Edito de La Tribune Par Mohamed Fall Ould Oumère

16 02 2010

 

  

Je m’en vais vous raconter l’histoire d’un homme auquel je dois, au préalable, des excuses pour avoir à parler de lui sans son consentement. Comme il est d’un milieu où l’humilité est une seconde nature, je sais que, quelque part, il n’aimerait pas qu’on parle de lui comme je vais le faire. Mais le cas est assez grave, assez symptomatique pour que je le taise alors que je sais que les faits dont je vais vous entretenir sont authentiques. 

Mohamed Lemine Ould Hanchi est un administrateur. Plus ou moins ancien dans la fonction. Il y a quelques jours il était encore le Hakem de Keur Macène (Trarza). Il remplissait normalement ses fonctions de préfet du département qui a vu le ministre de l’intérieur naître. Il y a moins de deux semaines, il avait été confronté à un incendie qui a ravagé une partie du territoire de ce département. Il était allé lui-même superviser le combat pour contenir et éteindre le feu. Les moyens étant ce qu’ils sont… autant dire nuls. Seule la force et la persévérance humaine pouvaient arriver à bout de ce feu qui dévorait tout sur son passage. Un jour ? deux ? L’on ne sait. 

Mais le préfet ne s’en releva pas. Il eut une attaque cérébrale. Ce qu’on appelle communément un «AVC» (accident cardio-vasculaire). Transporté d’urgence à Nouakchott, il a été immédiatement pris en charge par les médecins. Ses parents ont essayé, une semaine durant, d’avoir une évacuation et une prise en charge de la CNAM. Mais le système n’évacue plus les cas d’AVC. Alors ils ont décidé de l’envoyer sur leurs propres frais. Les formalités pour ce faire durent depuis quelques quatre jours… 

Jeudi dernier, le ministre a décidé de le faire remplacer au poste de Hakem de Keur Macène ! Alors qu’il était dans cette situation de ni vie ni mort. Le ministre a peut-être l’excuse de ne pas savoir l’état de santé de ce commis de l’Etat. Le ministère n’ayant jamais dépêché d’émissaire à son chevet, peut-on supposer que c’est par ignorance ? Je ne le pense pas. 

Cela découle d’une attitude mentale que l’autorité publique a cultivée ces dernières décennies. Cette attitude consiste à traiter l’homme comme moins que rien. A ne jamais compatir à ses souffrances. A ne jamais prendre en compte ses douleurs. 

Quand un avion de la compagnie nationale s’écrase tuant plus de cent personnes, il n’y a pas lieu de décréter une minute de deuil. Parce que ces cent personnes ne pèsent pas dans la logique du chef. Ni eux ni les leurs. Quand un chef d’Etat Major qui a servi loyalement est tué alors qu’il défendait l’autorité, il n’y a pas lieu de le commémorer un moment, parce qu’il ne compte pas dans les calculs du chef. 

Cette ère, comme tout ce qu’elle a consacré, doit être révolue. Le ministre de l’intérieur n’avait pas le droit de faire semblant d’ignorer l’état de santé de représentant auprès des populations de Keur Macène. Tous les us et coutumes lui intimaient de faire signe à cet administrateur qui était jusque-là l’incarnation de l’Etat. En envoyant un émissaire, en téléphonant à un proche, en, en… il sait bien comment faire pour compatir à une douleur, seulement… 

La décision de faire remplacer Mohamed Lemine Ould Hanchi était plus importante à ses yeux. Que l’expression d’une quelconque attention pour le commis de l’Etat, pour l’homme. 

Si je parle du cas de Mohamed Lemine Ould Hanchi, c’est bien parce qu’il s’agit d’un cas symptomatique. D’un cas qui rappelle cette malheureuse attitude vis-à-vis de nos souffrances – collectives et individuelles. Cette indifférence qui faisait partie des méthodes de gouvernance de l’époque. Comme pour dire : «il ne faut pas donner l’impression qu’il existe autre centre d’intérêt que celui qui dirige». Seules ses états d’âme méritent d’être célébrés (ou commémorés). Les autres, qu’ils crèvent, qu’ils souffrent la maladie, qu’ils soient emportés par la catastrophe, qu’ils subissent l’arbitraire, qu’ils meurent dans la solitude ou en masse… cela importe peu. Comme s’ils étaient des sous-hommes. 

Je parle aussi de ce cas pour la conjoncture. Dans cette Mauritanie mise en perspective par les promesses de refondations essentielles dont justement la réhabilitation de l’Etat, l’attitude de l’autorité publique reste fondamentale. Dans l’image que le citoyen percevra de cette autorité. Dans sa capacité à nous dire que l’heure de la prise en charge de nos souffrances, de nos soucis est arrivée. Ou, à défaut, de nous dire : «nous n’avons pour vous que la compassion». Cela est déjà une marque de considération. Pour le fonctionnaire qui a tout donné – ou donné en partie. Pour le citoyen qui a le droit de tout attendre. 

Quelque soit le mode d’expression choisi, il ne s’apparentera point au mépris qui commence par l’indifférence. Où situer le cas de Mohamed Lemine Ould Hanchi ?

Source : La Tribune n°488  


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