Edito de La Tribune Par Mohamed Fall O Oumère

27 01 2009

 

Je m’en vais vous raconter une histoire que je vous déjà contée ; que j’avais contée à l’ancien président de la République, élu celui-là en décembre 2003 et dont le mandat a été écourté en août 2005 ; que j’avais contée à ses deux successeurs dont le dernier a été élu et dont le mandat a été écourté en août 2008.

L’histoire se passe au temps de l’un des Emirs connu pour sa force et sa détermination à exercer un pouvoir absolu. Elle met face à face deux personnages : l’Emir en question, dur, fort, arrogant par des aspects, profondément brutal, croyant à la violence comme moyen d’exercice de sa tutelle sur les autres ; en face, un marabout, d’une tribu très, très maraboutique, un «pauvre de Dieu» comme on dit chez nous, qui a beaucoup de filles, qui n’a pas la force de faire ses ablutions quotidiennes…

L’Emir a reçu les traditionnelles offrandes coloniales (amkubbul) alors que, dans sa cour, se trouvait le marabout de passage. Dans les offrandes figuraient des pièces de tissus. Le marabout prit son courage à mille mains et demanda à l’Emir de lui donner deux pièces de tissus «pour les ramener à des femmes laissées quelque part sans grand-chose à porter». En contrepartie de quoi il lui promettait de lui ramener, l’hivernage prochain, cinq jeunes chamelles en âge de procréer. Par amusement mais aussi par générosité – les puissants savaient être généreux – l’Emir accepta et prit à témoin l’assistance.

Le vieux marabout repartit content, ramenant chez lui quelque chose que ni lui ni les siens n’espéraient en cette saison de «shidda» (disette). Un hivernage, deux, trois et même cinq passèrent. Des hivernages fastes. Le marabout ne descendit jamais vers le sud. L’Emir donnait l’impression d’avoir oublié. Puis un jour… vint un étranger.

«Rien de vraiment spécial à donner comme nouvelle. Je viens de passer la nuit chez Ehl (vlâane)…» L’Emir prêta attention. «Ehl (Vlâane), ce n’est pas le marabout qui a pris mon tissu en me promettant de me ramener cinq jeunes chamelles ?» Oui c’était bien de sa famille qu’il s’agissait. L’Emir ordonna de rassembler quinze «bons» guerriers, de prendre uniquement des chevaux pour aller «voir ce marabout usurpateur pour lui donner une leçon».

Arrivé devant la plus grande tente, l’Emir appela le marabout par son prénom. Un vieux personnage sortit de sous la tente. Il portait un vieux boubou «lessivé» par le temps et tenait en sa main un chapelet. «Où sont mes chamelles, elles doivent être à présent un troupeau ?» «Quelles chamelles ?» affirmations, négations… Lassé, l’Emir se décida. «Viens avec nous, nous allons voir le Cadi». Le vieux marabout teint une bouillard dans sa main libre et se mit à marcher, montrant sa disponibilité à s’en remettre au juge. Il refusa de monter derrière l’un des guerriers qui se trouvèrent obligés de marcher à son rythme. Au bout d’un parcours, l’Emir lâcha son cheval vers le marabout. Arrivé à sa hauteur, il arma son fusil et au lieu de tirer, il lui dit : «retourne chez toi, je ressemble trop à quelqu’un qui n’a pas le droit de son côté».

Deux leçons à tirer de cette histoire. La première concerne l’indépendance de la justice traditionnelle : l’Emir, malgré son statut, malgré la justesse de sa cause, n’est pas sûr que le Cadi va lui être favorable. La deuxième, et c’est la plus importante pour les décideurs – ceux d’hier et d’aujourd’hui – est que l’autorité a toujours tort. Même si elle a raison. A plus forte raison si elle n’a pas raison…

Le refus par les autorités aux partisans de Ould Cheikh Abdallahi de faire leur entrée à Nouakchott, la manière avec laquelle ils l’ont fait est injustifiable. Ou presque.

La seule justification possible est le mépris que les généraux veulent exprimer vis-à-vis de la personne de Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Ce n’est pas une cause. Ce n’est pas un projet. Ce n’est pas une occupation d’homme d’Etat. Ce n’est pas une préoccupation «publique». Combien de frais pour justifier la mise en branle de toutes les unités mobilisées pour l’occasion ? Quelle facture ? Est-ce que cela en vaut la peine ?

En plus de ces questions sur la rentabilité de l’action, les maîtres du moment doivent savoir que le mépris de l’adversaire est la pire des attitudes. Ils l’ont visiblement choisi comme méthode de gouvernement. Il suffit de voir.

Le mépris que nos décideurs ont pour nous s’exprime aussi chez leurs opposants. D’une autre manière.

Grâce à eux, nous savons désormais que «le meilleur d’entre les mauritaniens» n’est pas celui qui a sacrifié une once de son temps pour servir une cause dans ce pays. Ce n’est pas celui qui est allé en prison pour une cause. Ce n’est pas celui qui a souffert pour ce pays et pour ce peuple – quel que soit par ailleurs la forme de souffrance.

L’homme dont certains disent aujourd’hui qu’il est «le meilleur d’entre les mauritaniens» aurait dû aller au bout de son raisonnement. Et refuser pour une fois de jouer le jeu des marionnettistes qui veulent l’utiliser. En proposant «sa» solution de sortie de crise, Sidioca reconnaît implicitement que son départ fait partie de la solution. Parce que le problème était ce péché originel qui a consisté à accepter de servir le dessein des autres. Qui a imposé Ould Cheikh Abdallahi comme candidat à une élection où il n’avait aucune chance de gagner ? Qui l’a imposé aux «grands électeurs» – notables et autres prédateurs politiques – en 2007 ? Qui lui a tracé la route qu’il devait suivre ? Ce n’est pas moi, je le jure.

Ceux qui l’ont fait l’ont fait d’un commun accord. Ils seront suivis en toute connaissance de cause par des acteurs politiques qui entendaient avoir leur part du gâteau. La configuration qui en est sortie est celle qui a dirigé la première année du mandat du Président dont tous les amis essayent aujourd’hui de se débarrasser d’une manière ou d’une autre. Les choses se sont gâtées quand certains segments ont voulu profiter plus que d’autres. Aujourd’hui, pour sortir de la crise, les généraux, Sidi, le front, le RFD et tous les acteurs doivent faire des sacrifices. Les uns en acceptant l’idée de se démettre, les autres en refusant l’exclusion, tous en assurant un avenir serein et consensuel.

Le plus grave dans tout ça, c’est que la gestion (globale) actuelle du pays nous amène à conclure que «le meilleur d’entre nous», n’est autre que Moawiya Ould Taya. Celui qui n’a pu être remplacé.


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