1 03 2010

Otages : 

Quoi après la libération de Pierre Camatte ? 

 

La France a finalement obtenu la libération de son ressortissant retenu en otage par un groupe de AQMI (Al Qaeda au Maghreb Islamique) depuis le 26 novembre dernier. Enlevé au Mali, Pierre Camatte a été échangé contre quatre combattants de l‘organisation arrêtés en avril 2009 par une patrouille malienne dans le nord du pays. Après on simulacre de procès, les quatre combattants – deux algériens, un mauritanien et un burkinabé – ont été condamnés à six mois de prison, peine qu’ils ont déjà purgée. Ils ont été immédiatement libérés et acheminés vers le nord du Mali, là où l’organisation terroriste a ses bases. 

La libération de l’otage français a été le prétexte pour le Président Nicolas Sarkozy de faire un crochet à Bamako dans sa route entre Libreville (Gabon) et… Kigali (Rwanda). Le temps de s’afficher aux côtés de l’otage libéré et de prendre la parole pour dire l’engagement de la France dans la lutte contre le terrorisme… et comment ! 

Cette libération est le couronnement d’énormes pressions exercées par la France sur le Mali pour l’amener à libérer les combattants réclamés par AQMI et dont la libération ne plait pas du tout aux deux voisins, la Mauritanie et l’Algérie. Chacun des deux pays a rappelé son ambassadeur à Bamako en signe de protestation. Différemment appréciée, l’attitude des deux voisins du Mali est largement explicable par ce qui peut s’apparenter à un laisser-aller, au mieux une faiblesse face à la menace terroriste. 

Les deux algériens libérés par le Mali sont activement recherchés par les services de leur pays. L’un d’eux, Ahmed Ben Ali, est accusé d’avoir commis des crimes chez lui. Le mauritanien, Bobbe Ould Navé, a été cité pour la première fois parmi un groupe de kamikazes dont Moussa Ould Beina Ould Zeidane qui s’était fait exploser à côté de l’Ambassade de France en août 2009. Attentat visant deux gendarmes français finalement grièvement blessés. 

La libération du groupe de combattants a été décidée sans concertation avec leurs pays d’origine. Ce qui a contribué un peu plus à exaspérer les autorités mauritaniennes et algériennes. Surtout que, dans le cas de la Mauritanie, ce n’est pas la première fois. En effet, pour sauver les otages autrichiens, le Mali a relâché deux combattants mauritaniens activement recherchés par la police. Tiyib Ould Sidi Ali et Hamada Ould Mohamed Khairou, au lieu d’être extradés vers la Mauritanie, ont été remis à leurs compagnons en février 2009. 

La Mauritanie qui semble être la cible privilégiée de la mouvance AQMI, a été victime plusieurs fois d’attaques revendiquées par cette organisation. Le 5 juin 2005 à Lemghayti, le 24 et le 27 décembre 2007 à Aleg et Ghallawiya, février-mars-avril 2008 à Nouakchott, septembre 2008 à Tourine, juin et août 2009 à Nouakchott… avec finalement deux rapts réussis : trois humanitaires espagnols le 29 novembre 2009 et deux touristes italiens deux semaines plus tard sur la frontière avec le Mali. C’est la vie de ces derniers qui est aujourd’hui en jeu parce que l’ultimatum de AQMI arrive à expiration ce soir, lundi 1er mars à minuit. Comment la Mauritanie va-t-elle faire ? 

Dans un document audio, Sergio Cicala, retenu en otage depuis décembre avec sa femme d’origine burkinabée, a appelé son gouvernement à faire des « concessions » pour obtenir leur libération, dans un message mis en ligne par AQMI. « Ma liberté et celle de ma femme dépendent des concessions que le gouvernement est disposé à faire », a affirmé l’otage dans le message audio rapporté par le centre de surveillance des sites islamistes SITE, selon une dépêche de l’AFP. Le message est accompagné d’une image fixe montrant un homme présenté comme étant Sergio Cicala, se tenant à genoux et sous la garde de six hommes cagoulés et en armes. Sergio Cicala, 65 ans, et sa femme Philomène Kabouree, 39 ans, sont aux mains d’Aqmi depuis leur enlèvement le 18 décembre en Mauritanie. 

« J’espère que le plus tôt possible le gouvernement va s’intéresser à notre situation et en conséquence à nos vies. Nous attendons avec confiance que toute cette situation puisse se résoudre de la meilleure façon possible. Bien sûr, je veux dire ma libération et celle de ma femme », ajoute-t-il. « Le président (du conseil italien) Berlusconi a toujours été renommé pour sa grande générosité, j’espère qu’il pourra nous aider ma femme et moi », ajoute l’homme, dont la voix ne trahit aucune émotion et qui semble lire un texte. Daté du 24 février et intitulé « Appel de l’otage italien au gouvernement de Berlusconi », le message en italien est d’un peu plus d’une minute. 

Dans un ultimatum diffusé début février, l’Aqmi avait donné jusqu’au 1er mars au gouvernement italien pour répondre à ses exigences. Les ravisseurs demandaient non seulement la remise en liberté de quatre islamistes détenus au Mali, qui ont depuis été relâchés, mais aussi la sortie de prison de combattants détenus en Mauritanie, avait indiqué une source proche du dossier. 

Dans un bref communiqué accompagnant le message de l’otage, la branche maghrébine d’Al-Qaïda appelle les Italiens à faire pression sur leur gouvernement pour sauver la vie du couple italien. « Nous répétons notre appel aux familles des otages et à l’opinion publique italienne: si vous voulez la sécurité des otages, faites pression sur votre gouvernement offensant et demandez-lui de satisfaire les demandes légitimes des moudjahidine », affirme AQMI. 

Si à Rome on se refuse à commenter ce fait, en France on attend de voir comment la Mauritanie va réagir. La France a fait pression sur la Mauritanie, par le passé, pour ne pas se plier aux exigences des ravisseurs des humanitaires espagnols et des italiens. Alors que, s’agissant de son ressortissant, elle faisait pression sur le Mali pour le libérer. D’où l’exaspération mauritanienne. 

Dans une déclaration faite à la presse au lendemain de sa libération, Pierre Camatte a lancé un défi aux pays ayant été ‘outrés’ par les conditions de sa libération : «L’Algérie et la Mauritanie se plaignent de ma libération. Mais la seconde va être placée face à la même décision. Des otages italiens pris sur leur sol font l’objet d’un ultimatum pour relâcher des prisonniers. On verra ce qu’ils feront. On voit toujours la paille qu’il y a dans l’œil du voisin et pas la poutre qu’il y a dans le nôtre.» Se refusant de mettre en perspective les conséquences de la libération d’un jeune homme comme Ould Navé qui pourrait un jour servir de kamikaze dans l’un des restaurants fréquentés de Nouakchott. Doit-on se demander dès aujourd’hui combien de français risqueraient leurs vies ce jour-là ? Le moins qu’on puisse dire concernant le processus de libération de Pierre Camatte, c’est qu’il a été dicté par une courte vue. Qu’il n’a pas pris en compte toutes les donnes de la question du traitement du terrorisme. Sauf si l’on vient à croire les informations selon lesquelles Pierre Camatte ne serait pas l’humanitaire que l’on croit mais agent des services. On comprendrait alors l’engagement du gouvernement français, mais aussi tous les propos tenus par l’ancien otage depuis sa libération. La plupart des observateurs ont tout de suite relevé que Pierre Camatte n’est pas forcément l’humanitaire ou le technicien d’ONG qu’on présente. D’ailleurs ses propos après sa libération étaient trop bien dosés pour tenir compte des préoccupations de l’opinion publique française au moment des régionales. On n’a pas attendu les révélations de Bakchich info sur les propos du chef des renseignements français devant l’Assemblée nationale, pour savoir que le cas Camatte n’était pas un simple cas de prise d’otage. Pris au sens premier, les propos incriminés remontent à janvier 2010. Un député pose la question au chef des renseignements : «Quelles informations pourriez-vous nous transmettre sur les agents de nos services retenus en otage, leur nombre, leur situation ? Quelles sont les perspectives les concernant ?» Et Bernard Bajolet, chef des renseignements de répondre : «Nous avons actuellement huit otages. Un au Mali, Pierre Camatte, quatre au Soudan, un en Somalie et deux en Afghanistan». A-t-il voulu parler des otages français qui devraient être libérés par ses services ou a-t-il répondu strictement à la question ? Pourquoi a-t-il précisé seulement l’identité de Pierre Camatte ? Mystère et boule de gomme… 

Toujours est-il que selon le site Bakchich, Pierre Camatte «travaillait sous couverture, pour mieux surveiller les mouvements dans ce qui est devenu l’une des bases arrières des terroristes algériens de l’ex-GIA enrôlés aujourd’hui sous la bannière de Ben Laden». «C’est une fausse information», disent les officiels français. 

Le Président Sarkozy prend le ton normal pour dire : «Nous ne laisserons tomber aucun de nos compatriotes pris par des terroristes. Nous ne laisserons tomber aucun Français, quelles que soient par ailleurs les erreurs qu’ils aient pu faire, qui se trouve dans l’épreuve.»  Ce à quoi rétorquent certains éditorialistes : «On ne peut pas lutter contre le terrorisme et exiger la libération de terroristes pour sauver un otage.» 

Est-ce que la France a payé ? Mystère encore. Mais même sans verser de rançon, la France paye déjà un coût énorme pour libérer ses otages de l’extérieur. Le chef d’état-major des armées le général Jean-Louis Georgelin déclarait récemment : «Nous faisons ce que nous devons faire pour les faire libérer. J’ajoute d’ailleurs qu’à l’heure actuelle, nous avons déjà dépensé plus de 10 millions d’euros pour nous occuper de cette affaire. Je pense que dans la facture des opérations extérieures nous avons, en gros, 870 millions d’euros par an de facture d’opérations extérieures, ce qui est considérable pour un pays comme la France. Nous l’alourdissons.» Pour le cas de Pierre Camatte, on note au moins deux voyages de Bernard Kouchner, le ministre français des affaires étrangères, qu’est-ce qu’il avait dans ses valises ? Encore mystère. 

Au-delà des polémiques suscitées par la libération des quatre combattants de AQMI, on peut se demander quel sort sera réservé aux autres otages occidentaux. Pour ce qui est des italiens, l’ultimatum arrive à expiration donc ce soir. La Mauritanie ne semble pas du tout prête à se plier aux exigences des terroristes. Pour ce qui est des humanitaires espagnols, la rançon de cinq millions dollars est en train d’être payé par leur gouvernement. En fait, le risque politique est très grand pour le gouvernement socialiste espagnol s’il arrivait malheur aux otages espagnols. 

L’engagement de la Mauritanie dans la lutte contre le terrorisme est désormais une priorité. Pour les autorités actuelles, la priorité est à la maitrise du territoire national. En plus du renforcement des bases de Chegatt, de Lemghayti et de Ghallawiya, l’Etat Major national a mis sur pied trois unités spécialement conçues pour lutter contre la criminalité dans la zone. L’Armée mauritanienne compte réoccuper le poste de Ain Bintili à l’extrême nord du pays. L’option de reprendre le contrôle de ces contrées est effectivement une nécessité pour la Mauritanie qui elle veut réussir sa résistance devant la nébuleuse du crime organisé. Trafic de drogue, terrorisme, trafic de cigarettes, traite d’immigrés clandestins… tout verse dans la même direction. Et c’est aux pays concernés à coordonner pour arriver à bout de ce qui, à terme, constitue une menace pour la stabilité et la sécurité de la zone sahélo-saharienne, et, au-delà, de l’Europe. 

 

MFO 

 

 

Accrochage à Lemzereb 

 

Dans la nuit de jeudi à vendredi derniers, deux éléments de l’Armée nationale, l’un arrivant de Ain Bentili, l’autre de Lemghayti, ont convergé vers Lemzereb, un lieu situé à une quarantaine de kilomètres de Chegatt. Le renseignement était arrivé la veille sur le mouvement d’un important convoi armé. Au total six voitures en plus d’un camion MAN chargé d’on ne sait quoi. A bord, une vingtaine de personnes armées. 

C’est vers le petit matin que les deux éléments sont passés à l’action. profitant de l’effet surprise, les Mauritaniens ont soutenu un tir intense, détruisant dès les premiers instants de l’attaque la seule arme lourde du groupe. Malgré la vigoureuse riposte des trafiquants, l’accrochage ne durera pas plus d’une heure. Bilan : 3 morts et 15 prisonniers. 

Grande opération qui fait suite au renforcement des moyens de l’Armée et de la mise en œuvre d’une nouvelle approche sécuritaire qui consiste pour la Mauritanie à reprendre l’initiative en reprenant le contrôle du territoire national. Ce qui n’est jamais arrivé en dehors de la parenthèse de la guerre du Sahara (1975-1978). 

 

Encadré : 

Repères chronologiques 

16 septembre 1998. Le Groupe Salafiste de Prédication et de Combat (GSPC) annonce sa création (par le ralliement sous ce nouveau sigle de quelques groupes rescapés du GIA) et la désignation de Hassan Hattab (alias Abou Hamza), jusque-là émir de la «zone 2» du GIA (Kabylie et partie Est d’Alger) comme émir intérimaire du nouveau groupe. Outre Hattab lui-même, le communiqué est signé par Nabil Sahraoui (alias Abou Ibrahim Mustapha, émir de la «zone 5», dans l’est du pays), Abou Omar Abd Al-Birr (responsable de la communication) et Abdelaziz Abbi (alias Abou Al-Hammam Okacha, alias Okacha El-Para, conseiller militaire).

24 avril 1999. Communiqué dit «Le groupe de la miséricorde», formalisant la création du GSPC, qui se démarque des GIA, identifié aux dérives de At-Takfir wa Al-Hijra (Exil et Excommunication, groupe islamiste algérien actif au début des années 1990). Est annoncée la nomination comme émir national d’Abou Mosaâb Abdelmadjid, remplaçant Hassan Hattab. À cette occasion, est publié le «pacte» (mithaq), document-programme auquel se réfèrera le GSPC au cours des années suivantes.

11 juin 1999. Le GSPC annonce dans un communiqué la mort de son émir Abou Mosaâb, et son remplacement par Hassan Hattab. Apparaît pour la première fois Abderrezak El-Para (Amari Saïfi, alias Abou Haïdara), présenté comme émir de la zone 5 à la place de Nabil Sahraoui, lui-même relégué au poste de «personnalité importante du groupe». La presse algérienne affirme que la mort d’Abou Mosaâb serait due à un règlement de comptes entre ses partisans et ceux de Hattab.

13 juillet 1999. Promulgation de la loi dite de la «concorde civile» (elle prévoit une exonération ou réduction de peines pour les membres des groupes armés qui se rendront, pour autant qu’ils n’aient pas commis de crimes de sang ou de viols) fixant le 13 janvier 2000 comme date butoir pour bénéficier des mesures de clémence (elle sera validée par référendum le 16 septembre suivant, avec 99 % de «oui»).

21 août 1999. Le quotidien El-Watan affirme qu’Hassan Hattab a été tué par ses pairs et remplacé par Okacha El-Para.

2 janvier 2000. Le quotidien Liberté annonce une nouvelle fois la mort d’Hassan Hattab. Puis, le 13 janvier 2000, la radio nationale annonce qu’il s’apprêterait à se rendre dans le cadre de la politique de «concorde civile». 

16 février (ou 12 septembre) 2002. C’est la date à laquelle, selon la presse algérienne, un émissaire yéménite d’Al-Qaida du nom de Mohamed Alwan Abdelwahid, alias Abou Mohamed El-Yamani, venu en Algérie en 2001 pour concrétiser la coopération entre Al-Qaida et le GSPC, aurait été abattu par l’armée algérienne.

19 mai 2002. Le Quotidien d’Oran écrit que les services secrets français auraient annoncé la «fin prochaine du GSPC» ; «les dissensions qui ont affaibli la pyramide de commandement au sein du groupe de Hattab, ainsi que les défections enregistrées après les récentes opérations de l’armée algérienne» expliqueraient cette «prochaine éradication».

4 janvier 2003. À la veille de l’arrivée d’une délégation militaire américaine, venue notamment discuter d’une reprise des ventes d’armes à l’Algérie dans le cadre de la lutte antiterroriste, la presse algérienne fait état d’une attaque du GSPC, conduite par Abderrezak El-Para, d’un convoi militaire près de Batna. Bilan : quarante-trois soldats tués.

22 février-23 mars 2003. Six groupes de touristes européens (trente-deux personnes au total, dont seize Allemands) sont enlevés avec leurs véhicules dans le Sahara, près d’Illizi. Fin avril, la presse algérienne indiquera que les ravisseurs sont des « terroristes » du GSPC, conduits par Abderrezak El-Para.

13 mai 2003. Les dix-sept otages enlevés à la mi-mars sont libérés dans le Sahara, à l’issue du paiement d’une rançon.

16 août 2003. Un communiqué du GSPC annonce le remplacement, comme émir national de l’organisation, de Hassan Hattab par Nabil Sahraoui (le GSPC précisera, dans un communiqué du 16 août 2005, qu’il aurait alors «démissionné»). Le 11 mai 2004, le quotidien L’Expression annoncera à nouveau qu’il aurait alors été tué par les «militaires» du GSPC.

18 août 2003. Libération au Mali des quinze otages européens enlevés à la mi-février, à l’issue d’obscures tractations (selon la presse algérienne, le gouvernement allemand aurait versé une rançon de 4,6 millions d’euros au groupe d’El-Para).

11 septembre 2003.–Un communiqué du GSPC signé par Nabil Sahraoui annonce que l’organisation retire son «communiqué n° 16» daté du 19 septembre 2001 relatif aux attentats de New York et Washington (communiqué non rendu public à l’époque), au motif qu’il comporterait des «erreurs» (selon la presse algérienne, le GSPC de Hassan Hattab avait alors estimé que les attentats ne pouvaient être considérés comme «légitimes» d’un point de vue islamique). Le communiqué affirme la «loyauté» (wala’) du GSPC «à tout musulman qui fait profession de foi, à tout combattant qui brandit l’étendard du djihad en Palestine, en Afghanistan sous l’émirat de Mulla Omar, en Tchétchénie, aux Philippines et à l’organisation Al-Qaida sous l’émirat d’Oussama Ben Laden, et à tout détenu dans les prisons des tyrans ; [le GSPC] appelle tous les moudjahiddines – chacun à sa place – à l’union dans la parole et à serrer les rangs».

31 janvier 2004. La presse algérienne annonce que l’armée a détruit, dans le sud du Sahara, une colonne de véhicules du GSPC qui convoyaient vers le Nord des armes (achetées avec la rançon des otages européens) ; cette opération aurait été conduite grâce aux informations fournies par l’armée américaine.

16 mars 2004. Dans le désert du Tibesti, au nord du Tchad, Abderrezak El-Para et ses hommes sont faits prisonniers par les rebelles du Mouvement pour la démocratie et la justice au Tchad (MDJT). Pendant plusieurs mois, ce mouvement tentera en vain de remettre El-Para aux autorités des pays qui disent le rechercher (Algérie, États-Unis, Allemagne), mais qui ne semblent pas vouloir courir le risque de faire juger publiquement ce mystérieux personnage (en fait agent du DRS algérien).

Avril 2004. Publication sur le Web du premier numéro de la revue du GSPC, Al-Jamaâ, comportant une interview de l’émir national du GSPC Nabil Sahraoui (datée de décembre 2003) où il félicite Oussama Ben Laden, saluant le rôle qu’il a joué dans la lutte des Afghans contre l’armée soviétique et son soutien aux combattants arabes en Afghanistan.

17 juin 2004. Un communiqué du GSPC annonce la mort au combat de son émir national, Nabil Sahraoui. Selon la presse algérienne, trois de ses plus proches compagnons auraient été tués en même temps que lui : Okacha El-Para («conseiller militaire» du GSPC), Mourad Khattab, alias Abou Omar Abd Al Birr, et Abdelmalek Droukdel, alias Abou Mossaâb Abdelouadoud.

21 juin 2004. Un attentat à la voiture piégée frappe la centrale électrique d’El-Hamma. Il est revendiqué par le GSPC.

6 août 2004. Un communiqué du GSPC annonce la nomination comme émir national d’Abdelmalek Droukdel.

27 octobre 2004. Suite à d’obscures tractations entre le MDJT et les services libyens, ces derniers remettent El-Para aux autorités algériennes, qui, officiellement, le placent en détention.

4 juin 2005. À l’aube, un groupe de cent à cent cinquante hommes lourdement armés, circulant à bord d’une douzaine de véhicules, attaque une caserne de l’armée mauritanienne située au nord-est du pays, à Lemghayti, près des frontières algérienne et malienne. L’attaque se solde par dix-huit morts et vingt blessés parmi les soldats mauritaniens, tandis que cinq des assaillants sont tués. Le 5 juin, le GSPC revendique l’opération sur son site Web, évoquant une «revanche pour nos frères arrêtés dans la dernière série d’interpellations en Mauritanie» et une «riposte au projet Flintlock» de l’armée américaine. C’est l’émir de la «zone 9» du GSPC (Sahara), Mokhtar Belmokhtar, qui aurait conduit l’opération à laquelle ont participé des combattants mauritaniens aux côtés du GSPC.

6-26 juin 2005. Au nord du Mali et du Niger, exercices militaires conjoints baptisés «Flintlock 2005», organisés dans le cadre de la «Trans-Saharian Counter-Terrorism Initiative» de l’administration Bush : coordonnées par le commandement des forces américaines basé en Europe, ces manœuvres, mobilisent 3 000 soldats de huit pays africains, dont l’Algérie et la Mauritanie, et 700 hommes des forces spéciales américaines.

25 juin 2005. Le tribunal criminel de la cour d’Alger condamne El-Para à la réclusion à vie pour «création d’un groupe terroriste armé» ; mais ce jugement est prononcé… par contumace, car, selon la justice algérienne, El-Para – pourtant toujours officiellement détenu par le DRS – serait toujours «en fuite»…

Juillet 2005.  Deux communiqués du GSPC, datés des 23 et 28 juillet, saluent l’enlèvement et l’assassinat de deux diplomates algériens à Bagdad qui seront mis sur le compte de la branche d’Al-Qaida en Irak sous la direction d’Al-Zarkaoui – lequel aurait pourtant démenti avoir kidnappé ces personnes et les avoir tuées. Cette prise de position est justifiée par le soutien qu’apporte l’État algérien à l’occupation depuis 2003 de l’Irak par l’armée américaine et l’installation d’un gouvernement «illégitime».

15 octobre 2005.– Hassan Hattab accorde une interview au journal londonien Ach-Chark el-Awsat, dans laquelle il appelle ses compagnons du GSPC à déposer les armes.

11 septembre 2006. Ayman Al-Zawahiri, présenté comme le numéro deux d’Al-Qaeda, annonce dans un message vidéo le ralliement du GSPC à Al-Qaeda, appelant le groupe algérien à «devenir une épine dans la gorge des croisés américains, français et de leurs alliés». Deux jours plus tard, le 13 septembre, le GSPC publie sur son site Web un communiqué dans lequel il confirme l’information : «Nous prêtons allégeance à cheikh Oussama Ben Laden. […] Nous poursuivrons notre djihad en Algérie. Nos soldats sont à ses ordres pour qu’il frappe par notre entremise qui il voudra et partout où il voudra.»

10 décembre 2006. Un attentat, à Bouchaoui (dans une zone ultra-sécurisée proche d’Alger), vise un bus transportant des salariés de la société algéro-américaine Brown & Root-Condor (BRC), faisant deux morts (un Algérien et un Libanais) et plusieurs blessés (dont un Américain et quatre Britanniques) ; il est immédiatement revendiqué sur son site par le GSPC.

24 janvier 2007. Dans un communiqué signé par Droukdel, le GSPC annonce qu’il change de nom, devenant «Al-Qaeda au pays du Maghreb islamique» (AQMI) : «Après le ralliement du GSPC à l’organisation d’Al-Qaida et après avoir prêté allégeance au lion de l’islam […] Oussama Ben Laden, que Dieu le garde, le groupe devait changer de nom pour montrer la véracité de la liaison […] entre les moudjahiddines en Algérie et leurs frères d’Al-Qaida. Nous étions soucieux de changer de nom dès le premier jour de notre ralliement, mais nous n’avons pu le faire avant de consulter cheikh Oussama Ben Laden.»

3 mars 2007. Dans la wilaya d’Aïn-Defla (au lieudit Hayoun), un attentat à la bombe contre un bus transportant des travailleurs russes de la compagnie Stroitransgaz fait quatre morts, dont un Russe : il est revendiqué deux jours plus tard par le GSPC-AQMI.

11 avril 2007. Trois attentats à la voiture piégée particulièrement meurtriers frappent le Palais du gouvernement à Alger et le siège de la «Division est» de la Police à Bab-Ezzouar, faisant trente morts et plus de deux cents blessés ; présentés par la presse comme des attentats suicides, ils sont revendiqués le jour même par le GSPC-AQMI, par un appel téléphonique à la chaîne télévisée arabe Al-Jazeera. Deux jours après, le ministre de l’Intérieur Yazid Zerhouni déclare qu’«il ne faut pas exclure qu’il y ait d’autres intérêts ne voulant pas voir l’État algérien se ressaisir, se restructurer et fonctionner de manière plus efficace».

11 juillet 2007. L’explosion d’un camion piégé dans une caserne militaire de Lakhdaria, à l’est d’Alger, fait au moins dix morts ; il s’agirait d’une opération kamikaze, mais le ministre Zerhouni émet des doutes à ce sujet. Deux jours plus tard, le GSPC-AQMI revendique l’attentat par un communiqué à Al-Djazira.

8 septembre 2007. À Dellys (ville portuaire de Kabylie), un attentat kamikaze au camion piégé frappe une caserne des garde-côtes, faisant trente-quatre morts et plus d’une soixante de blessés. Le lendemain, le GSPC-AQMI revendique, par un communiqué à Al-Jazeera, cet attentat et celui de Dellys.

13 septembre 2007. Selon le quotidien Liberté, Hassan Hattab menacerait de rejoindre à nouveau le GSPC, au motif que les dispositions de Charte n’auraient pas été appliquées à sa famille qui n’a pas été indemnisée alors qu’elle compte plusieurs membres tués au maquis.

17 septembre 2007.–Selon Le Soir d’Algérie la direction du GSPC de l’émir Droukdel serait contestée en raison de ces attentats suicides et une rencontre nationale aurait eu lieu dans la seconde semaine de septembre dans les monts de Lakhdaria pour désigner un nouvel émir.

18 septembre 2007. La presse algérienne rapporte que Droukdel aurait été destitué et pourrait être remplacé par Hassan Hattab à la tête du GSPC-AQMI.

21 septembre 2007. Près de Lakhdaria, un attentat suicide contre un bus transportant des employés du groupe français de travaux publics Razel fait neuf blessés (dont deux Français et un Italien). Il est immédiatement revendiqué par le GSPC-AQMI.

24 décembre 2007. Assassinat à Aleg de quatre touristes français par un groupe de trois combattants qui ont fait leur entrainement dans le désert malien. L’opération n’est cependant pas revendiquée par AQMI.

27 décembre 2007. Attaque armée à Ghallawiya, bilan trois morts dans les rangs de l’Armée mauritanienne.

14 septembre 2008. Attaque de Tourine, bilan : 12 tués côté mauritanien et 3 côté adverse. Revendiquée par AQMI.

23 juin 2009. Assassinat d’un citoyen américain en plein Nouakchott. Opération revendiquée par AQMI.

29 novembre 2009. Enlèvement de trois humanitaires espagnols sur la route reliant Nouakchott à Nouadhibou. Ils sont encore aux mains de AQMI qui veut les relâcher en contrepartie d’une rançon de 5 millions dollars.

17 décembre 2009. Enlèvement de deux italiens près de Kobeni, non loin de la frontière avec le Mali. L’ultimatum pour ces otages expire le 1er mars.

Source : La Tribune n°490


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