Politique :

26 05 2009

 

 Comment la médiation a échoué 

 

Quand ils sortent de chez le candidat Mohamed Ould Abdel Aziz en ce jeudi après-midi, les médiateurs internationaux savaient que la deuxième phase des négociations venait d’échouer. C’est un marathon entre les différents protagonistes qui n’a finalement rien donné de concret. 

La première phase a été marquée par l’arrivée à Nouakchott du Président Wade qui a eu des entretiens avec les parties définies par le groupe de contact de la communauté internationale. A savoir: Mohamed Ould Abdel Aziz, Sidi Ould Cheikh Abdallahi et Ahmed Ould Daddah. Me Abdoulaye Wade en sort avec une idée teinte d’optimisme. Il laisse derrière lui une équipe dirigée par son ministre des affaires étrangères, Tidjane Gadio. Elle est chargée d’engager des négociations tripartites. Après 24 heures d’efforts et de va-et-vient, une première réunion met face-à-face les représentants des trois protagonistes. Chaque partie envoie cinq représentants (voir notre précédente édition). L’espoir est vite tempéré par les réticences enregistrées ici et là. La rumeur aidant, on parle de tout et de son contraire. A cette phase, aux côtés de Gadio, il y avait aussi Abdessalam Triki, ministre libyen chargé de l’Union africaine et Ramdan Lamamra président du Conseil de Paix et de Sécurité (CPS). A ce moment tout porte à croire que l’accord est imminent. Même si les positions restent tranchées. 

Côté opposition, le chef de file de l’opposition Ahmed Ould Daddah réussit à imposer à ses côtés Mohamed Ould Maouloud dont la mission de chef du FNDD finissait. A eux deux ils présentent leur point de vue : il faut libérer les prisonniers et annoncer le recul des élections. Et seulement après, ouvrir les négociations autour des modalités. Après le premier round, on semble avancer. On bloque ici sur la durée minimale de la transition et sur la date à prendre en compte pour fixer le début de cette transition : est-ce la démission du Général, ou celle attendue de Ould Cheikh Abdallahi ? La transition doit-elle être de quarante-cinq jours, de trois, de six ou de quatre mois ? Plus tard, et sur influence de la diaspora extérieure, la question du démantèlement du Bataillon de la sécurité présidentielle (BASEP) est introduite comme point majeur de la négociation. Au cours des négociations, la question des prérogatives d’un éventuel gouvernement de transition couvre la possibilité – la nécessité selon certains – de changer toute l’administration pour «empêcher le dispositif de Ould Abdel Aziz de fonctionner». 

Côté pouvoir, on s’en tient à l’expression de la disponibilité à écouter et à répondre. Les négociations doivent couvrir la question d’un accord global qui pourrait assurer la participation de l’opposition. La transition doit être la plus courte possible. Et «pour se conformer à la Constitution», il ne faut rien toucher à l’administration qui doit rester telle qu’elle était au moment de la prise de fonction du président par intérim, Ba M’Baré. ‘On’ concède cependant la prédisposition à accepter un report qui ne dépasserait pas les trois mois prévus par la Constitution, mais à partir de la prise de fonction du président intérimaire. Ce qui laisse une quarantaine de jours devant les médiateurs. A la veille du démarrage de la campagne présidentielle, l’attentisme règne dans le camp du candidat Ould Abdel Aziz. Un attentisme marqué par l’inquiétude. Surtout après le report de 24 heures du démarrage décidé unilatéralement par le candidat. Ce qui explique en partie le mauvais départ, mais aussi les quelques retards constatés ici et là dans la mise en œuvre du dispositif de campagne. 

Quand les médiateurs arrivent au siège de campagne en ce jeudi, l’atmosphère est à l’exacerbation. Ce que le candidat Ould Abdel Aziz exprime devant les médiateurs avant de prendre l’avion qui devait l’amener à Kiffa où il avait à présider son premier meeting de campagne. 

Côté médiateurs, on est presque sur la même longueur d’onde. L’objectif étant d’arriver à un accord qui permettrait d’ouvrir sur une présidentielle plus ou moins acceptée par les différents protagonistes de la scène mauritanienne. Les diplomates dont l’expertise a été mise à contribution sont ressortissants de pays amis – intéressés par le développement de la situation en Mauritanie. Et si l’on excepte Ramdan Lamamra du CPS africain, tous ont exprimé une diligence sinon plus au lendemain du 6 août 2008. Ce que l’opposition ne semble pas avoir pris en compte dans son approche globale. ‘On’ semble chercher des minima qui permettraient soit d’aller vers l’accord – c’est l’idéal -, soit vers un refus de la partie ‘Opposition’. Dans ce cas il sera facile de faire adopter par la communauté internationale une attitude plutôt bienveillante vis-à-vis de l’après 6 juin. 

Déjà, en privé, les diplomates n’hésitaient plus à souligner la disponibilité de Mohamed Ould Abdel Aziz laissait toutes les portes ouvertes. Certains d’entre eux ‘rappelaient’ même que «c’est le Général Ould Abdel Aziz qui fait les concessions jusqu’à présent». Et de citer «la libération de Ould Cheikh Abdallahi», la disponibilité à «reporter l’élection», la démission de l’Appareil de l’Etat… 

Les libyens seraient allés plus loin avec Ould Abdel Aziz en lui miroitant en privé qu’ils seraient prêts à financer toute l’opération électorale et même l’après. La proposition aurait été faite lors de l’entrevue entre Abdessalam Triki et le candidat Ould Abdel Aziz durant la première phase des négociations. L’officiel libyen qui cachait mal son engagement, n’avait pas hésité à répondre à un militant du RFD qui criait «Non au Général», «Non à Sidi». C’était à la sortie d’une entrevue avec le leader de l’opposition Ahmed Ould Daddah. Entrevue au cours de laquelle, Ould Daddah aurait taquiné libyens et sénégalais en leur disant «vous n’êtes pas la communauté internationale». Ce qui a mis mal à l’aise toute l’équipe. Il faudrait attendre le troisième retour de Tidjane Gadio pour dépasser ce point. A un moment d’ailleurs, certaines figures de l’opposition ont publiquement demandé l’implication des autres acteurs du groupe de contact. C’est ici qu’il faut situer la réunion avec les ambassadeurs occidentaux – européens plus les pays membres du Conseil de Sécurité de l’ONU. 

En ce début de soirée de jeudi (21 mai), les médiateurs espéraient quand même réunir les représentants des différentes parties au Palais des Congrès. Le candidat Ould Abdel Aziz avait laissé derrière lui son directeur de campagne, Sid’Ahmed Ould Raiss qui dirigeait aussi la délégation participant aux négociations. L’espoir ne meurt jamais… 

Vendredi matin, les médiateurs se rendent à l’évidence. L’accord n’aura pas lieu. En tout cas pas sous l’égide des seuls ministres. On se tourne vers le Président Wade. On savait déjà qu’il avait préconisé une transition brève voire «très brève». On se rappelait aussi qu’il était le premier chef d’Etat à exprimer une attitude «compréhensive» au lendemain du 6 août. 

Dès samedi dernier, Me Wade entrait en contact avec les différentes parties. Le projet d’accord leur parvenait dès dimanche matin. Il fixerait la date du scrutin autour de la mi-juillet (11 ou 18), prévoirait la mise en place d’un gouvernement d’union, la reconstitution de la CENI et la démission de Ould Cheikh Abdallahi. Les protagonistes seraient invités à Dakar aujourd’hui s’ils sont d’accord. Le Président Wade s’apprêtant à effectuer une longue visite en Amérique Latine. 

Ahmed Ould Daddah est en voyage en France. De Lemden, Sidi Ould Cheikh Abdallahi a rendu public un communiqué dans lequel il parlait du message de Me Wade sans plus. Le FNDD est prêt lui à envoyer des représentants à Dakar. Une coordination entre RFD et FNDD est en cours pour adopter une position similaire. Le candidat Ould Abdel Aziz aurait exprimé sa disponibilité. Il envoie d’ailleurs Sid’Ahmed Ould Raiss ce mardi à Dakar. Même si publiquement, il a rejeté toute idée de report. Rien malgré cela d’assez sérieux pour prévoir un retournement de la situation. Pourtant… 

Mohamed Ould Abdel Aziz a tout intérêt à ce que la médiation aboutisse. Sans remettre en cause fondamentalement son dispositif, elle lui permet de légitimer son pouvoir. Au moins de le normaliser. En effet c’est toute la communauté internationale qui se trouve engagée aux côtés du Sénégal et de l’Union Africaine dans la recherche d’une solution. C’est déjà une grande victoire pour lui. Surtout que ses adversaires ont abandonné les exigences du début : retour de Sidi Ould Cheikh Abdallahi au pouvoir, inéligibilité des militaires, mise en échec du coup d’Etat du 6 août… Pour sa part l’Union africaine n’est plus au stade où elle se contentait de lancer des ultimatums. Ses premiers responsables sont revenus à de meilleurs sentiments vis-à-vis de son régime. L’Algérie est devenue le premier allié. Et, plus significatif, les Etats-Unis se sont finalement alignés sur la position des autres partenaires de la communauté internationale, annonçant leur soutien à la médiation en cours. Pour sa part la France apporte un soutien plus prononcé à cette initiative. 

Ould Abdel Aziz a donc tout à gagner à encourager la médiation et à la voir aboutir. Surtout que les délais qu’elle préconise sont «raisonnables» pour son camp, que les conditions qu’elles posent ne sont pas excessives. Qu’elle règle en même temps toutes les problématiques posées par sa prise de pouvoir en août 2008 : constat du fait accompli, considérer l’élection présidentielle comme unique voie de rétablir l’ordre constitutionnel, amener l’opposition à reconnaître le pouvoir en place, normaliser les relations avec la communauté internationale… Tout cela sans avoir à payer un prix significatif. En cas d’échec de la médiation, Ould Abdel Aziz pourrait gagner en faisant porter la responsabilité à ses adversaires… 

L’opposition a elle aussi tout à gagner d’un éventuel accord. En général, la stratégie de l’opposition doit être dictée par la volonté de rattraper son grand retard sur son adversaire. Essayer d’anticiper sur l’avenir et manœuvrer pour ne pas paraître comme le camp qui bloque. Reconquérir la communauté internationale par la disponibilité constante à dépasser les blocages. Etre capable de propositions qui font avancer le dossier et non se cantonner sur ses positions initiales. 

Seulement… la logique de l’affrontement a pris le pas sur celle du rapprochement et de l’apaisement. La ‘chose’ prend l’aspect d’un combat entre factions décidées à aller jusqu’au bout de leurs objectifs. Dans cette atmosphère, tout discours raisonnable est malvenu. «Si vous n’êtes pas avec moi, vous êtes contre moi». «Si vous êtes contre moi, vous êtes un traître à la Nation». C’est cela qui dicte le positionnement actuel. Et les discours actuels. 

 

MFO 


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