, la date est fixée au 18 juillet 2009. Elle doit être précédée par «une révision exceptionnelle de la liste électorale, la vérification du fichier électoral et la validation des dossiers de candidatures». A propos de la CENI et contrairement à toutes les attentes, les parties prenantes optent pour une institution partisane, composée de façon paritaire : «La CENI sera composée de quinze membres, à raison de quatre proposés par chacun des trois grands pôles politiques, le Président, le Vice-Président et un autre membre devant être des représentants de la société civile ayant la compétence nécessaire et ne faisant pas l’objet d’opposition de la part d’aucun des trois pôles politiques». Malgré cette précision, pourtant de taille, les deux premières personnalités de la CENI seront choisis dans le sérail des futurs candidats. 

Pour donner des gages de bonne volonté, les parties s’engagent à apaiser leurs relations durant la période transitoire. Cela doit se traduire par la fin des campagnes de médisance et la libération des prisonniers dans le dossier Air Mauritanie (les leaders du parti ADIL pour l’essentiel). Neutralité de l’administration et de son personnel : «Ces engagements feront l’objet d’un suivi et d’une surveillance dans le cadre des organes et procédures internes ainsi que des mécanismes d’appui mis en place par la Communauté internationale pour le renforcement de la transparence et de la crédibilité du processus électoral». 

Autour de la partie «poursuite du dialogue national inclusif», il est stipulé qu’il y a nécessité de «renforcer la réconciliation nationale et la démocratie». Et de préciser : «DANS LE PROLONGEMENT DE L’ELECTION PRESIDENTIELLE, le dialogue national inclusif sera poursuivi et intensifié entre toutes les forces politiques mauritaniennes». Pour renforcer la démocratie, travailler pour prévenir les changements anticonstitutionnels, promouvoir la bonne gouvernance, l’état de droit, adopter les réformes nécessaires à cet effet… 

Il importe ici de souligner ce «dans le prolongement de l’élection présidentielle». En effet, les forces de l’opposition ont refusé de reconnaitre le résultat de l’élection pourtant organisée en commun. Et c’est bien cette position initiale qui pose problème. La vision des uns et des autres s’exprime à toutes les occasions. 

Lors d’un débat organisé par le Centre africain d’information et de développement vendredi dernier, les deux parties ont demandé chacune l’engagement d’un dialogue. Pour les représentants de la coordination de l’opposition, le pays est en crise. Une crise ouverte, selon eux, depuis août 2008, «et non depuis l’élection présidentielle». Sortir de cette crise, il n’y a que le dialogue qui puisse l’assurer à la Mauritanie. 

Ce à quoi rétorquent les représentants de la Majorité en disant qu’il n’y a que deux voies pour ce faire. La première peut être initiée dans le cadre des rencontres périodiques entre le Président de la République et le chef de file de l’opposition, «ces rencontres sont prévues par la loi». La seconde, par la voie de l’instauration d’un dialogue entre les protagonistes politiques, voire tous les acteurs de la vie active. «Nous sommes disposés à l’une et l’autre des voies à condition d’amener l’autre partie à normaliser ses rapports avec l’autorité issue de l’élection qu’elle a elle-même supervisée». Et de dire que «tant que l’opposition n’a pas dépassé le blocage de l’élection et reconnu ses résultats, on ne voit pas comment le dialogue peut avoir lieu». Aussi, ajoute-t-on ici, l’opposition doit savoir que «le pouvoir ne se partage pas et qu’elle doit jouer le rôle de contre-pouvoir qui est le sien dans toute démocratie». 

«Les demandes de dialogue venant de la Majorité n’ont jamais été sérieuses. Pour un dialogue sérieux, il faut des modalités voire un intermédiaire…» On explique la non participation aux journées de réflexions organisées par la majorité autour de la gouvernance, par la non association à la préparation de l’événement. Le refus d’aller aux débats de la télévision, par l’absence de formalisation de l’événement. Et l’agressivité des propos est présentée comme une réponse adéquate aux propos des porte-parole de la majorité. Et même si l’on exige le retour à l’Accord de Dakar, on n’est pas près de passer pour pertes et profits la défaite de l’opposition à l’élection présidentielle. On en reste donc à contester cette élection et à demander la constitution d’une commission d’enquête pour valider un résultat contesté sans preuve. Car, il faut le rappeler, aucune preuve de malversation n’a été produite en son temps. Ceux qui contestent ont même abandonné l’idée d’une fraude «chimique» que le monde avait trouvée ridicule. Alors à quoi sert de rester au niveau d’une élection qui a été conçue comme voie de sortie de crise et non comme une élection démocratique normale se déroulant dans un pays démocratique normal ? C’est peut-être une carte politique qu’on continue à jouer dans une prolongation qui n’a pas lieu d’être, le match étant terminé dans les temps réglementaires. 

En fait, les acteurs politiques semblent avoir été sonnés par le déroulement des événements. Chaque fois qu’ils ont cru tenir le bout de la logique qui aboutirait à leur arrivée au pouvoir, ils l’ont perdu sans savoir comment. Et ce à plusieurs reprises. 

En 1992, ce sont les forces centrifuges – tribus, groupuscules politiques chauvins, groupes politico-affairistes…- qui allaient cueillir le fruit de l’engagement contre la dictature de l’époque, et faire main basse sur le pouvoir à la faveur de la démocratisation. En 2005 ce sont des officiers de l’armée qui vont tirer la couverture à eux après plusieurs secousses dont le coup du 6 août ne sera qu’une étape. 

A chaque fois, le monde politique traditionnel s’est contenté de suivre, sans jamais prendre l’initiative et sans jamais proposer. Le résultat est là : une transition qui n’en finit pas de ne pas finir, une classe politique groggy, une scène abandonnée à elle-même, un chaos qu’on espère constructeur pour le pays… et qui, en attendant de l’être, paralyse la créativité des acteurs. 

Peut-on encore faire de l’Accord de Dakar une référence, un cadre pour organiser la vie politique dans ce pays ? Ou restera-t-il tout simplement un moment de salut et de sursaut historiques que notre encadrement politique a été incapable de cultiver ? Faut-il réinventer cet Accord ? Ou trouver un cadre nouveau, proprement mauritanien ? Et comment quand on est dans la situation qui est la nôtre ? 

Des questions qui s’ajoutent à toutes celles que l’on se pose et auxquelles on ne semble pas chercher de réponses. Le moment viendra où l’on récoltera les fruits amères de cette insouciance… 

 

Ould Oumeïr

Source ; La Tribune n°493


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