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Mouvement rectificatif ou pronunciamento à la mauritanienne ?

27 01 2009

06 août 2008 

Mouvement rectificatif ou pronunciamento à la mauritanienne ? 

  

La Mauritanie n’est pas le premier pays où l l’alternance à la tête de l’Etat se fit par accaparement  du pouvoir par l’armée. Prétextant un manquement grave dans le fonctionnement des institutions et dans la gestion de la chose publique, des officiers supérieurs ont pris le pouvoir des mains d’un président élu. Ils ont ainsi voulu se prévaloir d’une légitimité aux yeux des populations. Un peu comme ce fut le cas ailleurs, à une époque pas très lointaine. En effet, l’Espagne fut, elle aussi, le théâtre de cette prétendue « légitimité militaire ». En 1820 un soulèvement militaire mené par Rafael Del Riego consacra la première restauration des Bourbons.  Ce fut le premier pronunciamento de l’histoire contemporaine. 

 Un pronunciamento n’est pas considéré comme un coup d’état (putsch), il « consiste en une démonstration de forces sans affrontements. Il ne recherche pas le changement de système, les militaires ne voulant pas prendre le pouvoir eux-mêmes mais uniquement provoquer une alternance politique. » Exactement ce qu’a fait la junte dirigée par Ely Ould Mohamed Vall un certain 3 Aout. Alternance au terme de laquelle un président civil a été élu à la majorité. 

Il a fallu attendre jusqu’en 1932 pour assister à un pronunciamento échoué en Espagne. Le général José Sanjurjo, qui baptisa son pronunciamento la Sanjurjada, essaya de s’emparer du pouvoir sans réussir. Ce fut le catalyseur de la guerre civile espagnole qui éclata en 1936…elle dura 3ans. 

On peut faire un parallèle avec la situation mauritanienne actuelle. Au matin du 6 Aout, le général Mohamed Ould Abdel Aziz s’empare du pouvoir juste après avoir été limogé par le président Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Il baptise son coup, « mouvement rectificatif » ; aidé en cela par une large majorité de parlementaires….On sait que le général avait déclaré avoir évité, par son action, que le pays soit « mis à feu et à sang » suite au limogeage des quatre haut gradés de l’armée, dont lui-même. Il s’employa dès lors à légitimer son coup par l’organisation de journées de concertations baptisées Etat Généraux de la Démocratie. Au terme de celles-ci,  il a été décidé qu’une élection présidentielle sera  organisée le 6 juin prochain. Ceci dans un contexte politique particulièrement chancelant. Un front hostile à la junte continue à s’activer pour faire échouer ses projets. Constitué de partis politiques assez engagés, ce front continue à réclamer le retour du Président renversé. Il s’adosse par ailleurs à une communauté internationale espérant que celle-ci mette en pratiques toutes les menaces prononcées contre la junte. On imagine le danger que peut constituer un bras de fer dont les conséquences ne sont pas encore connues. Cette semaine par exemple a été marquée par une tentative de rentrée en grande pompe de sidi Ould Cheikh Abdallahi à Nouakchott. Il a été intercepté à cinquante kilomètres de la capitale par la gendarmerie qui l’a soumis à un contrôle dissuasif. Ce qui le contraignit à rebrousser chemin. Il s’en est suivi une sortie tonitruante de ses soutiens. 

Il y a fort à espérer que le « mouvement rectificatif », pronunciamento ou motion de censure de l’armée ne débouche sur une Sanjurjada à la mauritanienne. Le jour où cela arrivera, on aura besoin de ressusciter Picasso pour peindre notre Guernica…en guise de mémoire.   

On dit de l’histoire qu’elle est cyclique, qu’un fait historique se répète la première fois comme une farce et la seconde comme une réalité. L’histoire nous épargnera-t-elle cette expérience périlleuse? 

 Le combat pour la démocratie et la liberté est un chemin semé d’embuches, jonché de cadavres de braves hommes et femmes qui sacrifièrent leur vie sur l’autel du progrès, un chemin qui n’a pas de déviations, qui n’admet pas les raccourcis, ou on est prêt a l’emprunter ou on s’évertue à l’éviter jusqu’à ce que la dure réalité historique nous rattrape. A ce moment le destin force le passage. Le destin inéluctable des nations étant le progrès, il faudra verser des rivières de sang et de larmes, sacrifier des milliers de vies pour instaurer un contrat social durable bâti sur le socle inébranlable de la démocratie, la réelle ! Pas celle des transitions négociées, des coups d’état maquillés en mouvement de rectification salvateur, des journées de concertation imposées. 

                                                                       Momme Ducros. 


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