Ould Daddah, la grande victime ?

26 05 2009

 

 

Le chef de file de l’Opposition, président du RFD, Ahmed Ould Daddah a très tôt «compris» – «soutenu» diront d’autres – le coup d’Etat du 6 août. D’ailleurs la dé nomination «mouvement de rectification» a été utilisée pour la première fois par des cadres de son parti. A la veille du 6 août, certains des députés du parti ont promis, notamment sur Al Jazeera, «le changement qui arrivait inexorablement». Cette position s’expliquait largement par ses relations plutôt mauvaises avec le président élu Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Les deux hommes ont sensiblement le même cursus. Ils ont été les plus jeunes ministres du gouvernement de Moktar Ould Daddah au milieu des années 70. Technocrates confirmés, ils sont allés à la politique un peu par effraction. Chacun d’eux, à un moment donné, a été «sollicité» pour conquérir un pouvoir qui ne semblait attendre que son entrée en scène. 

Ahmed Ould Daddah est arrivé en 1991 sur la scène politique. On ne lui connaît aucune position politique avant cela. Il a mal apprécié le rapport de force à l’époque et n’a pas inscrit son action dans la durée. Préférant récuser le résultat de la présidentielle de janvier 92 et prôner le boycottage du reste du processus électoral. Sous l’influence d’activistes politiques qui croyaient à l’imminence de l’effondrement du régime. Puis il a conquis la direction du parti Union des Forces démocratiques (UFD) devenant à l’occasion UFD/Ere Nouvelle. Poussé par un entourage fortement manipulé par les renseignements, il choisira la radicalisation dans ses positions vis-à-vis du régime de l’époque. Qui le lui rend bien. 

L’entreprise de débauchage réussit. Puis le parti éclate. Avant d’être interdit. De ces éclatements naissent : Action pour le Changement interdit et dont les animateurs vont conquérir l’Alliance populaire progressiste (APP) ; l’Union des forces du progrès (UFP) dont les animateurs vont disputer un moment à Ould Daddah le leadership de l’UFD/Ere Nouvelle ; plus tard Tawassoul dont les cadres ont adhéré à l’UFD/EN puis au RFD à sa naissance. 

Ould Daddah supporte toutes les trahisons et tous les retournements. Au moment du coup d’Eta du 3 août 2005, il venait d’accepter de prendre part à un dialogue ouvert entre les différentes composantes politiques mauritaniennes. La mort dans l’âme. Parce qu’il y voyait – et c’était juste – une manière de le marginaliser en le réduisant à sa plus simple expression. Une conspiration nationale qui satisfaisait visiblement tout le monde, du moins les leaders politiques. 

Au lendemain du 3 août, Ould Daddah incarne incontestablement l’image du leader par qui le changement doit nécessairement arriver. L’usure, l’essoufflement et le manque sans doute de perspective amènent la classe politique dans son ensemble à soutenir sans réserve le coup d’Etat. Brusquement, les portes de l’espoir s’ouvrent. L’opposition d’hier est incapable de fédérer et de proposer. Les militaires conçoivent leur transition. Et la mènent. Les politiques suivent. Au début, Ould Daddah paraît être le candidat favori des militaires pour cette image d’incontournable. Mais la candidature de Sidi Ould Cheikh Abdallahi, le compagnon et l’ami d’hier , révèle les vraies intentions des militaires. 

Ould Daddah accepte d’ignorer cela et va à une élection où toutes les forces traditionnelles sont liguées contre lui. Le compagnon d’hier, cette fois-ci Messaoud Ould Boulkheir lui préfère le candidat des militaires et va le soutenir au deuxième tour. Une onction qui légitime tout le reste. Malgré cela, il s’en sort plutôt grandi avec près de 48% du suffrage exprimé. Surtout quand il reconnaît les résultats de l’élection et accepte de rentrer dans son rôle de chef de file de l’opposition. Même si c’est avec réticence au début. Ses relations avec le Président Ould Cheikh Abdallahi se limitent à des entrevues trimestrielles d’où pas grand-chose ne sort. 

Arrive le temps des manigances. Ses amis de l’opposition inspirent une loi portant redéfinition du statut de leader de l’opposition. Ses prérogatives et ses compétences s’en trouvent limitées. Deux des grands partis du front qu’il avait réussi à fédérer autour de l’institution – UFP et Tawassoul – lui faussent compagnie et vont rejoindre la majorité au pouvoir, majorité essentiellement constituée des animateurs et inspirateurs du régime précédent. La crise éclate. 

En connaissance de cause ou non, une partie des apparatchiks du RFD pousse vers l’alliance avec les militaires. Au lieu de s’en tenir loin d’une bataille qui ne concerne pas a priori leur parti. C’était oublier le rôle de plus en plus prépondérant des anciens du PRDS pour lequel la bataille au sein de l’Appareil d’Etat était une continuation des luttes entre factions du temps d’avant le 3 août. Il fallait donc s’engager et ne pas se retenir. Ce qui fut fait. 

Résultat : engagement politique dont les nuances ne sont pas retenues, bénédiction par Ould Daddah, icône majeure de la politique locale, participation aux Etats généraux de la démocratie, amplification de la fracture avec les constituantes du FNDD… Les réserves du chef de file de l’opposition n’expliquent pas assez son attitude réelle. Entretemps la candidature du Général Mohamed Ould Abdel Aziz devient inévitable. La rupture est alors totale. «Le mouvement rectificatif» devient «un coup d’Etat dangereux». Ould Daddah rejoint le FNDD, poussé par les plus radicaux de son entourage. Nouvelles trahisons. Nouveaux retournements. 

RFD et FNDD, même combat. Cela va vouloir dire que, comme le FNDD, le RFD considère les prisonniers dans l’affaire Air Mauritanie des prisonniers politiques et va exiger donc leur libération. Alors que c’est une bataille qui est loin d’être la sienne. Deuxième écueil : le retour de Sidi Ould Cheikh Abdallahi devient un élément de solution. Absence de plus en plus de nuances dans les positions du RFD et du FNDD. Au moment où toutes les figures mises en avant dans le combat du FNDD ont fait beaucoup de torts au RFD et à Ould Daddah en personne. Entre ceux qui ont servi Ould Taya, Ould Mohamed Val, Ould Abdel Aziz et Ould Cheikh Abdallahi pour détruire l’image de celui qui allait devenir le leader de l’opposition, lui mettre les bâtons dans les roues, l’empêcher finalement d’accéder au pouvoir. Leurs raisons sont toujours là. Aussi faut-il rappeler – même si cela énerve certains – que seul Ould Daddah aspire réellement et peut légitimement avoir cette ambition de diriger le pays (vu le résultat obtenu en 2007). Les leaders du FNDD sont à la recherche d’une implication dans la gestion des affaires. Pas plus. La stratégie de l’un et des autres – même si l’on fait fi des trahisons probables – n’est forcément pas la même. Chez Ould Daddah, le comportement politique est dicté par la recherche des voies et moyens d’accéder au pouvoir pour l’exercer directement. Chez les autres, c’est plutôt l’influence d’un pouvoir par le soutien d’un clan ou d’un autre. 

C’est finalement ce qui fait dire qu’il s’agit là d’un mariage de saison. Même pas de raison. Un mariage qui n’est pas fait pour s’inscrire dans la durée. En attendant les prochains revirements, on peut se demander si Ould Daddah ne se retrouve pas encore une fois piégé par ses ‘amis’ politiques. Dans le cas échéant, comment va-t-il faire pour s’en sortir politiquement ?

Source :  La Tribune n°450


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