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Politique :

17052009

 

 Qui veut réellement la fin de la crise ? 

 

 

Médiation sénégalaise… africaine avec la forte présence de la présidence et de la commission… internationale avec le représentant du secrétaire général de l’ONU… Qu’est-ce que cela donne ? Echec ou mat ? Le dialogue amorcé peut-il conduire à un accord ? Et quel accord ? Les négociateurs sont-ils sérieux dans leur quête d’une solution ? Les médiateurs connaissent-ils assez le terrain pour s’y mouvoir sans s’embourber ? Quelles opportunités ouvertes ? Quels risques encourus ? Mais d’abord comment en est-on arrivé là ? 

 

Tout commence par les propos tenus par le Général Mohamed Ould Abdel Aziz au moment où il quittait la présidence du Haut Conseil d’Etat (HCE) et du gouvernement. 

D’abord à quelques ministres qui insistaient lors de son dernier conseil, sur leur inamovibilité en tant que membres d’un gouvernement intérimaire chargé d’expédier les affaires courantes. Il répondait à peu près : «même si c’est la Constitution qui dit cela, vous pouvez être changés si l’intérêt de la Mauritanie dicte le contraire». Ensuite au Président de la République intérimaire, il tenait à peu près ces propos : «en plus des attributs que vous confère la Constitution, vous avez la latitude de chercher à trouver une solution pour dépasser le blocage et amener tous les acteurs à participer à l’élection». Il aurait même poussé en ajoutant qu’il était possible d’envisager un report sinon la mise en place d’un processus consensuel. 

Au plan international, la vieille intercession sénégalaise – un moment éclipsée par celle de la Libye – renaît. L’arrivée du président Wade à Nouakchott devait être l’aboutissement d’un processus. Elle a finalement son lancement. 

Après une journée de rencontres en tête-à-tête avec d’abord Sidi Ould Cheikh Abdallahi, puis Mohamed Ould Abdel Aziz et enfin Ahmed Ould Daddah, le président sénégalais est rentré en compagnie de Jean Ping, le commissaire africain. Avant de regagner Dakar, Me Abdoulaye Wade a déclaré à la presse: « Je pars optimiste, je ne dis pas qu’il y a entente à 100% mais je crois que sur l’essentiel, des convergences existent ». Le président Wade qui s’est dit «optimiste», a déclaré qu’il prenait sur lui « que s’il y a consensus entre les différents partenaires sur une date déterminée, je me ferai fort de convaincre le général de l’accepter ». Avant d’ajouter : « Avec M. Ping et M. Triki, nous sommes arrivés à la conclusion que les transitions doivent être très brèves et que, dans ce cadre précis, les élections en Mauritanie doivent avoir lieu avant l’hivernage. » 

La démarche du président sénégalais semble avoir le soutien de la France. Le lendemain, le porte-parole du Quai d’Orsay déclarait : «nous pensons que la contribution du président Wade peut être utile. Nous sommes attachés à ce que les élections permettent une large participation permettant l’expression des différents courants politiques. Le travail du président Wade dans ce contexte nous paraît utile». A la question se rapportant aux élections elles-mêmes, le porte-parole devait répondre : «Nous pensons qu’il est important que ces élections se tiennent et qu’elles soient inclusives. La France, mais aussi la communauté internationale dans sa grande majorité, estime que la tenue de ces élections est essentielle pour la Mauritanie». A Nouakchott, ‘on’ distribuait la veille des tracts anti-français. L’opposition au coup d’Etat faisant ici porter la responsabilité du coup d’Etat «aux réseaux de la françafrique» qui séviraient en Mauritanie. 

Vendredi soir, le ministre sénégalais des affaires étrangères, Tidiane Gadio, resté à Nouakchott en compagnie du libyen Abdessalam Triki, dirigeait les premiers pourparlers entre les différentes parties prenantes à la crise. Chacune des trois parties envoya ses représentants (voir encadré). Cette réunion a été précédée de têtes-à-têtes entre le ministre sénégalais et les leaders de l’opposition, notamment Ahmed Ould Daddah et Mohamed Ould Maouloud, respectivement président du RFD et chef de file de l’opposition, et président de l’UFP. Peut-être pour lever quelques équivoques. 

En fait la mission des sénégalais n’est pas aussi simple. Il faut trouver une solution qui amènerait les parties à converger. Surtout à accepter le principe de participation à l’élection. Pour cela, il faut que chacune des parties fasse des concessions qualifiées de «douloureuses». 

Le clan du candidat Ould Abdel Aziz devrait envisager le recul de l’élection avec sérénité. Il devrait aussi cesser les attaques verbales à l’encontre de l’opposition. Le clan de l’opposition doit abandonner le principe du retour de Sidi Ould Cheikh Abdallahi, le principe de la non éligibilité des militaires et surtout accepter d’envisager l’élection présidentielle prévue comme un point de départ d’un nouvel ordre. 

L’attitude mentale de chacune des parties est loin de faciliter la mission. Dans le camp de Ould Abdel Aziz, toute concession est perçue comme une faiblesse pour un dispositif qui ne peut supporter une quelconque manifestation de la faiblesse. Dans le camp de l’opposition, deux attitudes freinent le processus de convergence. Au niveau du FNDD, on met en avant la nécessité de «faire échec à l’agenda unilatéral», soit en différant la date de l’élection en dehors d’un accord politique, soit en exigeant le retour de Ould Cheikh Abdallahi «ne serait-ce que pour quelques heures». Au niveau du RFD, la nécessité de donner le maximum de chances à l’élection de Ould Daddah à la présidence, détermine tout le reste. 

Mais là où les acteurs bloquent, c’est surtout face à l’appréciation de la démission du Général Mohamed Ould Abdel Aziz. Ni dans un camp ni dans l’autre, on ne veut croire à l’effectivité de cette démission. Ni ici ni là-bas, on ne veut en tirer les conclusions qu’il faut. 

Quand Ould Abdel Aziz déclare publiquement rejeter le report de l’élection, ce sont les propos d’une partie en compétition qui se doit de mettre la barre très haut en vue des négociations. Tous ont voulu les saisir comme une décision de l’Exécutif. 

La réponse à ces propos arrive immédiatement. De la part de Mohamed Ould Maouloud qui dit : «nous sommes disposés à participer à toute proposition conduisant à un dialogue qui met fin à la crise mais qu’ils n’acceptent pas le fait accompli y compris l’agenda unilatéral auquel tient l’autre partie. Nous espérons qu’il y ait un dialogue et un accord sur une solution consensuelle mais il faut poser la question à l’autre partie si elle est prête à une solution consensuelle.» 

A partir de ce moment, le vrai prétexte politique se fond. La parade de l’opposition est de présenter des conditions sous forme de préalables : report de l’élection et libération des prisonniers. Pour le camp d’en face, c’est l’obstination à se réfugier derrière le refus du report. Alors que pour l’opinion, il ne reste plus que la question de la durée du report. Ce que le président sénégalais appelle «la transition» doit être brève voire «très brève». Il insiste : «les élections en Mauritanie doivent avoir lieu avant l’hivernage». 

Le Général aurait accepté le principe d’un report de 45 jours et même de deux mois mais à condition que ce soit dans le cadre d’un accord politique global dont l’objectif serait d’impliquer le maximum de partis. Pas plus pour ne pas perdre le contrôle de la situation. 

Ahmed Ould Daddah qui est le plus sérieux des protagonistes probables de Ould Abdel Aziz, exige un report de six mois au moins. Assez pour permettre «le démantèlement» du dispositif mis en place par le Général. Faire en sorte d’assurer une transparence optimale. Cette logique ne peut peser sérieusement sur l’avenir des négociations. 

Qu’est-ce qu’on peut attendre alors de ces négociations ? Pas grand-chose. Ce lundi – aujourd’hui – le deuxième round des négociations doit ouvrir sur du concret. Les médiateurs auront eu le temps de concocter un document d’accord politique global : report des présidentielles du 6 juin prochain et ouvrir de nouveau les dossiers pour permettre à d’autres candidats de se présenter, composer un gouvernement et une CENI consensuels, trouver une porte de sortie pour l’ancien président Ould Cheikh Abdallahi, décréter une amnistie générale pour clore tous les dossiers ouverts par la justice… Le document, en cas d’accord, devrait être signé à Nouakchott à la fin de la semaine prochaine. Ensuite la communauté internationale soutiendra le processus. Matériellement et politiquement. 

Le projet de document, s’il n’est pas signé, sera le prétexte de présenter l’échec comme la résultante du refus des parties à trouver un terrain d’entente. Déjà, dans les cercles des médiateurs, on met en avant «toutes les concessions que le Général a faites jusqu’à présent». Allant de la libération de Ould Cheikh Abdallahi à ses prédispositions exprimées devant eux lors des entretiens. Tout le reste est considéré entrant dans le cadre de la surenchère qui entour toute négociation. Peut-être trouvera-t-on ici une raison supplémentaire de se désolidariser du mouvement d’opposition interne. 

Il est très difficile de croire que le candidat Ould Abdel Aziz n’a pas envisagé le report comme possibilité de faire converger les acteurs politiques. En démissionnant puis en devenant président du tout nouveau parti UPR (union pour la République), enfin en laissant venir les amis sénégalais sans leur donner des garanties préalables. 

Donc toutes les portes restent ouvertes. Même si le temps presse. Le 6 juin approchant inexorablement. 

 

MFO 

 

Encadré : 

Négociations, négociateurs… 

 

Le premier round des négociations s’est déroulé dans le calme. Les médiateurs étaient surpris du climat plutôt cordial, pour ne pas dire convivial. Pour les Mauritaniens la surprise devait être plus forte. En effet, la plupart des représentants des différentes parties prenant part aux négociations ont été fortement impliqués dans la gestion politique du pays durant les années de braise (1980-1992). Pour la plupart, ils ont participé aux fraudes qui ont marqué les balbutiements démocratiques (1986-2005). Exception faite de trois d’entre eux. Ce n’est pas, il est vrai, une raison de récuser les uns et les autres… 

Pour le camp du candidat Ould Abdel Aziz, il y avait là Sid’Ahmed Ould Raïss, coordinateur national de la campagne du candidat, Melainine Ould Tomy, directeur de cabinet du candidat, Sidi Mohamed Ould Maham, député, virulent adversaire de toute idée de report, Diop Abdoulaye, sénateur de M’Bagne et Coumba Ba, conseillère à la Présidence de la République.
Pour le RFD, il y avait là Mohamed Abderrahmane Ould Moine, vice-président du RFD d’abord favorable au rapprochement avec les militaires et dont une partie de l’entourga est aujourd’hui de l’autre côté, Sidi Ould Salem, vice-président du RFD, directeur démis de la SOCOGIM par les militaires, Nana Mint Cheikhna, députée et fervente opposante au coup d’Etat et Yedali Ould Cheikh, président de la commission Communication du parti, opposé dès le départ à tout rapprochement avec les militaires. 

Pour le FNDD, il y avait Moussa Fall, Secrétaire Permanent  du parti ADIL dont le président, Yahya Ould Ahmed Waqf est aujourd’hui en prison, El Khalil Ould Teyeb  député APP et vice-président de ce parti, Saleck Ould Sidi Mahmoud député islamiste de Tewassoul, fortement engagé contre le coup d’Etat, Kadiata Malick Diallo députée UFP et Soumaré Outouma activiste proche des islamistes et militant dans les ONG. 

La personnalité de ces négociateurs va probablement jouer. Même si l’on sait par ailleurs que les vraies positions ne sont jamais exprimées que par les chefs des parties. Il faut aussi s’attendre à tout parce que nos politiques nous ont habitués à des attitudes déconcertantes. 

L’année dernière, nous avons été surpris de découvrir qu’entre Ould Cheikh Abdallahi, Ould Ahmed Waqf d’un côté, les Islamistes et l’UFP de l’autre, il y avait des passerelles qui ont permis la formation du premier gouvernement de Ould Ahmed Waqf. Comme nous avons été surpris que les liens entre Ould Abdel Aziz et Ahmed Ould Daddah ont été rapidement établis dès le deuxième semestre du gouvernement issu de l’élection de 2007. Aujourd’hui le microcosme politique a besoin de l’intermédiation sénégalaise pour se rencontrer. Un théâtre d’ombres chinoises… 

 

Encadré : 

Murmures et chuchotements 

 

Selon une source dirigeante de la Coordination des partis de la majorité parlementaire, regroupant le PRDR, l’UDP, le RD, Hatem et l’UPR et qui soutient l’ancien président du HCE et candidat Mohamed Ould Abdel Aziz, cette coalition est déçue par sa marginalisation dans les travaux de la réunion tripartite qui avait réuni les camps pro et anti coup d’Etat du 6 août et le RFD avec les médiateurs dans la crise politique qui secoue le pays et au cours de laquelle le camp de la majorité était représenté uniquement par des membres de l’UPR. Cette même source a indiqué à l’ANI, que les leaders de la Coordination des partis de la majorité parlementaire avaient tenu le lendemain à Nouakchott, une réunion où l’UPR était représenté par le président du groupe de la majorité parlementaire Mohamed Aly Chérif.
Au cours de cette réunion le député Mohamed Aly Chérif leur a transmis un message de l’ancien président du HCE dans lequel ce dernier leur réaffirmait qu’il tenait toujours à ce dont ils ont convenu lors de leur rencontre la veille de l’arrivée, jeudi dernier de la délégation internationale dirigée par le président sénégalais Me Abdoulaye Wade. Rencontre où, ils l’avaient mandaté pour négocier en leurs noms, acceptant ainsi l’éventuel report des élections du 6 juin prochain «dans les limites de la constitution», la formation d’un gouvernement d’union nationale, la modification de la CENI, tout cela à condition d’abord que l’opposition participe à ces élections présidentielles à venir, que la communauté internationale reconnaisse ces élections, les supervise et les soutienne.
Le député Mohamed Aly Chérif, les a informé que le président de l’UPR, le candidat Mohamed Ould Abdel Aziz se réunira avec eux demain dimanche à Nouakchott, indique cette même source qui ajoute que le rejet du report de l’élection présidentielle du 6 juin prochain est une position interne à l’UPR et non une position officielle de la Coordination des partis de la majorité parlementaire.
En face, ce n’est pas non plus le grand calme. Le président de l’Assemblée nationale n’aurait pas apprécié la gestion par Ould Cheikh Abdallahi de l’intermédiation sénégalaise. Ould Cheikh Abdallahi suspecterait Islamistes et UFP. Ce qui expliquerait la présidence de la délégation par Moussa Fall, jugé proche du président déchu, et non par l’UFP qui dirige pourtant le FNDD. Les Islamistes seraient mis mal à l’aise par la forte implication de l’Ambassade américaine dans la gestion de l’opposition au coup d’Etat. Et le RFD n’accepte pas d’épouser la position consistant à exiger le retour de Sidi Ould Cheikh Abdallahi. 

Murmures et chuchotements qui participent au parasitage de l’atmosphère générale. 

 




Les chemins de la démocratie sont difficiles

17052009

 

« O ro haré makha houré di ! » avons-nous l’habitude de dire, nous autres soninko, lorsque l’on est dans une situation trop confuse. Pour  en trahir le sens cela veut dire : « Nous nous sommes embarqués dans une locomotive conduite par un âne ! » Cela peut être l’équivalent de « nous sommes dans de beaux draps ! »   

Plongés dans une crise politique inédite, nous expérimentons véritablement la démocratie seulement maintenant… Car ce qui se passe entre nous ici en Mauritanie  révèle que nous n’avons ni su ni pu nous adapter à la toute première expression de la démocratie née après l’élection de Sidi Ould Cheikh Abdallahi. La fronde contre lui était la preuve que les politiques qui avaient fait semblant d’être avec lui en l’enrôlant dans un parti politique n’étaient eux-mêmes  que des outils car ils n’étaient pas prêts pour le changement.   Autrement, on ne les aurait pas vu obéissant à des ordres de déstabilisation enrobés dans des prétextes comme enquête sur les fonds de la fondation de l’épouse du président ou nécessité d’une session extraordinaire du parlement…On ne les aurait pas non plus vu pousser le zèle jusqu’à énerver un Président qui s’est en réalité avéré ‘indébounable’ mais qui finira par comprendre que ses vrais ennemis sont ceux dont il s’était entêté à faire les éloges : les généraux. 

Arrive alors le putsch réactif à un limogeage improvisé. Et depuis, nous voilà embarqués dans une locomotive conduite par un âne. C’est-à-dire dans de beaux draps. Ou encore : « O ro haré makha houré di ! »  Et pour cause, pour la première fois, une certaine classe politique résiste opiniâtrement contre le pouvoir en place et décide à le faire échouer sur toute la ligne. Même si elle ne s’était pas montrée suffisamment agressive depuis le début, la force politique qui dit non aujourd’hui pèse lourd : incontournable dans le dialogue engagé, elle a réussi, tout compte fait à mettre le Général Mohamed Ould Abdel Aziz dans une situation compromettante. D’abord, si à la faveur du dialogue, les protagonistes acceptent un report de calendrier, cela voudra dire que de nouvelles candidatures seront possibles et que le quarté donné partant verra ses chances réduites. Pour le Général, ce sera et de l’argent et du temps perdu dans la mesure où, il suffira que l’exigence d’une élection transparente et libre soit remplie pour que la denrée électrice soit réorientée, et plus motivée et s’engage. 

Ensuite, si au contraire, ce dialogue entrepris échoue, cela signifiera que le Général ira pratiquement favori à une élection où ses concurrents font en réalité figure de ‘complices d’une parodie électorale’. Le cas échéant,  il peut et va sûrement l’emporter. Sauf qu’il lui faudra gérer un trop plein de problèmes. Economiques, sociaux, politiques, etc.   

Une équation pour lui cependant : Ould Taya, dans l’ombre de qui il est resté plusieurs années avant de contribuer à le renverser, a réussi à forger des hommes et un système selon ses propres caprices. Lui Ould Abdel Aziz hérite de beaucoup parmi ces hommes et de ce système. Sera-t-il capable de gérer cet héritage au moins le temps d’un mandat présidentiel ? 

Kissima

Source : La Tribune n°449







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