Politique :

4 05 2009

 

 Les liaisons dangereuses 

 

Pour une bombe c’en est bien une. La révélation faite par Ahmed Ould Daddah, chef de file de l’opposition et président du Rassemblement des forces démocratiques (RFD) concernant les propositions faites par l’Ambassade des Etats Unis à Nouakchott. Dans une interview accordée au site d’information de l’Agence nationale d’information (ani.mr), Ould Daddah a déclaré que la charte signée il y a quelques semaines entre les partis politiques du Front national pour la défense de la démocratie et les organisations de la société civiles, cette charte «a été préparée par l’Ambassade des Etats Unis» à Nouakchott. Expliquant ainsi son refus de la signer. Avant d’ajouter qu’il a été lui-même l’objet de nombreuses propositions alléchantes de la part de la même source. On suppose à Nouakchott qu’il s’agit du Chargé d’affaires de l’Ambassade, Dennis Hankins qui bouge beaucoup sur la scène politique mauritanienne. Rencontrant les acteurs, principalement ceux qui sont contre le putsch et qui agissent en conséquence. Ses mouvements sont suivis par la presse locale comme s’il s’agissait d’éléments déterminants dans l’orientation des événements. Il ne cache pas non plus son engagement dans la lutte contre le putsch et les putschistes. 

Dennis Hankins appartient à cette race de diplomates qui se croient investis d’une mission de redresseur de torts dans les autres pays. En cela il est l’archétype de l’école de l’administration Bush. Avec tout ce que cela entend d’arrogance et de mépris pour l’Autre. Il y a quelques jours, le diplomate aurait déclaré à quelques responsables de partis politiques que «le Général s’apprêterait à vendre l’Ambassade des Etats Unis comme il a vendu celle d’Israël». Vraie ou fausse, cette déclaration n’a jamais été démentie par l’intéressé qui n’a pas non plus démenti les accusations d’ingérence en poussant les organisations politiques anti-putsch à mettre en place une feuille de route de la contestation. En l’absence de l’Ambassadeur – absent pour des raisons objectives de famille – c’est le Chargé d’Affaires qui gère la politique américaine en Mauritanie. C’est-à-dire pas grand-chose. 

Dans le dispositif américain, la Mauritanie a toujours été absente. Sous Ould Taya et parce que celui-ci voulait jouer l’Amérique contre la France et l’Europe en général, il y a eu la reconnaissance puis l’établissement de relations plus ou moins cordiales avec Israël. Ces relations ont été faites pour s’attirer la sympathie des Etats Unis sur des dossiers vitaux dont surtout celui des droits de l’Homme et celui des relations avec les instances financières internationales. Si sur le premier l’Amérique a rendu l’ascenseur notamment en atténuant l’engagement des organisations internationales sur ce front, c’est la France et dans une moindre mesure l’Espagne et l’Allemagne qui ont boosté la Mauritanie auprès du FMI et de la Banque Mondiale. 

Quand arrive le coup d’Etat du 3 août 2005, les Etats Unis entretenaient les meilleures relations avec le régime dictatorial de l’époque. Cette relation est jugée à l’aune du comportement des diplomates dans notre pays. Personne n’a encore oublié les longs et fréquents entretiens de l’Ambassadeur de l’époque avec les officiels. On écrivait même qu’il était le deuxième militant du PRDS après Ould Taya, au regard du temps qu’il passe dans les bureaux du parti-Etat. 

Le comportement du Chargé d’affaires américain rappelle en bien des aspects celui de l’Ambassadeur Brown en 1992. Quand il devenait un élément de l’échiquier politique et qu’il contribuait à la radicalisation de l’opposition qui avait fini par s’exclure complètement du jeu. La présence de Dennis Hankins et son activisme accentuent l’impression du «déjà vu». Encore le syndrome de 1992. 

La première conséquence des déclarations de Ould Daddah fut donc la levée de boucliers contre l’interventionnisme de l’Ambassade au moment où la politique américaine nouvelle va vers le dialogue et le respect de l’Autre. 

La deuxième conséquence est évidemment les conclusions à tirer de ces faits. Nous écrivions la semaine dernière que les stratégies des uns et des autres les amènent à voir l’avenir autrement. Mais aussi les oblige à se comporter différemment. Ould Daddah a refusé de marcher dans une combine visiblement élaborée sur un territoire étranger. C’est tout à son honneur. Ceux qui ont accepté de marcher doivent s’expliquer. Et vite. 

« Cette charte nous a été proposée par l’ambassade des USA à Nouakchott et nous l’avons refusée. Nous refusons à ce que l’ambassade des USA ou celle d’autre pays s’immisce dans nos problèmes internes», a déclaré Ahmed Ould Daddah. Avant d’ajouter  : «cette ambassade nous a proposé des incitations matérielles que nous avons déclinées, parce que, en tant que parti politique, la loi nous interdit de bénéficier de soutien matériel étranger et nous respectons la loi». Puis d’expliquer : «nous ne sommes pas des suivistes et nous sommes contre l’intervention de parties non concernées par le débat. Nous refusons d’accepter le retour de l’ancien président, pour cela nous nous sommes abstenus de signer cette charte et notre position claire au sujet à changement». 

Toujours sur le registre de l’interventionnisme étranger, Ould Daddah parlera d’une officine des renseignements français opérant à l’Ambassade et qui serait à l’origine de la mauvaise appréciation par la France de la situation en Mauritanie. Pas plus que l’Ambassade des Etats Unis, l’Ambassade de France n’a voulu répondre. 

Mais en fait tout cela découle du rôle que les uns et les autres veulent donner aux puissances étrangères en Mauritanie. Dès le début, l’opposition, sous l’impulsion de la diaspora mauritanienne basée en Europe et aux Etats Unis, a misé sur la pression extérieure. On a même parlé de débarquement tantôt des GI’s tantôt des forces africaines, toujours pour remettre Ould Cheikh Abdallahi en scelle. Des diplomates diront qu’ils se sont vu sollicités pour mettre le pays sous embargo pour amener le peuple affamé à se révolter. L’extravagance des démarches des uns et des autres feront tenir ici et là des propos sans mesure. On accusera publiquement les Ambassadeurs occidentaux de corruption. On dira du président français qu’il était ivre quand il a tenu des propos plutôt amènes vis-à-vis du pouvoir en place. Aucune retenue. C’est que la déception est grande. Résultat : de moins en moins d’engagement contre la junte de la part de la communauté internationale. Echec aussi de toutes les médiations. 

Dernière sortie en date, celle de Jean Ping, président de la Commission africaine. «Je continue de suivre de près l’évolution de la situation en Mauritanie, et ce à la lumière de la récente mission effectuée dans ce pays par le Secrétaire Ali Triki, représentant du Président en exercice de l’UA, et le Commissaire à la Paix et à la Sécurité de l’UA, Ramtane Lamamra. Cette mission témoigne de l’engagement renouvelé de l’UA à ne ménager aucun effort pour aider les parties mauritaniennes à agréer et à mettre en œuvre une solution consensuelle à la crise actuelle qui puisse bénéficier du soutien de la communauté internationale dans son ensemble». Avant de conclure : «j’encourage les parties mauritaniennes à parachever le rapprochement de leurs positions respectives par une démarche inclusive, conforme à la Constitution du pays et portée par une volonté sincère de concrétiser les chances d’une sortie de crise consensuelle. Je souligne que l’UA demeure pleinement disposée à aider les parties mauritaniennes dans la réalisation rapide de cet objectif». 

Pour sa part le Président sénégalais, Me Abdoulaye Wade a renouvelé sa volonté à œuvrer pour trouver une porte de sortie en vue de solutionner la crise mauritanienne. 

Sur le terrain, le FNDD et le RFD continuent de manifester ensemble. Dimanche matin, un sit-in a eu lieu devant la télévision nationale pour dénoncer le discours monolithique de cet organe de presse. Les opposants revendiquaient l’ouverture des medias publics à toutes les parties. Quelques jours avant, les protestations avaient eu lieu devant le Palais de justice. La répression policière a été forte. Celle de dimanche n’a pas suscité la même violence de la part des forces de l’ordre. 

Il faut peut-être espérer qu’avec l’approche de l’élection présidentielle et les prédispositions internationales à entériner ce qui sera fait, le pouvoir lâche du lest. Cela commence par la réhabilitation du droit à l’information et l’ouverture des medias au débat. Cela passe par l’apaisement de l’atmosphère en libérant – même sous le régime de la liberté provisoire – les prisonniers, en accordant à tous le droit de manifester, en envoyant des messages clairs de rupture avec l’atmosphère délétère faite de vindicte et de rejet mutuel. 

Il faut peut-être commencer à accepter d’envisager, avec sérénité pour les uns avec philosophie pour les autres, l’après 6 juin. Comment ramener le pays sur les rails. Pour cela, les autorités doivent répondre dès à présent à la question : et après ? tandis que la classe politique planchera sur la réponse à la question : Que faire ? 

 

MFO 


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