La libération de Sidi tuera-t-elle sa liberté ?

28 12 2008

La libération de Sidi tuera-t-elle sa liberté ? 

  

La période de séquestration aura duré quatre mois et demi pour le président renversé Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. Il a été libéré dimanche par la junte militaire qui l’avait renversé le 06 août 2008. Placé d’abord dans une villa du palais de congrès à Nouakchott, Ould Cheikh Abdallahi avait été libéré il y a plusieurs semaines mais assigné à résidence dans son village natal, Lemden, situé à 250 km au sud de la capitale Nouakchott. 

Sa mise en liberté inconditionnelle du dimanche 21 décembre intervient à moins d’une semaine des non mois controversés états généraux de la démocratie. Elle est certes l’expression d’une promesse faite par la junte à la communauté internationale de libérer le président déchu avant le 24 décembre. Faut-il y voir pour autant une volonté du  Haut Conseil d’Etat militaire, dirigeant Mauritanie avec la bénédiction d’intellectuels intéressés et de parlementaires rompus aux techniques de la ruse politicienne, de lâcher du lest ? Rien n’est assez sûr.  Objet de pressions internationales et internes faisant du retour à la légalité une condition non négociable, sous peine de sanctions, le général Ould Abdel Aziz et ses partisans chercheraient sans doute à apaiser une situation encore confuse à quelques jours des états généraux de la démocratie. Et pour la réussite desquels une campagne soutenue est organisée en amont. Et dans la foulée, il s’est trouvé comme par enchantement des voix réclamant jugement du président déchu ou protestant contre la levée de son assignation à résidence surveillée. Si ceci n’est pas un subterfuge destinée encore une fois à discréditer celui qui avait été élu à la satisfaction du monde dans une transparence inédite en Mauritanie, force est de constater que la volonté de le mettre hors du jeu, lui et ses soutiens, est là. Son Premier ministre est encore en prison sous un chef d’accusation tout autre que politique selon la volonté de ses détracteurs. Sidi Ould Cheikh Abdallahi, aussitôt déposé à Nouakchott à bord de véhicules militaires où se trouvaient deux membres du Haut Conseil d’Etat, est retourné dans son village natal. Histoire d’y préparer sereinement son retour à Nouakchott. Avait confié un de ses proches à l’Agence France Presse.  A en croire certains sites d’information comme www.taqdoumy.com , les autorités ont confisqué les passeports du président déchu et de membres de sa famille. Ces mêmes sources avaient fait état de son  invitation par les Etats-Unis à assister le 20 janvier à l’investiture de Barack Obama. Si cette dernière information était vérifiée, la junte aurait donc toutes les raisons d’empêcher cet homme devenu le symbole de la légalité constitutionnelle aux yeux du reste du monde et d’une partie de la classe politique affiliée au FNDD, de se rendre là où il pourra s’exprimer plus librement et se faire encore des relations susceptibles de faire échouer comme il semble décidé à le faire le putsch et ses effets. 

Les Etats-Unis seraient pour Ould Cheikh Abdallahi un espace idéal. Ce pays vient de d’éliminer les avantages commerciaux de
la Mauritanie dans le cadre de l’AGOA. Consentis en juillet 2008 suite à l’évolution politique du pays marquée, entre 2006 et 2007, par des élections transparentes et  un ordre constitutionnel notés par les observateurs, ces avantages représentaient près d’1 millions de dollars.  En plus George W. Bush dont l’exercice prend effectivement fin le 20 janvier a annoncé vendredi sa décision de retirer à
la Mauritanie les avantages dans le cadre des dispositions du Système généralisé de préférences (GSP). Grâce à ces dispositions certains produits de
la Mauritanie devaient être dispensée de taxes douanières à l’entrée aux Etats-Unis. Cette décision américaine peut paraître insignifiante sachant que
la Mauritanie n’exporte pas grand-chose vers les Etats-Unis, exceptés ses émigrants. Ceux-ci, des cadres pour la plupart, s’en vont au pays de l’Oncle Sam pour y trouver une vie meilleure que celle d’un fonctionnaire condamné à la clochardisation et à un salaire trop faible au point de ne pouvoir supporter le prix d’un sac de riz ! 

Côté local, il y a quelques jours, une liste de personnalités communautaires et régionales avait été publiée puis annulée. Celles-ci étaient censées participer aux Etats Généraux de la démocratie. C’est sans doute la flagrance de la dose excessive de la donne hégémonique qui a dissuadé les autorités militaires à entériner une telle liste. Si, en effet, la concertation sur la démocratie devait être parrainée par les représentants de l’expression de la féodalité, c’en est fait des valeurs d’égalité et de justice dans ce pays. Il revient donc à ceux qui auront en charge la conduite de ces fameuses concertations d’éviter l’insistance sur une lecture anthropologique de

la Mauritanie. Pareille lecture, au lieu d’aller à l’essentiel, ramène à la surannée question de ‘spécificité’.

Le Front de défense de la démocratie exclut toute participation aux états généraux et continue à réclamer plus de pression sur la junte.  Prévues pour le 27 décembre, ces concertations ont de fortes chances de se dérouler en faveur des généraux soutenus par une écrasante majorité de parlementaires mauritaniens. Et la politique du boycott risque de s’avérer nuisible pour leurs adversaires qui comptent encore sur la communauté internationale. Les acteurs du front ont-ils conscience de ce risque ?  Et puis, que peut bien faire Sidi de sa libération ? Cette libération a été « saluée » par beaucoup de partenaires du pays :
la Francophonie, Ban Ki-Moon, l’UE, etc.  C’est signe que tout ce monde est sur le point de se ranger du côté de auteurs du putsch du 06 août. D’ailleurs, l’Espagne serait favorable aux Etats généraux. Tout comme

la France. Alors, la libération tuera finalement la liberté !

Kissima

Source : La Tribune n°428 


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