La Parole à….

8 03 2010

 

Ethmane Ould Bidiel

 

« Que les hommes de Mohamed Ould A1bdel Aziz cessent de considérer
la Mauritanie comme un laboratoire pour expérimenter leurs théories nationalistes décriées. »

 

Professeur de français, Ethmane Ould Bidiel est un cadre d’Alliance Populaire Progressiste (APP). A la veille des élections de 2007 il est président de la Commission Electorale Nationale Indépendante dans le département de Kobenni. Au lendemain du coup d’Etat du 06 août 2008 qu a renversé Sidi Ould Cheikh Abdellahi,  il milite activement avec son parti dans le cadre du Front National pour la défense de la démocratie avant d’être désigné membre de
la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) recomposée à la suite de l’accord-cadre de Dakar.

 

La Tribune : Le mélange des tendances nasséristes, El Horr et négro-africaine au sein de l’APP est-il en train de se révéler négatif du fait de certaines positions de militants perçues comme extrémistes ?    

Ethmane Ould Bidiel : Nos détracteurs doivent cesser d’avoir une vision réductrice et alarmiste d’Alliance Populaire Progressiste. Car celle-ci est aujourd’hui, qu’ils le veuillent ou non, le principal parti de l’opposition. Elle constitue, envers et contre tout l’épine dorsale des principales mouvances réunies dans le cadre de
la Coordination de l’Opposition Démocratique dont elle assure actuellement la présidence tournante. APP n’est pas une pure et simple juxtaposition de mouvements idéologiques mais. C’est le parti qui a réussi, en avril 2003,  à réaliser une jonction historique entre le part de AC (Harratines, Beydhanes mais également Négro-africains) interdit avec ceux de l’Alliance Populaire Progressiste, autour du projet stratégique de bâtir une Mauritanie plurielle où les considérations idéologiques, ethnocentristes, tribales, raciales et régionales se dissolvent dans une vision nationale du devenir commun ; une Mauritanie réconciliée avec elle-même et résolument engagée dans une dynamique de développement.

Ce choix stratégique n’a, du reste, affecté et n’affectera jamais les engagements de nos leaders politiques fussent-ils d’El Horr, Nasséristes ou Négro-africains. Nous sommes tous, plus que jamais, convaincus  que la lutte contre l’esclavage et le combat pour l’émancipation constituent une condition sine qua non pour asseoir la démocratie, promouvoir l’égalité et la  justice et garantir une stabilité durable. Bref APP n’a pas besoin de stimulant ou de prétexte pour se rappeler son devoir et ses convictions.

 

La Tribune : Mais vous avez quelqu’un comme Biram Ould Abeid de l’Initiative de Résurgence du mouvement Abolitionniste dont le discours dérange… 

 

Ethmane Ould Bidiel : Personne ne peut aujourd’hui être indifférent par rapport à la question de l’esclavage qui suscite actuellement les débats les plus passionnés.

L’acharnement tous azimuts  du régime en place contre les membres de la société civile, entres autres, contre Biram Ould Dah Ould Abeïd constitue une aberration. En effet, après lui avoir illégalement refusé le renouvellement de son passeport, les mauritaniens assistent, dans cette affaire,  à l’instrumentalisation des imams et théologiens du système à la fois. Ces derniers, pour des raisons politiciennes montrent Biram Ould Dah Ould Abeïd de toutes les vindictes et l’accusent même d’apostasie. C’est inacceptable ! C’est même très grave. Car cette immixtion des religieux, intellectuels organiques dus système, suscite une contre des réactions dont les effets sont lourds de conséquences.

Biram Ould Dah Ould Abeïd, abstraction faite de ce que les autres pourront à raison ou à tort lui reprocher, s’élève contre une réalité inéluctablement mauritanienne face à laquelle le pouvoir en place et les forces conservatrices qui lui font office d’adjuvants, font profile bas, entretiennent et en défendent les auteurs… L’esclavage est partout. Et ces derniers s’obstinent à le nier. Pourtant le dernier cas exposé aux médias par SOS Esclaves date du 04 Mars 2010. Qu’est-ce que les dits religieux qui marchent pour Irak, Palestine et El Bechir du Soudan Ont fait ? Dénégation sur dénégation.   

Et Biram que lui reproche-t-on ? Son extrémisme et sa virulence qui s’apparente dit-on au divisionnisme. Soit. Mais quel est l’effort fourni pour couper l’herbe sous Biram et sous les pieds milliers autres voire les centaines de milliers de Biram, tous déçus de la passivité pour ne pas dire la complaisance des théologiens réactionnaires dont nombreux sont adulateurs de l’esclavage et j’ose nommer parmi eux Hamden Ould Tah. Chaque jour qui passe l’exploitation fait de nouvelles victimes bénies par les « clergés ». Sinon pourquoi les imams harratines en sont-ils arrivés à se joindre à Biram, eux naturellement si modérés ! Pour une fois, situons les responsabilités. Ce qui arrive c’est de la faute des théologiens, ces intellectuels organiques qui n’arrivent toujours pas à nous dire comment nous pouvons ne autres pas être esclaves… XIV siècle après l’imam Malek, et la partie la plus contestée du malékisme justifiant les abominations de l’esclavage est toujours hélas d’actualité. Elle l’objet d’une déconcertante apologie. Certes, la faute n’est pas à l’islam qui est, par essence, une religion d’abolition et de liberté. Mais la faute, toute la faute, incombe au seul conformisme de ces imams-là griots du sceptre et de l’inhumanité abjecte, de ses faghihs qui refusent de voir l’islam comme tel, c’est-à-dire, une religion incontestablement universelle et adaptée dans le temps et dans l’espace. S’il y a, cependant anachronisme, c’est dans les esprits de ces pauvres créatures qu’il se situe… L’islam en est innocent. D’ailleurs, ce que je crains aujourd’hui c’est que le silence injustifié des uns et des autres ne pousse plus vers le radicalisme et ce jour-là il sera tard de vouloir faire le pompier.

 

La Tribune : Cette semaine, à l’occasion de la journée de la langue arabe, le premier ministre a prononcé un discours dans lequel il est question de redonner à cette langue son caractère primordial dans l’administration et en même temps à la Mauritanie son identité arabe. Quelle impression cela vous fait-il ? 

 

Ethmane Ould Bidiel : Je ne suis pas surpris de voir comme le reste des mauritaniens le Premier Ministre de Ould Abdel Aziz tenir des propos pareils d’autant plus improvisés que propagandistes. L’arabité de
la Mauritanie n’est plus à prouver Il faudrait que nous en soyons vraiment convaincus. Tout le reste c’est du complexe que beaucoup comme ce Premier Ministre traîne Malheureusement.


La Mauritanie  n’a pas besoin de s’engager dans une nouvelle polémique au demeurant stérile. Les textes reconnaissent l’arabe comme étant la seule langue officielle du pays. Qu’est ce qu’on veut réellement de plus ?

Il ne sert à rien de remettre une nouvelle fois sur la sellette la question d’identité qui n’est toujours pas encore complètement classée. Il y a un consensus tacite qui s’est imposé de fait. Nous devons nous en contenter et ne pas nous engager dans la provocation. Car  
la Mauritanie compte bien des arabes et des non arabes. Tous ont droit à s’exprimer sur des questions aussi sensibles que celle-ci. Nous venons, il n’y a pas longtemps de nous inscrire dans une reforme scolaire devant unir nos enfants et renforcer l’unité nationale… C’est déjà un jalon. Tout ce qui suit doit être le fruit de mure réflexion. Ce sujet est si sensible qu’il ne peut être le résultat de saute d’humeur d’un homme, fût-il, un Premier ministre.

Que les hommes de Mohamed Ould A1bdel Aziz cessent de considérer
la Mauritanie comme un laboratoire pour expérimenter leurs théories nationalistes décriées. Les Mauritaniens ne sont pas dupes. Les périples qui mènent sa diplomatie à travers les bastions de l’arabisme à l’étroit ne fascinent pas…
La Mauritanie a ses particularités sociolinguistiques et politiques qu’il ne faut pas occulter. Elle a une identité plurielle irréductible qu’il faut respecter.
La Mauritanie à aussi un lourd passif et une longue histoire à gérer. Toute décision à prendre doit émaner de l’intérêt suprême. Elle faut en conséquence prendre l’avis du peuple et y impliquer, surtout, tous les partis politiques sans distinctions. Tout le reste c’est du tâtonnement comme toutes les décisions auxquelles ce régime nous habituées depuis le 06 Août 2009.

 

La Tribune : Les partis de la majorité ont créé une coalition dénommée CPM. Faut-il la percevoir comme une structure visant à équilibrer le rapport entre le pouvoir et l’opposition qui elle est déjà organisée dans le cadre de la COD (coalition de l’opposition démocratique) ? 

 

Ethmane Ould Bideil : Il y lieu d’abord de rappeler le contexte dans lequel a eu lieu la création d’une nouvelle coalition par les partis dits de majorité. Ce non événement survient après la clôture de la session parlementaire où l’UPR et ses satellites ont essuyé plusieurs revers que je peux résumer en trois : d’abord la force de persuasion des parlementaires de l’opposition qui ont convaincu le peuple mauritanien du bien-fondé de leur position leur ayant permis de révéler le caractère injustifié et inconsistant des programmes du gouvernement du  Premier Ministre de Oud Abdel ; ensuite, l’improvisation et le tâtonnement dans lequel sont gérées les affaires publiques et qui sont en train d’entraîner le pays vers la déroute totale avec la banqueroute et la détérioration des conditions de vie des citoyens avec leurs lots de malaise sociale, de grèves en perspective et de menaces brandis par les bailleurs de fonds; enfin l’échec du régime en place à faire passer sa réforme sur la loi impopulaire de lutte contre le soi-disant terrorisme n’ayant au demeurant d’autre but qu’entraver les libertés d’expression et donc le champ de démocratie sur lequel le pouvoir a perdu tous ses combats.

La nouvelle coalition vient pour tenter de limiter le fiasco et vouloir prémunir le régime d’ Ould Abdel Aziz contre une fin irréversible. Cependant, ce que les artisans de cette farce semblent oublier que le compte à rebours a commencé et que le peuple tout entier sait maintenant que la lutte contre la gabegie, et les revendications populistes n’étaient en réalité que des slogans vaseux. Huit mois seulement, après les élections, ont suffi pour découvrir le vrai visage du pouvoir qui n’excelle qu’en amateurisme et en improvisation.

Cette coalition divisée, faible et opportuniste dont les composantes  ne se rencontrent que sur le principe de partage léonin du pouvoir comme un gâteau festif n’est pas celle qui peut barrer la route à l’opposition démocratique nationale soucieuse de l’intérêt et du bien-être du citoyen mauritanien pour lui empêcher l’accession à l’hémicycle du parlement, s’il n’y que cela.

Mais force est de savoir, que l’hémicycle n’est pas l’objectif d’un leader de la trempe de Monsieur Messaoud Ould Boulkheïr. Son opposition aux auteurs du coup d’Etat du 06 Août 2009 et, bien avant, son rejet de toute collaboration avec Ould Taya  sont les preuves que le pourfendeur du mensonge n’est pas un chasseur de poste, ni de prestige.

Homme des principes et de conviction, Monsieur Ould Boulkheïr ne traite qu’avec des mauritaniens consciencieux, engagés sur la voie de la justice et de la liberté… Et ces derniers il les a trouvés dans
la Coordination de l’Opposition démocratique qui occupe une place de choix dans le cœur des mauritaniennes et des mauritaniens… Nous sommes persuadés qu’à n’importe quel moment où dieu décidera les élections les électeurs prouveront que leur choix est celui du changement, de la démocratie, du développement et de la stabilité et non la capitalisation des échecs, la déroute et de l’amateurisme aveugle qui sont le credo de l’UPR et ses poussins.

Propos recueillis par Kissima

Source : La Tribune n°491


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