• Accueil
  • > Archives pour le Lundi 27 avril 2009

Les Echos Par Mohamed Fouad Barrada

27042009

Le général politisé,  les  commandements de la concertation 

Le conseil constitutionnel s’est prononcé sur la candidature du Général.    Sous réserve ou pas.  Peu importe pour  lui, il est  momentanément civil.  En apparence, il est démissionnaire.  En réalité, les choses ne sont pas tout à fait évidentes.   Il est incontestablement l’homme fort du pays. Il a su avec intelligence fractionner  le  RFD  en deux fractions  tout en réservant pour le moment la cohésion de l’armée nationale. Il a pu pour ainsi dire récupérer la question du passif humanitaire. En en temps record, il a  attiré  la  sympathie des  ‘négro mauritaniens’.  La vitesse et la réactivité du Général sont frappantes. Il est en guerre. Et si on dit qu’il est en  guerre, c’est qu’il avance ses pions.   Pour atteindre  ces objectifs il a su  manipuler  à tort  ou à raison l’ancien président élu démocratiquement pour qu’il soit général des généraux.  Il  s’est fixé  ensuite  un objectif politique. En effet,  la classe politique  est loin d’être unanime sur une  option, une vision qui peut sortir le pays de son  marasme actuel. Elle est  conditionnée   par les actions  du Général. Celui-ci  rafle les acquis de sa courte transition. Il  a avec un  discours populiste  touché le cœur du simple citoyen.  Est-il populaire ?

Il est devenu, certes, populaire.  La question est alors  jusqu’à quand?

Sa tactique est purement courte.  S’agissant du débat politique,  il était  vigilent. Il voulait  la composition d’un gouvernement d’union nationale. Etait-il sincère ?

«  Nous étions prêts  à  une ouverture, mais le FNDD  a  rejeté toutes les propositions », annote-t-il  dans une récente interview.  

Dans les faits, après les journées de concertation, qui ont été acceptées  par le RFD et  boycottées par le FNDD, l’opposition a reçu  trois propositions. L’une est adressée par  les frondeurs ‘pro- généraux’.  La proposition consistait  à discuter  sur les sujets politiques. Les antagonistes devaient, en perspective, avancer  chacun deux représentants par parti. La discussion n’a  pas abouti.

La deuxième tentative était celle de se mettre d’accord sur une nouvelle  concertation. C’était après la vision unilatérale de la candidature  du général  et la fixation du 6 juin comme date des élections. Le FNDD a rejeté catégoriquement l’offre.  Les justifications se résument ainsi : comment vous pouvez expliquer une attitude qui consiste  à nous inviter dans  les sièges des partis de nos adversaires  alors que c’était mieux de s’entendre  sur les modalités de discussion, martelait  Ould Bedredine. En outre, «  nous n’avons aucun problème avec nos amis parlementaires. Car nous devons régler le problème avec le général.  Ce dernier n’écoute personne », ajoute-t-il en substance dans un récent débat politique.  

Il est à préciser que le général avait mentionné qu’il est ‘disposé’  au dialogue avant et après le 6 juin.  Toutefois, une nouvelle initiative déclenchée par des politiques et des anciens militaires, notamment  Ould  Babamine ancien président de la commission nationale  indépendante de la supervision des élections et Dahane  O  Mohamed Mahoumou ancien ministre  sous plusieurs régimes et  chef d’un parti politique,  a  été avortée.  Les chefs de file de cette initiative déclaraient  que les propos  des parlementaires pro  général n’étaient pas clairs quant à la recherche d’une solution de la crise politique mauritanienne.            

En toute vraisemblance, la démocratie mauritanienne est guidée  par la ’réactionalité’. Le limogeage des  généraux a été une réaction.  Le  coup  d’Etat   du  6 août 2008  était aussi   une réaction militaire.  Le mouvement et les manifestations de l’opposition  ont été encore des réactions alimentées par des actes des députés  pro putsch influencés  par le jeu politique.    Que faire alors ?   

Développer la ‘pro-activité’ qui se matérialise par l’acceptation de l’autre et l’aptitude à  proposer.  En effet, dans le débat politique les opposants et les frondeurs  avancent   rarement des solutions adéquates. Les uns cherchent   à discréditer les autres  et vice versa.  En fait, pour qu’il y ait  une  procédure de concertation, il demeure évident de suivre plusieurs actes :

Acte numéro 1 : être mauritanien.  Acte numéro 2 : rentrer dans le processus de concertation sans condition. Acte numéro 3 : s’éloigner de la position  de force. Acte numéro 4 : développer une culture d’écoute. Acte numéro 5 : chercher l’intérêt  général.

  m_barrada@yahoo.fr

Source : La Tribune n°446




Les Echos Par Mohamed Fouad Barrada

27042009

Le général politisé,  les  commandements de la concertation 

Le conseil constitutionnel s’est prononcé sur la candidature du Général.    Sous réserve ou pas.  Peu importe pour  lui, il est  momentanément civil.  En apparence, il est démissionnaire.  En réalité, les choses ne sont pas tout à fait évidentes.   Il est incontestablement l’homme fort du pays. Il a su avec intelligence fractionner  le  RFD  en deux fractions  tout en réservant pour le moment la cohésion de l’armée nationale. Il a pu pour ainsi dire récupérer la question du passif humanitaire. En en temps record, il a  attiré  la  sympathie des  ‘négro mauritaniens’.  La vitesse et la réactivité du Général sont frappantes. Il est en guerre. Et si on dit qu’il est en  guerre, c’est qu’il avance ses pions.   Pour atteindre  ces objectifs il a su  manipuler  à tort  ou à raison l’ancien président élu démocratiquement pour qu’il soit général des généraux.  Il  s’est fixé  ensuite  un objectif politique. En effet,  la classe politique  est loin d’être unanime sur une  option, une vision qui peut sortir le pays de son  marasme actuel. Elle est  conditionnée   par les actions  du Général. Celui-ci  rafle les acquis de sa courte transition. Il  a avec un  discours populiste  touché le cœur du simple citoyen.  Est-il populaire ?

Il est devenu, certes, populaire.  La question est alors  jusqu’à quand?

Sa tactique est purement courte.  S’agissant du débat politique,  il était  vigilent. Il voulait  la composition d’un gouvernement d’union nationale. Etait-il sincère ?

«  Nous étions prêts  à  une ouverture, mais le FNDD  a  rejeté toutes les propositions », annote-t-il  dans une récente interview.  

Dans les faits, après les journées de concertation, qui ont été acceptées  par le RFD et  boycottées par le FNDD, l’opposition a reçu  trois propositions. L’une est adressée par  les frondeurs ‘pro- généraux’.  La proposition consistait  à discuter  sur les sujets politiques. Les antagonistes devaient, en perspective, avancer  chacun deux représentants par parti. La discussion n’a  pas abouti.

La deuxième tentative était celle de se mettre d’accord sur une nouvelle  concertation. C’était après la vision unilatérale de la candidature  du général  et la fixation du 6 juin comme date des élections. Le FNDD a rejeté catégoriquement l’offre.  Les justifications se résument ainsi : comment vous pouvez expliquer une attitude qui consiste  à nous inviter dans  les sièges des partis de nos adversaires  alors que c’était mieux de s’entendre  sur les modalités de discussion, martelait  Ould Bedredine. En outre, «  nous n’avons aucun problème avec nos amis parlementaires. Car nous devons régler le problème avec le général.  Ce dernier n’écoute personne », ajoute-t-il en substance dans un récent débat politique.  

Il est à préciser que le général avait mentionné qu’il est ‘disposé’  au dialogue avant et après le 6 juin.  Toutefois, une nouvelle initiative déclenchée par des politiques et des anciens militaires, notamment  Ould  Babamine ancien président de la commission nationale  indépendante de la supervision des élections et Dahane  O  Mohamed Mahoumou ancien ministre  sous plusieurs régimes et  chef d’un parti politique,  a  été avortée.  Les chefs de file de cette initiative déclaraient  que les propos  des parlementaires pro  général n’étaient pas clairs quant à la recherche d’une solution de la crise politique mauritanienne.            

En toute vraisemblance, la démocratie mauritanienne est guidée  par la ’réactionalité’. Le limogeage des  généraux a été une réaction.  Le  coup  d’Etat   du  6 août 2008  était aussi   une réaction militaire.  Le mouvement et les manifestations de l’opposition  ont été encore des réactions alimentées par des actes des députés  pro putsch influencés  par le jeu politique.    Que faire alors ?   

Développer la ‘pro-activité’ qui se matérialise par l’acceptation de l’autre et l’aptitude à  proposer.  En effet, dans le débat politique les opposants et les frondeurs  avancent   rarement des solutions adéquates. Les uns cherchent   à discréditer les autres  et vice versa.  En fait, pour qu’il y ait  une  procédure de concertation, il demeure évident de suivre plusieurs actes :

Acte numéro 1 : être mauritanien.  Acte numéro 2 : rentrer dans le processus de concertation sans condition. Acte numéro 3 : s’éloigner de la position  de force. Acte numéro 4 : développer une culture d’écoute. Acte numéro 5 : chercher l’intérêt  général.

  m_barrada@yahoo.fr

Source : La Tribune n°446




27042009
Maoulid d’avril 2009 : 

Tous les chemins mènent à Boubacar 

  

Depuis dix jours, des milliers de musulmans se retrouvent à la localité de Boubacar. Pour commémorer l’anniversaire et le baptême du Prophète (PSL) selon le calendrier grégorien. Ils sont venus de l’intérieur du pays, de l’Afrique subsaharienne et du monde arabe. Durant deux semaines, l’arabité croise fraternellement l’africanité sur le sol mauritanien. Témoignant ainsi le vieux dicton selon lequel la Mauritanie constitue un trait d’union entre l’Afrique noire et le monde arabe. 

Une citadelle de spiritualité 

Le village de Boubacar se situe dans la moughatââ de R’kiz, dans cette région appelée communément «Li’guel». Une région qui a toujours passionné les chercheurs. Surtout ceux de la Vérité. Noubaghiya , Maata Moulana, Boubacar, Toumbaya’ly, Bab El Vethe, Bareïna… autant de localités dans lesquelles l’identité ne renvoie pas ni à la tribu ni à l’ethnie, mais à l’Unique. Ici, on apprend à personnifier les caractères «standard» du soufi : amour, autocritique, pitié, pacifisme, pardon, piété… Le soufisme qui a appris à l’imam Chaf’i, selon lui, «ces deux aphorismes que nul autre ne m’a enseignés : l’instant est comme une épée, si tu ne le tranches pas c’est lui qui te tranchera, et occupe ton âme avec le bien sinon elle t’occupera avec le mal». Les soufis qui sont, selon l’imam Razi, «un groupe qui travaille avec réflexion sur le détachement du soi et des pièges de la vie matérielle. (…) En réalité, ce sont les meilleurs de toutes les races des êtres humains». Même l’imam Ahmed Ibn Hanbal a incité son fils, selon Cheikh Qutb al Din Ibn Ayman, à fréquenter les soufis qui «ont atteint un degré de pureté d’intention qui nous fait encore défaut». Ce n’est pas pour rien donc si la région de Li’guel attirait beaucoup de gens qui veulent atteindre ce «degré de pureté d’intention». Et atteindre d’autres objectifs. 

Mais le soufisme «li’guelois» se définit par la Tijaniya , une confréries qui a jailli de deux «périphériques» de la «terre de l’islam» : Al Maghreb Al islami et Afriqiya, deux régions qui, question de choc entre le centre et le périphérique, étaient toujours rebelles aux tentatives de faire «parrainer le Maghreb par le Machrek». Son fondateur, Cheikh Ahmed Tidjani (1737-1815), assure avoir vu, en état d’éveil, son noble aïeul le Prophète Mohamed (PSL) qui lui a transmis (en 1781/1782) les oraisons de sa confrérie. La vision du Prophète (PSL) à l’œil nu sera courante pour lui. Ce qui ne manque pas d’être rétracté par certains oulémas qui y voient une prétention sans fondement et voient en Tidjaniya une nouvelle religion ou, au moins, une ‘innovation maudite’. 

La Tarika (confrérie) tidjane prendra une allure importante avec son entrée en Mauritanie (avant la lettre), grâce à Cheikh Mohamed El Hafedh Ech Chinguitty. Célèbre savant de cet «épaule isthmique», Cheikh Mohamed El Hafedh s’est rendu à La Mecque pour le pèlerinage. A son retour, il passe par Fès où sa résidence a duré deux ans pour prendre la Tarika directement de Cheikh Tidjani. Celui-ci le renvoie par la suite dans son pays avec l’autorisation de transmettre ce qu’il a appris. 

  

Le «Vent du Sud» souffle sur la Mauritanie 

Au milieu du XX siècle, une autre couleur entre avec force dans l’arabesque de la région. Il s’agit de la Fayda (Profusion) tidjaniya, initiée par Cheikh Ibrahima Niasse. Avec lui, tous les musulmans se verront représentés : les Dhahirites et les Batinites, les rationnels et les traditionnels, les gens de la Charia et ceux de la Tariqa … Il dira qu’il dispose de deux maîtres, «mon maître apparent : c’est le Coran et la Sunna , nul ne les comprend plus que moi et mon maître dans le caché, Cheikh Ahmed Tijane, je ne me sépare jamais de lui». 

Dans les années soixante, les saoudiens ont consulté les oulémas musulmans pour un éventuel déplacement du «Maqam Ibrahim» (l’endroit où Abraham s’est tenu debout pour construire la Ka ’ba). Presque tous les oulémas ont donné leur feu vert. Mais, Cheikh Ibrahim, lui, a exprimé un non catégorique. Une position qui sera, par la suite, l’objet d’un consensus d’oulémas musulmans. Ce qui lui vaudra un témoignage vibrant d’officieux saoudiens. L’imam d’El Azhar l’invitera au Caire. Il dirige la prière du vendredi dans cette fameuse institution. Après des rencontres avec les oulémas, ceux-ci s’étaient d’accord pour lui attribuer le titre de «Cheikh Al Islam». D’outre, il a lutté contre l’ingérence de la France dans les affaires intérieures des africains après leur indépendance. Il était, jusqu’à son décès en 1975, un farouche opposant à la Constitution laïc du Sénégal et au président Senghor, parce qu’«un pays à une majorité musulmane ne doit pas être dirigé par un président non musulman». 

Mais, le fait le plus marquant dans sa vie reste son amour profond du Prophète (PSL). Il suffit de savoir qu’il a donné à presque tous ses fils des noms du Prophète (PSL). Que la quasi-totalité de ses œuvres est formée d’éloges du Prophète (PSL). Qu’il a milité pour l’élection et la réélection d’Ahmedou Ould Horma Ould Babana en Mauritanie et pour l’élection de Lamine Guèye au Sénégal pour la simple raison que ces deux candidats portaient le nom du Prophète (PSL). Cet amour l’a poussé à commémorer l’anniversaire du Prophète (PSL) selon le calendrier grégorien. Ce qui n’est pas courant chez lui. 

  

Une célébration qu’on veut controverser: 

Si une foule de gens se retrouve à Boubacar pour commémorer les 20 et 27 avril, certains doutent encore sur la conformité de cette commémoration avec la Charia. Ils amalgament souvent la commémoration d’un anniversaire avec la célébration d’une fête religieuse. 

En effet, jusqu’à son décès, le Prophète (PSL) n’a célébré que deux fêtes religieuses : l’Aid El Kebir (Tabaski) et l’Aid d’El fitr (la fin du ramadan). Et jusqu’à la fin du troisième siècle hégire, aucune commémoration n’a été faite à l’anniversaire du Prophète (PSL). Ce qui est suffisant pour les salafistes, qui se dotent d’un nombre infini de tribunes, grâce notamment à leurs pétrodollars qui leur permettent de contrôler les médias, pour qu’ils diabolisent une telle commémoration. Après tout, leur credo leur stipule, grosso modo, de diaboliser chaque acte qu’un musulman commet sans disposer de preuves tangibles confirmant que le Prophète (PSL) l’ait commis. 

Pour la plupart des musulmans, le Prophète (PSL) ne pouvait pas commémorer son propre anniversaire. D’abord, parce qu’il craignait que ce soit obligatoire. Ensuite, parce qu’il n’a pas eu l’habitude de s’honorer. Et la preuve en est que malgré que des pratiques de gens peu civilisés le gênaient, il devait attendre le Coran descendre : «Ô vous qui croyez. N’entrez pas dans les demeures du Prophète, à moins qu’une invitation ne vous soit faite à un repas, sans être là à attendre sa cuisson (…) Cela faisait de la peine au Prophète, mais il se gênait de vous (congédier), alors qu’Allah ne se gêne pas de la vérité». 

Selon un savant qui essayait de justifier la commémoration, «Allah nous a ordonné d’accorder au Prophète (PSL) tout le respect et la glorification que nous pouvons imaginer, sans pour autant le diviniser. Et la commémoration de son anniversaire est la moindre chose qu’on puisse faire pour lui». Un autre savant dira que «comme tous les Etats commémorent leurs journées nationales et comme les individus fêtent leurs anniversaires pour montrer leur joie et leur bonheur, les musulmans et l’humanité toute entière doivent commémorer l’anniversaire du Prophète (PSL), le Préféré d’Allah et la miséricorde de l’univers». Il évoque le fait que le Prophète (PSL) a fait d’allusions pour que les musulmans commémorent plus tard son anniversaire : il a ordonné le jeûne du lundi, ajoutant que «c’est le jour où je suis né», il a égorgé, tardivement certes, deux ‘gras béliers encornés’ pour son baptême, «s’ajoute à cela que la commémoration de son anniversaire a fait l’unanimité de tous les musulmans pendant deux siècles, et ‘le consensus est une des sources de la législation en islam’». 

Toujours est-il que la quasi-totalité des oulémas sont unanimes sur le fait que la nuit qui a connu la naissance du prophète (PSL) est la meilleure nuit qu’Allah n’a jamais faite. Et si « la Nuit du Destin (Leïletoul Qadr) est meilleure que mille mois» parce que «durant celle-ci descendent les Anges, ainsi que l’Esprit», la nuit de la naissance du Prophète (PSL) est meilleure que touts les mois et tous les ans, parce qu’elle a connu la parution de leur maître. 

Pour Cheikh Ibrahim Niasse, en plus des arguments que les oulémas ‘pro-commémoration’ ont avancés, il y a un verset coranique qui l’interpelle, et avec lui ses adeptes, à la commémoration. Si Allah dit au Prophète (PSL) : «Et tout ce que Nous te racontons des récits des messages, c’est pour en raffermir ton cœur», Il nous ordonne, implicitement, de nous réunir régulièrement nous raconter les récits du prophète (PSL), «pour en raffermir nos cœurs». 

  

Rendre 20 et 27 avril augustes 

Pour les adeptes de Cheikh Ould Khaïry, l’anniversaire du Prophète (PSL) ce n’est pas seulement le 12 Rabii Lewal de l’hégire, mais également le 20 avril, date de sa naissance dans le calendrier grégorien. Et ils ne sont pas les premiers à penser ainsi. Thierno Ibrahima Diallo, marabout, chercheur et grand connaisseur des tenants et aboutissants de la Fayda confie que «Cheikh Ibrahim, vers les dernières années de sa vie, a commencé à commémorer cette date du 20 avril à sa maison de Dieuppeul sise à Dakar. Ce qui se poursuit à ce jour par la famille». Poursuivant que «Cheikh Ould Khaïry est le premier à suivre ses pas en commémorant, aussi ostensiblement, cette date dans sa cité bénie de Boubacar». 

Pour le professeur Mohammeddou Yahya Ould Khaïry, grand savant qui honore toute la région et chef du village de Boubacar «les raisons qui nous poussent à commémorer le 12 Rabii Lawal sont les mêmes qui nous poussent à commémorer le 20 avril : la parution du Prophète (PSL) au grand jour». Le professeur a ensuite paraphrasé des poèmes de Cheikh Beddy Ould Sidina dans lesquels Ould Sidina a chanté le mois d’avril «le mois de largesse», et le 20 de ce mois «le jour qui a illuminé pour celui qui a englobé tous les gloires», après avoir chanté le 12 Rabii Lewal. 

Rappelons que Cheikh Beddy est de la première génération de la confrérie Tidjaniya en Mauritanie. Il est plus connu sous l’appellation ‘Hassan Tarik (le Hassan de la Confrérie )’, allusion au compagnon et poète du Prophète (PSL), Hassan Ibn Thabet. La même année qui a connu son décès a connu la naissance du père de Cheikh Ibrahim Niasse, El Haj Abdoulaye Niasse.

Mechri Ould Rabbany

Source : La Tribune n°446




Au Malawi, on mange à sa faim. Et en Mauritanie ?

27042009

Il a y a à peine une semaine, la chaine francophone TV5 a diffusé un documentaire réalisé par ARTE télévision. L’un de sujets abordés parlait du Malawi, un pays d’Afrique centrale qui a pu, au bout de trois ans, arriver à l’autosuffisance alimentaire grâce à un ambitieux programme gouvernemental d’aide aux agriculteurs.

Le souvenir de la famine et de la sécheresse est encore présent dans les esprits, les populations devaient se contenter des distributions de vivres faites par Oxfam et le PAM. Aujourd’hui, la plupart des familles agriculteurs mangent convenablement à leur faim et se permettent même de stocker ou vendre des sacs de blé. Comme quoi tout est question de bonne volonté politique.

L’une des principales caractéristiques du programme est la subvention des engrais pour les agriculteurs possédant une terre cultivable de moins d’un hectare. Elle leur permet d’acheter et de d’utiliser des engrais à des prix subventionnés ce qui leur permet d’augmenter considérablement leurs récoltes. Plus de 2 millions de malawites ont bénéficié de ce programme soit un peu moins des deux tiers de la population mauritanienne. Le succès mérite d’être salué. C’est une première sur ce continent meurtri par les guerres et les sécheresses. Ca prouve, si besoin en est, que nos pays recèlent d’énormes ressources dans tous les domaines et surtout dans le domaine agricole.

Mais pourtant l’Afrique est le continent qui souffre le plus de la famine. Pas seulement dans les pays où il ya des guerres civiles mais également dans des pays qui passent pour des modèles dans le continent mais dans lesquels un mal beaucoup plus intolérable que la guerre sévit : la mauvaise gestion.

J’étais content pour le Malawi mais j’ai ressenti énormément de regret parce que nous avions nous autre mauritaniens entrepris un programme similaire, tout aussi ambitieux. Mais le malheur et l’échec nous suivent dans tout ce que nous avons essayé de réaliser depuis des décennies. A qui incombe la responsabilité ? A ceux qui nous dirigent bien sûr mais également au peuple.

A nos dirigeants parce que tous ces échecs sont le fruit d’une instabilité politique cumulé depuis 1978. A chaque fois qu’un ambitieux programme est lancé ou qu’un important investissement nous est accordé, un coup d’état vient tout remettre en cause. Kaddafi avait parfaitement raison quand il a dit non sans ironie «  à chaque fois qu’on décidait de coopérer avec un président mauritanien, on nous informe le lendemain qu’il a été victime d’un coup d’état ». Il y avait beaucoup de vérité dans ces propos. L’union Européenne dirait certainement la même chose, le FMI et la Banque Mondiale aussi. C’est triste. On devrait y réfléchir. Notre pays n’est plus un jeune adolescent à qui on ne pourrait reprocher d’être stable. Il a presque 50 ans, n’est-ce pas l’âge de la raison et de la sagesse ? Absolument.

Une part de responsabilité revient au peuple parce qu’il n’a pas fait preuve de patriotisme et de dévouement nécessaire pour pousser l’Etat à aller de l’avant et de briser ce tabou extrêmement préjudiciable que tout le monde adopte et qui consiste à dire que la Mauritanie ne va pas changer. Il y a quelque part en nous une propension démesurée à la soumission à la fatalité du devenir. Rien n’est fatal. En partant de ce principe tout peux changer.

Momme Ducros




Edito de La Tribune Par Mohamed Fall O Oumère

27042009

 

 Au risque de choquer quelques anonymes du net qui auront à commenter violemment – et lâchement – ce qui est écrit ici, je dirai que Ba Mamadou dit M’Baré préside bien le pays. Il a la marge de manœuvre que lui donnent les textes régissant… la régence. Et s’il n’a pas le droit de prendre les décisions qui peuvent changer la donne, il peut toujours entreprendre toute action visant à trouver une solution à la crise. 

L’opposition peut amener le Président de la République intérimaire à s’impliquer plus et mieux. Notamment en proposant un schéma et en provoquant des négociations qui n’ont jamais eu lieu. 

Jusque-là le Président Ba M’Baré a rencontré «les partis de la majorité» (PRDR, RD, RPR…), les partis intermédiaires, quelques personnalités… Mais il lui reste à provoquer l’intérêt du Front national pour la défense de la démocratie (FNDD), du Rassemblement des forces démocratiques chef de file de l’opposition, des syndicats alignés – pour ne pas dire affiliés – sur les partis. Il doit, soit les convoquer par lui-même et le faire savoir publiquement, soit les inciter à demander son audience. Dans les deux cas, en ayant pour objectif principal de voir comment s’en sortir. 

Le Général Ould Abdel Aziz peut continuer la mise en pratique de son schéma. Mais ce n’est pas bon. Ni pour lui, ni pour le pays. Rien que parce qu’il devra faire des efforts supplémentaires pour faire passer son élection, ensuite pour se normaliser et enfin pour se légitimer. 

Il a tout intérêt à amener les Mauritaniens à sentir le moment non pas comme une ère de déchirures, mais plutôt comme une opportunité de convergence. C’est possible. Il ne faut pas se convaincre du contraire. 

Quand les rapports seront apaisés et que disparaîtront rancœurs et haines du langage du quotidien. Quand la médiocrité cessera d’occuper les premiers rangs de l’entourage. Quand le discours perdra de son agressivité. Quand la raison prendra le dessus sur les humeurs. Quand le projet sera affiné et qu’il cherchera à gagner par la force de la conviction et non celle des armes… alors seulement la vision sera sereine et pourra conquérir les cœurs. 

Mais est-ce au Général qu’il faut demander des comptes présentement ? Jouons le jeu. 

Le Président de la République est bien Ba M’Baré. C’est à lui en fait d’initier une dynamique d’apaisement et de convergence. Il en est responsable et s’il se sent incapable de le faire, il n’a qu’à démissionner. Quoi de plus facile pour un homme enraciné dans la culture du dialogue et de l’écoute ? 

On m’objectera toujours que nous vivons une situation inédite où les acteurs sont prisonniers des peurs et des appréhensions. Je rétorquerai encore que ce sont des moments comme celui-ci qui sont propices aux changements. Et le premier grand changement dont nous avons besoin, c’est bien celui de donner désormais des contenus aux institutions. A commencer par celle du Président de la République. Fusse-t-il intérimaire. 




ACTU/REGIONS

27042009

NOUADHIBOU  ENTRE DEUX DELESTAGES, LA SOMELEC S’EXPLIQUE 

Depuis une semaine Nouadhibou vit à l’heure des coupures intempestives de courant. De nuit, de jour, pas un quartier n’est épargné. Des délestages comme cela on n’en a plus connu depuis 2005 quand la SOMELEC avait révisé son groupe. Plus jamais ça, disait-on à l’époque. C’est sans connaitre les caprices de la mécanique. Quand le 15 avril, la SOMELEC, avisant que son groupe avait atteint les limites, décida de le réviser, non sans au préalable solliciter l’appui de la SOMIR (société mauritanienne des industries du raffinage) , c’était pour anticiper ces coupures gênantes à tous points de vue. Malheureusement le groupe de la SOMIR tomba en panne dés que la SOMELEC y bascula l’alimentation de la capitale économique. 

C’est ce que le chef du département de la SOMELEC Nouadhibou , M. Athié Abdoul Wahab , dira sur les ondes de FM Nouadhibou qui , pour la circonstance avait mobilisé ses journalistes ( en  français , arabe , pulaar , soninké et wolof )  pour que M.Athié puisse expliquer aux citoyens les raisons de ces coupures, leurs durées ainsi que les comportements à adopter pendant cette période qui peut durer de ’48 heures à un mois’. Le chef du département de la SOMELEC s’excusera au prés des usagers avant de dire que les équipes de la SOMIR et de la SOMELEC travaillent d’arrache pied pour résoudre ce problème. 

A un boutiquier qui se plaignait de perdre ses (crèmes) -glaces à cause des coupures et qui souhaitait être dédommagé, Athié demandera pardon ainsi qu’à ceux qui auraient du matériel grillé à cause des déclenchements du courant. 

A noter que la SOMELEC prévoit un planning des délestages pour que les citoyens puissent se préparer à ces éventualités. Nouadhibou a connu une progression démographique dépassant toutes les prévisions (si prévisions il y a) et les infrastructures n’ont pas suivi. 

C’est en tout cas  une des toutes premières fois qu’un responsable accepte de venir de son propre chef s’expliquer et expliquer aux populations  des désagréments d’un service public et s’excuser publiquement .C’est ce qu’a fait Athié , chef du département de la SOMELEC Nouadhibou Même si , on l’a vu  plus haut, la faute n’en revient pas à la SOMELEC  , encore moins au chef du département. Et la population n’a pas été ingrate, qui lui a témoigné satisfaction et compréhension. Comme quoi l’administration doit être proche des administrés. Athié Youssouf 

  

MEETING DU RFD 

Samedi 24 avril le rassemblement des forces démocratiques (RFD) a tenu un meeting au parc sis prés de la mosquée Ridwane de Nouadhibou. Ce meeting est, selon les organisateurs  une  sensibilisation au ‘grand meeting que va présider le président Ahmed Ould Daddah, samedi le 02 mai 2009.’ 

Pour cette répétition plusieurs orateurs ont pris la parole pour dénoncer le calendrier unilatéral imposé par les militaires et réaffirmé la cohésion du parti qui , malgré ‘les tentatives de le saborder reste un parti fort et soudé’. Ils ont, en outre, dénoncé un ‘plan machiavélique concocté sous d’autres toits , avec la bénédiction du général Mohamed Ould Abdel Aziz , visant essentiellement à saper les structures fondamentales du parti’. 

Et la coordination régionale de rappeler sa confiance dans le parti qui sortira de cette crise plus uni et renforcé. D’autres orateurs ont rappelle le combat que mène le parti pour l’instauration  de la justice et pour l’ancrage de la démocratie. 

Sur les banderoles on lisait ‘Non aux tentatives de déstabilisation des formations politiques’ , ‘Non à l’agenda unilatéral des militaires’ , ‘Oui à une sortie de crise consensuelle ‘. Le RFD dit lutter pour faire échouer ce coup d’état car un ‘seul homme ne peut bâtir un état’ et que l’armée doit s’occuper de sa mission de défense du territoire.’ 

Beaucoup d’observateurs se demandent par quels moyens le RFD compte tenir tête aux militaires. Tant sur le plan comptable c’était pathétique. En effet peu de personnes se sont déplacées et même le renfort de l’UFP n’y fera rien. Si on ôtait les curieux et les enfants, ce meeting n’a pas mobilisé. Ahmed Daddah fera t-il mieux le 02 mai ? La fédération régionale n’en doute pas. Ou est ce dû au départ du député Cheikh Ould Hamdi qui, on le sait, a rejoint les militaires ‘avec ses cousins Ehel Barrikallah ‘ si l’on en croit une annonce parue dans CRIDEM ? 

Un ex- cadre du parti dit ne ‘plus reconnaitre ce grand parti qui dit une chose et son contraire. Le peuple n’est plus dupe.’ Cet autre  cadre  reconnait que ‘le parti s’était trompé (sur les militaires ? Mais qu’il s’est ressaisi à temps’.  Athié Youssouf CP.NOUADHIBOU 




Air Sénégal Internationale :

27042009

 

 Atterrissage forcé 

La RAM (Royal Air Maroc) vient d’annonce que la compagnie aérienne Air Sénégal international (ASI) est «contrainte» d’arrêter l’ensemble de ses vols du fait de difficultés de trésorerie induites notamment par les poursuites judiciaires engagées par l’Etat sénégalais. Les avions d’Air Sénégal international sont, depuis vendredi, sur le sol. Faute de moyens financiers. Les passagers de la compagnie sont acheminés par d’autres compagnies. Les touristes bloqués en Casamance sont amenés par l’Armée vers leurs destinations. Une réunion entre des responsables de Royal Air Maroc, qui détient 51% du capital de la compagnie, et de l’Etat du Sénégal est prévue le mercredi prochain. La RAM précise qu’elle est toujours engagée à maintenir «sa proposition de feuille de route pour un désengagement concerté afin de sauver l’entreprise». Une proposition de telle feuille de route de retrait est pour la RAM «la seule plate-forme de concertation susceptible de déboucher grâce aux efforts coordonnés des actionnaires d’Air Sénégal International. Son application permettrait le redémarrage rapide des activités de la Compagnie et la préservation des emplois de son personnel». L’Etat sénégalais compte sur une décision de la justice sénégalaise. Laquelle décision désigne un expert judiciaire pour un nouvel audit et interdit au RAM de se retirer de la gestion d’ASI jusqu’à la fin de la mission de l’expert judiciaire, sous peine d’une astreinte financière excessivement lourde. 

Aujourd’hui, ASI a cessé d’opérer et a dû arrêter tous ses vols. Cette fin d’exploitation est, d’après la RAM , «la conséquence inévitable de la situation créée par la partie sénégalaise qui a pris, malgré les multiples mises en garde de Royal Air Maroc, des décisions qui ont nui à l’existence même de sa Compagnie nationale, à l’emploi du personnel et aux facilités de déplacement de ses passagers». Car, dit-elle, le Sénégal a adopté, depuis 2004, «une attitude inexplicable d’animosité déclarée envers Air Sénégal International». Elle évoque d’autres décisions «hostiles aux intérêts» d’ASI. En citant dans ce cadre l’annonce faite par l’Etat du Sénégal, en octobre 2007, «de prendre le contrôle de sa compagnie nationale» et «la répétition régulière et périodique de ces annonces (…) tout au long de l’année 2008, avec une date ultime que l’Etat du Sénégal avait fixée à janvier 2009». 

La RAM a évoqué également «l’éviction abusive» de ASI du transport des pèlerins à La Mecque. Laquelle «éviction abusive et inexplicable a fait subir à Air Sénégal International un préjudice financier très lourd qui a fragilisé davantage sa situation financière (… et) a entamé sa crédibilité vis-à-vis de son personnel, de sa clientèle et de ses partenaires qui ont interprété cette attitude comme un acte de défiance de la part des autorités sénégalaises envers leur Compagnie nationale, et ont même pu se poser des questions sur le sérieux de l’entreprise». S’ajoute à cela, selon RAM, que la trésorerie de ASI est «impactée par le non-paiement par l’Etat du Sénégal de ses dettes». 

Au moment de l’écriture de cet article, l’Etat du Sénégal, deuxième actionnaire dans le compagnie, n’a pas encore réagi. 

Mechri Ould Rabbany.

Source : La Tribune




Le comptable de l’ambassade de Mauritanie à Dakar accusé d’avoir agressé un employé

27042009

Selon des sources bien informées, le comptable de l’ambassade de Mauritanie au Sénégal Hacen Ould Sid Brahim a agressé, samedi après-midi, Mohamed Ould Lellaou employé à la même mission diplomatique.
 

La version racontée par Sid’Ahmed Ould Mouloud, proche parent de la victime Lellaou, fait état de ce qui suit : « Lellaou aurait été convoqué à l’ambassade par le comptable qui lui avait téléphoné. Arrivé dans le bureau de ce dernier, il l’avait trouvé en compagnie d’un planton qu’Ould Sid Brahim a invité à sortir. Puis le comptable fit le tour de son bureau pour attaquer, de dos, l’employé de l’ambassade avec un marteau. Lellaou qui a voulu esquiver l’attaque, reçut plusieurs coups de marteau sur la main, au crâne et en plusieurs autres endroits de son corps, avant de s’évanouir. Il se retrouvera, quelques temps après aux urgences de l’hôpital principal de Dakar où il est actuellement soigné ».

Source :ANI




Crise politique :

27042009

 

 Recul de la présidentielle, démission de Ould Cheikh Abdallahi, participation à l’élection, formation d’un gouvernement de consensus… 

Peut-on encore trouver la troisième voie ? 

 

Le général démissionnaire Mohamed Ould Abdel Aziz l’a dit dans une récente interview : toutes les portes restent ouvertes au dialogue. Ceux du Front national pour la défense de la démocratie (FNDD) se déclarent prêts eux aussi à poursuivre le dialogue en vue de trouver une solution à la crise actuelle. Le chef de file de l’opposition, président du Rassemblement des forces démocratiques (RFD) n’a pas refermé les portes du dialogue qu’il dit espérer. 

Sur le plan de l’atmosphère, deux nouvelles donnes qui encourage la reprise des médiations visant à trouver une issue acceptable pour tous : la démission du Général et les messages, désormais moins engagés, de la communauté internationale. La première ouvre de nouvelles perspectives qui doivent être saisies. La seconde oblige l’opposition à revoir sa stratégie qui a basé jusqu’à présent son action sur la possibilité d’un encerclement de la junte à partir de l’extérieur. Conséquences immédiates de ces donnes : le déploiement d’un nouveau dispositif à la tête de l’Etat et la reprise de l’initiative de manifester par l’opposition. 

Le Président de la République intérimaire l’a dit à ceux qu’il a reçus : il a la latitude et même l’obligation morale de chercher des solutions pour la crise. Les Généraux Ould Abdel Aziz, démissionnaire, et Ould Ghazwani qui a pris la tête du Haut conseil d’Etat n’auraient opposé aucune réticence vis-à-vis de cette perspective. Ils l’encourageraient même. Quels schémas possibles ? 

Le principe du recul de la date du scrutin peut être retenu dans le cadre d’une vision globale de solution. Ce serait d’abord en contrepartie d’un engagement de toutes les parties à participer à l’élection. Il faudra ensuite réfléchir aux modalités de la transition : mise en place d’un gouvernement d’union ou de large consensus, consensus autour des institutions électorales… Tout cela doit être accompagné – ou précédé – par l’apaisement des rapports entre les acteurs. 

Côté opposition, même si on parle de moins en moins de l’exigence du retour au pouvoir de Ould Cheikh Abdallahi, on s’en tient désormais à la «volonté de faire échouer l’agenda unilatéral». Aux yeux des leaders du FNDD, l’échec de l’agenda commence par le recul de la date du scrutin. Ils se refusent à présent à aller au-delà. «C’est seulement après le report de la date que les discussions et le dialogue doivent être ouverts», précise un dirigeant du FNDD. 

Côté RFD, on continue de poser la condition de la non-éligibilité des militaires et du Général Ould Abdel Aziz en particulier. Même si la rupture entre le RFD et le pouvoir n’est pas consommée, les relations sont au plus bas depuis les dernières sorties du Général et du chef de file de l’opposition. Rien ne va plus. Du moins rien n’est plus comme avant. Pourtant on parle aujourd’hui des propositions qui auraient été faites par le pouvoir au président du RFD pour l’amener à continuer sur la lancée de l’après-août. De sources dignes de foi, Ould Daddah aurait reçu la proposition de prendre à lui une part du gouvernement, notamment les postes de Premier ministre, de ministre de l’intérieur… Les proches du Général disent que celui-ci aurait proposé à Ould Daddah «non seulement de composer le gouvernement qu’il veut, mais aussi la CENI qu’il veut et surtout l’obligation pour l’un et pour l’autre d’être impliqué dans la gestion de l’après élection». En d’autres termes, celui qui perd est tenu de soutenir et même de servir la cause de l’autre. 

Côté pouvoir, on s’en tient au fait que toutes les portes restent ouvertes pour amener les parties à dialoguer. Seulement rien n’est fait concrètement. Même si on avance que «depuis le début, le Général Ould Abdel Aziz a essayé de se faire accompagner par les acteurs politiques». Et de rappeler qu’au tout début le Haut conseil d’Etat avait été pensé comme une structure mixte (5 civils et 5 militaires). Puis que la mise en place du gouvernement a pris du temps, parce que les militaires avaient voulu impliquer franchement les formations politiques présentes. Tout cela n’a finalement servi à rien et la scène a été le théâtre d’un affrontement passionné. Pendant que les menaces pleuvaient de l’extérieur. Aujourd’hui, la situation est toujours confuse, toujours porteuse de gros risques. Il y a lieu donc de se poser la question de savoir quelles opportunités pour les différentes intermédiations ? 

Sur le plan national, l’initiative dite «Appel pour la sauvegarde de la Mauritanie» animée par Cheikh Sid’Ahmed Ould Babamine, Me Mahfoud Ould Bettah, Kane Bouna, Dahane Ould Ahmed Mahmoud… cette initiative a jugé que ses appels au dialogue n’ont pas été écoutés après deux mois de contacts tous azimuts. Selon les animateurs de l’initiative, «les parties prenantes et en particulier le HCE, actuel détenteur du pouvoir, doivent assumer devant l’histoire, la responsabilité des conséquences de cette situation pour la stabilité du pays». Il ne faut pas pour autant en tirer la conclusion de l’échec pur et simple. Parce que «seules des élections présidentielles organisées à la suite d’un consensus national peuvent constituer une solution à l’actuelle crise», il faut continuer à espérer que le dialogue en vue de cela continue. Dans ce cadre, l’initiative engage « tous les protagonistes et l’ensemble des acteurs politiques à se ressaisir, pendant qu’il est encore temps, pour sauver le pays des risques majeurs qui le menacent dans sa pérennité« . 

La proposition développée par les animateurs de l’initiative s’articulait autour de la nécessité de trouver une solution politique comportant des réponses de droits. Cela commence par la démission de Sidi Ould Cheikh Abdallahi et par son remplacement par le président du Sénat. La constitution d’un gouvernement d’unité et l’élaboration d’une transition consensuelle au terme de laquelle une élection ouverte à tous les prétendants va être organisée. 

Sur le plan international, l’on comptait beaucoup sur l’initiative d’intermédiation du Sénégal. D’abord rejetée par le FNDD (à l’issue de la première visite du ministre sénégalais des affaires étrangères), elle a été acceptée comme ultime démarche. Il était même question d’un déplacement de Ould Cheikh Abdallahi ces jours-ci au Sénégal. Seulement voilà que le président déchu renonce à ce voyage qui était perçu comme nouvelle opportunité. Prétexte invoqué : la présentation des lettres de créance du nouvel Ambassadeur de Mauritanie au Sénégal. En effet c’est ce weekend que Sidi Ould Didi, habillé comme prévu dans la loi – depuis quelques décennies la tradition a été abandonnée -, a présenté ses lettres au Président Abdoulaye Wade. Ire dans le camp du FNDD qui y voit une disqualification de l’intermédiaire sénégalais. 

Déjà, le Guide de la Révolution libyenne, Moaamar Kadhafi a été disqualifié aux yeux du FNDD par ses interventions multipliées normalisant les rapports avec la junte. «Nous n’accepterons plus de dialoguer sous les auspices de la Libye et surtout pas à Tripoli», déclarent certains grands leaders du FNDD. Alors comment faire si la présidence de l’Union Africaine est écartée ou éliminée de la médiation ? 

Le FNDD semble avoir trouvé la réponse dans l’action continue sur la scène nationale. Il a trouvé en Ahmed Ould Daddah un allié inespéré. Du coup les haches de guerre ont été enterrées. Les bons mots et les formules de convenances ont pris la place des méchancetés d’il y a peu. Mais jusqu’où cette alliance peut-elle fonctionner ? 

La confiance entre les hommes politiques de la scène nationale a été altérée par les comportements des uns et des autres vis-à-vis des uns et des autres. Même si en politique il ne faut jurer de rien, les divergences et les animosités restent profondes. Les quinze dernières années ayant été marquées par les trahisons des uns, l’agressivité des autres. Mais au-delà de ces divergences qui restent profondes, il y a aussi les questions d’intérêt et de stratégie qui font que les partis politiques battant pavillon ‘Opposition’, sont loin d’être condamnés à continuer ensemble une route qu’ils conçoivent chacun à travers son propre prisme. 

Il n’y a que Ould Daddah parmi les leaders de l’opposition actuelle à pouvoir aspirer à accéder au pouvoir suprême. Les autres se savent condamnés à chercher à participer à un «pouvoir en place». L’attitude mental n’est donc pas la même. Autant le premier doit adopter l’attitude de rejet de tout ce qui peut gêner la conquête du pouvoir. Autant les seconds chercheront toujours à s’inscrire dans la perspective de celui qui tire les ficelles. Ould Daddah est loin d’être pour eux l’homme idéal. Ce qui explique en partie toutes les divergences encore vivaces. 

On peut imaginer l’après-6 juin, un peu comme l’après-26 janvier 1992 : une opposition qui refuse de reconnaître la légalité du pouvoir et sa légitimité, qui compte d’abord sur l’intransigeance extérieure, qui boycotte en conséquence la suite du processus électoral (mars-avril 92), qui s’isole sur le plan intérieur en attendant que le pouvoir normalise ses relations avec l’extérieur. C’est ce qui a permis à Ould Taya de régner 13 ans de plus. 

Si le pouvoir issu du 6/6 décide de renouveler l’Assemblée et les conseils municipaux, qu’est-ce qui restera aux partis politiques qui contestent le processus initié par les militaires ? En participant, ils légitiment ce qu’ils rejettent aujourd’hui. En boycottant, ils se condamnent à rester à l’écart. 

Jusque-là, la classe politique a été incapable d’anticiper. Elle s’est contentée de réagir aux décisions du pouvoir. «Il faut amener nos hommes politiques à voir loin et juste et à agir en conséquence», disait récemment un observateur. Il en est temps. 

 

Ould Oumeïr 

 

Encadré : 

S’en sortir, c’est possible 

 

Selon l’initiative «Pour la sauvegarde de la Mauritanie», l’ébauche de dialogue national a permis de fixer certains points : 

1.Instauration d’un climat de confiance à travers la cessation de toute propagande politique hostile et d’autre gages définis ensemble ; 

2. les points d’accord sont : organisation d’une élection présidentielle anticipée, formation d’une gouvernement consensuel ayant en charge l’organisation de l’élection, et la mise en place d’une CENI consensuelle ; 

3. Les points de désaccord sont : la direction de la transition, la date de l’élection et l’inéligibilité des membres du HCE ou des militaires en général. 

 

Il est à observer selon l’initiative que : le président du Sénat ne peut assurer l’intérim que du Président de la République élu, «le Président de la République ne peut pas superviser des élections présidentielles anticipées puisqu’elles ne peuvent avoir lieu qu’en cas de vacance ou d’empêchement (art 40 de la Constitution)», pour ce qui est de la date, les parlementaires de la majorité avaient demandé 14 mois à compter du 6 août soit Octobre 2009 et la Constitution prévoit trois mois à partir de la vacance constatée par le Conseil constitutionnel 

 

 

Encadré : 

Observateurs ACP 

 

(masdarinfo) À l’occasion de la réunion du Comité des Ambassadeurs du Groupe des ACP, tenue le 21 Avril à Bruxelles, le Groupe des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) a décidé qu’il allait envoyer une mission pour observer la prochaine élection présidentielle qui se tiendra en Mauritanie le 6 juin prochain.
La recommandation du Comité des Questions Politiques, Sociales et Humanitaires concernant l’observation des élections qui vont avoir lieu a été approuvée par les Ambassadeurs et l’envoi d’une mission d’observation électorale en Mauritanie a été décidé.
 La Mauritanie est liée à l’Union Européenne (UE) dans le cadre de l’Accord de Cotonou qui régit la coopération économique entre les pays ACP et l’UE.
 Cette décision s’inscrit dans le prolongement de l’accompagnement du Groupe ACP qui s’était déjà manifesté par l’envoi d’une mission ACP en octobre dernier et par l’assistance apportée dans les consultations avec l’UE au titre de l’article 96 de l’Accord de Cotonou. 




Carnets d’un voyage pas les autres,

27042009

 

 Il faut être grand pour conquérir l’Andalousie 

Il faut être sot pour perdre l’Andalousie 

 

(I). Destination Grenada 

 

«Seviihu al Andalus»… ce qu’on pourrait traduire par «gaspilleur d’Al Andalous», «le sot d’Al Andalous»… dans le sens de la «perdition» (religieuse). C’est pour dire chez nous la «perdition» qui frappe quelqu’un qui n’a pas su faire preuve de bonne gouvernance de soi ou d’un bien ou encore d’une situation. Incapable de préserver une situation et même de se préserver. «Saviihu al Andalus», c’est celui qui a laissé échapper cette terre d’Andalousie, ses richesses, sa beauté, sa grandeur… C’est visiblement ce qu’on a retenu de ce passé glorieux, du moins au niveau de la culture populaire… Même si chacun de nous est habité par la soif de voir cette terre, de parler de son histoire, de chanter sa grandeur, de pleurer sa déchéance… Je suis en Espagne pour cela… 

Qu’est-ce que je savais de l’Espagne en descendant à l’aéroport Barajas de Madrid ? L’élémentaire : un peu de son histoire, un peu de ses noms illustres, un peu de sa scène politique, un peu de son football… 

Le peu que je connaissais ne m’empêchait pas d’avoir des «passions espagnoles» : l’équipe nationale espagnole qui a remporté le dernier Euro en faisant preuve de grandes qualités dans la technique de jeu, l’improvisation artistique et la motivation ; le Barça, équipe de football de la ville de Barcelone où jouent des virtuoses comme Messi (argentin), Eto’o (camerounais), Henry (français), Pouyol (espagnol)… je ne rate pas les matchs du club catalan sur Al Jazeera Sport ; le parti socialiste espagnol et les hommes qu’il a investis de la lourde tâche de redresser l’Espagne après le cyclone Aznar – une variation de Bush parce qu’il a été ce que celui-ci a été pour l’Amérique, Zapatero, Miguel Moratinos méritent à mon avis une sympathie particulière ; la peinture espagnole est aussi quelque chose qu’on connaît sous nos latitudes avec surtout un nom comme Picasso ; le poésie qui est restée pour moi, la première richesse culturelle de l’Espagne, avec Cervantès, Garcia Lorca, Fernando de Herrera… ; des moments de l’Histoire espagnole récente qui sont une sorte de patrimoine pour l’Humanité, notamment la guerre civile ; la musique andalouse flamenco surtout… m’enfin, j’avais des passions mais je ne connaissais pas le pays. Et pour moi, ce n’était qu’un pays européen comme les autres. Légèrement moins développé peut-être, certainement plus archaïque. 

Mais l’Espagne, c’est «autra causa». Il n’y a que cela pour la raconter : l’Espagne, ce sera toujours «autre chose» pour un visiteur comme moi. 

Suivez le guide. 

 

A Madrid le premier choc c’est bien sûr la propreté et l’existence d’espaces. Par rapport à Paris d’où je venais quand je suis descendu dans la capitale espagnole. De la voiture qui me menait à l’hôtel où je devais séjourner, je pouvais sentir les gens qui marchaient sans se presser malgré la petite pluie qui tombait depuis le début de la soirée. Le chauffeur me parla même de grêle plus tôt, en fin d’après-midi. Je saurai plus tard que tous ces gens que je voyais marcher tranquillement, convergeaient vers un lieu, le centre-ville. Le point zéro, le «ground zero» d’ici. Puerto del Sol, c’est non loin de l’hôtel où je devais descendre. Ce n’est pas la pluie qui m’empêchera de voir ce centre du monde madrilène. 

J’avais envie – une forte envie – de discuter avec les gens. Mais comment ? Je regrettais encore une fois d’avoir refusé d’apprendre l’espagnol. Pourtant j’ai toujours rêvé de lire dans ses éditions originelles les œuvres de Gabriel Garcia Marquez qui a écrit dans cette langue et qui reste à mes yeux le géant de la littérature de qualité et de statut universels. Le destin… 

Il était écrit que je resterai à dévisager les passants, essayant d’imaginer ce qu’ils ont dans la tête, ce qu’ils sont à l’intérieur. Tranquillité. C’est un sentiment rare dans une ville métropole qui plus est capitale d’un Etat populeux. Sérénité. Les gens ne sont pas pressés. Ni d’arriver, ni de rentrer. Ils sont festifs peut-être mais pas bruyants. Le geste de salut est facile, presqu’inévitable. Il y a un peu de moi ici. Un peu de chez moi. Au moins l’atmosphère rassurante. Je crois être le premier à quitter les lieux où il ne se déroulait rien de particulier. Seulement, les gens n’étaient pas visiblement habités par ce stress qui détruit ailleurs. Demain je dois me réveiller tôt et faire ce que me demande Kissima, notre rédacteur en chef. Avant de partir pour l’Andalousie. Un petit pèlerinage que je me promettais depuis toujours et que je fais enfin grâce à une famille amie que j’aime bien et qui me le rend, même en double. 

Je décide d’écrire un éditorial «décalé» et pour cela insipide. Quand le texte ne traite pas de l’actualité, il est difficile de le charger de messages significatifs. Nous sommes dans un pays où quelqu’un comme moi doit toujours s’en vouloir quand il écrit pour le plaisir d’écrire. Comme maintenant… mais c’est plus fort que moi… je veux partager cette expérience de l’Andalousie avec ceux qui ont le courage de lire autre chose que les humeurs des politiques en mal de causes et de combats…     

 

Voir Alhambra et revivre 

 

La route de Grenada est longue, même si c’est une autoroute que l’on peut prendre à 150 km/heure. La route ne me dit rien. C’est à peine si je lis les panneaux d’indication qui défilent. Une ville est annoncée à notre droite : Jaen (lire khayn). J’ai déjà entendu parler de son université où enseignent quelques-uns des grands orientalistes espagnols. On m’a dit une fois qu’il y avait beaucoup d’ouvriers agricoles venant de Mauritanie dans ce «village». Ce qui me frappe, ce sont les couleurs qui brillent d’aussi loin : le blanc et le rouge. Eclairées par un soleil anormal en cette saison, les maisons reflétaient la lumière, ce qui ajoutait à la force du blanc. Le rouge est la deuxième couleur qui domine. J’ai essayé de trouver un lien avec le passage fracassant de nos ancêtres les Almoravides. 

En arrivant en Andalousie, et même au Maroc déjà, les preux chevaliers du désert avaient été choqués par tant de luxe et d’aisance. Ils y avaient vu l’une des raisons de la décadence des royaumes musulmans du Maghreb et d’Andalousie. La réaction fut fulgurante et sans appel : interdiction de la musique, de l’utilisation des couleurs, disparition des salons de culture… Cela devait durer sans doute la première décade de l’empire almoravide. Le temps pour eux de goûter aux charmes de la vie sous les belles contrées de l’espace méditerranéen pour tomber dans le piège des «délices de Capoue». 

En fait, le blanc, le rouge et le bleu – avec peut-être leurs différentes nuances – sont les couleurs qui rendent l’éclat sur cette terre d’Espagne, souvent baignée par le soleil. On s’en rend compte en voyant que le reflet des couleurs ajoute à la gaité et à l’attirance des lieux. 

Nous arrivons à Grenada, Grenade pour les français, Qarnata pour les Arabes. Il fait presque nuit. Et moins de 5 degrés. Malgré les essais répétés de notre aimable chauffeur, nous ne pouvons accéder à l’hôtel en voiture à cause des processions. On était en Pâques. J’apprends qu’ici c’est la semaine du jeudi de Pâques qui est célébrée. On était samedi. Peut-être qu’on est encore dans l’atmosphère religieuse et festive de Pâques. 

Les gens du sud – et c’est la chose qui frappe la première – sont très pratiquants. Partout des églises. J’apprendrai plus tard que ces clochers qui surplombent les villages qui s’égrènent les uns après les autres, sont pour la plupart des mosquées construites du temps de la conquête musulmane. Qu’après la reconquête chrétienne, les mosquées devinrent des églises. En route, on a eu l’occasion de nous arrêter pour prendre un café, j’avais été frappé par la présence du porc : partout vous voyez des représentations de morceaux de porc. Plus que je ne l’ai jamais vu ailleurs en Europe ou en Amérique. On m’explique que c’est très probablement lié au passé de la région. Les fils et petits-fils des musulmans d’antan, devenus chrétiens pour avoir perdu le pouvoir, ont voulu montrer qu’ils coupaient tous liens avec l’Islam. Les interdits de cette religion sont donc devenus les pratiques les plus en vue. Une explication qui vaut ce qu’elle vaut… 

Tôt le matin, je me réveillai. Je devais suivre un guide pour aller à Alhambra. Le petit retard du bus me permit de sortir. Je regardai les rues étroites de la vieille ville et lever les yeux au loin. La montagne enneigée, Sierra Nevada, surplombe la ville. La chaîne de montagnes est aussi appelée «La gloire de Grenada» pour ce qu’elle lui apporte de majesté. Cela rappelle quelque chose. Une ville de Mauritanie ? Une ville d ailleurs ? Pas pour moi. Une forte sensation m’étreint pourtant. Quelque chose en moi remue. Peut-on avoir la nostalgie d’un lieu ou d’un pays jusque-là inconnu ? Non ? C’est ce qui m’arrivait. J’avais envie de courir dans tous les sens. 

Je me souviens de ces folles courses qu’entamaient mes enfants chaque fois que nous allions dans le désert. Comme si les frêles êtres voulaient faire le plein d’une liberté retrouvée. Les petites filles couraient dans tous les sens. A chaque sortie, c’est le même spectacle. Leur manière de fêter la retrouvaille avec une nature «amie», un univers simple, des gens laborieux et sereins. Un univers et des gens qui leur ont manqué tout ce temps… Est-ce ce qui m’arrivait ici ? Peut-être. Les sentiments sont difficiles à exprimer. Cependant je dirai que le sentiment qui m’étreignait ressemblait étrangement à la joie d’une retrouvaille. Un bonheur mêlé à la crainte de découvrir que quelque chose a changé depuis la dernière fois… Mais il n’y avait jamais eu de première fois pour qu’il y ait une dernière fois. Je vous le dis, je ne connaissais pas ce pays. Je ne sais pas… 

Grenada, c’est le pays du Palais d’Alhambra… En allant vers le Palais de Alhambra, on emprunte une belle route tracée dans la montagne. On peut imaginer la difficulté pour les habitants des époques lointaines. Le bus nous mène juste devant la porte appelée «La porte de la Justice». Notre guide explique que la porte est telle qu’elle était de l’époque des musulmans. Sauf qu’on a ajouté une statue de la Sainte Vierge au-dessus de l’entrée comme sceau chrétien. Selon la guide, la main en haut de la porte symbolise les cinq piliers de l’Islam, piliers qu’elle énumère dans le désordre. Avant de nous conduire à l’intérieur. Elle ne dit pas qu’autour de cette main mille légendes ont été ressassées mille fois, de mille manières. Prêtant aux Rois Maures des pouvoirs extraordinaires – de magie –, les conteurs disent que le château avait été construit par un Roi et que son Sage vizir qui était aussi un homme plein de savoirs et de capacités dans le domaine de «l’administration de l’invisible» lui avait dit que cette main là-haut était enchantée, tout comme la représentation d’une clé vers le bas. Le Palais, le pouvoir et finalement le souvenir du Roi ne finiront que quand la main descendra pour  prendre la clé… Cela ne risque pas d’arriver… 

Le Palais mérite bien son nom. Au loin, on voit les remparts fortifiés qui séparaient la ville de Grenada du lieu de résidence de ses souverains. Le quartier qui apparaît immédiatement sous la colline est appelé : AlBayzeen, en espagnole cela donne : «al ba’ithine». Ce que beaucoup trouvent être une déformation du mot arabe «al ba’icine», les miséreux ou les gueux pour désigner le petit peuple par opposition aux souverains et aux nobles de leurs cours. Les historiens préfèrent dire qu’il s’agit là d’un quartier qui a accueilli les habitants d’une ville qui existait à côté de Jaen et qui avait pour nom Baeza. Qui dit, peut-être «Al Ba’issa» (la miséreuse) ? Toujours est-il que le quartier est toujours là. Pratiquement la même configuration que du temps des Arabes – des Maures comme on dit aussi. Ce qui a peut-être changé, ce sont les minarets devenus des clochers. A chaque heure, les cloches des églises résonnent comme pour rappeler l’identité religieuse des lieux. 

Le Palais d’Alhambra, le plus beau et le plus grand témoin du passage des musulmans sur cette terre d’Andalousie, vieillit inexorablement. Les murs sont décrépis. Il est clair que la résistance aux assauts – conjugués parfois – de la nature et des hommes a dû être farouche. Six siècles après la disparition des royaumes musulmans d’Andalousie, le Palais de l’Alhambra raconte encore l’exubérance de la civilisation hispano-mauresque que la dernière dynastie, celle des Nasrides, a voulu maintenir à Grenada. 

C’est en effet en 1492 que le dernier bastion de l’ère musulmane tombe avec l’annexion du Royaume Nasride de Grenada à la Castille et à l’Aragon. Le nom – c’est connu – lui vient de la couleur des murs qui virent au rouge à tout coucher du soleil. Le contemplateur ne peut que s’émerveiller quand il prend le temps de regarder, par-delà les murs de la résidence d’été des souverains. Après avoir traversé les jardins dit du «Generalife» – très probablement en Arabe «Jinane al ‘ariif» -, il pénètre la partie destinée à accueillir le souverain pendant les journées chaudes de l’été andalous. «En Andalousie, explique notre guide, il n’y a pas de printemps. On passe d’une saison à températures basses, très basses, à plus de 30°, voire plus». 

Au bat de la colline où est perché ce chef d’œuvre de l’architecture, s’étend la plaine, la Vega, où se trouve la ville de Grenada. «D’ici au centre ville, 15 minutes de marche». Et derrière, on peut contempler toute la beauté sauvage de la Sierra Nevada. Les sommets enneigés rappellent la conformité du nom. D’ici on domine tous les alentours. Alhambra avait aussi une vocation militaire. Dans l’ancienne Andalousie on ne disait pas «Qaçr Al Hamra» (le Palais d’Alhambra) mais «Qal’at Al Hamra» (la Tour d’Alhambra). Le mot Qaçr était réservé à «Qaçr Ezzahra» (le Palais de la fleur ou le Palais de Zahra) à Cordoue, aujourd’hui détruit. Mais c’est une autre histoire. Restons à Alhambra et dans son histoire. 

C’est en 1232 que le premier souverain de la dynastie Naçride, Mohamed Ibn Nacer commença les premières constructions au-dessus de la colline qui avait été quand même aménagée sous le règne du dernier des Almohades (Al mouwahidoune). Déjà, Séville est tombée, tout comme Cordoue et Tolède. Mais les Naçrides essayèrent avec intelligence de garder le pied à Grenada en nouant des alliances locales et en cherchant à alimenter les guerres intestines chrétiennes. C’est le fils de ce souverain qui entreprit la fortification qui est toujours là malgré la disparition des tours de défense, détruites par les envahisseurs français durant les guerres du 17ème siècle. Les souverains se succédant, ils aménagèrent chacun une aile et finirent, entre 1333 et 1354, par lui donner sa forme définitive. Sérieusement altérée depuis. 

Quand les musulmans quittent – contrairement à ce qu’on dit, leur départ définitif et complet doit être situé au milieu du 17ème siècle seulement – les Espagnols s’abstiennent de détruire le Palais. Peut-être sera-t-il épargné pour sa beauté. Mais ils ne font aucun effort pour le conserver tel quel. Au contraire, ils entreprennent sa «nationalisation» par l’édification de statues, de stèles dédiées à la Vierge, à Jésus ou à ses Apôtres. Quelques souverains castillans y résideront, le temps d’une alerte souvent. 

Il faudra attendre l’avènement de Charles Quint, alors Roi d’Espagne et d’Amérique espagnole sous le nom de Charles Ier (Carlos I), pour voir un intérêt royal pour le monument. Mais Charles Quint, le plus européen de tous les empereurs d’Europe, voulait construire son propre palais. Il décida de «grignoter» sur l’Alhambra. Sans toutefois détruire l’essentiel. D’ailleurs pour nombre d’historiens, c’est la construction du Palais de Charles Quint qui permettra la conservation du reste d’Alhambra. C’est plausible en ces temps-là de folies meurtrières et destructrices. L’empereur aux ambitions démesurées, voulait sans doute avoir là une résidence permanente qui lui permettrait de gérer l’Empire qu’il voyait aux dimensions de l’Europe actuelle. Les spécialistes, en parlant du Palais de Charles Quint, parlent d’un style d’architecture «maniériste». Je ne sais pas ce que cela veut dire mais cela détonne avec le reste. Autant l’Alhambra exprime une inspiration généreuse et riche par ses enracinements, autant le Palais de Charles Quint dégage la symétrie et la rigueur «sèche». D’ailleurs il ne finira pas l’œuvre. 

L’ensemble du Palais – sa partie musulmane, comme sa partie chrétienne – est aujourd’hui visité en moyenne par 7000 personnes par jour. Il paraît que les derniers souverains ayant séjourné dans le Palais, sont Philippe V et Elisabeth de Parme au début du XVIIIème siècle. 

Ce qui frappe le visiteur musulman, ce sont d’abord les inscriptions – les enluminures en fait. Il y a bien sûr cette «devise du Royaume» : «Laa ghaaliba illa Llaah», il n’y a de Vainqueur qu’Allah. Dans le monde musulman, c’est une phrase qui vient souvent pour exprimer une grandeur déchue, une noblesse avilie, une volonté assujettie, une ambition réduite… bref, l’expression est faite pour dire la Grandeur du Tout-Puissant, en même temps la petitesse de l’homme et la vanité de sa condition ici-bas. Prémonitoire, n’est-ce pas ? «Al mulku liLlaah», «al ‘izatu liLlah», «al qudratu liLlah»… des formules qui reviennent très souvent sur les murs d’Alhambra. Pour consacrer la Toute-Puissance, la Grandeur de l’Unique. Le choix d’une telle devise n’est pas fortuit. Le premier souverain Naçride, populaire et courageux, avait été accueilli par sa population au terme d’une énième victoire et pour relativiser ses victoires, il répéta devant ses sujets cette éternelle maxime «laa Ghaliba illa lLaah». Tout cela pour dire que les Naçrides furent les premiers à pleurer leur royaume, leur histoire, leur grandeur. De quoi faire méditer la descendance – plutôt le cousinage – plus tard… 

Je m’arrêterai un moment devant la pièce où a vécu l’écrivain américain Washington Irving. J’ai entendu parler de lui dans ma jeunesse. Je lui avais lu de beaux textes mais qui nous étaient «imposés» à l’école. Il fait partie de ces choses oubliées de l’enfance. C’est ici que j’apprendrai qu’il s’agit en fait d’un écrivain majeur qui avait quitté New York au début du 19ème siècle pour s’installer en Europe. Brillant avocat, il ne pratiqua que très peu. Il préféra écrire et animer des journaux de l’époque (entre 1802 et 1803 : The Morning Chronicle, entre 1807 et 1808 : Salmagundi, entre 1812 à 1814 : Analetic magazine, à Philadelphie et à New York). Il écrit surtout des nouvelles. De son séjour espagnole et européen, il sort une série de livres : Une histoire et les voyages de Christophe Colomb (1828), La Chronique de la conquête de Grenade (1829), et Les Compagnons de Colomb (1831), ouvrages historiques. Et de son séjour à Alhambra, il écrit : Les Contes de l’Alhambra (1832) où il essaye de faire revivre les histoires et légendes de l’Espagne Maure. Par cette œuvre majeure, il contribue à faire redécouvrir les trésors enfouis de la civilisation Andalouse du temps de l’Espagne musulmane. Au moins plaide-t-il ardemment pour la conservation de cet héritage de l’Humanité. 

Il explique quelques-unes des expressions ou des noms de lieux : «la chaise du Maure» (Silla del Moro) qui désigne le pic où se serait réfugié le dernier Roi Maure pour contempler de loin l’insurrection de ses sujets ; ou encore l’emplacement où ce Roi jeta son dernier regard sur son Royaume qu’il abandonnait, l’occasion du «Dernier Soupir du Maure» (el Ultimo Suspiro del Moro) ; «la Cuesta de las Lagrimas», la montagne des larmes où le souverain pleura et où probablement sa mère, Aicha la Horra lui a dit : «tu as raison de pleurer comme une femme ce Royaume que tu n’as pas su défendre comme un homme»… 

Je conclus le voyage d’Alhambra par Washington Irving : «Cet empire musulman d’Espagne n’était qu’une brillante plante exotique, incapable d’enfouir des racines permanentes dans le sol qu’elle embellissait par sa présence. Séparés de tous leurs voisins de l’Occident par l’infranchissable barrière de la religion et des mœurs, tandis que la mer et les déserts les privaient de toute communication avec leurs compatriotes d’Orient, les Maures d’Espagne étaient un peuple isolé. Leur existence entière ne fut qu’une lutte prolongée, bien que courageuse et chevaleresque, pour se maintenir sur une terre usurpée» (in «Les contes de l’Alhambra», pages 64 et 65). 

 

(à suivre) 

 

MFO 

 

Source : La Tribune n°446 







bientôt tous en prison, bie... |
WADE - Président - |
la vérité |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Journal d'1 République...
| sarkosy un espoir pour la f...
| Sylvie Trautmann