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Portrait

18052009

 

Salimata Gaye, la Mère des enfants 

 

La médecine traditionnelle trouve son lot de sceptiques. La pratiquant, Salimata Gaye a pourtant échappé à ces doutes pseudo cartésiens. Toute la ville de Nouakchott, et souvent même au-delà, y emmène ses enfants pour toute sortes de maux chroniques liés à l’enfance. 

 

«Attention, elle pourra éventuellement être agressive, mais seulement si vous vous montrez maladroit» prévient d’emblée Moctar Fall, le fils cadet de Salimata Gaye, connue dans la capitale comme la «mère des enfants». Dans sa chambrée, au fond de la cour de la maison d’un de ses fils, au Sixième, elle reçoit inlassablement une vingtaine d’enfants, chaque jour, de toutes les couches sociales, et de toutes les communautés. À quatre-vingt trois ans, l’usure du temps apparaît forcèment, mais elle n’a pas encore altéré cette douceur enfantine qui fait dire à tout son entourage que «c’est cette âme d’enfant qui l’aide sûrement à soigner». Salimata gaye ne soigne que les enfants effectivement. De zéro à quinze ans, car au-delà, dit-elle de sa voix fluette mais porteuse, «on n’est plus un enfant». Près de sa place assise, point de mysticisme déployé pour appâter d’éventuels clients naïfs sur la nature des soins prodigués. Ici on ne soigne que les maladies chroniques qui touchent tous les enfants, notamment en bas-âge. «Pour la poussée de dents, qui provoque souvent diarrhées, vomissements et fièvres chez l’enfant, un simple coquillage en collier, prévient ces maux» témoigne Rama, une mère qui emmène plus son petit enfant chez Salimata, que chez le pédiatre, chez qui elle a «gaspillé des milliers d’ouguiyas, en vain, sans atténuer les douleurs du bébé». 

Mère de cinq enfants, originaire de Breune, un village à douze kilomètres à l’ouest de Rosso, Salimata Gaye est arrivée à Nouakchott en 1975. Elle prodiguait ses soins au marché du cinquième, mais aujourd’hui, ployant sous le Temps, elle reçoit à domicile. C’est à cette époque qu’elle commence à user de l’expérience de soins traditionnels qu’elle reçoit de sa mère, mais surtout de son mari, expert reconnu en la matière, et de son père. Mais du côté paternel, étant une fille, et ayant un frère à cette époque, l’héritage de cette connaissance médicale ira à celui-ci. «Mon père parlait aux Djinns. Et mon petit frère est mort il y a sept ans justement de façon assez inexplicable» relate-t-elle. Ce don familial n’est pas monnayé. En contre-partie des soins, juste un demi-kilo de sucre, des biscuits, et quarante ouguiyas. Une partie des produits étant donné en aumône, et elle perçoit la partie restante. «Elle reçoit souvent des dons de personnes largement satisfaites de ses soins, mais elle ne garde rien. Elle donne tout. À nous, ses enfants, et à d’autres dans la rue. C’est une femme exceptionnelle. C’est pour cela que je suis chaque jour à ses côtés, dès que mon travail d’instituteur me le permet» raconte Moctar Fall, qui n’ose venir lui rendre visite sans lui emmener sa petite fillette de quatre ans, dans les bras de sa mère. Moctar est son traducteur pour les parents qui ne parleraient pas wolof, et aussi pour ceux qui «la stresseraient trop en étant pressants, et risquent ainsi de la rendre agressive. Surtout à son âge, elle est très susceptible» prévient-il. «Vous la voyez s’amuser ainsi avec sa petite enfant? Elle a le même comportement avec tous les enfants qui viennent! C’est de là que ce surnom lui est venu: chacun avait l’impression de faire soigner son enfant par sa grand-mère» s’enthousiasme Meriem, une visiteuse récurrente depuis dix ans. 

Les mouvements de plus en plus lents, les nerfs à fleur de peau, elle pense de plus en plus à passer le relais à ses enfants. Particulièrement à Moctar ou à sa sœur, qu’elle sent être «les plus sensible aux énergies, et les plus à l’écoute des gens. Il faut savoir écouter les gens» murmure l’octogénaire. 

 

MLK 




Affaire 751/06 des salafistes :

18052009

  

En attendant le vrai procès 

  

La Chambre criminelle de la Cour d’Appel de Nouakchott vient d’examiner le dossier 751/06. Ce dossier comprend 12 salafistes jugés en 2007, et dont la plupart ont été acquittés. Le Parquet a requis la peine capitale contre deux d’entre eux. La cour donne rendez-vous au 8 juin pour annoncer le verdict. C’est-à-dire quatre ans presque jour après jour après l’attaque de Lemghaïtty. Une attaque qui a causé la mort de 15 soldats mauritaniens et la blessure de 17 autres. 

  

Une affaire de plus  

 

Sur demande du Parquet, la Cour d’Appel de Nouakchott a examiné la semaine dernière le dossier n° 751/06. Un des quatre dossiers des salafistes pendants devant la justice. Et bien que l’appartenance à des réseaux terroristes figure parmi les chefs d’accusations, le Parquet a recouru dans ses réquisitoires au code pénal et non à la loi antiterroriste. Cette loi qui, rappelons-le, a été adoptée, sur mesure, quelques semaines après l’attaque de Lemghaïtty (5 juin 2005). 

En 2007, la Criminelle de Nouakchott a condamné cinq de ces accusés pour «faux et usage de faux» et «appartenance à une organisation de malfaiteurs». Des condamnations mineures qui leur ont coûté entre deux ans de prison avec sursis et cinq ans de prison ferme. Aussitôt, le Parquet a fait une sortie musclée contre ce verdict. D’habitude, il se limite à faire un appel. Quelques semaines plus tard, un séminaire sur le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme est organisé en faveur des juges. Paradoxalement, ce sont les juges du parquet qui en bénéficient. Les juges de siège sont peu formés sur les deux thèmes. Et c’est à eux que revient le dernier mot. 

Parmi les 12 accusés dans ce dossier, 5 sont jugés par contumace. Les autres ont été amenés de la prison qui se trouve à un jet de bâton du palais de justice. Au premier jour, le parquet annonce que cette «action publique s’éteint» en ce qui concerne l’accusé Ahmed Ould Radhi (alias Abou Mou’adh) décédé au cours d’un accrochage entre les forces de l’ordre et des djihadistes recherchés en avril 2008. Puis, cinq des accusés présents sont auditionnés. Les deux autres et les témoins à charge seront entendus le lendemain. Les réquisitoires du parquet et les plaidoiries des avocats auront lieu le surlendemain. Trois jours étaient suffisants au juge Souleymane Diarra pour tout comprendre. Aux accusés pour développer les séances de torture qu’ils ont subies. Et au Parquet pour requérir la peine capitale contre deux accusés. Il s’agit de Taher Ould Biyé (alias Al Mouthanna) et Tiyib Ould Saleck (alias Hammam), accusés de «trahison» et de «port d’arme contre la Mauritanie», pour leur participation supposée à Lemghayti. Le parquet se réfère au Code pénal qui date de l’époque cruelle de Haïdalla et qui n’a jamais été modifié depuis. Dans le verdict qui fait l’objet de l’appel, Ould Biyé a été condamné à cinq ans de prison ferme. Son co-détenu, Ould Saleck, a été condamné à trois ans. Tout comme leur co-détenu Ely Cheikh Ould Khewmani. Pour qui le Parquet a requis 20 ans de prison avec travaux forcés. 

Au cours de la séance de mardi, la Cour a entendu le témoignage de 7 soldats survivants de l’attaque de Lemghaïtty. Présentés comme témoins à charge, ils disent ne pas être capables de reconnaître ni les voix ni les visages des assaillants. Seulement, «un certain Messaoud qui fréquentait souvent l’unité avec les trafiquants et qui parle hassaniya avec un accent touareg était parmi eux (les assaillants, ndlr)» dit un des soldats. Pour un autre : «les mauritaniens qui étaient parmi les assaillants étaient enturbannés. Ils parlaient hassaniya et criaient : nos martyrs (vont) au paradis, vos morts (vont) à l’enfer». Toutefois «les assaillants nous ont dit qu’ils ne veulent pas nous tuer, mais juste prendre nos armes», précise-t-il. 

Avant ceux-ci, la Cour a auditionné Sidi Ould Sidna et Brahim Ould Hmeïda. Le premier avait été acquitté par la Criminelle en 2007. Un an plus tard, il fera partie du commando qui commettra l’attaque d’Aleg contre des touristes français. Ould Sidina a terminé avec arrogance sa comparution devant la Cour en paraphrasant les sorciers de Pharaon : «décrète donc ce que tu as à décréter. Tes décrets ne touchent que cette présente vie». Son complice présumé dans l’attaque d’Aleg, selon la police, Moustapha Ould Abdelkader (alias Abou Saïd), a été entendu le jour précédent. En 2007, il a été condamné à deux ans avec sursis. Tout comme Mohamed Lemine Ould Jiddou (alias Houmam), jugé aujourd’hui par contumace. Le Parquet a requis pour les trois accusés, 20 ans de prison avec travaux forcés. Il requiert la même peine pour Mohamed Salem El Mejlissi, une figure emblématique du salafisme en Mauritanie. El Mejlissi aurait fourni, selon la police, des «e-fatwas» aux auteurs de l’attaque d’Aleg. Pourtant, peu après l’attaque, il a tenu une réunion avec d’autres activistes salafistes pour rendre publique leur unanime condamnation. N’empêche qu’El Mejlissi, selon ses PV, ‘arrache’ d’un incrédule créancier une somme que ce dernier devait à Maarouf Ould Haïba, un des co-auteurs de l’attaque. Cette somme servira Ould Haïba dans ses fuites et aventures vers le nord du Mali. 

 

Mechri Ould Rabbany 

  

Encadré : 

Objectif : démanteler AQMI 

L’examen du dossier par la Cour d’Appel de Nouakchott coïncide avec une tendance de lutte antiterroriste dans la sous région. Une tendance à laquelle la Mauritanie n’est pas apparemment intéressée. Et bien que le terrorisme ait frappé quatre fois leur pays sous leur commandement, les généraux de Nouakchott ne sont pas pressés d’élaborer une stratégie sérieuse de lutte contre le terrorisme. Même si on a assisté à la création d’un groupe d’élite au sein des forces armées (CLAT). La France est impliquée dans la formation des unités spécialisées dans la lutte contre le phénomène. Mais il reste que la situation politique d’isolement sur la scène mondiale empêche la Mauritanien de profiter réellement de l’effort global. 

Quatre pays africains viennent d’annoncer la préparation d’une vaste campagne de chasse aux djihadistes d’Al Qaïda dans la région sahélo-saharienne. Il s’agit de l’Algérie, de la Mauritanie, du Niger et du Mali. Ce dernier a toujours sollicité ses voisins à se concerter pour combattre «la criminalité organisée». La journaliste algérienne Selima Telemçani remarque que les officiels maliens n’ont qualifié de «terroristes» les djihadistes d’Al Qaïda que suite à l’attaque qu’ils ont commise contre le Mali fin avril dernier. Au cours de cette attaque, le Mali a mis la main sur trois des assaillants, dont un mauritanien. 

Retournons un peu en arrière. En avril 2008. L’Algérie demande au Mali et au Niger de lui transmettre la liste de leurs besoins militaires pour combattre le terrorisme. La question allait être évoquée avec les mauritaniens plus tard. Mais, l’instabilité politique du pays a fait rater beaucoup d’opportunités. Entre-temps, l’Algérie bénéficie, dans le cadre d’un projet européen, d’une aide de 250 millions euros pour la lutte contre le terrorisme et l’émigration clandestine. Le Mali et le Niger lui transmettent leurs listes de besoins militaires. Et trois semaines après, les algériens commencent à honorer leurs promesses. Lundi 4 mai, un gros lot d’armes, de munitions, d’équipements, de matériel militaire et communicatif et de carburants est arrivé à Bamako. Envoyé par l’Algérie, ce cargo sera suivi par quatre autres cargos. Quelques semaines, ce sera au tour du Niger d’y bénéficier. 

Cette campagne, la plus concertée dans la région, doit durer entre 6 et 9 mois. Le jour J n’est pas encore décidé, ou du moins rendu public. Mais, on peut supposer qu’avant la libération des deux otages européens, leurs ravisseurs peuvent se rassurer. Toujours est-il que l’été (entre juin et octobre) constitue la période idéale pour une telle opération. Car, c’est pendant cette période de canicule au désert que les djihadistes trouvent d’énormes difficultés de déplacement et de combat. Et si un isolement va être décidé contre les djihadistes, il sera plus efficace en cette période. Toutefois, l’annonce, et à grande pompe, des préparatifs risque de faire perdre à l’opération son élément le plus déterminant : la surprise. Ce qui pousse certains à dire que tout cela vise à jouer sur la psychologie des djihadistes. Afin qu’un dénouement heureux soit trouvé dans l’affaires de otages. 

Rappelons que toutes les brigades d’AQMI au Grand Sahara sont sous «l’émirat» de l’émir Yahya Jewadi, alias Abou Amar. Elles sont : le «Bataillon Des Enturbannés» commandé par Belmokhtar, le «Bataillon de Tareq Ibn Zeyad ( la Katiba )» commandé par un certain Abdelhamid (alias Abou Zeïd) et le «Bataillon d’Al Qa’qa’» commandé par lui-même. Selon El Khedim Oud Semane, qui se réfère à Belmokhtar, c’est ce bataillon qui a commis l’attaque d’El Ghallawiya. 

  

Encadré 2 

Objectif : kidnapper les occidentaux 

Les armées des pays de la région préparent leur grand coup. Les djihadistes ont déjà commencé l’exécution de leur stratégie. Celle-ci repose sur l’enlèvement des occidentaux, leur conduite vers le nord du Mali et la demande ensuite de rançons contre leur libération. Ces rançons seront utilisées ensuite au financement d’activités terroristes. C’est une stratégie que Hassan Hattab (fondateur du GSPC, actuellement détenu en Algérie), El Para (condamné plusieurs fois à mort en Algérie, demandé par la justice allemande et figurant sur la liste noire de l’ONU des terroristes) et Mokhtar Belmokhtar Laouar (alias Aboulabbas Khaled), chef du «Bataillon Des Enturbannés», et ex-émir de la région sahélo-saharienne, ont réussi à implanter dans le djihad du GSPC devenu AQMI. 

L’émir actuel de la région sahélo-saharienne, Abou Zeïd, détient aujourd’hui deux otages, un britannique et un suisse (ils étaient six ; quatre avec lui et deux avec Belmokhtar). Officiellement, il demande la libération d’Abou Qatada (un djihadiste jordanien détenu à Londres) et deux mauritaniens détenus au Mali. Officieusement, les discussions portent sur le montant de la rançon qu’il a demandée. 

Chez nous, l’inculpé dans l’assassinat des touristes français, Maarouf Ould Haïba (alias Abou Qatada) reconnaît, dans ses PV, avoir été dépêché par Belmokhtar pour lui amener un grand diplomate allemand accrédité à Nouakchott. Le plan stipulait qu’un groupe commandé par Khadim Ould Semane (alias Aboubecrine) enlève le diplomate et le livre à Ould Haïba et trois autres djihadistes, dont un a participé à l’attaque de Lemghaïtty. Ce groupe devait l’amener à Belmokhtar au nord du Mali. Mais, l’insuffisance de la surveillance de Ould Semane et Cie et les divergences qui l’opposait à Ahmed Ould Radhi (alias Abou Mou’adh) ont mis en échec ce plan. Toute l’opération ne devait durer que deux jours. N’était l’intervention du destin. 

 

 

Encadré : 

Transrégionale 

 

Un Mauritanien a été condamné le 12 mai à cinq ans de prison ferme par le tribunal criminel d’Alger pour « appartenance à un groupe terroriste armé actif en Algérie« .  Selon l’accusation, le prévenu, Mokhtar ben Mohamed Ben Mahmoud, alias «Abou Alghama», avait été arrêté après avoir été blessé en janvier 2008 au cours d’une opération de l’armée algérienne dans la région d’In Amenas près d’Illizi (Sahara algérien, 1.500 km au sud-est d’Alger). Des hélicoptères de l’Armée avaient bombardé trois véhicules tout terrain transportant 40 islamistes de pays maghrébins et du Mali, qui avaient réussi à prendre la fuite vers une destination inconnue. L’accusé a reconnu appartenir à la katiba (unité) des « Fatihine », affiliée à Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI – ex-Groupe salafiste pour la prédication et le combat, GSPC).  Il a également avoué s’être introduit en Algérie par la frontière malienne en compagnie de 30 personnes chargés d’armes, pour commettre des actions terroristes dans ce pays où ils ont passé 27 jours dans un camp au fin fond du Sahara algérien. Le tribunal a indiqué que l’accusé avait quitté à l’été 2007 Nouakchott pour le Mali où il a reçu, aux côtés d’autres recrues, des entraînements militaires notamment dans le maniement des armes. L’accusé a séjourné près de quatre mois au Mali. Au cours de l’audience, le prévenu a affirmé « être entré en Algérie pour rejoindre les groupes combattant en Irak et non pas afin de commettre des actes terroristes en Algérie« . (AFP)







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