AQMI :

7 12 2009

 

 

 Quoi après l’enlèvement de quatre occidentaux ? 

 

Dimanche 29 novembre 2009, un jour mémorable pour les Catalans. Le match Barcelone-Real de Madrid vient de commencer dans le stade mythique du Barça. A des milliers de kilomètres de là, trois citoyens espagnols, ayant quitté Barcelone quelques jours plus tôt, roulent tranquillement sur la route Nouadhibou-Nouakchott. Ils font partie d’un convoi d’humanitaires qui se rendent chaque année d’Espagne en Gambie, en passant par le Maroc, la Mauritanie et le Sénégal. Sur leur route, ils soignent et aident les populations. Ils venaient justement de remettre des aides substantielles aux mairies de Dakhlet Nouadhibou. Ils devient passer par un point entre les deux grandes villes de Mauritanie, quelque part dans la commune de Nouamghar… 

Albert Vilalta, Roque Pascual et Alicia Gamez trainaient derrière leurs amis. Les deux hommes d’affaires et la fonctionnaire de justice écoutaient la retransimission du «classico», le match opposant les deux plus grands clubs espagnols. Quand subitement, sortie on ne sait d’où, une voiture Toyota pickup leur coupe la route. Des hommes en sortent et tirent en l’air pour faire peur et obliger les humanitaires à sortir de leur véhicule pour les suivre. En moins de temps qu’il ne faut pour le raconter, les trois humanitaires espagnols sont embarqués. Leur voiture est abandonnée sur la chaussée. Rien de ce qu’elle contient ne semble intéresser les agresseurs. Juste les occupants. Il est 19 heures et quelques vingt minutes. Dix minutes après, l’alerte est donnée. Depuis plus aucune information fiable. 

Entre l’annonce par l’AFP de Rabat de la découverte des otages abandonnés en plein Sahara, et les informations savamment distillées par les services de sécurité selon lesquels les ravisseurs et leurs otages seraient déjà dans les camps de AQMI au Mali, rien de vraiment très sérieux n’a été communiqué. 

Selon la version officielle – celle qu’on veut accréditer en attendant – les ravisseurs auraient piqué dans le Tijirit, cette dépression étendue infiniment entre les grands ergs dunaires de l’Azefal et de l’Akchar. Ils auraient traversé le chemin de fer reliant Zouérat à Nouadhibou au niveau de Ben Ameira, 250 kilomètres du lieu de l’opération. Ils auraient roulé à une vitesse inimaginable dans ces terres faites de rocailles et de sables meubles. Traversant le chemin de fer, ils seraient entrés en territoire étranger trois heures après l’opération, vers 23 heures. Entre la bande séparant le mur marocain construit pour défendre le Sahara utile et la frontière mauritanienne, ils auraient roulé toute la nuit pour déboucher dans un couloir qui commence en-deçà de Zouératt et qui permet de piquer vers la frontière malienne et d’y arriver plus de 24 heures plus tard si on fait du non-stop. Alambiqué et incompréhensible. Dans la mesure où l’on n’a pas vraiment besoin d’être un grand stratège militaire pour savoir que si la voiture a bifurqué à partir du kilomètre 177 de Nouakchott, ses occupants n’avaient d’autres choix que : prendre le Tijirit et aller vers le no man’s land saharien, regagner une retraite proche en plein désert et attendre que l’orage passe, ou encore aller sur Nouakchott. Les deux dernières éventualités supposent une organisation minutieusement préparée. Il faut identifier le lieu de la retraite et se préparer à un siège de quelques jours. 

Pourquoi faut-il croire que l’Etat Major de l’Armée, celui de la Gendarmerie et tout l’appareil sécuritaire n’aient pas pensé à toutes les éventualités de retraite ? Il y a quelques semaines, La Tribune couvrait l’activité des unités spéciales dédiées à la lutte contre le terrorisme. Il était clair que l’Armée mauritanienne était enfin parvenu à un degré d’implantation dans ce territoire qui lui permettait de répondre à toute agression du genre. D’autant plus que l’aire supposée de retraite est la jonction entre les régions militaires de Nouadhibou, Zouératt et Atar. Si l’on compte le 2ème BCP (bataillon des parachutistes basé à Atar) et les trois GSI (groupement spécial d’intervention) et leurs champs, on ne peut à aucun moment croire au fait que les ravisseurs ont pu gagner le Mali. Sauf si, consciemment, on leur a ouvert la route. Ce qui n’est absolument pas envisageable. 

 

Pourquoi maintenant ? 

 

Comme nous le disions dans notre précédente édition, la branche al Qaeda pour un Maghreb Islamique (AQMI) cherche depuis longtemps à enlever des otages occidentaux de Mauritanie. Dans un premier temps, c’était pour les échanger contre des rançaons comme ce fut le cas à d’autres occasions : en 2003, 32 touristes européens sont enlevés dans le sud de l’Algérie puis libérés au Mal à la suite du versement d’une rançon de quelques soixante millions d’euros ; en 2006, c’est une vingtaine de touristes, pour la plupart italiens qui sont enlevés au Tchad, versement d’une rançon ; en 2008, enlèvement de deux Autrichiens en Tunisie, puis de deux diplomates canadiens au Niger, tous échangés contre des rançons ; en janvier 2009, quatre européens, dont un Britannique qui sera exécuté par ses ravisseurs, sont pris à la frontière Mali-Niger. 

Les opérations qui ont visé la Mauritanie ont toutes, à part l’attaque de Lemghayti, visé une prise d’otages étrangers ici. A l’origine, les touristes français assassinés aux environ d’Aleg, devaient être pris et emmenés par leurs agresseurs. C’est parce qu’ils ont esquissé un mouvement de résistance ou de refus que leurs agresseurs ont paniqué et tiré. D’où le carnage. Trois jours après, le 27 décembre 2007, les terroristes tuent trois soldats mauritaniens à Al Ghallawiya. Les agresseurs étaient venus no pas à la recherche d’une garnison mauritanienne, mais de touristes supposés être là. En réalité, les membres d’une ONG italienne était là un peu plus tôt pour inaugurer une station de pompage. Les mêmes causes entraînent les mêmes effets à Tourine en septembre 2008. L’américain assassiné à Nouakchott a résisté à une tentative d’enlèvement… 

Dans ses déclarations à la police, l’un des présumés terroristes arrêtés il y a deux ou trois mois, révélait que plusieurs opérations avaient été prévues, étudiées avant d’être abandonnées pour une raison ou une autre. C’est l’émir algérien du groupe le plus actif et le plus radical au sein d’AQMI, Yahya Abu AlHumam, qui tient à un scénario de prise d’otages en Mauritanie. C’est pour lui aujourd’hui le seul moyen de faire libérer ses hommes emprisonnés à Nouakchott. Abu Al Humam dirige le groupe appelé «Al Furqan» qui fait partie des Katibaat de l’émirat du Sahara dans le Maghreb Islamique. C’est ce groupe qui reçoit le plus de mauritaniens combattants après celui de Bela’war, Mokhtar Bel Mokhtar alias Khalid Abu Al Abbass, le premier à avoir planifié et même dirigé des opérations en Mauritanie. Et, soit dit en passant, dont le dossier judiciaire n’a jamais été ouvert par la Mauritanie. Une erreur que notre pays finira bien un jour par payer : quand par exemple, l’un de ces dirigeants algériens sera arrêté par une autorité étrangère, on se rendra compte qu’il n’a jamais été recherché en Mauritanie, ce qui constituera une entrave à son extradition éventuelle. 

Il faut signaler la guerre de leadership entre les différents émirs de AQMI au Sahara. Dans cette guerre, Belmokhtar qui est l’auteur du massacre de Lemghayti, est un enfant de cœur à côté de Abu Al Humam qui est devenu, par la force des choses, le gestionnaire du cas mauritanien. Autant dire que nous ne sommes pas gâtés en la matière. Cet émir étant réputé pour sa cruauté et son radicalisme. Il a déjà envoyé pour préparer un enlèvement à partir d’Atar. Puis à Nouakchott où une opération visant le Centre Culturel Français avait même été planifiée selon l’un des présumés terroristes arrêtés en août dernier. Récemment encore, l’un de ses hommes a été arrêté au Tagant où il préparait une opération avec toujours le même objectif : enlever des occidentaux. 

Abu Al Humam remporte ainsi une victoire contre les services de sécurité mauritaniens qui sont arrivés plusieurs fois à faire échouer ses entreprises, et contre son concurrent direct Belmkhtar. Sa victoire sera totale quand il aura regagné ce que les spécialistes de la question ici le Tora Bara saharien, c’est-à-dire l’espace saharien du nord malien où opèrent AQMI. La réussite sera d’autant plus grande qu’il pourra tranquillement présenter ses victimes et demander calmement le prix à payer. Jusque-là, nous devons espérer encore que ni les ravisseurs, ni les otages n’ont quitté la Mauritanie… 

Le Tora Bora malien devient un territoire libéré de la criminalité organisée : terrorisme, drogue, trafics de cigarettes, d’armes et d’hommes (immigration vers l’Europe). Il est le lieu où se planifient toutes les opérations à entreprendre dans les autres pays de l’espace sahélo-saharien (Niger, Mauritanie, Maroc, Algérie…). C’est là aussi que se replient les combattants après avoir rempli une mission. C’est dans ce nord, au niveau de Ménaka à quelques 1500 km au nord de Bamako, c’est ici que le citoyen français Pierre Camatte, 61 ans, a été enlevé le 25 novembre dernier. Quelle relation avec l’opération d’enlèvement des humanitaires espagnols ? Des deux enlèvements, on ne sait pas encore grand-chose. Ici et là, c’est le modus operandi de l’organisation terroriste AQMI. Selon les observateurs locaux, « le pacte tacite par lequel AQMI épargnait le Mali a été rompu » avec cette opération qui rappelle au Mali que le danger est bien là. Quels rapports entre cet enlèvement et la découverte quelques jours plus tôt d’un avion calciné et qui transportait visiblement une dizaine de tonnes de cocaïne ? 

Depuis longtemps, les cartels latino-américains cherchent un territoire «libéré» pour en faire une plate-forme d’acheminement de leurs produits vers les grands centres de consommation (Europe, Moyen-Orient). L’espace sahélo-saharien est stratégique pour ces entreprises criminelles. Si rien n’est fait par les Etats concernés. 

 

MFO 

 

Encadré : 

 

L’imam de la grande mosquée de Nouakchott s’en est violemment pris vendredi aux groupes salafistes qui « sèment la terreur dans les pays musulmans », après l’enlèvement dimanche de trois Espagnols par des hommes armés dans le nord de la Mauritanie, a constaté l’AFP.

« Tous ceux qui portent atteinte à la paix en terre d’islam et causent des ennuis aux musulmans ne peuvent être qualifiés de musulmans et ne sauraient avoir de liens avec l’islam », a déclaré vendredi Ahmadou Ould Lemrabott dans son sermon devant des milliers de fidèles.

« Les vrais salafistes (qui pratiquent selon lui l’islam pur et tolérant du temps du prophète Mohamed) sont ceux qui s’accrochent au droit chemin des premiers guides de notre sainte religion. Ce ne sont pas ceux qui tuent et sèment la terreur parmi les musulmans », a-t-il dit en arabe, en allusion à l’enlèvement des trois humanitaires espagnols dimanche dans le nord de la Mauritanie.
Il a appelé les musulmans à « l’unité sous la bannière de leur appartenance réelle à l’islam pur et non sous des appellations factices qui n’ont fait qu’aggraver leur désunion et leur calvaire comme les frères musulmans (une confrérie islamiste d’Egypte), les salafistes et autres ».

Les trois Espagnols (deux hommes et une femme) de l’ONG Barcelona Accio solidaria ont été enlevés sur la route côtière très fréquentée Nouadhibou-Nouakchott, à 170 kilomètres au nord de la capitale, alors qu’ils circulaient à bord du dernier véhicule d’un convoi acheminant de l’aide vers l’Afrique de l’Ouest.

Cet enlèvement, non revendiqué, est survenu trois jours après le rapt également non revendiqué, dans le nord du Mali voisin, d’un Français qui serait retenu, selon des sources sécuritaires, par des membres de la branche maghrébine d’Al-Qaïda (Aqmi). (AFP).

Source : La Tribune n°478


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