Crise politique :

27 04 2009

 

 Recul de la présidentielle, démission de Ould Cheikh Abdallahi, participation à l’élection, formation d’un gouvernement de consensus… 

Peut-on encore trouver la troisième voie ? 

 

Le général démissionnaire Mohamed Ould Abdel Aziz l’a dit dans une récente interview : toutes les portes restent ouvertes au dialogue. Ceux du Front national pour la défense de la démocratie (FNDD) se déclarent prêts eux aussi à poursuivre le dialogue en vue de trouver une solution à la crise actuelle. Le chef de file de l’opposition, président du Rassemblement des forces démocratiques (RFD) n’a pas refermé les portes du dialogue qu’il dit espérer. 

Sur le plan de l’atmosphère, deux nouvelles donnes qui encourage la reprise des médiations visant à trouver une issue acceptable pour tous : la démission du Général et les messages, désormais moins engagés, de la communauté internationale. La première ouvre de nouvelles perspectives qui doivent être saisies. La seconde oblige l’opposition à revoir sa stratégie qui a basé jusqu’à présent son action sur la possibilité d’un encerclement de la junte à partir de l’extérieur. Conséquences immédiates de ces donnes : le déploiement d’un nouveau dispositif à la tête de l’Etat et la reprise de l’initiative de manifester par l’opposition. 

Le Président de la République intérimaire l’a dit à ceux qu’il a reçus : il a la latitude et même l’obligation morale de chercher des solutions pour la crise. Les Généraux Ould Abdel Aziz, démissionnaire, et Ould Ghazwani qui a pris la tête du Haut conseil d’Etat n’auraient opposé aucune réticence vis-à-vis de cette perspective. Ils l’encourageraient même. Quels schémas possibles ? 

Le principe du recul de la date du scrutin peut être retenu dans le cadre d’une vision globale de solution. Ce serait d’abord en contrepartie d’un engagement de toutes les parties à participer à l’élection. Il faudra ensuite réfléchir aux modalités de la transition : mise en place d’un gouvernement d’union ou de large consensus, consensus autour des institutions électorales… Tout cela doit être accompagné – ou précédé – par l’apaisement des rapports entre les acteurs. 

Côté opposition, même si on parle de moins en moins de l’exigence du retour au pouvoir de Ould Cheikh Abdallahi, on s’en tient désormais à la «volonté de faire échouer l’agenda unilatéral». Aux yeux des leaders du FNDD, l’échec de l’agenda commence par le recul de la date du scrutin. Ils se refusent à présent à aller au-delà. «C’est seulement après le report de la date que les discussions et le dialogue doivent être ouverts», précise un dirigeant du FNDD. 

Côté RFD, on continue de poser la condition de la non-éligibilité des militaires et du Général Ould Abdel Aziz en particulier. Même si la rupture entre le RFD et le pouvoir n’est pas consommée, les relations sont au plus bas depuis les dernières sorties du Général et du chef de file de l’opposition. Rien ne va plus. Du moins rien n’est plus comme avant. Pourtant on parle aujourd’hui des propositions qui auraient été faites par le pouvoir au président du RFD pour l’amener à continuer sur la lancée de l’après-août. De sources dignes de foi, Ould Daddah aurait reçu la proposition de prendre à lui une part du gouvernement, notamment les postes de Premier ministre, de ministre de l’intérieur… Les proches du Général disent que celui-ci aurait proposé à Ould Daddah «non seulement de composer le gouvernement qu’il veut, mais aussi la CENI qu’il veut et surtout l’obligation pour l’un et pour l’autre d’être impliqué dans la gestion de l’après élection». En d’autres termes, celui qui perd est tenu de soutenir et même de servir la cause de l’autre. 

Côté pouvoir, on s’en tient au fait que toutes les portes restent ouvertes pour amener les parties à dialoguer. Seulement rien n’est fait concrètement. Même si on avance que «depuis le début, le Général Ould Abdel Aziz a essayé de se faire accompagner par les acteurs politiques». Et de rappeler qu’au tout début le Haut conseil d’Etat avait été pensé comme une structure mixte (5 civils et 5 militaires). Puis que la mise en place du gouvernement a pris du temps, parce que les militaires avaient voulu impliquer franchement les formations politiques présentes. Tout cela n’a finalement servi à rien et la scène a été le théâtre d’un affrontement passionné. Pendant que les menaces pleuvaient de l’extérieur. Aujourd’hui, la situation est toujours confuse, toujours porteuse de gros risques. Il y a lieu donc de se poser la question de savoir quelles opportunités pour les différentes intermédiations ? 

Sur le plan national, l’initiative dite «Appel pour la sauvegarde de la Mauritanie» animée par Cheikh Sid’Ahmed Ould Babamine, Me Mahfoud Ould Bettah, Kane Bouna, Dahane Ould Ahmed Mahmoud… cette initiative a jugé que ses appels au dialogue n’ont pas été écoutés après deux mois de contacts tous azimuts. Selon les animateurs de l’initiative, «les parties prenantes et en particulier le HCE, actuel détenteur du pouvoir, doivent assumer devant l’histoire, la responsabilité des conséquences de cette situation pour la stabilité du pays». Il ne faut pas pour autant en tirer la conclusion de l’échec pur et simple. Parce que «seules des élections présidentielles organisées à la suite d’un consensus national peuvent constituer une solution à l’actuelle crise», il faut continuer à espérer que le dialogue en vue de cela continue. Dans ce cadre, l’initiative engage « tous les protagonistes et l’ensemble des acteurs politiques à se ressaisir, pendant qu’il est encore temps, pour sauver le pays des risques majeurs qui le menacent dans sa pérennité« . 

La proposition développée par les animateurs de l’initiative s’articulait autour de la nécessité de trouver une solution politique comportant des réponses de droits. Cela commence par la démission de Sidi Ould Cheikh Abdallahi et par son remplacement par le président du Sénat. La constitution d’un gouvernement d’unité et l’élaboration d’une transition consensuelle au terme de laquelle une élection ouverte à tous les prétendants va être organisée. 

Sur le plan international, l’on comptait beaucoup sur l’initiative d’intermédiation du Sénégal. D’abord rejetée par le FNDD (à l’issue de la première visite du ministre sénégalais des affaires étrangères), elle a été acceptée comme ultime démarche. Il était même question d’un déplacement de Ould Cheikh Abdallahi ces jours-ci au Sénégal. Seulement voilà que le président déchu renonce à ce voyage qui était perçu comme nouvelle opportunité. Prétexte invoqué : la présentation des lettres de créance du nouvel Ambassadeur de Mauritanie au Sénégal. En effet c’est ce weekend que Sidi Ould Didi, habillé comme prévu dans la loi – depuis quelques décennies la tradition a été abandonnée -, a présenté ses lettres au Président Abdoulaye Wade. Ire dans le camp du FNDD qui y voit une disqualification de l’intermédiaire sénégalais. 

Déjà, le Guide de la Révolution libyenne, Moaamar Kadhafi a été disqualifié aux yeux du FNDD par ses interventions multipliées normalisant les rapports avec la junte. «Nous n’accepterons plus de dialoguer sous les auspices de la Libye et surtout pas à Tripoli», déclarent certains grands leaders du FNDD. Alors comment faire si la présidence de l’Union Africaine est écartée ou éliminée de la médiation ? 

Le FNDD semble avoir trouvé la réponse dans l’action continue sur la scène nationale. Il a trouvé en Ahmed Ould Daddah un allié inespéré. Du coup les haches de guerre ont été enterrées. Les bons mots et les formules de convenances ont pris la place des méchancetés d’il y a peu. Mais jusqu’où cette alliance peut-elle fonctionner ? 

La confiance entre les hommes politiques de la scène nationale a été altérée par les comportements des uns et des autres vis-à-vis des uns et des autres. Même si en politique il ne faut jurer de rien, les divergences et les animosités restent profondes. Les quinze dernières années ayant été marquées par les trahisons des uns, l’agressivité des autres. Mais au-delà de ces divergences qui restent profondes, il y a aussi les questions d’intérêt et de stratégie qui font que les partis politiques battant pavillon ‘Opposition’, sont loin d’être condamnés à continuer ensemble une route qu’ils conçoivent chacun à travers son propre prisme. 

Il n’y a que Ould Daddah parmi les leaders de l’opposition actuelle à pouvoir aspirer à accéder au pouvoir suprême. Les autres se savent condamnés à chercher à participer à un «pouvoir en place». L’attitude mental n’est donc pas la même. Autant le premier doit adopter l’attitude de rejet de tout ce qui peut gêner la conquête du pouvoir. Autant les seconds chercheront toujours à s’inscrire dans la perspective de celui qui tire les ficelles. Ould Daddah est loin d’être pour eux l’homme idéal. Ce qui explique en partie toutes les divergences encore vivaces. 

On peut imaginer l’après-6 juin, un peu comme l’après-26 janvier 1992 : une opposition qui refuse de reconnaître la légalité du pouvoir et sa légitimité, qui compte d’abord sur l’intransigeance extérieure, qui boycotte en conséquence la suite du processus électoral (mars-avril 92), qui s’isole sur le plan intérieur en attendant que le pouvoir normalise ses relations avec l’extérieur. C’est ce qui a permis à Ould Taya de régner 13 ans de plus. 

Si le pouvoir issu du 6/6 décide de renouveler l’Assemblée et les conseils municipaux, qu’est-ce qui restera aux partis politiques qui contestent le processus initié par les militaires ? En participant, ils légitiment ce qu’ils rejettent aujourd’hui. En boycottant, ils se condamnent à rester à l’écart. 

Jusque-là, la classe politique a été incapable d’anticiper. Elle s’est contentée de réagir aux décisions du pouvoir. «Il faut amener nos hommes politiques à voir loin et juste et à agir en conséquence», disait récemment un observateur. Il en est temps. 

 

Ould Oumeïr 

 

Encadré : 

S’en sortir, c’est possible 

 

Selon l’initiative «Pour la sauvegarde de la Mauritanie», l’ébauche de dialogue national a permis de fixer certains points : 

1.Instauration d’un climat de confiance à travers la cessation de toute propagande politique hostile et d’autre gages définis ensemble ; 

2. les points d’accord sont : organisation d’une élection présidentielle anticipée, formation d’une gouvernement consensuel ayant en charge l’organisation de l’élection, et la mise en place d’une CENI consensuelle ; 

3. Les points de désaccord sont : la direction de la transition, la date de l’élection et l’inéligibilité des membres du HCE ou des militaires en général. 

 

Il est à observer selon l’initiative que : le président du Sénat ne peut assurer l’intérim que du Président de la République élu, «le Président de la République ne peut pas superviser des élections présidentielles anticipées puisqu’elles ne peuvent avoir lieu qu’en cas de vacance ou d’empêchement (art 40 de la Constitution)», pour ce qui est de la date, les parlementaires de la majorité avaient demandé 14 mois à compter du 6 août soit Octobre 2009 et la Constitution prévoit trois mois à partir de la vacance constatée par le Conseil constitutionnel 

 

 

Encadré : 

Observateurs ACP 

 

(masdarinfo) À l’occasion de la réunion du Comité des Ambassadeurs du Groupe des ACP, tenue le 21 Avril à Bruxelles, le Groupe des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) a décidé qu’il allait envoyer une mission pour observer la prochaine élection présidentielle qui se tiendra en Mauritanie le 6 juin prochain.
La recommandation du Comité des Questions Politiques, Sociales et Humanitaires concernant l’observation des élections qui vont avoir lieu a été approuvée par les Ambassadeurs et l’envoi d’une mission d’observation électorale en Mauritanie a été décidé.
 La Mauritanie est liée à l’Union Européenne (UE) dans le cadre de l’Accord de Cotonou qui régit la coopération économique entre les pays ACP et l’UE.
 Cette décision s’inscrit dans le prolongement de l’accompagnement du Groupe ACP qui s’était déjà manifesté par l’envoi d’une mission ACP en octobre dernier et par l’assistance apportée dans les consultations avec l’UE au titre de l’article 96 de l’Accord de Cotonou. 


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