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Les Echos de La Tribune : Guerre des idées ?

5022010


Par Mohamed Fouad Barrada

Le mois de janvier est riche en événements qui ont en apparence une portée d’ordre existentiel. Citons quelques uns. Le plus récent est, incontestablement, les journées de concertation de la majorité pour apporter une réponse à la bonne gouvernance.

A la question quelle gouvernance après 50 ans de l’existence de l’Etat mauritanien, la réponse me semble simple : une anarchie qui vient, à peine, d’atteindre son apogée, et qui peut créer une organisation décisionnelle plus efficace, plus réfléchie, ou un ‘agencement’ créant lui-même son ‘‘désagencement’’ chaotique.

En effet, le processus ‘évolutionniste’ de la ‘gouvernance’ implique, en termes approfondis, un aspect paradoxal se manifestant, surtout, par la complémentarité de l’ordre et le désordre.

La question n’est qu’une question de temps au sens large de la conception structurelle de la gestion des affaires de la cité. C’est dire, quelle est la durée du désordre pour qu’il puisse engendrer son propre ordre et vice-versa.Le deuxième fait marquant, n’est que la discussion engagée avec les groupes terroristes suite aux journées de réflexion à connotation religieuse.

Ces dernières comme il a été précisé visent, en cette période, le dialogue afin que l’ennemi visible, actuellement emprisonné, opte pour la paix en cette partie du terroir musulman. Néanmoins, il est d’importance de souligner qu’il s’agit bien, cette fois-ci, d’une guerre idéologique, déclenchée après des batailles sanglantes avec des groupes terroristes souvent invisibles.

Et ce qui est vrai pour une guerre conventionnelle ou une autre forme de guerre, l’est, partiellement, ou également, pour une guerre des idées. Il a été dit à ce sujet, selon Sun Zi, que « la guerre, c’est l’art de duper.

C’est pourquoi celui qui est capable doit faire croire qu’il est incapable ; celui qui est prêt au combat doit faire croire qu’il ne l’est pas ; celui qui est proche doit faire croire qu’il est loin ; celui qui est loin doit faire croire qu’il est proche

Lorsque l’ennemi présente un intérêt, il faut l’attirer ; lorsqu’il est en pleine confusion, il faut s’en emparer ; lorsqu’il est groupé, il faut s’en garder ; lorsqu’il est puissant, il faut le fuir ; lorsqu’il s’emporte, il faut le troubler ; lorsqu’il est vil, il faut le rendre arrogant ; lorsqu’il se repose, il faut le harceler ; lorsqu’il est uni, il faut le diviser.

Il faut l’attaquer lorsqu’il n’est pas prêt, tenter une sortie lorsqu’il ne s’y attend pas. Tout ceci augmente les chances de victoire du stratège ; on ne peut rien dire à l’avance ». Dans cette lancée, «celui qui connaît son ennemi et se connaît lui-même mènera cent combats sans risque ; celui qui ne connaît pas son ennemi mais se connaît lui-même remportera une victoire pour une défaite ; celui qui ne connaît ni son ennemi ni lui-même sera en danger à chaque combat ».

‘‘A la guerre des idées’’, le mieux est ‘d’anéantir’ les fondements doctrinaux de l’antagoniste. Ainsi, se basant sur les vertus, la méthode, la sagesse et la légitimité sociale, le bon stratège, chef suprême de l’Etat, a des prépondérantes chances de soumettre, par la ‘dominance’ idéologique et communicative, l’adversaire-terroriste sans pour autant le combattre.

De fait, par la force de son système de ‘gouvernance’, de la solidité éthique de ses officiers et de ses élus, de ses mythes, de ses valeurs, le peuple est amené à être en parfait accord avec ses dirigeants au point qu’il soit plus offensif moralement que l’agressivité de l’ennemi.

m_barrada@yahoo.fr




Revue de Presse Urbaine

5022010

Par Mohamed Fouad Barrada  

-« Un incendie provoqué ce dimanche 31 janvier  2010 par l’explosion de bobonnes de gaz butane dans  la moughataa du Ksar a occasionné des pertes humaines et matérielles importantes. Le bilan du sinistre pour l’instant est de 7 personnes entre décès, blessé ou porté disparu. Les  équipes de pompiers sont à pied d’œuvre pour éteindre les flammes, tandis que les autorités compétentes  se sont rendues sur  le lieu du sinistre ». Note l’agence de presse mauritanienne.   Pour ce qui est du volet Urbanistique, une campagne de lutte contre l’occupation illégale du domaine public à Arafat  est en cours. -S’agissant de  la diplomatie des villes,dans une livraison récente, le Site Ouest France, évoque :   Le maire de Ouad Naga en visite dans la commune – Le Plessis-Grammoire. En effet, « Mardi après-midi, le maire, Christian Couvercelle, a accueilli le Mauritanien, Moctar Salem, maire de Ouad Naga, en présence de nombreux élus locaux et de Gérard Pilet, conseiller général.  En Europe depuis une semaine, et de retour d’Allemagne où il séjournait pour des raisons professionnelles, le représentant mauritanien a voulu saluer au passage son ami, Michel Brard, président actif de l’association Jardins d’espoirs, qui apporte un soutien efficace dans la région de Ouad Naga. Michel Brard a résumé les actions entreprises : panneaux solaires, maraîchage, soutien scolaire, et quelques projets comme la création d’un « point santé » et d’un « point froid » pour la conservation des aliments.  « Il y a beaucoup de besoins en Mauritanie, et nous nous efforçons d’apporter notre contribution. » Moctar Salem a salué ces efforts : « Tout un village a été éclairé et bénéficie d’un système de réfrigération. C’est un modèle que nous allons copier. Avec de petits moyens et beaucoup de bonne volonté, on peut changer les choses. »  Poursuive le SITE avant de renchérir   que « Ouad Naga est une commune de 12 000 habitants, qui regroupe 25 villages. Moctar Salem la dirige depuis trois ans. « J’ai comme vous, 19 conseillers avec moi, a-t-il expliqué à Christian Couvercelle. Nos moyens sont modestes et nous ne disposons que de très peu de ressources naturelles. Malgré tout, dernièrement, nous avons mis en place des transports scolaires, pour que tous les villages aient accès à l’école. C’est un budget très important, mais c’est nécessaire ! »Il a ensuite fait l’éloge du Plessis-Grammoire. « Ici, dans cette commune, il y a beaucoup de cœur, palpitant, attentif aux autres. À cette occasion, je demande officiellement le jumelage de Ouad Naga avec Le Plessis-Grammoire. Dans nos esprits, nous sommes déjà jumelés et j’espère rapporter la bonne nouvelle. Nous comptons sur votre visite ! » -Par ailleurs, l’atelier  de restitution d’une étude   d’analyse physicochimique et bactériologique de l’eau, des différents circuits de distribution à Nouakchott  a  fait la une des journaux de la presse privée locale.  467.000 euros  pour réduire les fortes disparités dans la ville de Nouakchott,  écrit  le journal le rénovateur. Il s’agit d’une étude supervisée par la CUN, et qui s’inscrit dans le cadre du projet de la gestion Communale de l’eau financé par la Communauté Urbaine de Nouakchott  et la Commission européenne.  «    Ce projet va donc permettre de renforcer l’accès des populations à un service de base en améliorant la gestion communale et le contrôle des différents étages de la filière d’eau  à Nouakchott ».    Il est spécifique en son genre en ce sens qu’il implique un renforcement des capacités de la société civile mais aussi des autorités locales . Atelier sur l’Analyse  de l’eau  de la Capitale : ‘’quelle eau buvons-nous ‘’, s’interroge le  quotidien Nouakchott Info. En effet, «   à Nouakchott, la démographie galopante exige  un approvisionnement  de 8000 mètres cubes.  Du coup, les populations de la ville font recours à d’autres circuits  parallèles au réseau  classique de la SNDE. Cependant,  les  conditions  d’hygiène  très  précaires, liées à  la manipulation de l’eau, l’ignorance des travailleurs sur  le circuit  et l’absence  de normes, font que  l’eau est contaminée  à tous les niveaux  de  cette chaîne d’approvisionnement parallèle. Ce constat  ressort d’une étude relative à une analyse physico-chimique et bactériologique de l’eau des différents  circuits de la distribution  à Nouakchott qu’ont menée, conjointement, la communauté Urbaine de Nouakchott et l’institut National de recherche en santé publique, avec  la Collaboration de l’équipe du projet Amélioration de la Gestion Communale de l’eau, piloté par la CUN. » Officiellement, la radio  a   soulevé dans ses éditions   arabophones, la thématique de l’atelier organisé par la Communauté Urbaine de Nouakchott le mardi 26 janvier 2010. A cet égard,   dans  ses deux versions (‘française et arabe’)  le quotidien public explique:    Hydraulique : Disponibilité  de l’eau potable aux populations Les travaux de l’atelier sur l’évaluation de la qualité  physico-chimique  et bactériologique de l’eau  des différents circuits d’approvisionnement ont pris fin mardi à Nouakchott. Les participants à l’atelier ont formulé plusieurs recommandations relatives à l’éveil des populations, à la diffusion des résultats de l’étude au niveau  des différentes communes, à la nécessité d’entretenir  ces points d’eau et de former ceux qui les supervisent. L’atelier a vu    la participation de représentants venus des départements de la santé, de l’intérieur, de l’Unicef, de la cellule d’échange technologique  et de coopération espagnole, de  la société civile et des communes de Nouakchott. 




Edito de La Tribune Par Mohamed Fall O Oumère

5022010

On va certainement vers un face à face Pouvoir/syndicats. Chacun ayant sa lecture des mesures prises pour compenser le désengagement de l’Etat concernant le logement et le transport.

On pense d’un côté que cette histoire d’indemnités de transport et de logement, est une nette évolution sur la voie de l’équité et d’une meilleure utilisation des ressources. Le principe est de libérer l’Etat du poids de services qui promeuvent plus le gaspillage et l’inégalité des traitements.

De hauts fonctionnaires avaient des voitures et une provision pour le carburant. Ces voitures étaient utilisées à des fins personnelles, entretenues et réparées sur les frais de l’Etat. La provision pour la dotation en carburant considérée comme une entrée en plus pour le haut fonctionnaire.

Les fonctionnaires qui ne sont pas de haut rang n’avaient ni voitures ni carburant. Avec les nouvelles dispositions, c’est tout le monde qui va bénéficier d’un petit quelque chose (trois mille et plus). Il est vrai cependant que le traitement ne sera pas le même pour tout le monde : différence de traitement entre les corps et à l’intérieur de ceux-ci. Pour le logement, la direction du matériel avait ses règles.

Théoriquement du moins. Dans la pratique, aucune règle, aucune norme. Des secrétaires qui ont des logements conventionnés à des taux supérieurs à ce qui est prévu. En même temps des directeurs à qui on refuse ce droit.

Etc… le non-droit dans toutes ses manifestations. En adoptant la nouvelle mesure, les autorités espèrent faire d’une pierre deux coups : mettre fin à cette iniquité et améliorer les traitements des fonctionnaires. 15, 20, 25000 et plus, selon les catégories et le corps.

De l’autre côté, on pense qu’il s’agit là d’une hérésie. Le processus de détermination des niveaux des indemnités a été mené sans aucune consultation avec les centrales syndicales. Sans suivre non plus le processus normal. L’article 25 du statut oblige à la consultation du Conseil Supérieur de la Fonction publique pour tout ce qui touche le traitement des fonctionnaires.

Ce Conseil qui rassemble tous les acteurs sociaux auprès du ministère, a été mis à l’écart dans le processus. Deuxième grief soulevé par les syndicats : la question des indemnités ne doit pas dépendre du grade mais de la catégorie et du corps. L’indemnité étant un apport de l’Etat pour améliorer le pouvoir d’achat du fonctionnaire, elle n’a rien à voir avec le salaire indiciaire qui, lui, est aligné sur le grade.

Nous avons essayé d’en savoir plus. Nous n’avons pas pu savoir quelle autorité a diligenté la conception et la mise en œuvre du projet de fixation des indemnités. Au ministère des finances, on dit que cela a été diligenté au Premier ministère. Ici, on nous dit que c’est au niveau de la présidence. Ici et là, on retrouve des responsables qui ont été sollicités pour des questions précises liées à la rémunération des fonctionnaires, parfois des projections sur l’avenir.

Même à la Fonction publique, on nie toute participation à l’élaboration des nouveaux taux. On sait cependant qu’il y a eu un comité interministériel dirigé par le Premier ministre lui-même. On sait aussi que les déclarations de celui-ci devant le Parlement, du ministre des finances devant la presse, ces déclarations sont contradictoires (légèrement) et ne sont pas conformes à ce qui est finalement décidé si l’on en croit le document qui circule aujourd’hui.

C’est le grand test pour le Président Mohamed Ould Abdel Aziz. Quelle attitude va-t-il prendre quand les syndicats se décideront à bouger ? Sera-t-il capable de faire reprendre la copie par les différents départements ministériels ? Pourra-t-il adopter une attitude souple afin de permettre de corriger les fautes ?

Des réponses à ces questions dépendent les refondations nécessaires à l’établissement de tout nouveau contrat social. Mais le Président Ould Abdel Aziz se doit de réhabiliter le rapport de l’autorité à l’administration. Et surtout aux fonctionnaires. Ces derniers temps, nous avons eu l’impression que l’on ne reconnaissait aucun mérite à cette classe laborieuse, celle des fonctionnaires. A force de généralisations abusives. Il faut restaurer l’estime que nous leur devons pour les services qu’ils rendent.

En discutant avec des amis, on se disait que la France est sortie de la deuxième guerre, seulement quand elle a fait élaborer un statut des fonctionnaires, construit l’Ecole Nationale d’Administration (ENA) et créé la direction générale de la Fonction Publique. La reconstruction de l’Etat, les refondations que nous voulons passent par l’investissement à fond dans l’élément humain. Et mieux vaut pour tout projet de gouvernement, mettre les fonctionnaires avec soi que contre soi.




Quand J. D. Salinger s’en va, c’est une autre partie de moi qui s’en va.

5022010

 

 

Quand j’ai découvert J. D. Salinger, je ne connaissais pas grand-chose de la littérature américaine. J’en étais encore à Hemingway, Faulkner, Mary Higgins Clark, Rosa Parks,

Boyle, Pearl Buck, Patricia Highsmith, Edgar Allan Poe, Norman Mailer, Mark Twain, Herman Melville, Margaret Mitchell, Walt Whitman, John Steinbeck… certains parce qu’ils sont inscrits au programme scolaire de notre temps, d’autres m’ont été connus par la force des choses.

Je ne sais pas comment… Par contre, J.D. Salinger, je me rappellerai encore longtemps ce jour de l’année 1986 (au mois d’août) où Habib Ould Mahfoudh nous rejoignait à Kiffa avec un livre à la main : «L’attrape-cœurs» de J.D. Salinger…

Depuis, je n’ai jamais vu mon ami et frère de toujours, sans ce livre à portée de main. Et naturellement je serai amené à lire le livre… A trois étapes de ma vie. La première en cet été 86, à Kiffa. Dans une ville dévastée par une épidémie de choléra sans précédent. Nous vivions en quarantaine pratiquement.

Parce qu’un jour nous avons été invités chez des amis qui ont attrapé le mal juste après notre départ, nous avions décidé de limiter nos déplacements. Occasion de lire et d’écouter la musique. A l’époque j’en étais encore aux musiques de films.

Je découvrais celle composée par Mark Knopfler pour le film Cal, un mélange d’Irish folk et de rock où le virtuose guitariste des Dire Straits se surpasse. Magnifique en soi. A cette époque, je découvrais notre musique traditionnelle ; je commençais à y goûter, à me fondre en l’écoutant et à accepter de me laisser emporter par ses rythmes suggestifs…

Entre la guitare de Knopfler, les flutes irlandaises, et la tidinitt de Mokhtar Ould Meydah ou l’Ardîne de Neyne Mint Dendenni, je cherchais toujours – et trouvais souvent – des similitudes. Ce qui ajoutait à l’enchantement. Un enchantement qui s’accompagnait, je le saurai plus tard, d’une maturité plutôt fruit de la redécouverte de soi. Pour un «bezgui» comme moi, ce n’est pas rien… «L’attrape-cœur»…

Dès les premières pages, c’est le choc. Dans mes cours de lycée – et même de collège -, je croyais avoir été préparé à lire tous les genres. L’important étant le style, la trame et la force du récit. Le milieu des années 70 constituant pour moi la période de la rupture, avec notamment mon «émancipation» vis-à-vis de la lecture «conventionnelle». Jusque-là ce fut la «lecture utile», celle qui sert à l’école et celle qu’impose la société et le cursus «normal» - et «normalisant».

A laquelle il faut peut-être ajouter quelques lectures «politiques» précoces et insignifiantes (rétrospectivement). Quand, à moins de 18 ans, on vous amène à lire «l’empirio-critissisme», «que faire ?», «nos tâches politiques», et même «le capital», vous êtes faits pour rater tout ce qui est beau… et bien.

Cette libération a signifié la découverte de lectures «légères» comme toute la série San Antonio (de Frédéric Dard), toute la culture de la bande dessinée (de Tintin à Astérix en passant par Achille Talon, Gaston Lagaffe, la bande à Spirou, les Tuniques bleues et le reste), le cinéma avec les maîtres de l’époque (Costa Gaveras, Coppola, Spielberg…)… Dans un Nouakchott qui n’a rien à voir avec celui d’aujourd’hui.

La ruralité a fini par nous rattraper et …par nous perdre sur le chemin de la modernité. C’est ce que certains diront, tandis que d’autres prétendront que nous n’avons pas su quoi faire de nous en cours de route, qu’en conséquence nous avons perdu le chemin.

«L’attrape-cœurs»… dès les premières pages… une langue, un style, un personnage, une histoire… tout pour dégoûter la personne qui croyait «avoir (désormais) du goût». La traduction que nous avons toujours eue est celle de Jean-Baptiste Rossi, un écrivain apprécié par l’auteur du roman. Ce qui relevait le niveau et assurait une plus grande loyauté vis-à-vis de l’originel.

Le roman commence comme ça : «Si vous avez réellement envie d’entendre cette histoire, la première chose que vous voudrez sans doute savoir c’est où je suis né, ce que fut mon enfance pourrie, et ce que faisaient mes parents et tout avant de m’avoir, enfin toute cette salade à la David Copperfield, mais à vous parler franchement, je ne me sens guère disposé à entrer dans tout ça.

En premier lieu, ce genre de truc m’ennuie, et puis mes parents piqueraient une crise de nerfs si je racontais quelque chose de gentiment personnel à leur sujet. Ils sont très susceptibles là-dessus, surtout mon père. Ils sont gentils et tout – je ne dis pas – mais ils sont quand même bougrement susceptibles.

D’ailleurs, je ne vais pas vous faire entièrement ma saleté d’autobiographie ni rien. Je vais seulement vous parler de ce truc idiot qui m’est arrivé au dernier Noël, juste avant que je tombe malade et qu’on m’envoie ici pour me retaper.» Décapant.

Vous ne devez pas vous attendre à une biographie qui raconte, comme son nom l’indique, une vie. Il n’y aura pas de héros, ni d’épopée, encore moins de romance. Pas non plus de texte structuré, «écrit». C’est écrit comme si on racontait. Je ne suis pas sûr d’avoir lu jusqu’au bout ce roman… je ne le dirai pas à mon ami. Non pas par peur de le vexer, mais par honte de reconnaitre ne pas avoir apprécié ce qui semble évidemment appréciable…

Les années 90, vers le milieu, à Nouakchott cette fois-ci. Je suis chez Habib. Deux livres trainaient là : «L’attrape-cœurs» naturellement et «Catch 22» de Joseph Heller. Je lui dis qu’il me faut en emporter un, il me donne le premier. Comme pour protéger le second. Je saurai plus tard quel attachement il avait pour celui-là. Quand, après sa mort, un ami qui nous est très proche tous les deux, racontera dans son texte sa rencontre – plutôt «intellectuelle» – avec la personne.

Je lirai J. D. Salinger. Et là, comme tout le monde je le savourerai. Je me rappelle à l’époque que j’avais cherché d’autres œuvres de l’auteur, mais rien. La pression de l’actualité, les pesanteurs politiques et sociales, l’impression de courir derrière les mirages, la réalité d’une vie qui est plus une lutte à mort pour la survie, tout cela fait de nous des êtres qui n’ont pas le temps… qui n’ont pas la faculté de savoir s’arrêter pour satisfaire une curiosité ici, calmer une faim par là. Pas le temps, pas le temps… et J. D. Salinger retombe dans l’oubli.

Décembre 2001, je n’arrive pas à me remettre du départ prématuré de mon ami Habib (décédé en octobre). Pour faire passer des moments difficiles, je choisis de refaire seul quelques chemins que nous avons pris ensembles, de visiter des lieux qui nous ont vus ensembles, de revoir des amis communs… et là je retombe sur un vieil exemplaire de «L’attrape-cœurs» chez un bouquiniste sur l’avenue Jamal Abdel Nasser. Je le relis. Pour la troisième fois.

Cette fois-ci tout y est. L’espace d’une vie faite de tumultes mais aussi de belles insouciances, d’innocents moments, de redoutables déconvenues et d’incommensurables bonheurs… Je me rends compte qu’il existe des expériences qu’on ne peut relater sans se libérer des contraintes de la langue, sans sortir des sentiers battus du récit traditionnel. L’expérience de Holden Caulfield fait partie de ce genre.

Qu’est-ce «L’attrape-cœurs», sinon une tranche de vie racontée dans la langue de chacun, avec le style «normal» de celui qui semble sortir peu à peu du champ de la Raison ? C’est en fait l’histoire, racontée à la première personne, d’un adolescent qui arpente les rues de New York, surnommée affectueusement Big Apple – pas dans le roman, mais par les américains en général.

Après avoir été expulsé du lycée Pencey Prep, Caulfield fait une fugue qui se transforme en une «chute» – comme dit son professeur chez lequel il se réfugie un moment («J’ai l’impression que tu marches vers une sorte de terrible, terrible chute…»). Une folie douce qui permet au narrateur de se libérer des contraintes. Il évoque son monde par association d’idées. Il s’en prend à tout le monde et semble régler ses comptes avec l’humanité.

Tout se joue entre une chambre sordide du «The Edmont Hotel» et les rues malfamées de New York City, entre les bras d’une prostituée et dans la pénombre d’une chambre en compagnie d’un professeur autour duquel le doute est définitivement entretenu. Ivresse et solitude. Perdition. Et à la fin l’auteur reconnait presque sa folie. «Le psychanalyste d’ici» est évoqué à la porte de ce qui semble être un hôpital d’où sort le «malade».

C’est à la fin qu’il se livre véritablement : «Tout ce que je sais, c’est que tous ceux dont j’ai parlé me manquent pour ainsi dire (…) C’est drôle. Ne racontez jamais rien à personne. Si vous le faites, tout le monde se met à vous manquer.» De la lecture j’avais retenu :

«C’est marrant, suffit de s’arranger pour que quelqu’un pige rien à ce qu’on lui dit et on obtient pratiquement tout ce qu’on veut» ; «Les gens pensent toujours que ce qui est vrai est vrai cent pour cent» ; «Les gens qui pleurent à s’en fondre les yeux en regardant un film à la guimauve, neuf fois sur dix ils ont pas de cœur», et ultime leçon, que «la vie est un jeu».

C’est seulement ces jours-ci, que j’apprends que J. D. Salinger n’avait pas quitté ce monde. A l’occasion de sa mort, j’apprends qu’il avait décidé de se retirer de la vie publique à la suite du succès extraordinaire de son roman. C’est vrai qu’il écrit quelques textes, mais en 1965 il décide de s’isoler. Quelqu’un dira que ce sera là «son plus grand acte de création». Après avoir été interdit aux moins de 16 ans, le livre est aujourd’hui inscrit dans les programmes scolaires.

Mark David Chapman, assassin de John Lenon, avait sur lui un exemplaire de «L’attrape-cœurs» dédicacé par le chanteur des Beatles. Le type qui a tenté de tuer le président Ronald Reagan en mars 1981, avait sur lui un exemplaire du roman. «The Catcher in the Rye», c’est le titre original du roman de J. D. Salinger. 60 millions exemplaires au total.

Tout ça je le saurai en ces jours de deuil. En ces jours où l’auteur de cette œuvre majeure, nous quitte à l’âge de 91 ans. Parce que, comme le dit Caulfield, quand on parle des gens, il nous manque, Habib me manque en ces jours… …L’occasion de lire Catch 22, refusé sous prétexte qu’il n’y a pas grand-chose à y apprendre.

C’est l’histoire d’un soldat américain qui, pendant la deuxième guerre mondiale, essaye de sauver sa peau en simulant la folie. Seulement il oublie l’article 22 du règlement : «Quiconque veut se dispenser d’aller au feu n’est pas réellement fou.» D’où le titre de l’œuvre : «Catch 22» (Article 22). Je lirai l’œuvre, Inchaa Allah. Ce sera ma manière à moi de célébrer mon ami et ses auteurs préférés. Une occasion de ne pas rater un chef d’œuvre éventuel…

Mohamed Fall Ould Oumeir







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