Terrorisme :La France presse, le Mali cède

22 02 2010

La France presse, le Mali cède 

Les autres se rebiffent 

 

 

 

C’est une nouvelle qui a surpris : les autorités maliennes ont jugé rapidement les quatre membres présumés du groupe armé Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI) dont l’organisation exigeait la libération en échange de l’otage français kidnappé fin novembre dans le nord malien. Deux algériens, un mauritanien et un burkinabé. Ils ont tous les quatre bénéficié d’un procès en catimini et ont été condamné pour le port d’armes jeudi dernier. La requalification de l’accusation a permis de les condamner à neuf mois de prison. Une peine déjà purgée. Ce qui permet leur libération immédiate. Selon les informations qui nous sont parvenues du Mali, les quatre combattants de AQMI ont été acheminés sous escorte militaire. Probablement vers le nord malien, territoire de repli et d’établissement de l’organisation terroriste. C’est là-bas que l’échange doit s’effectuer. Au moment où nous mettions sous presse, on ne savait rien du processus d’échange. 

Cette libération intervient au moment où expirait le deuxième ultimatum lancé par les ravisseurs du français Pierre Camatte enlevé au nord du Mali. Elle fait suite à deux visites effectuées par le ministre français des affaires étrangères à Bamako où il doit avoir plaidé la cause du compromis avec les terroristes. 

Pourtant, au lendemain de sa dernière visite, un officiel malien déclarait à l’AFP que le Mali « n’entend pas du tout libérer les combattants islamistes qui sont actuellement aux arrêts au Mali. Non, nous n’allons pas les libérer. C’est une décision de nos autorités supérieures ». Selon cette source, la France – via son ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner – a demandé avec « insistance » au Mali de libérer les islamistes pour sauver la vie du Français Pierre Camatte, enlevé le 26 novembre. Et d’insister : « Personne n’a à nous dicter notre conduite. Nous sommes un pays souverain et nous prenons les décisions qui nous paraissent nécessaires ». 

AQMI avait fixé un premier ultimatum au 30 janvier concernant le Français, avant de le repousser au 20 février à 00H00, menaçant de le tuer si ses demandes n’étaient pas satisfaites. Le Mali a fini par céder : les quatre terroristes présumés sont libres après ce procès exceptionnel. 

Selon la presse algérienne, il s’agit là d’un jeu «trouble» de Bamako qui cède devant les exigences de AQMI en libérant Mohamed Ben Ali, 31 ans, ex-employé des chemins de fer algériens, Tayed Naïl, 29 ans, tous deux Algériens, Brin Ould Nafa, Mauritanien, 25 ans, sans profession, et Houd Karifo, 26 ans, Burkinabé. Et nos confrères algériens de se demander quels arguments a pu faire valoir Paris pour «contraindre Bamako à agir de la sorte et à faire plier le président malien qui faisait valoir à juste raison, que céder au chantage ouvre toujours la voie à d’autres marchandages?» 

Côté mauritanien, aucune réaction officielle jusqu’à présent. On sait cependant que les autorités mauritaniennes, soumises elles aussi à de fortes pressions, n’entendent pas du tout discuter ou plier. Elles ont engagé un dialogue entre les salafistes emprisonnés et les Ulémas du pays, en vue de les convaincre du non fondé de leurs positions. Ce dialogue a atteint son premier objectif qui est de faire des relectures des textes islamiques utilisés pour légitimer l’action violente. Ces relectures doivent justement permettre de délégitimer le recours à la violence comme mode d’expression politique. Le second objectif devrait signifier la libération de ceux parmi les prisonniers qui ne sont l’objet d’aucune accusation claire, et, à défaut, le procès pour les autres des accusés impliqués dans des actions violentes. 

L’ouverture de ce dialogue n’a pas fait baisser la garde sur le front sécuritaire. Les quelques dernières semaines ont permis l’arrestation d’une dizaine de personnes impliquées dans l’enlèvement des espagnols et des italiens sur le sol mauritanien. Au nord du pays et dans le sud-est, ces arrestations ont permis le démantèlement de quelques réseaux établis autour de l’activité commerciale. Aussi, le Mali vient-il d’extrader Oumar Ould Sid’Ahmed, alias « Oumar Sahraoui« , le présumé pourvoyeur de fonds vers AQMI,. Mauritanien, Oumar Sahraoui est né en 1959. Selon les services de sécurité mauritaniens, l’homme en question, identifié par différentes personnes arrêtées dans le cadre des enquêtes liées aux enlèvements des occidentaux, a mis en place tous les moyens financiers et logistiques utilisés dans les opérations d’enlèvements en novembre et décembre derniers. 

Dans un article paru dans l’hebdomadaire français l’Express, les spécialistes comparent le modus operandi de AQMI et celui des FARC en Colombie. Allant jusqu’à trouver le lien entre le développement du trafic de drogue dans l’espace sahélo-saharien et l’implantation des réseaux terroristes. Rançons, prises d’otages et trafics, l’argent étant le nerf de guerre, AQMI entend en avoir par tous les moyens. Selon les spécialistes cités, les ravisseurs obtiendraient en moyenne trois millions d’euros par otage. Ils paieraient la moitié à tout intermédiaire qui en leur livrerait un. D’où le développement de la «sous-traitance». « La force d’AQMI est que les Etats locaux sont faibles. Ils raisonnent plus souvent en termes de survie qu’en termes de stratégie« , analyse l’ancien ministre malien de la Défense Soumeylou Boubeye Maiga. « Nous sommes dans une zone dont l’importance va croissant« , souligne-t-il, faisant allusion à l’immense potentiel pétrolier, gazier et minier des pays du Sahel. « La menace d’instabilité au Sahel est réelle, mais la source de cette menace émane plus directement du désespoir économique, de la criminalité et des inégalités politiques et économiques que d’Al Qaïda ou de l’idéologie salafiste« , soutiennent cependant les spécialistes de la question. 

Plusieurs fois, les pays concernés par ces activités criminelles ont cherché à faire front commun. D’abord avec un agenda américain qui préconisait le tout sécuritaire, sans grande connaissance des réalités du terrain. Ensuite en essayant de coordonner les actions des Etats eux-mêmes. On se souvient qu’il y a quelques mois l’Algérie, la Mauritanie, le Mali, le Niger… s’étaient engagés à disponibiliser des troupes spécialisées dans la traque du crime organisé dans le Sahara. L’Algérie a fait des efforts supplémentaires. C’est bien la pression exercée sur ses combattants en Algérie qui a amené AQMI à choisir l’espace sahélo-saharien comme terrain de prédilection. La Mauritanie a monté trois grandes unités qui sillonnent présentement le désert mauritanien, en plus des unités fixes dont les moyens ont été considérablement renforcés. Le Niger est concerné incidemment jusqu’à présent. Mais où en est le Mali ? 

Question à poser quand on voit que c’est bien le nord de ce pays qui sert de base-arrière pour AQMI. Pour peu, ce sera le Waziristân de la région qui sera, elle, la Somalie de l’Atlantique. 

 

(avec les agences) 


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