L’édito de la Tribune Par Mohamed Fall Ould Oumère

21 02 2010

Le Mali a finalement cédé. Sous la pression de la France. Surtout devant la menace terroriste. Les quatre membres de AQMI (al Qaeda au Maghreb Islamique) emprisonné au Mali depuis quelques mois ont bénéficié d’un procès qui fera date pour ce qu’il comporte d’aberrations. Mais aussi pour les conséquences qu’il aura sur le front régional anti-terroriste. A qui profite cette faiblesse ? 

A AQMI principalement. Après avoir subi quelques coups durs ces derniers jours – avec notamment l’arrestation de quelques éminents membres de l’organisation et le début du démantèlement de ses réseaux en Mauritanie et au Mali -, voilà que l’organisation reprend des forces. En faisant plier un Etat en principe engagé dans la lutte qui vise à l’éradiquer, et en se faisant un trésor de guerre avec d’éventuelles rançons dont on ne parle pas encore. Abu Zeyd, Belmokhtar et plus loin Droudkel doivent se frotter les mains. Eux qui n’ont pas eu un tel succès depuis longtemps, les voilà rassurer leurs combattants qu’ils ne les laisseront jamais tomber. Qu’ils feront plier l’ennemi qui osera les pourchasser. 

Qui perd dans cette histoire ? D’abord les Etats riverains du Sahara qui ont engagé une politique commune de lutte contre le terrorisme, particulièrement contre la nébuleuse AQMI. Avec le geste malien, le front se fissure. Au nord, l’Algérie ne peut se satisfaire de la libération de deux éminentes figures de l’activisme jihadiste. Dont Mohamed Ben Ali, activement recherché depuis 2008 par les services algériens qui l’accusent d’avoir fomenté des actions violentes dans son pays. A l’est, la Mauritanie pourra difficilement digérer la démarche malienne, avec notamment la libération d’un recherché dans le cadre des différentes attaques contre l’Armée mauritanienne. Plus loin de notre espace, comment les autorités du Burkina Faso vont-elles réagir à la libération d’un jihadiste ressortissant de leur pays ? 

Aucun des pays engagés dans la lutte contre le terrorisme dans la région sahélo-saharienne ne pourra cacher sa déconvenue suite au geste malien. 

Déjà le Mali est accusé d’être une base-arrière des terroristes d’AQMI. En effet, c’est bien dans le Sahara malien que l’organisation a établi ses bases. C’est ici qu’elle forme ses combattants. C’est d’ici qu’elle envoie ses hommes enlever les ressortissants étrangers sur les sols des pays voisins. C’est ici qu’ils reviennent pour sécuriser leurs replis. C’est ici qu’ils enregistrent leurs messages de revendications. C’est enfin ici qu’ils engagent les pourparlers et qu’ils reçoivent, par l’entremise de ressortissants maliens de la région, les rançons. 

C’est bien à cause de cela que de nombreux observateurs disent qu’il y a une sorte de modus vivendi entre AQMI et les autorités du Mali. Par lequel, l’organisation se meut sans grosses entraves, à charge pour elle de ne pas opérer sur le territoire malien. L’enlèvement du français Pierre Camatte est un acte d’exception qui est intervenu à un moment où l’étau se resserrait autour de l’organisation. Suivront les actes commis en Mauritanie et qui ont permis à AQMI de compter parmi ses otages trois espagnols et deux italiens (on ne parle jamais de leur chauffeur ivoirien). 

Le Mali a donc préféré de céder à la pression française. Au moment où la France appuyait une proposition algérienne visant à amener l’ONU à interdire aux pays de se plier aux exigences des terroristes. On voit ici qu’au-delà des discours, la France recule facilement. On en oublie ses prises de position véhémentes quand il s’agit d’autres pays qui plient au prétexte de chercher à sauver leurs ressortissants. Trêve de démagogie, ‘doulce France’… 

Ce que les pays de cet espace doivent comprendre, c’est qu’il s’agit d’un phénomène transnational. Dans les camps sahariens de AQMI se trouvent des Algériens, des Mauritaniens, des Maliens, des Nigériens, des Sénégalais, des Marocains, des Libyens, des Ivoiriens, des Nigérians… chacun est là pour se former au combat ou à l’action qu’il doit livrer un jour. Chez lui ou ailleurs. Nécessairement dans l’un de ces pays. Ou si possible en Europe, c’est tout proche. Ici ou ailleurs, l’objectif étant de livrer la guerre aux intérêts occidentaux et à tout ce qui incarne l’Etat moderne. Les fondements idéologiques étant ce qu’ils sont, c’est d’abord la modernité qui est le principal ennemi. Modernité ici se confondant avec Démocratie, Justice, Liberté, Egalité, Développement… 

Ce que les pays de cet espace doivent éviter, c’est de croire que l’un ou l’autre peut, à lui seul, arriver à bout de la menace. Que l’un ou l’autre peut trouver un terrain d’entente avec les parrains du crime organisé. Qu’il s’agisse du terrorisme, de la drogue ou d’autres trafics, la réponse doit nécessairement être commune et globale. La stratégie la même. Et les démarches concordantes. 

Le Mali est certes souverain dans ses choix, mais dans le cas d’espèce, il n’a pas pris en considération les soucis sécuritaires de ses voisins. La satisfaction de l’exigence d’AQMI (et de la France) méritait-elle tant ? 

Source : La Tribune n°489


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