Ce que veut AQMI en Mauritanie

5 10 2009

 

  

Al Qaeda pour un Maghreb Islamique… Groupe salafiste de prédication et de combat… AQMI… GSPC… Bella’war, Droudkal, Jouaydi, Abu Ammar… des noms dont nous entendons parler depuis plus de six ans. Depuis avril 2003. Quand le pouvoir de l’époque décida d’en découdre avec la mouvance islamique. La première raison invoquée par la police de l’époque pour expliquer les rafles opérées dans les milieux concernés, fut la relation supposée avec le GSPC et ses hommes. Et même au-delà. 

 

Au début, le «petit jeu» 

 

L’ampleur des rafles, l’arbitraire des ciblages et les multiples précédents ont fait douter de la sincérité des autorités. Ce serait un énième «coup» d’une police politique de plus en plus incapable dans la fabrication des dossiers. Provocation pour provocation. Le 8 juin 2003, un putsch manqué. Le plus violent de l’histoire du pays : 16 morts, des blessés et des destructions considérables. Première instabilité sérieuse du pouvoir qui règne sans partage depuis le 12/12/84. Les principales figures du mouvement de sédition gagnent l’étranger où ils sont rapidement pris en charge par une opposition radicale qui les aide à créer un mouvement armé : les Cavaliers du Changement. Le mouvement reçoit un appui timide de l’intérieur : juste quelques aides financières de certains dirigeants politiques. Mais il fait peur aux autorités qui ne perçoivent pas immédiatement la connexion possible entre les Cavaliers et les mouvements armés faisant du Sahara central une terre d’accueil. Ce n’est pas payant de faire des CC un ennemi. Par contre, la perspective de mener une guerre contre le GSPC pourrait bien attirer la sympathie des Etats Unis d’Amérique et faire du régime une pièce dans le dispositif de la lutte contre le terrorisme préconisée par l’administration Bush. Commence le «petit jeu». 

Quelques jeunes mauritaniens, souvent perdus pour le pays, parfois ayant fait «gratuitement» la prison sous accusation d’appartenir à la mouvance islamiste, gagnent les camps d’entrainement du GSPC dans le Sahara malien. Pour, diront-ils, se préparer à aller en Irak ou en Afghanistan. 

 

La route de Bagdad passe par Lemghayti 

 

Ils étaient au nombre de 7 dénoncés par l’un d’eux à son parent commissaire de police de son état. Les autorités commencent à évoquer à tout bout de champ le nom de Belle’war et du GSPC qui ont bénéficié jusque-là d’un modus vivendi, une sorte d’accord tacite par lequel il fait de la Mauritanie une base arrière, un terrain de repli et de passage, mais pas un terrain d’action. Comme avec le Mali. Provocations plus provocations. Le 5 juin 2005, le GSPC décide de passer à l’action avec l’attaque d’une garnison au nord-est du pays. 

Lemghayti entre dans l’histoire avec ses 15 soldats tués. Parmi les assaillants, figurent des Mauritaniens. Mais c’est Bella’war lui-même qui dirige l’attaque. Il y perdra deux de ses principaux lieutenants. Folie au sommet de l’Etat mauritanien : ce qui était un jeu qu’on semblait maîtriser, devient cruel en terme de menace pour la stabilité du régime. Aucune stratégie cependant n’est élaborée. Des bataillons de l’armée mauritanienne sont envoyés dans le désert malien à la poursuite d’un ennemi insaisissable. Erreur fatale pour le régime de Ould Taya qui se découvre à Nouakchott. Le processus de déstabilisation aboutit à la chute de Ould Taya le 3 août 2005. 

La période de transition correspondra à une accalmie sur ce front. Les Islamistes emprisonnés entre 2003 et 2005 sont libérés pour la plupart dans le cadre de la politique de réconciliation. Seuls restent ceux qui sont accusés d’avoir participé à des actions violentes sinon de les avoir soutenues d’une manière ou d’une autre. 

Malgré l’accalmie, le front bouge. D’une part, les combattants ayant fait leur apprentissage au GSPC reviennent, parfois avec l’intention de faire des coups. D’autre part, la police essaye d’infiltrer les filières et marque de près tout mouvement. Le duo Ghazwani-Ould Adda a parfaitement fonctionné, le premier comme directeur général de la sûreté, le second comme directeur de la sûreté d’Etat. Les premières cellules sont démantelées et leurs éléments arrêtés. Grosse prise : des mauritaniens qui auraient participé à Lemghayti. 

 

Guerre totale 

 

Cependant, et dès l’arrivée au pouvoir du pouvoir civil, ‘on’ conclut au montage et on cherche à tout pardonner. Sinon à conclure la procédure judiciaire dans un esprit de «tolérance» voire d’indulgence. Le procès de 2007 dirigé par un juge salafiste lui-même, est fait dans des conditions qui excluaient toute autre perspective que l’acquittement pour la plupart des mis en cause. D’ailleurs les quelques-uns qui feront l’objet d’une condamnation, seront punis pour des fautes peu importantes comme la fabrication de faux documents ou l’appartenance à une organisation non autorisée, sans préciser laquelle. L’essentiel de la troupe est dans la nature. Entre ceux qui reviennent dans les camps et ceux qui s’établissent pour recruter au profit du GSPC, devenu entretemps Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI). La division du travail est nette. 

Première opération : le 26 octobre 2007, le receveur principal pour les taxes et droits douaniers au niveau du port de Nouakchott est attaqué par au moins quatre hommes armés. Butin : une soixantaine de millions d’ouguiyas. Les assaillants portaient des tenus militaires et avaient des kalachnikovs. Pas assez pour éveiller les soupçons et diriger l’enquête vers les groupes salafistes. La Mauritanie d’alors veut tourner la page et refuse de croire à une pareille menace. 

Le 24 décembre 2007, au lendemain de la tenue du Groupe Consultatif de Paris qui a été une réussite pour le pays, quatre touristes français sont assassinés aux environs d’Aleg. Aucune revendication. Tergiversations des autorités qui concluent d’abord à l’acte «crapuleux» (comme s’il y avait une différence). Logistique extérieure, ce qui permet d’identifier les présumés auteurs de l’acte : trois activistes jihadistes qui avaient été à un moment ou un autre l’objet de poursuites à l’époque où la police maintenait la pression. Course-poursuite qui aboutit à l’arrestation de deux des principaux présumés coupables de l’acte d’Aleg : Sidi Ould Sidina et Mohamed Ould Chabarnoux. Le troisième, Maarouf Ould Haiba, sera arrêté beaucoup plus tard à l’occasion du coup de filet d’avril 2008 (voir plus loin). 

Le 27 décembre 2007, trois soldats mauritaniens trouvent la mort non loin de la base de Ghallawiya dans le nord du pays. Une embuscade qui en dit long sur l’état d’esprit des autorités qui n’ont ordonné aucune disposition particulière malgré le démarrage du rallye Lisbonne-Dakar prévu le 1er janvier. Le pays est au milieu de la tourmente surtout que le rallye est annulé. 

L’autorité politique se refuse à accepter la réalité de la menace. Aucune stratégie n’est élaborée. Et les responsables n’hésitent pas à nier l’existence du terrorisme en Mauritanie. Du coup l’appareil sécuritaire est neutralisé parce qu’il ne peut aller à l’encontre de la politique officielle. L’arrestation des présumés assassins d’Aleg en Guinée Bissau et leur transfert en Mauritanie va conforter cette vision «négationniste». Malgré l’attaque de l’Ambassade d’Israël à Nouakchott le 1er février 2008. 

 

Le temps des démantèlements 

 

Nous sommes début avril, le pays accueille un hôte inespéré : l’Emir de l’Etat du Qatar. Le juge d’instruction chargé du dossier d’Aleg choisit le jour de l’arrivée de l’Emir pour entendre Sidi Ould Sidina, le plus déterminé du groupe d’Aleg. L’évasion a été soigneusement préparée. Bénéficiant de la complicité d’un policier, de quelqu’un du Palais de Justice et de parents, il réussit à fuir. La cavale prend fin après des semaines de poursuites qui se soldent parfois par des échanges de coups de feu en pleine rue et en plein jour. Mais il va falloir attendre la fin du mois d’avril pour voir les événements se précipiter. 

Khadim Ould Semane, Emir du groupe, est repéré à Tevraq Zeina, dans une villa louée. Sans cependant savoir laquelle. Par hasard, la compagnie de police chargée de «nettoyer» le quartier, arrive juste devant la maison dont les occupants étaient prêts à les «recevoir». Echanges nourris avec un lourd bilan : un officier de police tué, un autre blessé, et deux islamistes tués dont l’un décédera après deux jours passés à l’hôpital militaire. Il s’agit d’un artificier connu, Ahmed Ould Radhi. Le groupe était visiblement en passe d’agir. On découvre d’ailleurs des détonateurs et du matériel explosif dans la villa. Quelques jours plus tard, c’est une tonne d’explosifs qui est découverte dans une autre villa louée à l’occasion. 

C’est l’arrestation de Maarouf Ould Haiba qui déclenchera la suite. Toutes les cellules sont démantelées en quelques jours. Les présumés cerveaux et opérateurs sont arrêtés. Dont Khadim Ould Semane qui révèle l’existence du mouvement «Ansar Allah Al Mourabitoune» dont il est le chef et qui a pour mission de mener des actions en Mauritanie contre les intérêts occidentaux. Enlèvements, bracages et vols de voitures permettent d’alimenter les caisses du GSPC devenu AQMI. 

Trêve de quelques semaines. Le 14 septembre 2008, au lendemain de l’arrivée au pouvoir des généraux, AQMI tombe sur une unité de l’armée mauritanienne au nord-est, dans les environs de Tourine. 12 morts parmi les Mauritaniens. Les corps sont mutilés avant d’être minés pour faire d’autres victimes. 

Un peu moins d’un an après ce tragique événement, AQMI revendique l’assassinat en plein jour d’un citoyen américain résident à Nouakchott. En effet le 23 juin 2009, Christopher Leggets est froidement assassiné par deux jeunes qui voulaient visiblement le prendre comme otage. La cellule est démantelée la veille de la présidentielle du 18 juillet, alors qu’elle s’apprêtait à passer à l’action visiblement pendant le scrutin. 

AQMI  envoie son premier kamikaze à Nouakchott. Le 8 août 2009, Abu Oubeida al baçri – c’est le nom de guerre de ce jeune homme – se fait exploser tout prêt du mur de l’Ambassade de France au passage de deux gendarmes qui faisaient leur sport quotidien. Même s’il n’y a pas eu de mort, l’effet de cette opération a été révélateur du changement d’attitude officielle. On en reste cependant aux dénonciations et autres indignations d’occasion. Aucune stratégie n’est élaborée. Aucun débat national sérieux n’est envisagé. Ce qui explique peut-être le retour rapide à la tendance «négationniste». A la prochaine action de AQMI pourrait-on dire. Même si on ne l’espère pas. 

 

MFO 


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