L’édito de la Tribune Par Mohamed Fall Ould Oumère

26 05 2009

Ce qui devait arriver arriva. Les médiateurs internationaux sont repartis sans avoir trouvé un terrain d’entente faisant converger les avis des différentes parties prenantes à la crise mauritanienne. Même si l’échec a été constaté, personne n’a voulu signer l’arrêt de mort de la négociation. Parce que tous sont conscients de la nécessité vitale d’aboutir à un accord. Parce qu’aussi les médiateurs savent maintenant que peu de choses séparent les acteurs mauritaniens. 

La qualité des médiateurs est incontestable. Tous les médiateurs impliqués sont des diplomates chevronnés et ont accumulé de grandes expériences dans l’extinction de foyers de conflits. De Cheikh Tidjane Gadio à Ramdan Lamamra à Said Djinnit… les cursus sont incontestables. Mais était-ce suffisant ? 

Certainement non. Je n’invoquerai pas ici les «spécificités mauritaniennes» car, en la matière, il n’y a pas de spécificité qui vaille. Je soulignerai par contre un fait : quand on parle de «crise mauritanienne», on pense immédiatement en terme de factions et d’affrontements de factions. Quand on vient sur place, on se rend compte que pas grand-chose ne sépare les parties prenantes à cette «crise». Les amabilités sont là quand on les met face à face. Les ponts n’ont jamais été totalement rompus. Et le dialogue se poursuit à travers des canaux politiques institutionnels ou sociaux informels. 

Quand on gratte, on découvre que tout le personnel a plus ou moins appartenu aux mêmes groupuscules, partis ou groupes d’influence. On se rend compte aussi du poids des appréhensions personnelles. Pour des étrangers habitués aux scènes somaliennes, soudanaises, tchadiennes, congolaises… c’est finalement «un jeu d’enfants». Même si on finit par se demander «où ça bloque ?». Le grand risque étant ici de créer des problèmes là où il n’y en avait pas. En même temps le dépit face une classe politique qui aurait pu régler ses problèmes sans l’intervention du médiateur extérieur. Car, il faut le dire absolument, quelque soit la formule trouvée ou proposée, elle était toujours à portée de mains des acteurs mauritaniens. Qui ont finalement refusé de la mettre en œuvre. Préférant impliquer des intermédiaires extérieurs. Oubliant que malgré la présence de ces médiateurs, les acteurs mauritaniens sont seuls responsables de ce qui arrivera à notre pays, seuls responsables de l’échec de plus en plus probable de la médiation internationale. C’est pourquoi je m’adresse ici à eux. En objecteur de conscience. En simple citoyen qui a peur de ce qui se trame et des conséquences de l’obstination de ces acteurs. 

Au président élu/déchu Sidi Ould Cheikh Abdallahi, le temps est venu de s’arrêter de se laisser manipuler par les autres, de se laisser utiliser par les autres. Avec tout le respect qu’on lui doit – et qu’il mérite amplement, ne serait-ce que pour son statut normal traditionnel – force est de reconnaître aujourd’hui qu’il s’est laissé utiliser par les militaires puis par les civils. Je suis sûr qu’il voit déjà, dans l’absence de ses portraits dans la plus grande manifestation de l’opposition de la semaine dernière, le début d’une nouvelle saison de trahisons. Le dépit ne doit pas l’empêcher de voir où est l’intérêt du pays, où est son intérêt personnel. En méditant son parcours, il doit nécessairement aboutir à la conclusion suivante : le renoncement pur et simple au pouvoir. Pour la Mauritanie. 

Au président du Haut conseil d’Etat démissionnaire, le temps est venu de ne pas se laisser gagner par le complexe de l’usurpateur. Nous ne sommes plus au 6 août quand personne ne voulait constater le fait du coup d’Etat. L’Union africaine a cessé sa logique d’ultimatum. La France et, avec elle, la communauté internationale, est plus attentive aux différentes positions. Sur le plan intérieur, même si le Général Ould Abdel Aziz a perdu le soutien – ou la compréhension – initiale du RFD, tous les protagonistes acceptent aujourd’hui de le traiter en vis-à-vis. Relax. Il faut ici rompre avec la logique de la vindicte et de l’exclusion. La Mauritanie nouvelle que promeut le candidat ne peut se construire sur les ruines. Le «changement constructif» ne peut se faire que dans la sérénité. 

Au leader de l’opposition, président du RFD, le temps est venu d’accepter que la politique est l’art du possible, de capitaliser toutes expériences politiques depuis 1991 et d’anticiper les événements. Qu’il ne peut en aucun cas avoir les mêmes objectifs que les partis du FNDD. 

Tous et avec eux le FNDD comprennent – du moins on l’espère – que la présente médiation a tout pour réussir. Le soutien et l’engagement de la communauté internationale – y compris des Etats-Unis. La viabilité du projet d’accord. L’espoir des Mauritaniens de voir aboutir le processus de médiation. 

Chacune des parties devra se dire que toute solution équitable passe par un schéma sans vainqueur ni vaincu. Sans préalables. Que ceux qui ne le verront pas à temps perdront la bataille de l’avenir et feront rater l’opportunité à la Mauritanie.

La Tribune n°450 


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