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LA MAURITANIE : LE MARIAGE INTERCOMMUNAUTAIRE, UN FRUIT DEFENDU ?

16 02 2010

 

Le mariage entre le Kwar et les Beidanes est tellement rare voire même inexistant qu’il enrôle notre sens intellectuel interrogateur. L’hypothèse centrale de cet article est précisément de chercher les causes de l’extension conquérante de ce mal  car c’est bien de cela qu’il s’agit, d’exhiber l’assise idéologique sur le quel il repose. Le plus surprenant dans cette situation, de mon point de vue, c’est le désaccord de fond entre cet état des choses et la pensée islamique : « les croyants ne sont que des frères. » Pourquoi alors les mauritaniens sont dans une juxtaposition, dans une résidence surveillée culturelle ? On dirait une attitude de chien en faïence n’attendant que la bataille ! Habitués à certains modèles, à certaines valeurs fossiles, à des stratégies d’esquive, le mauritanien a mis en place une logique sociale décrochée de la réalité exogamique. Doté d’un dispositif culturel régi de part en part par des stéréotypes, la société mauritanienne accorde une place importante aux vertus préislamiques : ces critères traditionnelles de sélection de partenaires matrimoniaux, miasmes ancestraux recommandent peu les unions mixtes. Dans nos communautés, la parenté est le critère fondamental de choix de partenaire. Il renfermerait même un coefficient de sécurité très élevé parce que permettant, semble t-il, le linge sale de se laver en famille. Ainsi c’est un honneur, une réussite sociale pour une fille d’être marié par un cousin ; ne dit-on pas que les cousins sont faits pour des cousines ? L’imaginaire collectif considère de telles alliances comme un devoir sacré : choisir sa partenaire dans son propre groupe d’appartenance s’est gagné l’estime collective. L’endogamie entraîne par conséquent une réduction des échanges matrimoniaux, entraîne quelque fois une répulsion entre groupes différents. Ainsi toutes les communautés mauritaniennes ont tendance en raison de ce conservatisme à se replier sur elle-même. Ces valeurs socioculturelles empêchent justement Kwar et Beidanes d’entretenir des liaisons de mariage. La persistance de ces représentations rend en outre infranchissable les barrières ethniques, les frontières closes entre les groupes. En d’autres termes, les mécanismes mis en relief en vue de sceller les alliances matrimoniales repoussent l’exogamie. Celle-ci est à contre courant des traditions de nos communautés. Ceci est d’ailleurs attesté par le rejet quasi général du parvenu : la société lie les hommes dans une sorte de « citoyenneté » qu’ils ne peuvent refuser. Chez les anciens d’ailleurs, l’homme ne veut que par sa cité. Si cette dernière est libre, il est libre. Si elle est vaincue, il n’est plus rien c-à-d peut  être tué, torturé, réduit en esclavage. L’ombre de cette logique continue à planer au dessus de nos têtes. Ainsi pour éviter le mépris collectif, de s’attirer le courroux, d’encourir la colère unanime, paroxysme de haine, on se soude à la communauté en préférant avoir tort avec elle plutôt qu’avoir raison avec les exigences de l’Islam, de l’état moderne. Force est de constater que l’Islam est allé en guerre contre les traditions basées sur le tribalisme, la vanité. Il a enterré l’esprit de clan. Mohamed (PSL) disait à ce propos « n’appartient pas à notre communauté celui qui appelle à un clan ou combat pour un clan ; et n’est de notre communauté celui qui meurt en ayant l’esprit de clan. » Dans cette perspective, la couleur de la peau, la race deviennent des distinctions intolérables. « Regardez bien dit Mohamed (PSL), tu n’est nullement meilleur qu’un rouge ou qu’un noir sauf si tu est plus pieux que lui. » D’ailleurs quelle est la valeur de la tribu, de la famille, de la généalogie quand tous les hommes ont la même origine ? Mohamed (PSL) répond « ces origines dont vous vous vantez ne peuvent servir à injurier quelqu’un. Vous êtes tous de fils d’Adam. Nul n’est meilleur qu’un autre si ce n’est par sa religion et par sa piété » ou encore « nous remontons tous à Adam et Eve….Dieu ne vous demandera pas des comptes sur vos origines et votre famille le jour de

la Résurrection. Les plus nobles d’entre vous sont pour Dieu les plus pieux. » Sommes nous sourds à l’appel du prophète ? Pourquoi la sottise préislamique est-elle une unité de mesure dans une république islamique ?
La Mauritanie, serait-elle une société de spectacle, de simulation, de jeu de rôle ? Les imams, les intellectuels chargés de former le peuple seraient-ils aussi de simples metteurs en scène.

Poussée plus loin, l’analyse montre que ce clivage qui pèse lourdement sur le destin du pays est aussi quelque part, un legs colonial : la présence depuis 1887 des structures scolaires de langues françaises au sud et la création en 1914 des medersas à Boutilmit a divisé
la Mauritanie en deux académies. Ainsi l’école, pièce maîtresse de l’éducation, de « modèle culturel », « d’identité collective traça des trajectoires différentes à la population d’une même nation ; du coup réprime toute possibilité d’interconnaissance, d’amour. En effet l’espace scolaire est un microcosme où les citoyens, cadres, intellectuels potentiels d’un pays se côtoient, apprennent à s’aimer, à se connaître. Malheureusement en Mauritanie c’est dans ce microcosme qu’on apprend à se distendre, à s’ignorer. L’école devient donc le sol nourricier des cassures, des solidarités ethniques, communautaires, des particularismes régionaux. Dès lors comment les élites formées de ces écoles peuvent-elles contractées des liens de mariage ? Mais nous c’est une autre Mauritanie que nous rêvons. Une Mauritanie qui pourrait être inspirée par un « I have a dream », une Mauritanie multiculturelle, métissée où vivrons en bonne intelligence des Thierry Henry, des Ronaldino mais aussi des Zidane des Thuram ; une Mauritanie harmonieuse qui n’est pas seulement un simple enchevêtrement de « nous », un simple assemblage de peuples neutres, une réduction du pluriel au singulier. Au lieur d’exacerber les différences, les dispersions ; affirmons plutôt l’union, la fusion. Je n’aime pas une Mauritanie où les groupes se côtoient sans se mélanger. Ça rend triste, inquiet.

 

 

SY ALASSANE ADAMA 

PHILOSOPHE

Source : La Tribune n°488


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