France-Afrique : les immigrés étranglés financièrement

7 12 2009

 

 (Syfia France) Ces derniers mois, les immigrés de France peinent à trouver du travail et à envoyer autant d’argent qu’avant à leurs proches en Afrique. Un manque à gagner qui a aussi des conséquences pour les pays du continent les plus dépendants de cette manne. 

De premier abord, Boubacar a le sourire et la parole faciles. Quand il évoque ses problèmes financiers, ce sympathique Sénégalais est cependant gêné, presque honteux : « Avant 2007 (renforcement des contrôles des titres de séjour par les Préfectures avant qu’une entreprise puisse faire travailler un étranger, Ndlr) et la crise économique, j’avais en permanence du travail. J’envoyais au pays entre 150 et 500 € chaque mois. Aujourd’hui, je ne trouve plus de missions en intérim. Je ne peux plus rien envoyer, car je n’arrive même plus à subvenir à mes besoins ici en France. » Sa famille en Afrique a heureusement compris la situation. Fofana*, qui a à sa charge 30 à 40 personnes en Côte d’Ivoire, à qui il envoyait la moitié de son salaire, a, lui, plus de mal à faire passer le message : « Certains pensent que tu es méchant quand tu dis que tu n’as pas de travail et que tu n’as pas d’argent alors que tu es en Europe… »
En France, la crise économique frappe de plein fouet les immigrés, nombreux à occuper des emplois précaires dans l’industrie, le BTP (bâtiment et travaux publics) et les services, trois secteurs qui, à eux seuls, représentent et représenteront d’après l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) plus de 97 % des destructions d’emplois en 2009-2010. L’OFCE, à partir de données de la Banque de France, estime ainsi à près de 20 % la baisse du montant total des envois d’argent des travailleurs immigrés vers leurs pays d’origine depuis le début de 2009.

Envoyer moins, moins souvent, à moins de gens 


« Nous observons un tassement de nos volumes conforme aux prévisions de la Banque mondiale », explique, sans donner de chiffres précis, Khalid Fellahi, vice-président pour l’Afrique de Western Union, en référence à une estimation de la BM qui tablait en juillet dernier sur un recul de 8 % environ des transferts de fonds du reste du monde vers l’Afrique subsaharienne cette année. « En France, où les immigrés sont plus anciennement établis et bénéficient parfois d’allocations quand ils perdent leur emploi, nous observons une baisse des montants moyens envoyés, mais une régularité maintenue », précise M. Fellahi.
Moussa*, Malien, a opté pour la stratégie inverse. Quand il avait du travail, il envoyait 200 € par mois à sa famille. Aujourd’hui, il fait parvenir cette même somme, mais tous les deux ou trois mois. Ancien chef d’équipe dans le BTP, licencié parce qu’il n’était pas en règle, il fait en vain le tour des agences d’intérim. Avec la crise et même s’il a depuis obtenu ses papiers, ces dernières ont moins de demandes de la part des employeurs, quand elles n’ont pas carrément mis la clef sous la porte… Moussa a donc dû faire des choix : « Je vis en foyer avec des amis qui m’aident. Je limite mes achats et quand je suis bloqué, j’envoie uniquement à ma famille proche. » Malien lui aussi, Dramane* chôme depuis près d’un an. Il a d’abord progressivement diminué le montant de ses envois, puis fait parvenir à sa famille tout ce qu’il avait économisé et placé en banque. Fidèle à une expression qui revient souvent dans ses propos, « On ne sait jamais », il avait heureusement anticipé et acheté à sa famille un petit commerce et un champ au pays. « C’est ce qui nous sauve aujourd’hui », se félicite-t-il.
Les conséquences de la baisse des envois d’argent se ressentent aussi au niveau des pays africains qui en sont plus ou moins dépendants. En 2008, une étude de la Banque africaine de développement (BAD) portant sur l’impact des fonds transférés par les migrants vers leurs pays d’origine (Maroc, Sénégal, Mali et Comores), estimait le volume de flux financiers entre 9 et 24 % du PIB des pays étudiés, ce qui représentait selon les pays entre 80 et 750 % de l’aide publique au développement. Interrogé en juin 2009 par Co-Developpement.org, une association française, Soulé Mana Lawani, alors ministre de l’Économie et des Finances du Bénin, estimait que les envois de fonds des migrants vers son pays avaient baissé de moitié et notait « une réduction des commandes pour les entreprises du secteur de la construction » et « une baisse de l’activité économique ». Et le ministre d’envisager alors la possibilité d’élaborer des projets « à rentabilité longue », en encourageant les migrants à orienter leurs transferts vers des secteurs plus productifs pour l’économie comme l’agriculture.

Crise temporaire et dépendance durable 


La Banque mondiale observe que depuis dix ans et avant la crise, les envois de fonds des 200 millions d’immigrés dans le monde vers leurs pays d’origine ont augmenté de 17 % par an et atteint 328 milliards de dollars en 2008. Parlant plus spécifiquement des Africains installés en Europe, Khalid Fellahi reste confiant : « Entre celui qui est parti et ceux qui restent, le lien est très fort. Ces trente dernières années, malgré les crises, les transferts ont été relativement stables. D’ici deux ans et la fin espérée de la crise, les transferts devraient donc augmenter. »
Moussa, en France depuis plus de 20 ans et qui a déjà connu plusieurs ralentissements de l’activité économique, est en tout cas persuadé que « le boulot va revenir ! » Pour lui, hors de question de rentrer au Mali « les mains vides » ou d’oublier les siens : « 90 % des Africains qui sont en France travaillent pour leurs familles. Même ceux qui sont venus avec elles bossent pour les autres restés au pays. Je ne peux pas les abandonner. Ils n’ont pas de travail et quand les récoltes sont mauvaises, pas assez à manger. Leur nourriture dépend de moi. » Une dépendance très risquée quand les difficultés économiques gagnent l’autre rive de la Méditerranée… 

Emmanuel De Solère Stintzy 


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