L’Edito de La Tribune Par Mohamed Fall O Oumère

1 03 2010

La balle est dans le camp du Président Mohamed Ould Abdel Aziz. N’avait-il pas déclaré qu’il prendrait en compte les conclusions du conclave de la majorité autour de la question : quelle gouvernance pour la Mauritanie ? Depuis deux semaines (ou presque), le rapport des journées de réflexion est entre ses mains. La suite, on l’attend… 

Ce que le Président Ould Abdel Aziz nous doit, c’est d’afficher sa pleine conscience de l’urgence de l’action. Et il y a lieu ici de rappeler quelques-uns des termes d’un vieux thème de débat maintes fois repris dans ces pages et qui concerne notre rapport au temps. A force de répéter, peut-être finirons-nous par en saisir tous les contours dramatiques. 

Le Président Ould Abdel Aziz ne doit pas se laisser emprisonner par la vision statique du temps. Comme il ne doit pas en subir la vision cyclique – ou circulaire. 

Dans le premier cas, il doit agir en homme politique moderne : toujours chercher à anticiper… jusque-là, c’est ici qu’il faut chercher l’atout principal de sa réussite. Il a été plus stratège que ses adversaires qui sont restés sur des schémas anciens et de courtes vues. Sera-t-il rattrapé par la «normalité» ? Normalité qui implique le retour à une gestion «traditionnelle»… plutôt «habituelle» des affaires. La fatigue, les pressions, les résistances qui font que tout découle du cours-normal-des-choses, la gestion d’un Etat, d’une société… tout cela contribue à tuer les ardeurs les plus fortes. L’on y ajoute notre propension – presque naturelle – à vouloir faire croire que «…c’est la même chose… tous les gens se valent… il n’ya rien à faire… toute les situations sont les mêmes… wallah yakoun waahid (par Dieu, c’est la même chose)…» Parce que nous avons délibérément choisi, en tant que société que culture, de nous installer dans «un temps qui n’avance pas» (pour reprendre les termes et l’esprit d’un article que j’avais écrit l’année passée sur la relation Espace-Temps). Un temps qui «coule pour lui-même». 

Le risque, dans le deuxième des cas, est de voir naitre une attitude passive et attentiste des effets d’un «temps qui n’avance pas» mais qui tourne sur lui-même, nous ramenant constamment sur le tronçon de route que nous croyions avoir dépassé. Le «cours du temps» devient pour nous un renouvellement constant du temps présent. De là découle entre autres, ce caractère fondamental de notre culture, la tendance à ne pas envisager le devenir. Cela se traduit aussi par une négation de l’Histoire. Je le résumais dans l’article cité plus haut comme suit : «Cette conscience (du temps) est faite de négation du progrès (le temps n’avance pas), de refus du changement (le temps est la répétition du présent), et d’«annulation» de l’Histoire (le temps ne permet pas l’accumulation des expériences humaines)». 

La préoccupation essentielle devenant : comment «tuer le temps». Soubassement d’une idéologie, d’une pensée dominante et d’une attitude collective, cette perception freine toute avancée, tout progrès… Elle est à l’origine de tous les mauvais choix économiques (négociations, programmes de développement…), politiques (exclusion des acteurs, culture des particularismes…) et culturels (avortement de toute rénovation, marginalisation de l’intelligence…). 

«En l’absence de notion de progrès, de changement et d’Histoire, la dynamique sociale est annihilée. Ne nous étonnons point de voir que l’espace est occupé par les mêmes personnes depuis plus d’un demi-siècle. Que ces personnes n’entendent pas se démettre. Que l’alternance est donc impossible. Nous dirons toujours que la demande sociale de changement n’existe pas parce qu’elle commence par l’exigence de renouvellement des acteurs (alternance), par la rénovation dans les lois du jeu (égalité, équité, transparence) et par la capitalisation effective de nos expériences passées» (article Espace-Temps). 

C’est en cherchant un jour, la meilleure définition du concept «temps», que je suis tombé sur l’expression «réponse aporétique». Et la plus belle définition de cette expression est l’illustration suivante : un élève qui demande à son professeur : «Est-ce que la lumière est une onde ou une particule ?» et le professeur qui répond : «Oui». N’est-ce pas là toutes nos réponses à toutes nos questions ? y compris les plus simples, celles dont les réponses sont les plus évidentes. 

Du plus compliqué au plus simple : «Le changement est-il une demande social ou une exigence démagogique de l’élite ?» Réponse : «absolument» ; «Le responsable est-il jugé pour ce qu’il a fait ou pour ce qu’il n’a pas fait ?» Réponse : «Non» ; «Le secteur éducatif est-il une priorité ou un souci secondaire pour les décideurs d’aujourd’hui ?» Réponse : «certainement pas» ; «Le bien-être des populations est-il une préoccupation des autorités ou pas ?» Réponse : «Peut-être»… 

En ces jours de doutes… 

Que ceux de la Majorité le veuillent ou non, la «Mauritanie nouvelle» tarde à faire ses marques. Au moment où l’héritage pèse avec acuité. Sur le plan sécuritaire, sur celui de l’économie, sur le politique… Les nouveaux choix – défendables pour la plupart – sont mal présentés, mal engagés… ce qui fait pointer à l’horizon des risques de crises sociales… 

A un moment où nous avons besoin d’un front intérieur face aux menaces extérieures (AQMI) et défis intérieurs (refondations de l’Etat et sauvetage de l’économie). 

«Qui a le temps et attend le temps perd son temps», disait je ne sais quel sage de ce monde. 

 

La Tribune n°490


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