L’Edito de La Tribune Par Mohamed Fall O Oumère

15 03 2010

Il y a quelques semaines, le monde célébrait un héros africain, un mythe vivant : Nelson Mandela. Nous étions probablement la seule société qui a vu passer l’événement – l’occasion du 20ème anniversaire de sa sortie de prison – sans le commémorer. Pourtant que d’enseignements nous aurions pu tirer de l’expérience de l’homme, de sa vision, de son parcours… 

Nous qui manquons – dans toute notre aire – de symboles vivants, de vivantes incarnations de ce qui est bon dans l’humanité… nous qui vivons dans un monde où les illusions ne motivent plus… où les hommes politiques n’inspirent plus… où les mots perdent leur sens… où l’échelle des valeurs est à l’envers… où rien d’ailleurs n’est à l’endroit… nous là… nous avons besoin de temps en temps de nous regarder en face et de nous dire l’une de nos quatre vérités. 

Et parce que nous sommes pris, en ces temps de transitions incontrôlées, par de multiples interrogations, il est temps de s’arrêter. De méditer ce que nous disons et faisons. De temps en temps… nous regarder… hideux reflet… 

Ces pseudo-intellectuels qui alignent des mots pour dire leur mépris de l’autre, pour cracher leur racisme, déverser leur haine. Sous prétexte tantôt de défendre l’identité culturelle mauritanienne, tantôt de vouloir sauver une frange du joug exercée par une autre. 

Les mêmes discours ont préparé février 1966, avril 1989… ont justifié les affres qui s’en sont suivis. Que nous préparent les présentes campagnes ? 

Certainement quelque chose qui nous fera revenir sur nos pas. A des moments de douleurs et de séparation. Quelque chose – et c’est peut-être le plus important pour les instigateurs -, quelque chose qui fera peur à tout le monde. 

Aux autorités qui craindront alors d’avancer dans le projet de réforme entrepris avec le nouveau régime. A la société qui a visiblement décidé de rompre avec les réflexes «traditionnels» en refusant de suivre les chantiers battus par la classe politique «habituelle». A l’élite qui semble comprendre qu’il y a autre chose que la politique du ventre à promouvoir… 

Fatigués… nous sommes fatigués de ces discours qui visent à diviser, à faire peur. Ils cultivent la haine, l’acrimonie, la bêtise… 

 C’est maintenant ou jamais : le sursaut national. Aux hommes politiques, aux partis, aux syndicats, à la presse… à tous ceux qui croient que ce pays est une terre de convergence qui a vu se développer – non en juxtaposition mais en parfaite symbiose – diverses cultures aussi riches les unes que les autres, que ceux qui croient que ce pays doit rester ce qu’il a toujours été : un pays riche de ses différences, un pays de savoirs partagés, d’histoire commune… que tous ceux-là s’élèvent pour dire non à ceux qui, pour combler des incompétences évidentes et assouvir des relents déviants vulgairement affichés, essayent aujourd’hui de redonner vie à une vision sectaire du pays. 

Entre ceux qui stigmatisent une partie de la population, ceux qui insultent le passé et ses hommes, ceux qui refusent la perspective du changement en marche… il n’y a pas de différence parce que l’objectif est le même : créer l’amalgame, cultiver la haine, faire peur… Ses instigateurs sont ignobles certes, mais ce n’est pas pour cela qu’il faille les empêcher de parler et d’exposer leurs idées affreuses. 

Dans le temps, la réponse première a été la création, au lendemain des douloureux événements de 66, d’un mouvement unioniste de gauche qui a fini par donner les Kadihines. Dans les années 90, les Mauritaniens se sont retrouvés dans des partis politiques qui ont mis du temps à devenir autre chose que des conglomérats de mouvements clandestins. Un parti – l’Union des forces démocratiques – a pu, un temps donné, prendre en charge les soucis des uns et des autres. De cette période nous retiendrons qu’elle a permis aux Mauritaniens de se retrouver et de faire taire les mauvais génies. Et il y en avait. Il y en a toujours. 

Quand survient août 2005, l’élite mauritanienne semblait découvrir le mal qui a été fait aux uns au nom des autres, et aux autres au nom des uns. L’élection présidentielle de 2007 sera l’occasion pour les 19 candidats de parler de l’exercice de l’arbitraire par le passé, du communautarisme, du racisme d’Etat, des inégalités sociales, de l’esclavage… tous ces thèmes étaient devenus des enjeux. Pour tous. 

Si bien que les gouvernements qui suivirent n’eurent d’autre choix que de corriger, que de soigner les plaies… nous en sommes encore là… quand reviennent au devant les discours éculés et dangereux… si aujourd’hui la cacophonie produite par d’irréductibles marchands de la haine – la pulsion est surtout «commerçante» en ce qui les concerne – couvre le reste… à qui la faute ?

Source : La Tribune n°492 


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