27 04 2009
Maoulid d’avril 2009 : 

Tous les chemins mènent à Boubacar 

  

Depuis dix jours, des milliers de musulmans se retrouvent à la localité de Boubacar. Pour commémorer l’anniversaire et le baptême du Prophète (PSL) selon le calendrier grégorien. Ils sont venus de l’intérieur du pays, de l’Afrique subsaharienne et du monde arabe. Durant deux semaines, l’arabité croise fraternellement l’africanité sur le sol mauritanien. Témoignant ainsi le vieux dicton selon lequel la Mauritanie constitue un trait d’union entre l’Afrique noire et le monde arabe. 

Une citadelle de spiritualité 

Le village de Boubacar se situe dans la moughatââ de R’kiz, dans cette région appelée communément «Li’guel». Une région qui a toujours passionné les chercheurs. Surtout ceux de la Vérité. Noubaghiya , Maata Moulana, Boubacar, Toumbaya’ly, Bab El Vethe, Bareïna… autant de localités dans lesquelles l’identité ne renvoie pas ni à la tribu ni à l’ethnie, mais à l’Unique. Ici, on apprend à personnifier les caractères «standard» du soufi : amour, autocritique, pitié, pacifisme, pardon, piété… Le soufisme qui a appris à l’imam Chaf’i, selon lui, «ces deux aphorismes que nul autre ne m’a enseignés : l’instant est comme une épée, si tu ne le tranches pas c’est lui qui te tranchera, et occupe ton âme avec le bien sinon elle t’occupera avec le mal». Les soufis qui sont, selon l’imam Razi, «un groupe qui travaille avec réflexion sur le détachement du soi et des pièges de la vie matérielle. (…) En réalité, ce sont les meilleurs de toutes les races des êtres humains». Même l’imam Ahmed Ibn Hanbal a incité son fils, selon Cheikh Qutb al Din Ibn Ayman, à fréquenter les soufis qui «ont atteint un degré de pureté d’intention qui nous fait encore défaut». Ce n’est pas pour rien donc si la région de Li’guel attirait beaucoup de gens qui veulent atteindre ce «degré de pureté d’intention». Et atteindre d’autres objectifs. 

Mais le soufisme «li’guelois» se définit par la Tijaniya , une confréries qui a jailli de deux «périphériques» de la «terre de l’islam» : Al Maghreb Al islami et Afriqiya, deux régions qui, question de choc entre le centre et le périphérique, étaient toujours rebelles aux tentatives de faire «parrainer le Maghreb par le Machrek». Son fondateur, Cheikh Ahmed Tidjani (1737-1815), assure avoir vu, en état d’éveil, son noble aïeul le Prophète Mohamed (PSL) qui lui a transmis (en 1781/1782) les oraisons de sa confrérie. La vision du Prophète (PSL) à l’œil nu sera courante pour lui. Ce qui ne manque pas d’être rétracté par certains oulémas qui y voient une prétention sans fondement et voient en Tidjaniya une nouvelle religion ou, au moins, une ‘innovation maudite’. 

La Tarika (confrérie) tidjane prendra une allure importante avec son entrée en Mauritanie (avant la lettre), grâce à Cheikh Mohamed El Hafedh Ech Chinguitty. Célèbre savant de cet «épaule isthmique», Cheikh Mohamed El Hafedh s’est rendu à La Mecque pour le pèlerinage. A son retour, il passe par Fès où sa résidence a duré deux ans pour prendre la Tarika directement de Cheikh Tidjani. Celui-ci le renvoie par la suite dans son pays avec l’autorisation de transmettre ce qu’il a appris. 

  

Le «Vent du Sud» souffle sur la Mauritanie 

Au milieu du XX siècle, une autre couleur entre avec force dans l’arabesque de la région. Il s’agit de la Fayda (Profusion) tidjaniya, initiée par Cheikh Ibrahima Niasse. Avec lui, tous les musulmans se verront représentés : les Dhahirites et les Batinites, les rationnels et les traditionnels, les gens de la Charia et ceux de la Tariqa … Il dira qu’il dispose de deux maîtres, «mon maître apparent : c’est le Coran et la Sunna , nul ne les comprend plus que moi et mon maître dans le caché, Cheikh Ahmed Tijane, je ne me sépare jamais de lui». 

Dans les années soixante, les saoudiens ont consulté les oulémas musulmans pour un éventuel déplacement du «Maqam Ibrahim» (l’endroit où Abraham s’est tenu debout pour construire la Ka ’ba). Presque tous les oulémas ont donné leur feu vert. Mais, Cheikh Ibrahim, lui, a exprimé un non catégorique. Une position qui sera, par la suite, l’objet d’un consensus d’oulémas musulmans. Ce qui lui vaudra un témoignage vibrant d’officieux saoudiens. L’imam d’El Azhar l’invitera au Caire. Il dirige la prière du vendredi dans cette fameuse institution. Après des rencontres avec les oulémas, ceux-ci s’étaient d’accord pour lui attribuer le titre de «Cheikh Al Islam». D’outre, il a lutté contre l’ingérence de la France dans les affaires intérieures des africains après leur indépendance. Il était, jusqu’à son décès en 1975, un farouche opposant à la Constitution laïc du Sénégal et au président Senghor, parce qu’«un pays à une majorité musulmane ne doit pas être dirigé par un président non musulman». 

Mais, le fait le plus marquant dans sa vie reste son amour profond du Prophète (PSL). Il suffit de savoir qu’il a donné à presque tous ses fils des noms du Prophète (PSL). Que la quasi-totalité de ses œuvres est formée d’éloges du Prophète (PSL). Qu’il a milité pour l’élection et la réélection d’Ahmedou Ould Horma Ould Babana en Mauritanie et pour l’élection de Lamine Guèye au Sénégal pour la simple raison que ces deux candidats portaient le nom du Prophète (PSL). Cet amour l’a poussé à commémorer l’anniversaire du Prophète (PSL) selon le calendrier grégorien. Ce qui n’est pas courant chez lui. 

  

Une célébration qu’on veut controverser: 

Si une foule de gens se retrouve à Boubacar pour commémorer les 20 et 27 avril, certains doutent encore sur la conformité de cette commémoration avec la Charia. Ils amalgament souvent la commémoration d’un anniversaire avec la célébration d’une fête religieuse. 

En effet, jusqu’à son décès, le Prophète (PSL) n’a célébré que deux fêtes religieuses : l’Aid El Kebir (Tabaski) et l’Aid d’El fitr (la fin du ramadan). Et jusqu’à la fin du troisième siècle hégire, aucune commémoration n’a été faite à l’anniversaire du Prophète (PSL). Ce qui est suffisant pour les salafistes, qui se dotent d’un nombre infini de tribunes, grâce notamment à leurs pétrodollars qui leur permettent de contrôler les médias, pour qu’ils diabolisent une telle commémoration. Après tout, leur credo leur stipule, grosso modo, de diaboliser chaque acte qu’un musulman commet sans disposer de preuves tangibles confirmant que le Prophète (PSL) l’ait commis. 

Pour la plupart des musulmans, le Prophète (PSL) ne pouvait pas commémorer son propre anniversaire. D’abord, parce qu’il craignait que ce soit obligatoire. Ensuite, parce qu’il n’a pas eu l’habitude de s’honorer. Et la preuve en est que malgré que des pratiques de gens peu civilisés le gênaient, il devait attendre le Coran descendre : «Ô vous qui croyez. N’entrez pas dans les demeures du Prophète, à moins qu’une invitation ne vous soit faite à un repas, sans être là à attendre sa cuisson (…) Cela faisait de la peine au Prophète, mais il se gênait de vous (congédier), alors qu’Allah ne se gêne pas de la vérité». 

Selon un savant qui essayait de justifier la commémoration, «Allah nous a ordonné d’accorder au Prophète (PSL) tout le respect et la glorification que nous pouvons imaginer, sans pour autant le diviniser. Et la commémoration de son anniversaire est la moindre chose qu’on puisse faire pour lui». Un autre savant dira que «comme tous les Etats commémorent leurs journées nationales et comme les individus fêtent leurs anniversaires pour montrer leur joie et leur bonheur, les musulmans et l’humanité toute entière doivent commémorer l’anniversaire du Prophète (PSL), le Préféré d’Allah et la miséricorde de l’univers». Il évoque le fait que le Prophète (PSL) a fait d’allusions pour que les musulmans commémorent plus tard son anniversaire : il a ordonné le jeûne du lundi, ajoutant que «c’est le jour où je suis né», il a égorgé, tardivement certes, deux ‘gras béliers encornés’ pour son baptême, «s’ajoute à cela que la commémoration de son anniversaire a fait l’unanimité de tous les musulmans pendant deux siècles, et ‘le consensus est une des sources de la législation en islam’». 

Toujours est-il que la quasi-totalité des oulémas sont unanimes sur le fait que la nuit qui a connu la naissance du prophète (PSL) est la meilleure nuit qu’Allah n’a jamais faite. Et si « la Nuit du Destin (Leïletoul Qadr) est meilleure que mille mois» parce que «durant celle-ci descendent les Anges, ainsi que l’Esprit», la nuit de la naissance du Prophète (PSL) est meilleure que touts les mois et tous les ans, parce qu’elle a connu la parution de leur maître. 

Pour Cheikh Ibrahim Niasse, en plus des arguments que les oulémas ‘pro-commémoration’ ont avancés, il y a un verset coranique qui l’interpelle, et avec lui ses adeptes, à la commémoration. Si Allah dit au Prophète (PSL) : «Et tout ce que Nous te racontons des récits des messages, c’est pour en raffermir ton cœur», Il nous ordonne, implicitement, de nous réunir régulièrement nous raconter les récits du prophète (PSL), «pour en raffermir nos cœurs». 

  

Rendre 20 et 27 avril augustes 

Pour les adeptes de Cheikh Ould Khaïry, l’anniversaire du Prophète (PSL) ce n’est pas seulement le 12 Rabii Lewal de l’hégire, mais également le 20 avril, date de sa naissance dans le calendrier grégorien. Et ils ne sont pas les premiers à penser ainsi. Thierno Ibrahima Diallo, marabout, chercheur et grand connaisseur des tenants et aboutissants de la Fayda confie que «Cheikh Ibrahim, vers les dernières années de sa vie, a commencé à commémorer cette date du 20 avril à sa maison de Dieuppeul sise à Dakar. Ce qui se poursuit à ce jour par la famille». Poursuivant que «Cheikh Ould Khaïry est le premier à suivre ses pas en commémorant, aussi ostensiblement, cette date dans sa cité bénie de Boubacar». 

Pour le professeur Mohammeddou Yahya Ould Khaïry, grand savant qui honore toute la région et chef du village de Boubacar «les raisons qui nous poussent à commémorer le 12 Rabii Lawal sont les mêmes qui nous poussent à commémorer le 20 avril : la parution du Prophète (PSL) au grand jour». Le professeur a ensuite paraphrasé des poèmes de Cheikh Beddy Ould Sidina dans lesquels Ould Sidina a chanté le mois d’avril «le mois de largesse», et le 20 de ce mois «le jour qui a illuminé pour celui qui a englobé tous les gloires», après avoir chanté le 12 Rabii Lewal. 

Rappelons que Cheikh Beddy est de la première génération de la confrérie Tidjaniya en Mauritanie. Il est plus connu sous l’appellation ‘Hassan Tarik (le Hassan de la Confrérie )’, allusion au compagnon et poète du Prophète (PSL), Hassan Ibn Thabet. La même année qui a connu son décès a connu la naissance du père de Cheikh Ibrahim Niasse, El Haj Abdoulaye Niasse.

Mechri Ould Rabbany

Source : La Tribune n°446


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