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Contribution à la renaissance d’une historiographie politique de la Mauritanie contemporaine

12 03 2010

 

Bertrand Fessard de Foucault, ancien ambassadeur alias Ould Kaïge. 11 Mars 2010.

Après le procès par contumace du président Moktar Ould Daddah en Novembre 1980 pour violation de la Constitution de 1961 et dilapidation des biens nationaux (sic) – Abdoul Aziz Sall, Sidi Ould Cheikh Abdallahi et Ahmed Ould Mohamed Salah interrogés à charge avaient mis au défi les militaires pustchistes de les faire témoigner en public –, après les interprétations données à Jeune Afrique à deux reprises par le colonel Ely Ould Mohamed Vall selon lesquels les régimes du président Moktar Ould Daddah et du colonel Maaouyia Ould Sid’Ahmed Taya étaient de même nature, du pareil au même…

et tandis que l’histoire contemporaine de la Mauritanie n’est enseignée que jusqu’au 28 Novembre 1960, et qu’il n’existe donc aucun manuel ni aucun abrégé pour une histoire réconciliée du pays de l’arrivée des Français à l’année pustchiste et à son dénouement provisoire…

comment ne pas se réjouir ? que s’ouvre le débat, que se publient les documents, que se dialoguent les témoignages et la qualification des faits pour un exposé enfin de l’histoire contemporaine d’un pays sous régime autoritaire depuis trente ans, avec seulement la parenthèse de quinze mois d’une tentative de démocratie parlementaire.

Selon les anniversaires, j’essaie depuis bientôt trois ans d’y appeler – sous le pseudonyme que m’avait conféré (un honneur) le président Moktar Ould Daddah en 1974 : Ould Kaïge – et cela dans les colonnes-même du Calame qui rend compte de l’essai de Mohamed Lemine Ould El Haycen. Sauf trou de mémoire, je ne connais pas ce dernier ni non plus son présentateur, je ne suis donc a priori ni lié à eux, ni hostiles.

Je ne sais d’ailleurs s’il a été cynique ou naïf d’indiquer que « l’essai s’achève par une présentation des grands traits de la politique du général Aziz et explique en quoi cette politique pourrait constituer une nouvelle chance pour le pays » : c’est trop dire une tendance qu’il est vrai, ont prétendu conforter l’inauguration d’une avenue Moktar Ould Daddah en Novembre 2008 et l’affichage électoral de portraits jumeaux, celui du fondateur et celui du putschiste-candidat à sa légitimation (le cliché de la photo du président-fondateur m’appartenant d’ailleurs, et ayant servi aux banderoles, sans que j’en ai été préalablement sollicité ou seulement averti par quiconque).

En attendant impatiemment de lire cet essai – dont il manque les références classiques en compte-rendu bibliographique (éditeur, nombre de pages, date de parution, prix de vente) – je voudrais dire deux choses :

1° mon propre projet d’écrire un manuel d’histoire politique de la Mauritanie de 1903 à 2010 devient donc urgent, et sans doute la publication des entretiens que m’accorda le président Moktar Ould Daddah de 1965 (mon premier séjour en Mauritanie) à 2003 (la mort du fondateur), en même temps que les entretiens que j’ai eus pendant ces quarante ans avec certains de ses collaborateurs comme avec les militaires des putschs successifs, à l’exception du colonel Ould Taya.

2° j’accompagne le communiqué – serein – de la Fondation Moktar Ould Daddah, par les observations suivantes :

– portant en bonne partie le poids psychologique d’une guerre imposée et qu’il avait été impossible de prévoir, le Président était naturellement fatigué, qui ne l’aurait été ? mais seulement dans les derniers jours de Juin. Il y a eu de 1975 à 1978 assez de congrès du Parti et de réunions du Conseil national pour un moindre faiblissement de la forme physique et surtout intellectuelle du Secrétaire général du Parti eût été remarqué par les participants et relevé par la presse internationale, notamment Le Monde, jamais tendre pour Moktar Ould Daddah.

Témoignage que j’ai enregistré : ses deux derniers ministres de la Défense parlant ensemble avec moi en Juillet 2001 sur les circonstances et les causes du putsch de 1978 – Mohameden Ould Babbah et Abdallahi Ould Bah, ce dernier étant médecin généraliste – détaillent la présence politique, intellectuelle et physique du Président. Bien évidemment, pas le moindre handicap psychologique ou neurologique ;

– si le Président avait été dans l’état prétendu par l’essayiste, comment expliquer qu’il rédige de sa main, sans archives, le premier jet de ses mémoires à partir de 1983 : « une décroissance des aptitudes et un ramollissement des facultés » encore plus grands cinq ans après 1978 l’en auraient rendu incapable. Nous avons passé – magnétophone tournant – une semaine en Décembre 1979 à l’hôpital de sa convalescence à Toulon, plusieurs heures par jour. Sans aucune chronologie ou dates sous les yeux, Moktar Ould Daddah m’a donné ses pré-mémoires, lumineux de dialectique et de présence ;

– s’il est vrai qu’à partir de 2000 une maladie de type parkinson rendait sa marche pénible et son élocution – qu’il a toujours eu lente et méditée – encore plus lente, en revanche la présence d’esprit, la netteté intellectuelle et le courage moral étaient intacts : les enregistrements et mes notes sur quarante ans montrent qu’il n’y a pas eu de faiblissement.

Tandis que nous relisions à trois, Mariem, le Président et moi, son texte initial distribué en chapitres (c’est là toute ma contribution), je passais une heure ou deux après le dîner avec le Président pour compléter verbalement des lacunes dans le texte écrit (ainsi le chapitre sur les décisions révolutionnaires ou le chapitre sur l’économie), et nous faisions ensemble les notes de bas de page. Qui des « successeurs » du fondateur a écrit des mémoires de sa main – le manuscrit détenu par la Fondation en constitue la preuve, ratures comprises – et lequel a fortiori y aurait travaillé jusqu’à quatre-vingt-quatre ans ?

– le régime du Parti unique de l’Etat et le tempérament du Président imposaient de multiples réunions en Bureau politique national, en Comité permanent, en Conseil des ministres : pas un témoignage selon lequel Moktar Ould Daddah aurait faibli à la dernière époque. Jusqu’en 1974, les tournées de prises de contact le montraient, épuisant tout le monde, collaborateurs ou militants, en réunion de cadres du soir à l’aurore. J’en ai suivi, et précisément sur le Sahara.

– les décisions qui seraient le fruit d’un délabrement mental du Président sont précisément celles qui font référence : la monnaie, la révision des accords avec l’ancienne métropole, la nationalisation de Miferma. Un malade aurait-il pu les imposer ? ou plutôt en convaincre et en faire délibérer positivement tant de collaobrateurs, de responsables, de militant ?

– si le Président avait été si diminué comment aurait-il tenu face à Boumedienne à Béchar, et n’aurait-il pas – aspirant au repos commandé par son prétendûment lamentable état de santé – cédé et tout cédé à l’Algérie, à la France, au Maroc ?

Ce ne sont là que des observations de bon sens que l’essayiste – et même son présentateur – auraient pu se faire à eux-mêmes, d’autant que le personnage et l’époque, étant fondateurs, le maximum de soin et de cohérence intellectuelle étaient naturellement requis pour cette étude. Mais ces observations ne sont rien devant le témoignage unanime de la parfaite plénitude de lui-même dans laquelle le Président se trouvait en 1975-1978 et continua d’être intimement et pour un travail difficile, jusqu’à sa mort.

Il se trouve qu’à l’époque caricaturée par l’essayiste avec une phrase de rédaction compliquée, Moktar Ould Daddah avait donc l’âge qu’a aujourd’hui le général Mohamed Ould Abdel Aziz. Dans quel état doit donc se trouver celui-ci puisqu’au contraire du temps de la fondation où tout était collégial et réunion, il doit, dans l’impopularité et sous la surveillance de Paris et de Bruxelles décider de tout et seul, veiller à tout, y compris – comme en court la rumeur amusée – à l’achat ou pas des roues de secours pour les ambulances à Nouakchott, donc pas seulement à la sécurité nationale.

Il a même des échappées de langage explicables seulement par une très grande fatigue : ainsi, devant des diplomates américains, traiter de voyou son homologue malien pourtant de beaucoup son aîné en expérience, en longévité dans la fonction et en autorité morale.

 

 Source : www.cridem.org 


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