19 01 2010

Modernité haal poular, « traditionnisme » maure dans un état intégrateur 

L’homme est normativement programmé à vivre avec une conscience influencée par une concorde unanime, un consensus contraint et forcé – une source unique de valeurs partagées. Les préceptes d’une communauté faite d’intersubjectivité restreignent souvent la latitude d’une mise en forme de projet, de vie individualiste. Dans le déroulement d’une existence collective, le « Nous » enveloppe le « je ». Le dernier est dénué de sens. Dans cette perspective, la société haal poular appartient aux exceptions : ces sujets agissants semblent se soustraire à la main mise d’un passé antérieur, c’est-à-dire un espace culturel commun identitaire – une conscience d’ethnie. Ils inaugurent ainsi la modernité, le pouvoir – être – soi-même par delà les traditions, les contextes d’interaction.

L’observation, en effet, de la société haal poular offre un spectacle étrange. Elle ressemble à un nid de fourmis sur lequel, un piéton, par inattention, aurait posé un pied. Affolés, gênés, les fourmis partent isolément dans toutes les directions. Pour mieux encore imager notre réflexion, nous dirons que cette société est identique à une montagne dont on a fait sauté le flanc de sorte que partout gisent des débris de rocher épars chacun dans son territoire, dans sa logique avec son talent, dans son expérience personnelle… Cette situation nous invite à parler d’égarement dans un labyrinthe où le fil d’Ariane ne tient plus, ne conduit plus. Rien en tous cas ne permet plus d’éviter les césures, le délaissement, la désaffection. Ceux-ci dévastent, assombrissent, occultent, à regret, la monté en puissance de nouvelles directions au sein desquels aurait pu se dessiner une thérapie apte à désamorcer cet ulcère. Ma conviction la mieux ancrée, c’est que comme ça le haal poular ne va nulle part. Je veux dire que l’absence d’épaisseur de relation de proximité vicinale significative laisse entrevoir un « suicide de la société ». Et puis que tout para-doxe sollicite de notre part un questionnement, nous sommes saisis par l’envie de savoir pourquoi et comment en est-on arrivé là ? Pour dire différemment, pourquoi le haal poular a toujours l’œil rivé au particulier ?

Nous pensons, comme postulat, que le contact historique, séculier avec les modes d’aperception de l’école coloniale, source de diffusion des valeurs issues de la révolution française, a beaucoup contribué à l’émergence de ce gout excessif du singulier. Dans sa volonté en effet d’assimiler le négro mauritanien, le colon a eu l’intuition d’ériger des structures scolaires à Kaédi (1887), à Sélibaby (1912), à Boghé (1919) déstructurant ainsi un imaginaire collectif de référence auquel il supplanta le sien propre. Ainsi, le refus de se noyer dans la communauté, n’est-il pas expression d’une autonomie que définit une citoyenneté moderne ? Transcender les clivages ethniques, leur imaginaire et isolement pour plonger dans l’espace commun national, un « Etat unitaire » n’est-ce-pas la marque véritable d’une citoyenneté républicaine ?

La citoyenneté en effet « reconstruit l’individu sur un mode contractuel par lequel chacun s’unissant à tous n’obéit qu’à lui-même ». Elle se signale par une latitude éthique représentée par une liberté de faire de sa vie la meilleure vie possible. Ainsi, l’individu est « un sujet de droit » affranchi du joug de la communauté, disposant d’ « une possibilité de choix et une capacité de critique ». De ce point de vue, le haal poular serait un sujet moderne privilégiant l’individuel parce qu’ayant intériorisé un « ensemble de modèles culturels de valeurs spécifiques qui définissent une identité personnelle liée à une identité collective. » En tout cas, l’inexistence de « base d’affinité » ethnique, des propensions à des réflexes de solidarité ethnique est manifeste chez le haal poular. En ce sens, il est moderne, serviteur d’un Etat moderne, rationnalisateur, intégrateur, encadreur, unificateur.

L’observation des faits montre, par contre, que le compatriote maure, dans ses postures morales, politiques, économiques reste extrêmement sensible au contrôle tribal. Celui-ci prend le dessus sur l’Etat. Il est courant de le voir s’adonner, souvent la mort dans l’âme, à des pratiques irrationnelles à contre-courant des exigences de l’Etat : recruter et promouvoir les éléments de la tribu sans que le besoin ne se fasse sentir. On arrive ainsi à une hypertrophie de personnel inessentiel. Si donc son Excellence le Président Mohamed Ould Abdel Aziz a milité en faveur de la transmutation de cette valeur, c’est que cet héritage ancestral fait obstacle à l’établissement d’un Etat unitaire au sein duquel les anciennes barrières tribales ethniques seraient rationnellement transcendées en faveur d’une condition générale de reconnaissance mutuelle, d’égalité de chance. C’est dire aussi que l’autorité de l’Etat, espace commun national, est aux antipodes des traditions séculières. Cette autorité doit mettre en scène une société civile forte aspirant à l’exercice de sa citoyenneté et apte à jeter dans l’ombre des inégalités qui font écran à l’instauration d’une démocratie saine, source de vie de nos Etats africains multiethniques.

Sy Alassane Adama

Philosophe


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