Le pèlerinage de Tripoli va-t-il laver les péchés des clans mauritaniens ?
3 03 2009
Voyager avec un président – fut-il chef d’Etat simplement – est toujours une expérience qui en dit long sur l’état de la Nation, l’exercice du pouvoir et les rapports entre les hommes du pouvoir.
C’est pourquoi le pèlerinage de Tripoli commence à Nouakchott…
La convocation est à 7 heures du matin. Les ministres sont arrivés très tôt. Ils attendent dans la grande salle du salon d’honneur. Une grande différence entre le calme des anciens à l’image de Mohamed Lemine Ould Guig, ministre secrétaire général de la présidence, et la «turbulence» des nouveaux à l’image de Hacenna Ould Eli, ministre des pêches qui n’arrêtait pas d’interpeller ses collègues. Même chose chez les conseillers. Les uns très sereins, l’expérience aidant, les autres trop «flamboyants». Et toujours Melaïnine Ould Tommy jouant tous les rôles pour raison d’expérience. Il est conseiller mais aussi directeur du protocole, du cabinet… Il va, vient, donne des ordres, explique l’itinéraire… Justement, c’est lui qui nous apprend que nous ne voyagerons pas ensembles. Il y aura deux avions. L’un pour le Général Ould Abdel Aziz et son équipe restreinte. L’autre pour les deux conseillers chargés de missions à la présidence – un ancien ministre de la transition et une ancienne ministre de Ould Taya – et les journalistes. Nous devions voyager avec la délégation libyenne qui était venue préparer la visite du Guide libyen le 8 mars prochain.
Dans l’avion, c’est l’occasion de se rappeler quelques voyages du passé et l’impossibilité pour libyens et mauritaniens de s’entendre. Ould Haidalla dérangé par les caprices du Guide, Ould Taya mal accueilli dans les années 80, Ould Cheikh Abdallahi qui a tenté de fonder une relation plus personnelle qu’étatique.
En Libye, on ne sait jamais où on va, quand et comment. Toujours à la dernière minute. A notre descente nous apprenons que le Général Ould Abdel Aziz a atterri à Miçrata, à 150 km de Tripoli. Nous allons attendre dans le hall de l’hôtel.
Deux heures d’attente. Nous apprendrons que le Guide libyen a eu un tête-à-tête de deux heures. La délégation participera pour quelques moments. Puis Ould Tommy est désigné pour diriger la commission de préparation du voyage du Guide en Mauritanie. Une autre présence dans la délégation, celle de Abdallahi Ould Ebnehmeida, ancien Ambassadeur à Tripoli, ancien ministre des affaires étrangères dans le gouvernement de Ould Waghf, première formule. Visiblement, le Général l’a pris avec lui pour bénéficier de son expertise libyenne. L’Ambassadeur actuel, Mohamed Lemine Ould Khattri avait présenté ses lettres de créances la veille de la visite. Ce qui ne l’empêche pas de pouvoir mobiliser la colonie mauritanienne le lendemain. Une sorte de meeting où le Général s’exprimera longuement sur la situation en Mauritanie.
La visite est surtout consacrée à la préparation du grand événement : la prière que doit diriger Moammar Kadhafi en Mauritanie. Il s’agira des prières du Maghrib et du ‘ichaa dans la soirée du 10 mars. Ce sera au stade olympique à Nouakchott. Et la politique dans tout ça ?
Le Guide libyen arrivera du Maroc le 8 mars et restera qu’il faut pour régler le problème. Un travail de préparation a déjà été fait par la mission libyenne qui s’est rendu à Nouakchott Mais aussi à travers les discussions que le Guide aura eues avec les différentes parties.
Au lendemain du passage du Général, c’est le tour du chef de file de l’Opposition démocratique, président du RFD, Ahmed Ould Daddah. La délégation du Front national pour la défense de la démocratie (FNDD) devra être à Tripoli ce dimanche. Elle est composée de : Mohamed Ould Maouloud de l’UFP, Jemil Mansour de Tawassoul, Ba Amadou Alssane du PLEJ et Khalil Ould Tiyib de l’APP. Messaoud Ould Boulkheir, président de l’Assemblée nationale et proche du Guide, ne fera pas partie du voyage. Pourtant il était très attendu, lui l’ami des libyens. Mais les dirigeants du front tenaient à aller ensemble. Selon leurs déclarations préliminaires, ils auraient eu des entretiens avec Sidi Ould Cheikh Abdallahi pour préparer leur voyage et unifier leur discours.
On ne sait rien de ce que concocte le Guide libyen qui se trouve actuellement à la tête de l’Union Africaine. Pour sa première mission, il est sûr qu’il tiendra à réussir. Il y mettra les moyens. Mais cela suffisera-t-il ? Probablement pas.
A la veille de la mise en œuvre de son intercession, le leader libyen a mis en garde contre l’internationalisation de la situation en Mauritanie et des «conséquences vulgaires de cette politique». Il a ajouté dans un discours prononcé à l’ouverture de la 3ème réunion de l’instance exécutive du forum des organisations régionales et sous-régionale africaines pour le soutien de la coopération entre l’organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) et l’Union Africaine, que « ces puissances étrangères doivent mettre fin à leur ingérence dans les affaires intérieures du continent africain, ingérence, qui a compliqué les problèmes de l’Afrique ». Il a également souligné la capacité de « l’Afrique à trouver des solutions à ses propres problèmes ».
Des propos qui n’ont pas plu à toutes les parties. Tout comme d’ailleurs le principe de la visite de Kadhafi à Nouakchott. Aux yeux de ceux du FNDD, il s’agit d’une légitimation du pouvoir des généraux. «Et en même temps un pied-de-nez aux instances de l’UA qui considère illégitime le régime actuel», déclarent des proches du Front. Alors ?
Il est difficile de concevoir l’élaboration d’un plan de sortie de crise avant le 8 mars. Le scénario le plus probable en cas d’accord consistera à trouver un «point de départ constitutionnel» soit dans la nomination du président du Sénat à la tête de l’Etat. Il restera alors à définir les modalités de la transition ainsi décidée. Quel gouvernement aura en charge d’organiser les élections en perspective ? Quels consensus faudra-t-il trouver et entre qui ? Quel apport pour la Libye pour rapprocher les points de vue ?
Il faut tenir compte aussi du facteur temps. L’élection est prévue le 6 juin prochain. La campagne devrait commencer dans la deuxième moitié de mai. Nous sommes déjà en mars. Le temps est-il suffisant ? Certes non !
Si la question du temps entre dans un éventuel package politique, c’est qu’on aura posé le vrai blocage devant la recherche de solution. En fait le maintien de la date ne peut signifier que la précipitation dans la mise en œuvre d’un plan éventuel de solution. Et comme on sait, «rien ne sert de courir, il faut partir à point».
MFO
Source : La Tribune n°438




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