Crise des devises

26 05 2009

 

  

La saignée aux frontières 

 

Les devises manquent dans le pays depuis plusieurs mois. En partie, cela s’explique par une saignée de celles-ci aux frontières, qui sortent illégalement du circuit économique. Les douanes sont régulièrement pointées du doigt, mais ont-ils réellement les moyens de travailler? 

 

Au début de l’année, deux millions d’euros étaient saisis à l’aéroport de Nouakchott. Une sénatrice était intervenue, ainsi que de haut-placés des Douanes, pour libérer la somme, dont légalement entre 40 et 60% aurait dû revenir au Trésor mauritanien. Par la suite, on a eu connaissance qu’il s’agissait de l’argent des plus importants grossistes du pays, qui sont les premières richesses du pays, et «qui sont régulièrement au-dessus des lois» dénonce un douanier de l’aéroport. L’exportation de devises retient aujourd’hui, en période de rareté de celles-ci, l’essentiel de l’attention des douaniers de l’aéroport. Mais les barrières sont immenses, même quand il désirent faire correctement leur travail. «Au-delà de 3000 euros, vous devez déclarer les devises que vous faites entrer ou sortir du pays. Mais très rares sont ceux qui le font; on en attrape donc souvent sur le fait, qui ne déclarent pas leurs devises. Et la plupart du temps, ça implique les premières fortunes du pays. De ce fait, leurs relations ont vite fait de les sortir de nos filets, avec des pertes immenses pour la Douane, et le Trésor.» explique un douanier qui a requis l’anonymat. En effet, des douaniers ont été sanctionnés pour avoir fait leur boulot. «Quand il y a une infraction constatée, et donc contentieux ensuite, on assiste à une cohorte d’interventions, souvent des plus hautes sphères étatiques pour stopper les poursuites. Plusieurs douaniers en sont découragés.» C’est ce qui expliquerait la mise à l’écart il y a trois semaines à peine, de l’ancien chef de douanes de l’aéroport de Nouakchott, Sidi Moctar Ould Ely, qui aurait été «jugé trop professionnel et zélé» par ses supérieurs hiérarchiques. À la hiérarchie des douanes, c’est le silence radio sur cette affaire.

 

La Douane sans réels moyens 

 

«On embête plus les petits commerçants, qui ont entre 5000 et 6000 euros; mais vous vous en doutez, ce n’est pas cela qui fera la panacée de la balance commerciale.» continue-t-il.

Les «gros poissons» eux, bien connus des services, sont intouchables, et ce sont eux qui détournent l’essentiel des devises du pays. Que ce soit les grossistes ou les opérateurs de téléphonie mobile, par exemple, ce sont des dizaines et dizaines de millions d’euros ou de dollars, qui sont exportés chaque année en toute illégalité du pays. «Pour ce qui est des opérateurs, ils empruntent des voies d’accès auxquelles nous les douanes n’avons pas accès.» se résigne l’anonyme douanier.

En même temps, il y a un manque flagrant de moyens, particulièrement pour la douane terrestre, notamment sur l’axe Casablanca/Rosso, qui relie la frontière marocaine à la frontière sénégalaise, et qui traverse toute la côte mauritanienne. «Il suffit de passer la nuit sur l’axe Nouakchott/Rosso, pour vous rendre compte des moyens faméliques dont disposent ces douanes. Des baraques sans courant, des douaniers sans lampe-torche souvent! Que voulez-vous qu’ils fassent consciencieusement et professionnellement dans ces conditions? Le constat est le même au fameux poste 55 sur la route de Nouadhibou, un des postes de douane les plus importants du pays.» dénonce un des chefs de baraques, sur la route de Rosso.

 

MLK 

 

Encadré:

 

3 questions à un directeur des opérations d’une banque primaire nationale: 

 

«Nous sommes en présence d’une situation qui donne l’impression que tout le monde a les bras ballant» 

 

 

La crise des devises est-elle aussi aiguë qu’elle est régulièrement présentée? 

 

La situation est effectivement critique. En plus du recul de l’activité résultant des contextes international et local, l’arrêt biologique rendra encore plus aiguë la rareté des devises. Le secteur de la pêche est traditionnellement pourvoyeur en devises, quelle que soit par ailleurs la santé dudit secteur.

 

Y a-t-il une faillite en ce sens des acteurs du secteur bancaire? 

 

Nous sommes en présence d’une situation qui donne l’impression que tout le monde a les bras ballant, particulièrement la BCM et les banques. La première n’intervient pas suffisamment pour assurer l’équilibre. En a-t-elle les moyens par ailleurs? Quant aux secondes, elles continuent à accumuler les instances de transferts à la BCM en faveur de leurs correspondants étrangers, quand elles ont eu la chance de voir leurs demandes d’achats satisfaites sur le Marché de Change, à des prix la plupart du temps au-delà du prix du marché! Les interventions de la SNIM peinent à faire fonctionner correctement le Marché, mais ce n’est pas son rôle aussi. Quant aux interventions des banques primaires, elles restent toujours faibles.

 

Quid des opérations d’importations? 

 

Justement, certaines banques nationales auraient pris la décision momentanée, de freiner les opérations d’importations, pour ne pas courir davantage de risques de détériorer leurs relations avec leur correspondants, et partant, mettre en péril les lignes de crédit dont elles disposent, lesquelles reposent pour une large part sur la confiance quant à la fluidité des remboursements. Compte tenu de l’environnement politico-économique, il est à craindre que nous ayons à vivre des situations difficiles les prochaines semaines, voire les prochains mois.

 

Propos recueillis par MLK 


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