Edito de Mohamed Fall O Oumère

9 03 2009

 

  

Cette image du président soudanais Oumar Al Bachir dansant au milieu d’une foule hystérique, haranguant, fustigeant… cette image au lendemain de l’émission du mandat d’arrêt international contre sa personne, cette image résume à elle seule l’incapacité de nos dirigeants arabes de comprendre le monde d’aujourd’hui. Et d’accepter de remettre à plus tard les «fiertés nationales» et de faire face aux conséquences de leurs gestions. 

Nous sommes dans un monde qui est régi par des mécanismes fortement soutenus par les plus fortes des nations du monde. Aucun pays au monde ne peut refuser d’appliquer les décisions de la communauté internationale. Il en va pour le Soudan comme pour la Mauritanie. Et c’est ce qui nous intéresse. 

Le 20 février dernier, la réunion du groupe de contact sur la Mauritanie décidait à Paris de donner une nouvelle chance à la Mauritanie. La réunion avait retenu le principe d’une élection anticipée et d’un processus consensuel. Le communiqué s’est inspiré des trois initiatives de Sidi Ould Cheikh Abdallahi, du RFD de Ahmed Ould Daddah et les propositions du Haut conseil d’Etat contenues dans la lettre du ministre mauritanien des affaires étrangères. Il a surtout tracé une ligne rouge : le processus ne peut en aucun cas être unilatéral. En d’autres termes, toute solution qui ne fera pas l’objet d’un consensus ne peut être acceptée par la communauté internationale. 

C’est pourquoi, il faut relativiser l’effet «miraculeux» attendu de la médiation de Moammar Kadhafi qui reste un médiateur et non un mandaté. Quoi qu’il fasse, l’équation restera la même. 

Le Général Mohamed Ould Abdel Aziz veut rester au pouvoir. A n’importe quel prix visiblement. Le Président élu/déchu Sidi Ould Cheikh Abdallahi veut revenir au pouvoir. A n’importe quel prix évidemment. Le chef de file de l’opposition, le président de l’Assemblée nationale, les autres présidents de partis représentés au parlement – et à un moment au gouvernement – tiennent chacun à avoir la portion du pouvoir qu’il croit mériter. Evidemment à n’importe quel prix. 

En face, une communauté internationale qui a financé, suivi et soutenu le premier processus de 2006/2007, et qui n’entend pas laisser passer facilement le coup d’Etat du 6 août. Surtout qu’une série de secousses a déstabilisé des pays en Afrique de l’Ouest (Guinée, Guinée Bissau…). Aussi les hauts responsables politiques occidentaux ont-ils été les premiers à prendre position vis-à-vis du putsch. Avant même que les Ambassadeurs ne rendent compte. 

Le grand principe de la recherche d’une solution reste le même : la solution est mauritanienne. C’est ici qu’il faut la chercher. Par les hommes politiques mauritaniens. L’argent de la Libye n’y fera rien. On ne gère pas les pays avec des pansements. Et il nous faut savoir ce qui nous attend au cas où les protagonistes – particulièrement le Général et le Président élu/déchu – refusent de faire les concessions nécessaires. 

La mise à l’écart au niveau africain est déjà effective. Les organes de l’Union Africaine considèrent «illégitime» le pouvoir actuel et insoutenable la situation. Ils ont adopté – il est vrai sans aller jusqu’au bout – des sanctions ciblées contre les responsables de la situation. L’étape prochaine sera la saisie du Conseil de Sécurité. 

L’Union Européenne a gelé tous ses programmes depuis la première semaine. En attendant la clôture officielle des discussions ouvertes dans le cadre de l’article 96 de la convention de Cotonou. Il n’y a pas que le FED qui risque de tarir. Il y a aussi tout le système de stabilisation des prix d’exportation des matières premières, notamment le fer et le poisson. Au niveau de la ressource halieutique, les Européens s’engageaient, en cas de baisse extraordinaire des prix sur le marché international, à faire la moyenne des trois dernières années et à verser la différence. Le Sysmin couvre les exportations minières en finançant l’entretien de l’outil de production, en compensant les déséquilibres des prix à l’exportation et en aidant à la reconversion des employés en cas de difficultés majeures du secteur. Dans la conjoncture internationale actuelle, on imagine aisément le prix que la Mauritanie aura à payer en cas de refus des protagonistes de faire les concessions nécessaires. 

En attendant que le ciel nous tombe sur les têtes, nos gouvernants ont choisi de nous plonger dans le noir du désespoir. Le manque de visibilité est énorme. Le pouvoir est concentré – plus que jamais – entre les mains d’une seule personne : le Général Mohamed Ould Abdel Aziz. La Mauritanie est obligée de souffrir les choix incongrus. De Sidi Ould Cheikh Abdallahi à Sidi Maouloud Ould Brahim, la logique qui sous-tend les choix des personnes est la même. Elle est dictée par le refus de céder une once de pouvoir. On nomme et on dénomme pour une raison ou une autre, mais toujours dans le souci constant de la recherche de la médiocrité. La bataille contre la mal gouvernance ne dépasse pas les limites du «soutenable» pour les soutiens du régime. Les repères s’envolent les uns après les autres et avec eux l’espoir de voir mis en œuvre un projet cohérent et conséquent. C’est pour cela que nous avons de plus en plus l’impression que nous allons vers la catastrophe. Totale. Et générale. 

 

 

Source : la Tribune 439 


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