Carnets d’un voyage pas les autres,

27042009

 

 Il faut être grand pour conquérir l’Andalousie 

Il faut être sot pour perdre l’Andalousie 

 

(I). Destination Grenada 

 

«Seviihu al Andalus»… ce qu’on pourrait traduire par «gaspilleur d’Al Andalous», «le sot d’Al Andalous»… dans le sens de la «perdition» (religieuse). C’est pour dire chez nous la «perdition» qui frappe quelqu’un qui n’a pas su faire preuve de bonne gouvernance de soi ou d’un bien ou encore d’une situation. Incapable de préserver une situation et même de se préserver. «Saviihu al Andalus», c’est celui qui a laissé échapper cette terre d’Andalousie, ses richesses, sa beauté, sa grandeur… C’est visiblement ce qu’on a retenu de ce passé glorieux, du moins au niveau de la culture populaire… Même si chacun de nous est habité par la soif de voir cette terre, de parler de son histoire, de chanter sa grandeur, de pleurer sa déchéance… Je suis en Espagne pour cela… 

Qu’est-ce que je savais de l’Espagne en descendant à l’aéroport Barajas de Madrid ? L’élémentaire : un peu de son histoire, un peu de ses noms illustres, un peu de sa scène politique, un peu de son football… 

Le peu que je connaissais ne m’empêchait pas d’avoir des «passions espagnoles» : l’équipe nationale espagnole qui a remporté le dernier Euro en faisant preuve de grandes qualités dans la technique de jeu, l’improvisation artistique et la motivation ; le Barça, équipe de football de la ville de Barcelone où jouent des virtuoses comme Messi (argentin), Eto’o (camerounais), Henry (français), Pouyol (espagnol)… je ne rate pas les matchs du club catalan sur Al Jazeera Sport ; le parti socialiste espagnol et les hommes qu’il a investis de la lourde tâche de redresser l’Espagne après le cyclone Aznar – une variation de Bush parce qu’il a été ce que celui-ci a été pour l’Amérique, Zapatero, Miguel Moratinos méritent à mon avis une sympathie particulière ; la peinture espagnole est aussi quelque chose qu’on connaît sous nos latitudes avec surtout un nom comme Picasso ; le poésie qui est restée pour moi, la première richesse culturelle de l’Espagne, avec Cervantès, Garcia Lorca, Fernando de Herrera… ; des moments de l’Histoire espagnole récente qui sont une sorte de patrimoine pour l’Humanité, notamment la guerre civile ; la musique andalouse flamenco surtout… m’enfin, j’avais des passions mais je ne connaissais pas le pays. Et pour moi, ce n’était qu’un pays européen comme les autres. Légèrement moins développé peut-être, certainement plus archaïque. 

Mais l’Espagne, c’est «autra causa». Il n’y a que cela pour la raconter : l’Espagne, ce sera toujours «autre chose» pour un visiteur comme moi. 

Suivez le guide. 

 

A Madrid le premier choc c’est bien sûr la propreté et l’existence d’espaces. Par rapport à Paris d’où je venais quand je suis descendu dans la capitale espagnole. De la voiture qui me menait à l’hôtel où je devais séjourner, je pouvais sentir les gens qui marchaient sans se presser malgré la petite pluie qui tombait depuis le début de la soirée. Le chauffeur me parla même de grêle plus tôt, en fin d’après-midi. Je saurai plus tard que tous ces gens que je voyais marcher tranquillement, convergeaient vers un lieu, le centre-ville. Le point zéro, le «ground zero» d’ici. Puerto del Sol, c’est non loin de l’hôtel où je devais descendre. Ce n’est pas la pluie qui m’empêchera de voir ce centre du monde madrilène. 

J’avais envie – une forte envie – de discuter avec les gens. Mais comment ? Je regrettais encore une fois d’avoir refusé d’apprendre l’espagnol. Pourtant j’ai toujours rêvé de lire dans ses éditions originelles les œuvres de Gabriel Garcia Marquez qui a écrit dans cette langue et qui reste à mes yeux le géant de la littérature de qualité et de statut universels. Le destin… 

Il était écrit que je resterai à dévisager les passants, essayant d’imaginer ce qu’ils ont dans la tête, ce qu’ils sont à l’intérieur. Tranquillité. C’est un sentiment rare dans une ville métropole qui plus est capitale d’un Etat populeux. Sérénité. Les gens ne sont pas pressés. Ni d’arriver, ni de rentrer. Ils sont festifs peut-être mais pas bruyants. Le geste de salut est facile, presqu’inévitable. Il y a un peu de moi ici. Un peu de chez moi. Au moins l’atmosphère rassurante. Je crois être le premier à quitter les lieux où il ne se déroulait rien de particulier. Seulement, les gens n’étaient pas visiblement habités par ce stress qui détruit ailleurs. Demain je dois me réveiller tôt et faire ce que me demande Kissima, notre rédacteur en chef. Avant de partir pour l’Andalousie. Un petit pèlerinage que je me promettais depuis toujours et que je fais enfin grâce à une famille amie que j’aime bien et qui me le rend, même en double. 

Je décide d’écrire un éditorial «décalé» et pour cela insipide. Quand le texte ne traite pas de l’actualité, il est difficile de le charger de messages significatifs. Nous sommes dans un pays où quelqu’un comme moi doit toujours s’en vouloir quand il écrit pour le plaisir d’écrire. Comme maintenant… mais c’est plus fort que moi… je veux partager cette expérience de l’Andalousie avec ceux qui ont le courage de lire autre chose que les humeurs des politiques en mal de causes et de combats…     

 

Voir Alhambra et revivre 

 

La route de Grenada est longue, même si c’est une autoroute que l’on peut prendre à 150 km/heure. La route ne me dit rien. C’est à peine si je lis les panneaux d’indication qui défilent. Une ville est annoncée à notre droite : Jaen (lire khayn). J’ai déjà entendu parler de son université où enseignent quelques-uns des grands orientalistes espagnols. On m’a dit une fois qu’il y avait beaucoup d’ouvriers agricoles venant de Mauritanie dans ce «village». Ce qui me frappe, ce sont les couleurs qui brillent d’aussi loin : le blanc et le rouge. Eclairées par un soleil anormal en cette saison, les maisons reflétaient la lumière, ce qui ajoutait à la force du blanc. Le rouge est la deuxième couleur qui domine. J’ai essayé de trouver un lien avec le passage fracassant de nos ancêtres les Almoravides. 

En arrivant en Andalousie, et même au Maroc déjà, les preux chevaliers du désert avaient été choqués par tant de luxe et d’aisance. Ils y avaient vu l’une des raisons de la décadence des royaumes musulmans du Maghreb et d’Andalousie. La réaction fut fulgurante et sans appel : interdiction de la musique, de l’utilisation des couleurs, disparition des salons de culture… Cela devait durer sans doute la première décade de l’empire almoravide. Le temps pour eux de goûter aux charmes de la vie sous les belles contrées de l’espace méditerranéen pour tomber dans le piège des «délices de Capoue». 

En fait, le blanc, le rouge et le bleu – avec peut-être leurs différentes nuances – sont les couleurs qui rendent l’éclat sur cette terre d’Espagne, souvent baignée par le soleil. On s’en rend compte en voyant que le reflet des couleurs ajoute à la gaité et à l’attirance des lieux. 

Nous arrivons à Grenada, Grenade pour les français, Qarnata pour les Arabes. Il fait presque nuit. Et moins de 5 degrés. Malgré les essais répétés de notre aimable chauffeur, nous ne pouvons accéder à l’hôtel en voiture à cause des processions. On était en Pâques. J’apprends qu’ici c’est la semaine du jeudi de Pâques qui est célébrée. On était samedi. Peut-être qu’on est encore dans l’atmosphère religieuse et festive de Pâques. 

Les gens du sud – et c’est la chose qui frappe la première – sont très pratiquants. Partout des églises. J’apprendrai plus tard que ces clochers qui surplombent les villages qui s’égrènent les uns après les autres, sont pour la plupart des mosquées construites du temps de la conquête musulmane. Qu’après la reconquête chrétienne, les mosquées devinrent des églises. En route, on a eu l’occasion de nous arrêter pour prendre un café, j’avais été frappé par la présence du porc : partout vous voyez des représentations de morceaux de porc. Plus que je ne l’ai jamais vu ailleurs en Europe ou en Amérique. On m’explique que c’est très probablement lié au passé de la région. Les fils et petits-fils des musulmans d’antan, devenus chrétiens pour avoir perdu le pouvoir, ont voulu montrer qu’ils coupaient tous liens avec l’Islam. Les interdits de cette religion sont donc devenus les pratiques les plus en vue. Une explication qui vaut ce qu’elle vaut… 

Tôt le matin, je me réveillai. Je devais suivre un guide pour aller à Alhambra. Le petit retard du bus me permit de sortir. Je regardai les rues étroites de la vieille ville et lever les yeux au loin. La montagne enneigée, Sierra Nevada, surplombe la ville. La chaîne de montagnes est aussi appelée «La gloire de Grenada» pour ce qu’elle lui apporte de majesté. Cela rappelle quelque chose. Une ville de Mauritanie ? Une ville d ailleurs ? Pas pour moi. Une forte sensation m’étreint pourtant. Quelque chose en moi remue. Peut-on avoir la nostalgie d’un lieu ou d’un pays jusque-là inconnu ? Non ? C’est ce qui m’arrivait. J’avais envie de courir dans tous les sens. 

Je me souviens de ces folles courses qu’entamaient mes enfants chaque fois que nous allions dans le désert. Comme si les frêles êtres voulaient faire le plein d’une liberté retrouvée. Les petites filles couraient dans tous les sens. A chaque sortie, c’est le même spectacle. Leur manière de fêter la retrouvaille avec une nature «amie», un univers simple, des gens laborieux et sereins. Un univers et des gens qui leur ont manqué tout ce temps… Est-ce ce qui m’arrivait ici ? Peut-être. Les sentiments sont difficiles à exprimer. Cependant je dirai que le sentiment qui m’étreignait ressemblait étrangement à la joie d’une retrouvaille. Un bonheur mêlé à la crainte de découvrir que quelque chose a changé depuis la dernière fois… Mais il n’y avait jamais eu de première fois pour qu’il y ait une dernière fois. Je vous le dis, je ne connaissais pas ce pays. Je ne sais pas… 

Grenada, c’est le pays du Palais d’Alhambra… En allant vers le Palais de Alhambra, on emprunte une belle route tracée dans la montagne. On peut imaginer la difficulté pour les habitants des époques lointaines. Le bus nous mène juste devant la porte appelée «La porte de la Justice». Notre guide explique que la porte est telle qu’elle était de l’époque des musulmans. Sauf qu’on a ajouté une statue de la Sainte Vierge au-dessus de l’entrée comme sceau chrétien. Selon la guide, la main en haut de la porte symbolise les cinq piliers de l’Islam, piliers qu’elle énumère dans le désordre. Avant de nous conduire à l’intérieur. Elle ne dit pas qu’autour de cette main mille légendes ont été ressassées mille fois, de mille manières. Prêtant aux Rois Maures des pouvoirs extraordinaires – de magie –, les conteurs disent que le château avait été construit par un Roi et que son Sage vizir qui était aussi un homme plein de savoirs et de capacités dans le domaine de «l’administration de l’invisible» lui avait dit que cette main là-haut était enchantée, tout comme la représentation d’une clé vers le bas. Le Palais, le pouvoir et finalement le souvenir du Roi ne finiront que quand la main descendra pour  prendre la clé… Cela ne risque pas d’arriver… 

Le Palais mérite bien son nom. Au loin, on voit les remparts fortifiés qui séparaient la ville de Grenada du lieu de résidence de ses souverains. Le quartier qui apparaît immédiatement sous la colline est appelé : AlBayzeen, en espagnole cela donne : «al ba’ithine». Ce que beaucoup trouvent être une déformation du mot arabe «al ba’icine», les miséreux ou les gueux pour désigner le petit peuple par opposition aux souverains et aux nobles de leurs cours. Les historiens préfèrent dire qu’il s’agit là d’un quartier qui a accueilli les habitants d’une ville qui existait à côté de Jaen et qui avait pour nom Baeza. Qui dit, peut-être «Al Ba’issa» (la miséreuse) ? Toujours est-il que le quartier est toujours là. Pratiquement la même configuration que du temps des Arabes – des Maures comme on dit aussi. Ce qui a peut-être changé, ce sont les minarets devenus des clochers. A chaque heure, les cloches des églises résonnent comme pour rappeler l’identité religieuse des lieux. 

Le Palais d’Alhambra, le plus beau et le plus grand témoin du passage des musulmans sur cette terre d’Andalousie, vieillit inexorablement. Les murs sont décrépis. Il est clair que la résistance aux assauts – conjugués parfois – de la nature et des hommes a dû être farouche. Six siècles après la disparition des royaumes musulmans d’Andalousie, le Palais de l’Alhambra raconte encore l’exubérance de la civilisation hispano-mauresque que la dernière dynastie, celle des Nasrides, a voulu maintenir à Grenada. 

C’est en effet en 1492 que le dernier bastion de l’ère musulmane tombe avec l’annexion du Royaume Nasride de Grenada à la Castille et à l’Aragon. Le nom – c’est connu – lui vient de la couleur des murs qui virent au rouge à tout coucher du soleil. Le contemplateur ne peut que s’émerveiller quand il prend le temps de regarder, par-delà les murs de la résidence d’été des souverains. Après avoir traversé les jardins dit du «Generalife» – très probablement en Arabe «Jinane al ‘ariif» -, il pénètre la partie destinée à accueillir le souverain pendant les journées chaudes de l’été andalous. «En Andalousie, explique notre guide, il n’y a pas de printemps. On passe d’une saison à températures basses, très basses, à plus de 30°, voire plus». 

Au bat de la colline où est perché ce chef d’œuvre de l’architecture, s’étend la plaine, la Vega, où se trouve la ville de Grenada. «D’ici au centre ville, 15 minutes de marche». Et derrière, on peut contempler toute la beauté sauvage de la Sierra Nevada. Les sommets enneigés rappellent la conformité du nom. D’ici on domine tous les alentours. Alhambra avait aussi une vocation militaire. Dans l’ancienne Andalousie on ne disait pas «Qaçr Al Hamra» (le Palais d’Alhambra) mais «Qal’at Al Hamra» (la Tour d’Alhambra). Le mot Qaçr était réservé à «Qaçr Ezzahra» (le Palais de la fleur ou le Palais de Zahra) à Cordoue, aujourd’hui détruit. Mais c’est une autre histoire. Restons à Alhambra et dans son histoire. 

C’est en 1232 que le premier souverain de la dynastie Naçride, Mohamed Ibn Nacer commença les premières constructions au-dessus de la colline qui avait été quand même aménagée sous le règne du dernier des Almohades (Al mouwahidoune). Déjà, Séville est tombée, tout comme Cordoue et Tolède. Mais les Naçrides essayèrent avec intelligence de garder le pied à Grenada en nouant des alliances locales et en cherchant à alimenter les guerres intestines chrétiennes. C’est le fils de ce souverain qui entreprit la fortification qui est toujours là malgré la disparition des tours de défense, détruites par les envahisseurs français durant les guerres du 17ème siècle. Les souverains se succédant, ils aménagèrent chacun une aile et finirent, entre 1333 et 1354, par lui donner sa forme définitive. Sérieusement altérée depuis. 

Quand les musulmans quittent – contrairement à ce qu’on dit, leur départ définitif et complet doit être situé au milieu du 17ème siècle seulement – les Espagnols s’abstiennent de détruire le Palais. Peut-être sera-t-il épargné pour sa beauté. Mais ils ne font aucun effort pour le conserver tel quel. Au contraire, ils entreprennent sa «nationalisation» par l’édification de statues, de stèles dédiées à la Vierge, à Jésus ou à ses Apôtres. Quelques souverains castillans y résideront, le temps d’une alerte souvent. 

Il faudra attendre l’avènement de Charles Quint, alors Roi d’Espagne et d’Amérique espagnole sous le nom de Charles Ier (Carlos I), pour voir un intérêt royal pour le monument. Mais Charles Quint, le plus européen de tous les empereurs d’Europe, voulait construire son propre palais. Il décida de «grignoter» sur l’Alhambra. Sans toutefois détruire l’essentiel. D’ailleurs pour nombre d’historiens, c’est la construction du Palais de Charles Quint qui permettra la conservation du reste d’Alhambra. C’est plausible en ces temps-là de folies meurtrières et destructrices. L’empereur aux ambitions démesurées, voulait sans doute avoir là une résidence permanente qui lui permettrait de gérer l’Empire qu’il voyait aux dimensions de l’Europe actuelle. Les spécialistes, en parlant du Palais de Charles Quint, parlent d’un style d’architecture «maniériste». Je ne sais pas ce que cela veut dire mais cela détonne avec le reste. Autant l’Alhambra exprime une inspiration généreuse et riche par ses enracinements, autant le Palais de Charles Quint dégage la symétrie et la rigueur «sèche». D’ailleurs il ne finira pas l’œuvre. 

L’ensemble du Palais – sa partie musulmane, comme sa partie chrétienne – est aujourd’hui visité en moyenne par 7000 personnes par jour. Il paraît que les derniers souverains ayant séjourné dans le Palais, sont Philippe V et Elisabeth de Parme au début du XVIIIème siècle. 

Ce qui frappe le visiteur musulman, ce sont d’abord les inscriptions – les enluminures en fait. Il y a bien sûr cette «devise du Royaume» : «Laa ghaaliba illa Llaah», il n’y a de Vainqueur qu’Allah. Dans le monde musulman, c’est une phrase qui vient souvent pour exprimer une grandeur déchue, une noblesse avilie, une volonté assujettie, une ambition réduite… bref, l’expression est faite pour dire la Grandeur du Tout-Puissant, en même temps la petitesse de l’homme et la vanité de sa condition ici-bas. Prémonitoire, n’est-ce pas ? «Al mulku liLlaah», «al ‘izatu liLlah», «al qudratu liLlah»… des formules qui reviennent très souvent sur les murs d’Alhambra. Pour consacrer la Toute-Puissance, la Grandeur de l’Unique. Le choix d’une telle devise n’est pas fortuit. Le premier souverain Naçride, populaire et courageux, avait été accueilli par sa population au terme d’une énième victoire et pour relativiser ses victoires, il répéta devant ses sujets cette éternelle maxime «laa Ghaliba illa lLaah». Tout cela pour dire que les Naçrides furent les premiers à pleurer leur royaume, leur histoire, leur grandeur. De quoi faire méditer la descendance – plutôt le cousinage – plus tard… 

Je m’arrêterai un moment devant la pièce où a vécu l’écrivain américain Washington Irving. J’ai entendu parler de lui dans ma jeunesse. Je lui avais lu de beaux textes mais qui nous étaient «imposés» à l’école. Il fait partie de ces choses oubliées de l’enfance. C’est ici que j’apprendrai qu’il s’agit en fait d’un écrivain majeur qui avait quitté New York au début du 19ème siècle pour s’installer en Europe. Brillant avocat, il ne pratiqua que très peu. Il préféra écrire et animer des journaux de l’époque (entre 1802 et 1803 : The Morning Chronicle, entre 1807 et 1808 : Salmagundi, entre 1812 à 1814 : Analetic magazine, à Philadelphie et à New York). Il écrit surtout des nouvelles. De son séjour espagnole et européen, il sort une série de livres : Une histoire et les voyages de Christophe Colomb (1828), La Chronique de la conquête de Grenade (1829), et Les Compagnons de Colomb (1831), ouvrages historiques. Et de son séjour à Alhambra, il écrit : Les Contes de l’Alhambra (1832) où il essaye de faire revivre les histoires et légendes de l’Espagne Maure. Par cette œuvre majeure, il contribue à faire redécouvrir les trésors enfouis de la civilisation Andalouse du temps de l’Espagne musulmane. Au moins plaide-t-il ardemment pour la conservation de cet héritage de l’Humanité. 

Il explique quelques-unes des expressions ou des noms de lieux : «la chaise du Maure» (Silla del Moro) qui désigne le pic où se serait réfugié le dernier Roi Maure pour contempler de loin l’insurrection de ses sujets ; ou encore l’emplacement où ce Roi jeta son dernier regard sur son Royaume qu’il abandonnait, l’occasion du «Dernier Soupir du Maure» (el Ultimo Suspiro del Moro) ; «la Cuesta de las Lagrimas», la montagne des larmes où le souverain pleura et où probablement sa mère, Aicha la Horra lui a dit : «tu as raison de pleurer comme une femme ce Royaume que tu n’as pas su défendre comme un homme»… 

Je conclus le voyage d’Alhambra par Washington Irving : «Cet empire musulman d’Espagne n’était qu’une brillante plante exotique, incapable d’enfouir des racines permanentes dans le sol qu’elle embellissait par sa présence. Séparés de tous leurs voisins de l’Occident par l’infranchissable barrière de la religion et des mœurs, tandis que la mer et les déserts les privaient de toute communication avec leurs compatriotes d’Orient, les Maures d’Espagne étaient un peuple isolé. Leur existence entière ne fut qu’une lutte prolongée, bien que courageuse et chevaleresque, pour se maintenir sur une terre usurpée» (in «Les contes de l’Alhambra», pages 64 et 65). 

 

(à suivre) 

 

MFO 

 

Source : La Tribune n°446 




Avenue Mouammar Kadhafi,le dessous d’une information

23042009

 Bien que dans une brève de Taquadoumy  dans laquelle , il est  souligné  que le Conseil  Communautaire de  la Communauté Urbaine de Nouakchott a refusé d’accorder  la  dénomination Mouammar Kadhafi    à l’avenue  qui commence par le Carrefour de Nouadhibou, des informations bien concordantes  confirment  qu’il n’y a pas eu de vote  (20 conseillers ont  signé  pour  et 16 conditionnant  leur approbation jusqu’à  nouvel ordre  et 2 absents). Ce qui  explique que la délibération qui stipule  l’approbation de ladite avenue doit être  approuvée ultérieurement. En effet, les conseillers,  qui ont conditionné leur approbation,  expliquent  selon les mêmes sources  qu’ils veulent que l’ensemble des dénominations  des avenues de la Capitale  soit  regroupé dans une seule délibération.   L’initiative du report  du vote a été  prise par  le Président  de la Communauté Urbaine de Nouakchott.  

 MFB

www.barrada.unblog.fr




Les Echos Par Mohamed Fouad Barrada

20042009

 ‘Des filles âgées  entre 18 et 25 ans  divorcent juste après trois  mois voire  un  mois de leurs noces ‘. 

Il  s’agit d’une histoire qui peut faire l’objet  d’un film, d’un reportage télévisé.   Le lieu de cette histoire  n’est que la capitale Nouakchott, la période  est contemporaine.

Au départ un certain X est séduit par une femme Z. Il se présenta à elle  par la voie légale en  passant  par la grande porte, accompagné de ses parents, il demanda   sa main auprès de sa famille.  Cette dernière- la famille- rejette poliment l’offre.  Pourtant X est aisé financièrement  mais la famille de la fille le considéra  comme appartenant à une couche inférieure. Rappelons que la famille de X est noble  dans certaines tribus paradoxalement occupant une classe inferieure dans une autre tribu et positionnée  au centre  dans une troisième tribu.

L’enchaînement de cette histoire a poussé X à contacter son ami Y qui est d’une  famille noble selon les critères de la famille de la femme Z.   Y.  se présenta   à son tour pour le mariage  avec Z.  Il obtint  gain de cause. Les cérémoniales se sont  déroulées  conformément aux normes. Néanmoins,  la nuit même  du mariage Y s’en va pour rejoindre X qui a financé le mariage de  Y.  Le coup est joué. La famille  de Z cherchait  à  retrouver  l’époux Y  de leur fille.  A la fin, elle s’était  rendue  compte  qu’il s’agit bel et bien d’un complot fomenté par  X. Le père de Z a  essayé par le biais de la famille de X de déjouer ce qu’il considère comme étant un  malfrat. Cependant,  cette dernière n’a rien fait.  Par contre elle a félicité leur fils.  Voici en résumé les contours de cette histoire. Du point de vue sociétal, des familles refusent toujours de marier leurs filles avec un homme de certaines tribus.  Des  familles maraboutiques n’aiment point  que leurs filles soient mariées avec  certaines descendances de Benihassane (la descendance la plus noble avec le Chouraffa selon des  classifications sociales  en Mauritanie).  Ne parlons pas d’autres  couches de la société.   

Par ailleurs, le mariage en Mauritanie est affecté  par des mutations socio-économiques.  La cherté de la vie et l’engouement des habitants citadins vis-à-vis de  la chose matérielle explique en partie l’échec de la  vie conjugale  des milliers de familles mauritaniennes, d’où l’augmentation de taux du divorce, notamment dans la société maure (Byedan et haratine).  Quant au taux de polygamie, il  demeure élevé, selon les explications des  observateurs, chez les autres couches de notre société (les soninkés, les peulhs, les  Wolofs etc.) .   

En fait «  le divorce est toléré au point que, plus une femme accumule des divorces, plus elle est valorisée et courtisée. On accuse la femme mauritanienne urbaine d’être matérialiste et de « dépouiller économiquement les hommes », accusation dont elle ne se défend pas. Au contraire elle la justifie : « Les hommes sont des coureurs de jupons, ils vivent souvent clandestinement entre deux familles. On ne peut pas leur faire confiance, alors il est mieux de leur faire les poches comme récompense de tant de souffrances.»  (Note du manuel d’intégration de l’équité entre les sexes dans les aires protégées en Afrique de l’ouest du 8 avril 2008).

De toute évidence,  pour se marier, certains,  par solidarité, bénéficient de l’entraide amicale et parentale. Au moment du mariage chaque  cousin, ami  avance   une contribution pour le futur marié  en l’aidant pour  la dot  qui devient de plus en plus coûteuse. En outre, le mariage est devenu coûteux pour la famille de l’épouse elle-même.  En perspectives  « les malveillants, qui comptent se marier ‘éternellement’,  s’inscrivent dans cette logique. Ils donnent leur contribution au mariage à chaque ami, cousin voulant se marier. En suivant cet ordre ,  avec un groupe de 10 ou 20 amis, il y a deux  ou trois qui peuvent profiter de ce système en  divorçant  avec leurs épouse  et après ils se remarient.  En effet,  chaque ami donne entre une fourchette de 25 mille  et 100 mille  ouguiyas pour chaque mariage de membre du groupe  », m’explique un connaisseur de la société mauritanienne.   

Dans une autre perspective, d’autres familles sont souvent dupées par le statut apparent de celui qui veut marier leur fille.  Durant les  fiançailles, il se montre riche avec des belles voitures. Et juste après le  mariage, ils  jettent l’éponge en divorçant la femme après un laps de  temps record.

 Il est à préciser,  particulièrement cette année,  que plusieurs  familles  ont  été victimes de ce genre de mariage.  L’année passée, une  fille maghrébine vivant avec sa famille en Mauritanie  a été aussi  touchée par un divorce ‘prématuré’. Le phénomène est devenu courant.  

 m_barrada@yahoo.fr  

Source: La Tribune du 20/04/2009    




Les Echos Par Mohamed Fouad Barrada

20042009

‘L’instabilité  voulue ‘ 

 « Il faut 6 mois pour organiser des élections, 10 ans pour installer une économie de marché, mais une génération pour créer une société civile. Or sans société civile il n’y a pas de démocratie.»[i] 

« Le pays semble être caractérisé par  une instabilité  implicite   voulue  par les forces politiques », m’explique un ami européen qui vit en Mauritanie depuis belle lurette. Depuis  l‘indépendance de votre pays on se rend  compte que les  hommes d’influence s’abreuvent  de ce déséquilibre, précise-t-il.  En effet,  le ralliement politique  suit la logique de l’ennemi de mon ennemi est mon ami même s’il était jusqu’à une date récente  l’ami de mes ennemis.  En outre, pour les partis politiques aucune personnalité n’est exclue de l’adhésion.  La moralité  politique est quasi-inexistante.      

Un autre  français  disait la même chose avec une simple différence. Votre pays déclare-t-il  comme d’ailleurs les autres pays de l’Afrique n’est pas encore prêt à la démocratie.  De toute vraisemblance, les dernières élections ont été faussées par le jeu démocratique à la Mauritanienne. Des individus ont été facilement influençables par leurs tribus, leurs amis, leurs ……….  

Par ailleurs, il est clair que les nominations sont basées sur des alignements conducteurs d’alliances électorales.  Les dernières nominations du conseil des ministres en sont   une illustration éloquente.  Il faut juste avoir des connaissances sur les composantes tribales et  la ‘stratification’ de la société mauritanienne pour  développer  conceptuellement  un chemin rhizomique des nominations dans les postes techniques. Le rhizome en tant que  fondement de la coopération intertribale doit être considéré  en Mauritanie comme étant un système, « sans mémoire organisatrice ou automate central, uniquement défini par une circulation d’états»,  (Gilles Deleuze et Félix Guattari, Le rhizome, 1976), d’où la politisation à outrance  de la société Mauritanienne. En effet, le technicien -directeur-  est guidé par le maintien de  son positionnement dans   la hiérarchie administrative, il doit jouer  le tout pour le tout pour forger une alliance politique solide. Ce qui implique  aussi d’autres nominations sous-structurelles (chef de service, chef de division, chef de….) ‘reposant’  sur le même principe rhizomique qui entraine l’inefficacité de l’appareil étatique. 

 Tel appareil  doit impérativement dissocier  le politique de la  technique décisionnelle.   

En effet, l’équilibre et le dosage tribal s’impose dans cette terre. Ce qui sous entend que le fonctionnement du pouvoir hiérarchique  est  alimenté  par un mouvement à la fois destructif et constructif qui puise  son énergie de la dichotomie désordre- ordre.  L’ordre est  le respect de la décision hiérarchique au sens pyramidal.  Les liens sont, dans cette perspective, essentielle.   

Bien que le lien (familial, amical, etc.) soit  fondamental, les mauritaniens n’ont pas su pour le moment l’exploiter  d’un minière positive. En fait, il doit être  considéré comme étant une source de coopération ethnico-tribal  et non comme  une source de renforcement des alliances tribalo-politiques. En un mot, il doit être une valeur ajoutée, une source de diversité culturelle  et de la recherche de l’unité  au sens large. 

 A cet égard, la compréhension de la société mauritanienne nécessite le développement du concept de   la coopération comme principe de base de la réforme de la société civile qui a du mal à  se démarquer, car elle est  tout simplement politisée.  Elle  est, généralement,  dominée par  un  fonctionnement clanique  et Rhizomique au sens négatif du mot. 

En effet,  pour comprendre la valeur  à tirer  du renforcement positif  du lien qui existe déjà   mais négativement dans notre société, car il sert l’intérêt d’une minorité  qui exploite à fond leur positionnement  ‘sociétal ‘, évoquons  un passage du  roman  Le petit prince d’Antoine de Saint-Exupéry, (Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, p.470).   

«  […] Qu’est ce que signifie « apprivoiser » ?  

- C’est une chose trop oubliée, dit le renard. Ça signifie « créer des liens… »   

- Créer des liens ?   

- Bien sûr, dit le renard. Tu n’es encore pour moi qu’un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. Et je n’ai pas besoin de toi. Et tu n’as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu’un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde… » 

 

M_barrada@yahoo.fr



[i] (Le sociologue allemand  Ralf Dahrendo - NDRL-).




La Démocratie mauritanienne en (dé)route

20042009

La Démocratie mauritanienne en (dé)route 

« Avant le 6 août, nous vivions dans l’injustice et l’obscurité, mais aujourd’hui, nous avons pris nos affaires en main »,  avait dit le Général Mohamed Ould Abdel Aziz le 13 avril 2009 aux populations de Nouadhibou. Depuis, huit mois qu’il dirige alors ce pays dans un climat de tension fait de suspicions et de rancœurs, le Général a fait de ceux qu’il présente aux yeux des mauritaniens comme symboles de la gabegie, sa principale raison de vouloir conserver le pouvoir et d’apporter ce qu’il pense être le changement ; alors même qu’il avait confisqué ce pouvoir juste après avoir été démis de ses fonctions par un Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi excédé, le 06 août 2008, par une fronde, au sein de son propre parti, orchestrée justement par ce jeune officier de 52 ans qu’il avait promu en guise de récompense au grade de général… 

Aujourd’hui, cet officier a confié ce pouvoir à qui (prétendu) de droit, le temps de se préparer à le reprendre par la voie des urnes selon un calendrier qu’il a lui-même programmé avec la bénédiction de participants à des États Généraux de la Démocratie entre décembre et janvier; et surtout du guide libyen Mouammar Kadhafi…Sous prétexte de démocratie, le général a occupé tout le temps des mauritaniens, les familiarisant avec son nom… 

Du côté de l’opposition, la fureur de vaincre et de faire échouer cet « imposteur, usurpateur » ne parvient pas sortir des chantiers battus des conférences de presse et des meetings ou marches souvent très vite réprimées…Encore moins des alliances circonstancielles… 

Mais la démocratie mauritanienne se veut en route…Pourvu qu’elle ne soit en déroute. 

Consoler certains adversaires avant de partir… 

Peu avant sa démission le Général avait reçu  quatorze membres du Fonadh. Juste à quelques heures de l’annonce de sa démission mercredi, les responsables de ce forum, dont Sarr Mamadou et Boubacar Ould Messaoud, ont été l’hôte de celui dont ils ont contesté la légitimité huit mois durant. Que peuvent-ils être allés chercher chez  un militaire qui s’est résolu à démissionner «par tactique pour mieux revenir», comme le dira Mohamed Ould Maouloud président de l’UFP?  Au menu de la rencontre qui n’a duré qu’une trentaine de minutes, bien entendu des questions relatives au passif humanitaire et des sujets intéressant la Nation. Le Fonadh dont certaines organisations n’avaient pas été associées à la prise en charge par le HCE du dossier du passif humanitaire a réitéré  sa position de principe qui est une opposition au coup d’État. Le Général leur a confié n’avoir exclu personne de la résolution de ce dossier crucial. Il a notamment rappelé que le colonel Dia qui en a la responsabilité est un choix légitime. Mais il leur a également dit, à en croire certains comptes rendu dans la presse : «Je sais qu’il y en a qui sont contre moi, moi aussi je suis contre eux »… Ceux qui ne sont pas contre lui seraient donc des organisations de défense des droits de l’homme basées en Europe, notamment l’AVOMM et l’OCVIDH dont il a reçu des délégués au mois de mars dernier et avec qui il a abordé  la question du passif humanitaire. Une question dont il parlera, non sans une intention d’émouvoir, devant les populations de la vallée. 

Aux représentants du FONADH, et à propos de la prise à partie de responsables des organisations des droits de l’homme et de partis politiques dont le président de l’assemblée, le général a répondu n’avoir donné l’ordre à personne d’agresser qui que ce soit, mais que cependant toute manifestation devait d’abord être autorisée pour une meilleure sécurité et stabilité du pays.   

Convaincus ou pas, les membres du Fonadh, par le seul fait d’avoir accédé à l’invitation de dernière minute qui leur a du reste été  faite sous forme de cadeau d’au revoir, auront repris d’une main ce qu’ils avaient rejeté de l’autre. Du coup, il ont ajouté sans s’en rendre compte une note à la côte d’un général disposé à renoncer à ses galons pour mieux se percher sur le fauteuil suprême de Président de la République après un scrutin dont l’issue est partie pour lui être bénéfique. Durant leur conférence de presse organisée jeudi à 12 heures au siège du FONADH, les représentants des organisations de ce forum, faisant le compte rendu de leur rencontre avec le général Ould Abdel Aziz,  ont dit avoir parlé avec lui du passif humanitaire, de l’esclavage et des salafistes emprisonnés. Rappelant avoir souligné « clairement, au général leur désapprobation de leur exclusion au profit d’autres organisations étrangères du processus de règlement du passif humanitaire pour lequel (ils ont) toujours milité »,  les dirigeants du Fonadh ont, dans ce qui ressemble à un espoir fondé sur un homme qui quitte le pouvoir, parlé avec lui, au sujet de l’esclavage, de l’insuffisance de la promulgation des lois si elle n’est pas accompagnée des mesures d’application. Ou encore des violences contre les femmes. Les dirigeants du FONADH auront droit à des réponses courtoises et des promesses du genre : nous ferons tout pour régler les problèmes. De la part d’un homme qui se prépare à démissionner et qui pourrait être mis en échec par les partenaires dans le cadre de la CFD du Fonadh, ceci est un coup surement décisif asséné en réalité à ceux qui s’étaient ouvertement opposés à lui et finissent par venir à lui… 

Marquer les esprits en attendant de revenir 

Il faut dire que le général a joué tout le temps sur les mentalités et sur les sentiments des mauritaniens pour concevoir son avenir politique. Déjà, on était à la fin  de l’année 2008. Il pleuvait des bombes sur Gaza. Une aubaine pour les militaires de se rendre populaires aux yeux des mauritaniens perdus entre les applaudisseurs et les contestataires : finis les EGD prolongés d’un jour pour permettre au RFD de rattraper le jour perdu en suspension, alors le temps est au règlement des comptes avec l’Etat d’Israël. Tandis que les populations descendaient dans les rues pour contester la présence d’une représentation diplomatique de l’entité sioniste, les autorités pensaient à la formule de convaincre les masses. Elle ne va pas tarder à être trouvée. Le général s’en va à Doha, chez ses pairs arabes et décide de ‘geler’ les relations avec Israël. Celles-ci vont ‘fondre’ avec l’été, sous la forme  d’un passage à la vitesse supérieure : ‘rupture totale de ces relations’… 

Mis systématiquement à contribution, les médias d’Etat se font l’écho et même la voix directe des éloges de ce soldat faiseur de rois que se veut et que l’on veut du côté des partisans « le président des pauvres »… Il visite les quartiers populaires, l’université, les hôpitaux ; il s’en va en tournée dans les coins d’une « Mauritanie profonde », justement chez les dépositaires d’une certaine féodalité sur qui les politiciens en Mauritanie ont toujours compté pour monter…Le zèle pousse les spécialistes de la flatterie à l’appeler « son Excellence le général Mohamed Ould Abdel Aziz, Président du Haut conseil d’Etat, chef de l’Etat ». 

Le goût de l’excellence, ou l’excellence du goût du pouvoir, lui ayant été inoculé par les mauritaniens euphoriques, Ould Abdel Aziz prend finalement ses dispositions : des nominations dans l’administration, la mise en place de la CENI jusque dans ses structures les plus atomiques, prêt du pouvoir au président du Sénat sous prétexte de conformité à la Constitution, remise du HCE à un autre général, visiblement un ami fidèle…Et puis il démissionne. Démission précipitée selon certains analystes proches du Front qui y voient plutôt l’influence du premier secrétaire de l’Ambassade de France à Nouakchott. Celui-ci aurait proposé à Ould Abdel Aziz de démissionner vite. On se rappelle que Bernard Kouchner avait déclaré que le général devait démissionner 45 jours avant le scrutin s’il tenait à se présenter. Aussi, l’éventualité d’une main de la France, qui somme toute, ne manquera pas penser prioritairement à ses intérêts, restera toutefois un mystère indécodable jusque dans les déclarations du porte-parole adjoint du ministère français des affaires étrangères, Frédéric Desagneaux. Celui-ci, dans la conférence de presse hebdomadaire du Quai d’Orsay tenue vendredi dernier, a dit souhaiter « un accord entre les parties qui permette l’expression démocratique du peuple mauritanien dans des conditions conformes à l’Etat de droit ». Or, cet accord, reste en otage tant que l’agenda des militaires reste en cours et verra la participation du chef de la junte tandis le FNDD et une partie du  RFD, restée fidèle à son président, réfutent ce calendrier et choisissent de le  boycotter.   

Quelle forme peut alors prendre aux yeux de la France, une candidature et éventuellement une victoire controversée d’un militaire qui a confisqué le pouvoir par les armes et peut-être l’aura repris par le biais d’un scrutin dont la régularité serait sujette à soupçon ? 

 

Et l’opposition se consolide 

Les adversaires du général l’accusent d’avoir préoccupé toute la Mauritanie à sa seule personne dix mois durant. Et surtout de les avoir détournés des réalités du moment. « Les problèmes du pays n’ont pu être pris en charge. Tous, nous nous ne nous employons qu’à le faire échouer alors qu’ailleurs dans le monde, l’on réfléchit aux moyens de trouver des solutions à la crise mondiale que nous vivons… » A martelé Mohamed Ould Maouloud jeudi, lors de la cérémonie de passage du « flambeau du FNDD » entre l’APP et son parti… 

Entré désormais lui aussi dans les troupes des adversaires du général depuis qu’il a eu le cœur net de ses ambitions, Ahmed Ould Daddah du RFD s’est résolu à accuser le chef de la junte de « se servir des moyens étatiques pour son ambition folle.»

 

 

Et attaque… 

Du général Mohamed Ould Abdel Aziz, Messaoud Ould Boulkheir avait dit un jour : « Il a passé un long moment à garder les présidents. A présent, il veut lui-même devenir président. » C’était à l’occasion du meeting tenu juste après la répression de la marche de la CFD interdite et au cours de laquelle, lui et d’autres personnalités avaient été la cible des forces de l’ordre… 

Au cours d’un précédent meeting, tenu aux tout premiers débuts du coup d’Etat, le président de l’Assemblée Nationale avait dit, s’adressant au général du haut de la tribune dressée ce jour-là au stade de la capitale : « Tu ne seras pas le président de la Mauritanie… » 

Ahmed Ould Daddah, qui avait commencé par bénir,  puis fini par ‘désavouer’ le « mouvement de rectification », s’est toujours dressé contre la candidature du général… 

Que ce soit chez le président de l’Assemblée Nationale, président en même temps de l’APP, ou chez le chef de file de l’opposition et président du RFD, il y a une allergie aux militaires qui remonte au temps du CMJD et à l’élection de Sidi Ould Cheikh Abdallahi… 

Si pour le premier, un antidote a été retrouvé à travers sa désignation à la tête de la chambre basse  du parlement mauritanien consécutivement à une alliance décisive de la veille du 2e tour de la présidentielle, pour le second, ce fut l’espoir opiniâtre d’une revanche qui l’a emporté sur la lucidité historique chez un leader politique de la trempe d’Ahmed Ould Daddah. Celui-ci,  qui a fini par se faire ‘berner’ par les mêmes militaires alors même qu’il a cru pouvoir compter sur eux pour « rectifier » ce qui à ses yeux fut une faute impardonnable : susciter, soutenir  et faire réussir Sidi Ould Cheikh Abdallahi. 

La ‘vengeance’ d’Ahmed n’avait d’égale que ses prises de parole durant la fronde qui a précédé le putsch : il disait que le président devait quitter le pouvoir de n’importe quelle manière. 

Advient alors le coup de force issu d’un moment d’énervement de la part d’un Ould Cheikh Abdellahi qui a fini par être excédé, il faut le dire, par les micmacs  dans son entourage civilo-militaire : un limogeage à la hâte suivi d’un putsch dont les commanditaires n’ont appelé leur équipe HCE qu’après s’être assuré que le chef de file de l’opposition ne les contestait pas. Pour quiconque se souvient des termes du communiqué N°1, il était dit tout simplement Conseil d’Etat. L’adjectif  haut y a été ajouté plus tard (une sorte de moudhaaf ilayhi !)… 

Par la suite, ce qui avait tout l’air d’un mépris à l’égard du président renversé s’exprimait dans le langage du chef de file de l’opposition bénissant le coup de force : « la légitimité s’acquiert par les urnes ou par la compétence ; le président déchu n’en avait ni l’une ni les autres » avait soutenu Ahmed Ould Daddah dans une de ses toutes premières conférences de presse à son retour en Mauritanie au lendemain du coup d’Etat…L’idylle avec les militaires se transformait en obsession amoureuse au point que même la participation du RFD aux Etats Généraux de la Démocratie relevait d’un forcing ; la déception était pourtant au rendez-vous mais pas la fermeté dans les décisions : faute d’avoir pu dissuader les militaires à rééditer l’élégant choix fait par le CMJD et son gouvernent un certain  2005 consistant à ne se présenter à aucun scrutin après la transition d’alors, Ahmed Ould Daddah avait suspendu à un jour de la fin des journées de concertations sur la démocratie la participation de son parti…Les signes d’un divorce étaient déjà là même si le chef de file de l’opposition se faisait patient 

Le cap d’une opposition solidaire au-delà du 06/06/09 ? 

Du côté du FNDD, l’attitude est à la constance : même exigences de légalité. On se dit prêt pour le dialogue mais sous condition. On accepte la main tendue d’Ahmed qui est en difficulté au sein de son propre parti. Et au cours d’une cérémonie de passation de témoin entre l’APP et l’UFP, Oumar Ould Yali évoque avec une certaine dose de fierté l’emploi du temps chargé en événements qui a caractérisé le mandat mensuel de son parti : « Ce mois a été marqué par l’isolement des putschistes à travers le changement de vocabulaire à leur égard du président du RFD qui a décidé de boycotter le scrutin et de tendre la main au FNDD ;  par la répression par le pouvoir de la marche organisée et qui n’a pas épargné le président de l’Assemblée Nationale, les députés et le président de SOS-Esclaves. » 

Quant à Mohamed Ould Maouloud, il a rappelé que le FNDD a été créé dans le siège de son parti le jour même du coup d’Etat perpétré par le général. « Nous voilà réunis aujourd’hui alors qu’il vient tout juste de démissionner, clame-t-il avant d’ajouter : « Nous l’avons battu en théorie et nous le battrons politiquement. Il a partagé son pouvoir entre Bâ Mbaré et Ould Ghazouani. Et on ne sait pas qui est le chef de l’Etat. Cette situation est dangereuse pour la Mauritanie ». « C’est comme si nous avions un avion sans pilote. »  a encore déploré Ould Maouloud qui trouve que le « Le général a été obligé de battre en retraite provisoirement comme les militaires savent le faire »… 

Dans une déclaration conjointe publié le 16 avril, le Front et le RFD (tendance Ahmed, sic), ont ensemble affirmé «  que la réussite d’un dialogue passe nécessairement par le rétablissement d’un climat de confiance » correspondant pour eux à « l’arrêt immédiat de la feuille de route relative aux élections présidentielles »…Les deux formations réagissaient ainsi à  l’entreprise sénégalaise visant depuis plusieurs semaines  à  concilier les protagonistes de la crise politique issue du coup d’Etat du 06 août 2008.  Dans ce communiqué conjoint relatif à l’initiative de sortie de crise présentée par le Sénégal, il n’est plus fait mention du retour de Sidi Ould Cheikh Abdallahi au pouvoir comme exigence. Le Front a-t-il lâché du lest pour pouvoir avancer aux côtés du RFD ? « Nous avons mis dans le communiqué ce sur quoi nous nous sommes entendus, répond Mohamed Ould Maouloud qui insiste cependant sur le fait qu’ils (au sein du Front) se battront pour le rétablissement du président démocratiquement élu dans ses fonctions. 

Reste à savoir, si cette opposition qui se reconstitue dans ces conditions sera en mesure de maintenir le cap d’une solidarité circonstanciée jusqu’au-delà d’un certain 06 juin risquant d’installer la Mauritanie dans le fait accompli d’un militaire converti en président civil démocratiquement élu, ne serait-ce que formellement. 

Avant de démissionner, le général Mohamed Ould Abdel Aziz avait prononcé mercredi soir un discours. Une occasion pour lui de dresser un bilan pour lui positif sur une « courte période marquée par le grand intérêt accordé par le Haut Conseil d’Etat et le Gouvernement au rehaussement du niveau de vie des citoyens ». Prétendant avoir « pu alléger les peines qui pèsent sur les épaules du simple citoyen malgré les conditions difficiles découlant des répercussions de la crise économique qui affecte le monde », le général se veut l’artisan de la réduction des prix des produits de consommation essentiels et la de la mise à disposition des « aliments gratuitement aux citoyens les plus nécessiteux ».  Faux vont rétorquer jeudi les leaders du Front. « Les prix ne sont pas de leur ressort. Ils font un tintamarre. Quant sur le plan international, du fait de la chute du prix du pétrole les autres prix baissent, ils veulent faire croire que ce sont eux qui en sont à l’origine », déclare Ould Maouloud qui ajoute : « Le général prétend avoir réalisé des projets. Pour le projet de Dhhar dans les Hodh, c’est le président Sidi Ould Cheikh Abdallahi qui en avait déjà apporté le financement du Japon. Pour la route de Kaédi, le projet était ficelé bien avant lui. Et puis, pourquoi ne parle-t-il pas de la hausse du prix du riz ces derniers jours alors qu’il se targuait d’en avoir baissé le coût ? Le sac de riz est aujourd’hui à plus de 11 000UM. » 

A coup sûr, le général a pris de l’avance sur ce qui pourrait constituer son opposition dans le futur. Déjà, il a infligé un coup dur au chef de file de l’opposition qui a accompagné son « mouvement de rectification »… Ahmed Ould Daddah qui aura dépassé l’âge d’éligibilité, s’il rate ce scrutin escompté pour 2009, pourrait se retrouver éliminé définitivement d’une course à la présidentielle. Pour l’instant, ayant décidé de boycotter l’élection, il devra gérer le  cauchemar  de la discorde semée dans son camp avec la fronde commanditée, semble-t-il, par les militaires. Le temps de se souvenir que ce qui arrivait à Sidi Ould Cheikh Abdallahi, trois mois avant le putsch, n’avait rien d’un verre de thé à siroter. 

Le général comme pour l’achever dans sa mort politique ne s’est pas retenu d’accuser Ahmed de l’avoir poussé à renverser Sidi. Vraie ou fausse, une telle accusation suffit à elle seule à discréditer l’homme sur qui dix huit ans durant, une partie de mauritaniens avaient compté pour les sortir de la dictature de Maouya Ould Sid’Ahmed Taya… 

Si Ahmed Ould Daddah est passé de l’optimisme au scepticisme face aux jeunes généraux, « il ne fait pas de doute, dira Ould Abdel Aziz,  que le mouvement de la rectification a renforcé l’esprit de lutte, en particulier parmi les jeunes et les femmes qui sont des franges aspirant mieux que toute autre à dépasser la situation où prévalent le chômage et la pauvreté et à bénéficier d’un environnement meilleur empreint de liberté, de justice et d’équité. » Très populiste tout cela comme discours. Mais c’est visiblement ce dont les peuples en difficulté ont besoin. Même si du côté du camp opposé on pense que le meeting d’il y a deux semaines prouve que les populations sont contre le coup d’Etat, force est de constater que la bataille est disproportionnée…L’opposition pourrait retourner contre le général sa prétention que « le mouvement du 6 août a également favorisé un plus grand éveil parmi les citoyens désormais enclins à revendiquer leurs droits dans le respect de la loi et des normes civiques, loin de toute anarchie et de toute atteinte à l’ordre public. » Car en matière de respect de la loi et des normes civiques, il est clair que depuis huit mois, les autorités ne se sont pas montrées spécialistes… Pour l’instant, le temps est accéléré. A l’opposition de savoir si, à défaut de vaincre là et maintenant le général, elle sera capable de rester soudée au moins pour les cinq années à venir et constituer un contre pouvoir dissuasif pour les prochains gouvernants qui pourraient naître du 06/06/09…. 

Kissima 




De l’usage à volonté de la constitution

20042009

Pendant la si médiatisée fronde des parlementaires, la plupart des mauritaniens étaient devenus des constitutionnalistes. Chacun interprétait la constitution comme bon lui semblait et distinguait ce qui était constitutionnel de ce qui ne l’était pas. Les plus engagés avaient le petit bouquin qui contient toute la constitution sous le bras. Dans les salons feutrés de la capitale tout le monde ou presque c’était mis à décortiquer les lois et les dispositions contenus dans la constitution et surtout ceux relatifs aux prérogatives du président : dissolution du parlement convocation d’une session extraordinaire, quorum nécessaire pour la tenue de celle-ci ou autres : motion de censure…C’était un bon rempart contre l’oisiveté et même une source d’apprentissage que dictait l’actualité de l’époque. Je pense qu’ils devraient s’y remettre encore aujourd’hui.

 La constitution  a été sollicitée pour constater la vacance de pouvoir. Mais les ambigüités de tout ce remue ménage  mérite qu’on y prête un peu d’attention. Si l’on devrait réellement se conformer à la constitution, le pouvoir est vacant depuis le 6 Aout, c’est à cette date que le conseil constitutionnel aurait dû constater la vacance du pouvoir mais non pas après la démission du général parce légalement il a été demis de ses fonctions. Du coup tout ce qu’il a entrepris est anticonstitutionnel.

On se rappelle tous du refus du conseil constitutionnel de cautionner la volonté des militaires de démettre le président de l’assemblée. C’était un acte digne d’une démocratie. Mais hélas ce même conseil ne s’est rappelé que le pouvoir était vacant que jeudi dernier, date de la démission du général. Pourtant je ne leur apprends rien, ils connaissent mieux que moi la loi et ses dispositions. Quand les personnes qui sont chargés de faire respecter la loi et veiller à ce qu’elle soit conforme à la constitution la bafouent, il est totalement déplacé de demander au pauvre citoyen de la respecter, lui qui a vu les hommes en treillis la piétiner au matin du 6 Aout, et l’embrasser aujourd’hui parce qu’elle contribue à asseoir leur légitimité.

Certes la constitution de 1991 amendé en 2006 et calqué sur celle de la 5ème république française, porte en elle beaucoup d’ « anomalies » en terme de prérogatives : le président a toutes les cartes en main et les contre-pouvoirs ne sont pas assez forts juridiquement pour lui tenir tête. Du coup on se retrouve avec un super président. La junte en avait même fait une des raisons principales de leur ‘rectification’ mais pourquoi ne l’avoir pas amendé donc ? Tout simplement parce que le général ne veut pas reprendre un pouvoir qui ne lui accorde pas les pleins pouvoirs, maintenant elle le sert la pauvre constitution alors il s’y conforme.

Ceux à quoi on assiste nous rappellent un peu, les personnages du théâtre qui, entre deux actes, entrent en coulisses pour un moment et reviennent vêtus d’un nouveau costume pour un nouveau rôle, beaucoup plus beau et surtout plus acceptable aux yeux du public.

Périclès n’avait pas tort quand il a dit : «  vaut mieux de bons citoyens et de mauvaises lois que de bonnes lois et de mauvais citoyens.»

Ducros

 




Pour une compréhension culturelle mutuelle

20042009

 

 

C’est une histoire triste parce que faites d’incompréhensions et d’insouciances naïves. C’est l’histoire de cette famille mauritanienne résidant en Espagne et qui se retrouve, après des années de durs labeurs, en prison avant de subir une campagne médiatique sans précédent.

Tout a commencé avec le mariage organisé par la mère pour sa fille ainée. Toute mauresque vous dira sa fierté le jour où elle «trouve» un mari pour sa famille qui plus est son cousin. C’est ce qui arrive à cette famille. Pour mieux comprendre, revenons en arrière.

C’est une humble famille des profondeurs de la Mauritanie, petits-enfants de l’illustre Mokhtar Ould Bouna. Cette famille s’installe dans un village près de Cadix il y a plus de dix ans. Le père y travaille comme marin depuis bientôt deux décennies. Dans ce village, la famille continue de se comporter comme en Mauritanie. Surtout du point de vue des rapports avec les voisins. Maison ouverte, cœurs ouverts. La réciproque est vraie. Leurs enfants – deux filles et un garçon – prennent l’habitude d’aller chez leurs voisins, de traîner chez eux et même parfois de dormir chez eux. La frugalité et le dénuement de chez eux est assez repoussant pour trouver dans le rapport avec l’autre l’occasion de fuir un peu sa condition. Surtout que – comme toute mère de chez nous – la rigueur de l’éducation y est. C’est un euphémisme dans le cas d’espèce. Car la mère frappe souvent ses enfants et surtout l’aînée qui prenait l’allure d’une jeune fille déjà. Sans doute la raison pour laquelle, la fille commence à se trouver mieux chez les voisins espagnols. Elle fuit la brutalité de la mère et les conditions plutôt «simples» de la famille.

Elle apprend à être libre, à mieux se sentir ailleurs. Quand la mère s’en rend compte, il est trop tard. Elle décide secrètement d’organiser le coup. Vacances en Mauritanie. La fille est donnée en mariage à son cousin, la quarantaine entamée. La mariée n’a que 14 ans. Elle accepte avec résignation. La famille commet la faute de revenir en entier en Espagne, dans le petit village. Tranquillement. La fille commence à raconter à ses amies ce qui s’est passé. Avec détails. Outrées ses copines entendent faire payer à la mère mais aussi au mari, ce qui est considéré ici comme un crime. Et chez nous comme un exploit : trouver mari à sa fille en jeune âge (enhaçit viddaruka).

La trame est tissée. Il faut faire venir le mari en Espagne, réussir à le piéger. Commerçant de son état, le jeune marié passe par l’Espagne pour voir son épouse. A son arrivée, on lui organise une sorte de «marwah» au terme duquel il s’isole avec la fille. Une nuit passée. Le lendemain, la petite va avec la famille espagnole déposer plainte. Réquisition pour l’examen médical. Il n’est pas difficile d’établir le contact. Seulement la fille prétend qu’elle a été obligée. Ce qui est assimilée à un viol. Elle parle à la police, puis à la justice de la brutalité de la mère. L’affaire prend des envergures nationales dramatiques. On sait l’engouement pour ce genre d’histoires en Occident. La famille mauritanienne ne bénéficie d’aucune campagne. Seule l’Ambassade essaye de renverser la vapeur, mais mission impossible. La famille est déjà diabolisée.

Après un an d’emprisonnement préventif, le procès a lieu. L’Ambassade engage toutes ses possibilités. Rien à faire parce que les autorités se réfugient derrière l’indépendance de la justice. Aucun avocat mauritanien ne sera présent. On sait le poids de la solitude dans des cas pareils. Quand les peines tombent, personne n’est là pour les dénoncer. Pourtant ce sont des peines maximales. On voit aisément que la justice espagnole a choisi dans la simplicité et qu’elle a été entraînée par la campagne de diabolisation menée par les accusateurs. La décision judiciaire est aujourd’hui en appel.

Nous appelons, à La Tribune, l’ensemble des organisations de Droits de l’Homme, des autres Organisations de la Société, et surtout de l’Ordre National des Avocats, des journalistes… à se mobiliser pour rappeler aux autorités judiciaires espagnoles que le crime en question a été commis sur le territoire mauritanien, par des mauritaniens, sur des mauritaniens et qu’en conséquence la législation mauritanienne sur la question doit être au moins prise en considération. Par ailleurs, une sensibilisation autour de l’aspect «choc des cultures» est nécessaire auprès des Juges espagnols.

Personne ne nie ici l’aspect inhumain et inacceptable du comportement de la famille, mais il est nécessaire de prendre sa réalité culturelle, son état mental, son statut d’expatriés, au moins comme circonstances atténuantes.

Pour toute action, contacter Mohamed Fall Ould Oumeïr au 2000174 

 

 

Source : La Tribune n°445 




19 avril 2009…il y a deux ans !

20042009

19 avril 2009…il y a deux ans ! 

Si Sidi était encore au pouvoir, cela aurait fait deux ans, jour pour jour qu’il a prêté serment. Le 19 avril 2007, au palais des congrès, en présence d’illustres personnalités du monde, le pouvoir passait des mains d’Eli Ould Mohamed Vall, un militaire ayant conduit, non sans tentation de rester, une transition de 19 mois, à celles de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, un civil élu dont il a été dit qu’il était le poulain des militaires mais élu à 53% en toute transparence ; du moins formellement. 

Aujourd’hui, on est le 20 avril 2009 et Sidi est à Lemden. Loin de ce palais qui lui a été confié par la majorité des mauritaniens. Il y a huit mois que son mandat a été écourté. Le conseil constitutionnel qui l’avait installé il y a deux ans s’est résolu à confier son pouvoir, il y a cinq jours à Bâ Mbaré. Sous prétexte de vacance de pouvoir. Aux constitutionnalistes de juger de la normalité ou non d’une telle procédure. Mais notons pour notre part le caractère burlesque de ce qui nous est arrivé. Aux tout  premiers jours du putsch, la position du président du sénat n’avait pas encore été clarifiée. Objet de suspicion à propos de sa gestion des fonds de la chambre haute du parlement, il a fini par commencer à en présider les assises. Très vite, les militaires ont préféré se taire sur son cas alors qu’ils s’en prenaient au Premier ministre de Sidi, Yahya Ould Waghf qui, bien entendu ne les a pas suivis… 

Entre temps, le Président empêché, personne n’a pensé à constater la vacance de pouvoir ; ne serait-ce qu’en osant assimiler sa détention et son assignation à résidence à une situation d’incapacité forcée devant déboucher sur un intérim assuré par le Président du sénat. Au lieu de cela, l’on s’est énervé vite. Du côté des politiques et des défenseurs des droits humains, l’obsession était de faire échec au général. Celui-ci, fonçait…Ceux qui comme le chef de file de l’opposition ont cru pouvoir compter sur lui vont déchanter. La crise est à son comble. Le Front et les Organisations de la Société civile donnent au général sans s’en rendre compte, les moyens de les diaboliser. Il s’emploie à prendre des décisions populistes : passif humanitaire, prix, boutiques du ramadan, grâce pour des détenus de droit commun, visites, etc. Et au finish, une démission après avoir fait connaissance avec tout le reste de la Mauritanie. Histoire de pousser à se souvenir… 

Et puis, on s’en va à des élections sur le reste du mandat de Sidi. Si ceci n’est pas un squat, c’est bien une ‘gazra’. au fait c’est la même chose. Squatter ou ‘Gazzara’, Mbaré, Aziz, Sarr, Kane, et autres candidats à la magistrature suprême, c’est la place de Sidi qui est convoitée…Lui-même était à la place de Maouya, squattée ou gazrée par le CMJD qui la lui a remise. Si on se met dans une logique des formes de la démocratie telles que l’on a préféré faire récemment avec cette histoire de démission du général et d’intérim de Bâ Mbaré. 

Kissima   

 




Edito de La Tribune Par Mohamed Fall Ould Oumère

20042009

 

  

 

Le Général Mohamed Ould Abdel Aziz a démissionné. C’est le président du Sénat, Ba M’Baré qui prend les reines, le temps d’organiser une élection présidentielle contestée par l’opposition. Deux événements historiques, parce que sans précédents. 

C’est la première fois que quelqu’un sort de la présidence pour briguer un mandat. Et quoi qu’on dise du dispositif mis en place par le Général Ould Abdel Aziz, l’acte demande du courage, surtout de la témérité dans le contexte mauritanien fait de trahisons et d’instabilités. Nous saurons bientôt comment le Général entend gérer sa campagne. A qui va-t-il la confier ? quels en seront les piliers et quelle en sera la mise en œuvre ?  Comme récemment en Algérie, le défi pour lui devra être le taux de participation. «On va verra», disait l’autre. 

En entrant, même momentanément, à la Présidence de la République, Ba M’Baré devient le premier noir à accéder à ce poste. Historique, l’année où Barak Hussein Obama réalisait son exploit aux Etats Unis. Aucune commune mesure. Cependant le poids moral et psychologique est sensiblement le même. A l’échelle mauritanienne, il s’agit là d’une véritable révolution. Déjà nous avions Messaoud Ould Boulkheir comme président de l’Assemblée nationale. Je crois que ces cinq années ont été porteuses de beaucoup de changements en Mauritanie. Des changements qu’il va falloir gérer avec une grande prudence. Des changements que nous avons sous-estimés, souvent sciemment… 

 

En effet, c’est comme si une conspiration nationale avait été ‘organisée’ pour renier les réelles avancées de la transition. Au contraire, dès son accession au pouvoir, le président élu a tout de suite entrepris de détruire l’héritage des 19 mois de transition. On se souvient des sorties malheureuses de son Premier ministre, des campagnes suscitées contre cette époque de grands espoirs. 

Puis vint le tour des hommes politiques qui ont vite fait d’oublier d’où nous venions. Au lieu que la Mauritanie des lendemains des premières élections régulières soit celle de la transparence et de la rupture, elle a été celles des confusions. Il faut revenir là-dessus, tant que les Mauritaniens n’ont pas reconnu avoir péché par calculs. Les uns essayant d’anéantir les acquis de leurs prédécesseurs, les autres refusant de rompre avec les habitudes et la pensée unique dominante. 

Aveuglés par leurs desseins personnels et leurs calculs courts, les animateurs de la classe politique ont été incapables d’éviter le syndrome de 1992. Quand l’opposition de l’époque – beaucoup plus forte – a refusé de reconnaître le résultat de l’élection présidentielle de janvier et décidé de boycotter le reste du processus électoral. Dès 1994, les différents segments de cette opposition avaient fini par considérer cette attitude comme la source de tous les maux qui allaient suivre. Parce qu’ils avaient compté sur l’étranger et rien que l’étranger, ils ont abandonné la scène national au maître de l’époque au nom du refus de la confrontation. Le régime de l’époque a eu toute la latitude de se refaire une nouvelle forme, allongeant ainsi sa durée de vie de quelques 13 ans. La seule vraie secousse avant le coup fatal du 3 août ayant été le 8 juin 2003. 

C’est un mal mauritanien que de toujours refuser de se regarder dans le miroir. De toujours retenir les leçons du passé. De toujours accepter d’être lu par les yeux de l’autre, entendu par les oreilles de l’autre. De toujours choisir l’extravagance dans les propos et dans les attitudes à la mesure et à la tolérance. 

Voyez ce qui occupe nos hommes politiques actuellement. C’est bien le retour sur des attitudes qu’ils ont eues, sur des propos qu’ils ont tenus les uns à l’égard des autres. Chacun essayant d’aller le plus loin pour faire oublier les écarts. 

«akh egboyl». Un homme politique comme disent les Sages, doit toujours pouvoir voir juste et loin, agir vite. Celui qui ne peut pas le faire doit accepter sa défaite devant les faits. Il doit se démettre et accepter sa disqualification. Il faut tirer les enseignements du passé. 

Au commencement était Sidi Ould Cheikh Abdallahi qui avait été un projet des militaires au pouvoir. Certains l’ont accepté en tant que tel. Ils ont donc adhéré à un projet sans en savoir les tenants et les aboutissants. 

A l’arrivée était le temps des généraux, les autres l’ont béni et accompagné sans toujours savoir de quoi il s’agissait. 

Que les uns et les autres ne s’en prennent qu’à eux-mêmes. Qu’ils cessent d’en vouloir à la Mauritanie et aux Mauritaniens. Qu’ils en tirent au moins les enseignements et les conséquences. C’est le grand sacrifice qu’ils peuvent faire à ce pays. Si vraiment, ils veulent lui éviter le pire…   




Les Echos de La Tribune Par Mohamed Fouad Barrada

13042009

‘L’instabilité  voulue ‘  « Il faut 6 mois pour organiser des élections, 10 ans pour installer une économie de marché, mais une génération pour créer une société civile. Or sans société civile il n’y a pas de démocratie.»[i] 

« Le pays semble être caractérisé par  une instabilité  implicite   voulue  par les forces politiques », m’explique un ami européen qui vit en Mauritanie depuis belle lurette. Depuis  l‘indépendance de votre pays on se rend  compte que les  hommes d’influence s’abreuvent  de ce déséquilibre, précise-t-il.  En effet,  le ralliement politique  suit la logique de l’ennemi de mon ennemi est mon ami même s’il était jusqu’à une date récente  l’ami de mes ennemis.  En outre, pour les partis politiques aucune personnalité n’est exclue de l’adhésion.  La moralité  politique est quasi-inexistante.      Un autre  français  disait la même chose avec une simple différence. Votre pays déclare-t-il  comme d’ailleurs les autres pays de l’Afrique n’est pas encore prêt à la démocratie.  De toute vraisemblance, les dernières élections ont été faussées par le jeu démocratique à la Mauritanienne. Des individus ont été facilement influençables par leurs tribus, leurs amis, leurs ……….  

Par ailleurs, il est clair que les nominations sont basées sur des alignements conducteurs d’alliances électorales.  Les dernières nominations du conseil des ministres en sont   une illustration éloquente.  Il faut juste avoir des connaissances sur les composantes tribales et  la ‘stratification’ de la société mauritanienne pour  développer  conceptuellement  un chemin rhizomique des nominations dans les postes techniques. Le rhizome en tant que  fondement de la coopération intertribale doit être considéré  en Mauritanie comme étant un système, « sans mémoire organisatrice ou automate central, uniquement défini par une circulation d’états»,  (Gilles Deleuze et Félix Guattari, Le rhizome, 1976), d’où la politisation à outrance  de la société Mauritanienne. En effet, le technicien -directeur-  est guidé par le maintien de  son positionnement dans   la hiérarchie administrative, il doit jouer  le tout pour le tout pour forger une alliance politique solide. Ce qui implique  aussi d’autres nominations sous-structurelles (chef de service, chef de division, chef de….) ‘reposant’  sur le même principe rhizomique qui entraine l’inefficacité de l’appareil étatique.  Tel appareil  doit impérativement dissocier  le politique de la  technique décisionnelle.   

En effet, l’équilibre et le dosage tribal s’impose dans cette terre. Ce qui sous entend que le fonctionnement du pouvoir hiérarchique  est  alimenté  par un mouvement à la fois destructif et constructif qui puise  son énergie de la dichotomie désordre- ordre.  L’ordre est  le respect de la décision hiérarchique au sens pyramidal.  Les liens sont, dans cette perspective, essentielle.   Bien que le lien (familial, amical, etc.) soit  fondamental, les mauritaniens n’ont pas su pour le moment l’exploiter  d’un minière positive. En fait, il doit être  considéré comme étant une source de coopération ethnico-tribal  et non comme  une source de renforcement des alliances tribalo-politiques. En un mot, il doit être une valeur ajoutée, une source de diversité culturelle  et de la recherche de l’unité  au sens large. 

 A cet égard, la compréhension de la société mauritanienne nécessite le développement du concept de   la coopération comme principe de base de la réforme de la société civile qui a du mal à  se démarquer, car elle est  tout simplement politisée.  Elle  est, généralement,  dominée par  un  fonctionnement clanique  et Rhizomique au sens négatif du mot. En effet,  pour comprendre la valeur  à tirer  du renforcement positif  du lien qui existe déjà   mais négativement dans notre société, car il sert l’intérêt d’une minorité  qui exploite à fond leur positionnement  ‘sociétal ‘, évoquons  un passage du  roman  Le petit prince d’Antoine de Saint-Exupéry, (Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, p.470).   

«  […] Qu’est ce que signifie « apprivoiser » ?  - C’est une chose trop oubliée, dit le renard. Ça signifie « créer des liens… »   

- Créer des liens ?    - Bien sûr, dit le renard. Tu n’es encore pour moi qu’un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. Et je n’ai pas besoin de toi. Et tu n’as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu’un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde… » 

M_barrada@yahoo.fr



[i] (Le sociologue allemand  Ralf Dahrendo - NDRL-).







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