Terrorisme :que reste-t-il du 24 décembre 2007 ?

24 12 2008

Terrorisme : 

Que reste-t-il du 24 décembre 2007 ? 

 

Un an après, l’attaque d’Aleg semble avoir été oubliée. Pourtant, c’est par elle que l’image de la Mauritanie a entamé un recul qui a fini par être inexorable. 

Retour sur une catastrophe qui n’a pas fini de coûter au pays… 

 

Lundi 24 décembre 2007, la Mauritanie respire l’air de la tranquillité et des promesses d’avenir. Moins de deux semaines après la réunion de Paris qui a vu le Groupe Consultatif le plus réussi pour la Mauritanie. Retour des réfugiés, réconciliations et retrouvailles nationales. Attente ferme du Rallye Paris-Dakar et de ses retombées. L’année 2008 qui pointe déjà, promet d’être faste. Rien ne semble pouvoir perturber ni dévier le pays. Le pouvoir vient d’adopter un nouveau weekend : vendredi. Symbolique. Le dimanche 23 est le premier jour de la semaine qui commence. Nous sommes lundi 24. 

La journée de lundi commence bien pour François Tollet (73 ans), son frère Gérard (60 ans), ses fils Jean-Philippe (47 ans) et Didier (38 ans), et Adda Hacène (34 ans) ami d’enfance de Didier. Sur invitation de François, le groupe avait décidé «une virée africaine pour Noël 2007». Deux 4×4 pour ce parcours de trois semaines, le temps nécessaire pour traverser la Mauritanie, le Mali et le Burkina. Ils sont à Aleg en ce lundi 24. Ils sont entrés dans une banque pour faire du change. Puis ont rencontré le maire de la ville qui les a invités à prendre un thé dans les locaux de l’hôtel de ville. Ils reprennent tranquillement la route un peu avant onze heures. François est un habitué de ce parcours. La Mauritanie a toujours été un pays tranquille pour lui. Il peut se permettre de proposer une halte plus loin, dans un coin connu, une mare qu’on appelle «Tamourt eddhiib» (la mare du chacal). 

Ils venaient de déployer leur matériel, quand une voiture de type mercedes 190 s’arrêta à leur niveau. Ils n’eurent pas le temps de savoir ce qui leur arrivait. Selon le survivant de l’attaque, «ça n’a pas duré 20 secondes». Trois agresseurs au moins. Un kalachnikov au moins. Quatre morts, un blessé grave. Le survivant n’est autre que François, le chef de famille. Il a feint la mort. Les agresseurs ne s’attarderont pas sur les lieux. Tuer et repartir. Il était onze heures passées de quelques minutes. 

La nouvelle fait le tour du pays. Vers midi, tombent les premières informations plus ou moins précises. C’est en fin d’après-midi que le ministre de l’intérieur se prononce pour confirmer la thèse du «crime crapuleux». Comme si tous les crimes ne l’étaient pas. En fait c’était une vaine tentative d’éloigner la piste de l’attentat Jihadiste. «Il n’y a pas de terrorisme en Mauritanie», selon le régime issu des élections d’avril 2007. La première préoccupation est d’empêcher de s’installer la thèse de l’attentat terroriste. Si bien que l’enquête tarde à démarrer. Tergiversations des autorités. Les auteurs de l’acte ont le temps de se débarrasser de leur arme, d’aller dans un village environnant, puis de gagner Boghé avant de partir pour le Sénégal. 

Grâce à la collaboration de spécialistes marocains, l’identité des présumés auteurs de l’acte est rapidement déterminée : Sidi Ould Sidina, Maarouf Ould Haiba et Mohamed Ould Chabarnoux. On disait tantôt qu’il s’agit d’ »une tentative d’enlèvement qui a mal tourné ». Alors que le survivant de l’attaque, cité par ses proches, avait bien précisé que « ce qui le choque, c’est que ça s’est passé en vingt, trente secondes. Ils n’ont pas eu le temps de négocier, ni de discuter ni rien du tout« . Aucune indication de la part des autorités mauritaniennes depuis les communiqués du ministre de l’intérieur qui ont comporté de nombreuses contrevérités. 

Les autorités reconnaissent enfin la réalité : il s’agit d’un acte terroriste même s’il n’est pas revendiqué par la Branche Al Qaeda pour un Maghreb Islamique (BAQMI). Commence la traque. Le Sénégal puis la Guinée Bissau où deux des présumés assassins – Sidi Ould Sidina et Chabarnoux – sont arrêtés et extradés vers la Mauritanie. Maarouf Ould Haiba, peu connu des services mauritaniens, prend la direction du Mali où il rejoint les bases de BAQMI. Selon toute vraisemblance, ce sont les services français qui ont aidé à suivre puis à repérer les deux fugitifs. «
La Guiné-Bissau va payer très cher le fait d’avoir maltraité les combattants de Dieu», a déclaré à la presse Sidi Ould Sidna, au moment de monter à bord de l’avion qui devait le ramener à Nouakchott. Le regard hautin, l’air arrogant, Ould Sidina reconnaît son méfait. D’ailleurs dès leur arrestation, dans la nuit de jeudi à vendredi, les deux compagnons avaient avoué aux enquêteurs bissau-guinéens avoir tué des «infidèles et des alliés des Américains» et déclaré n’avoir «aucun remord». 

Un peu moins de trois mois après leur extradition, l’un des deux – Sidi Ould Sidina – réussit une cavale spectaculaire parce qu’il quitte tranquillement le Palais de justice le jour même de l’arrivée de l’Emir du Qatar en Mauritanie. Une cavale qui sera l’occasion d’entendre et de voir dans les rues de Nouakchott les échanges de tirs entre la police et des groupes armés. Il s’en suivra – à chaque chose malheur est bon – le démantèlement de cellules du Groupe «Ansaar Allah Al Murabituune», groupe affilié à BAQMI et chargé par Bella’war, le célèbre chef de guerre du GSPC puis de BAQMI, de mener des actions sanglantes en Mauritanie. Des dizaines di kilos d’explosifs, des armes individuelles et collectives, des cellules dormantes et éveillées, telle est la moisson d’avril 2008, un avril du reste sanglant. L’insécurité et l’inquiétude auront duré de décembre à avril. Assez pour déstabiliser un pouvoir qui était déjà rongé par ses guerres intestines. 

Après l’arrestation des principaux chefs de guerre locaux, et un an après les événements de décembre, qu’est-ce qu’on sait de ce qui s’est passé ? D’abord ce que les présumés assassins ont raconté lors de leurs interrogatoires. Les fuites habituelles ont permis d’accéder rapidement aux interrogatoires de la police. Mais ils ajoutent à la confusion parce que les récits ne sont souvent pas les mêmes, parce qu’ils sont parfois adaptés pour crédibiliser une thèse antérieure… Ce qui nous intéresse ici étant les zones d’ombre, allons-y. 

Qui a organisé le coup d’Aleg ? Comment ce coup a-t-il été organisé ? A l’époque le ministre de l’intérieur avait dit – et c’est devenu la thèse officielle – que la voiture qui a servi est entrée en Mauritanie à la mi-décembre. Alors qu’elle circule ici depuis août, les ventes dont elle a fait l’objet attestant cela. Toujours selon cette thèse retenue, les trois présumés assassins ont pris la route de Boutilimitt par hasard, puis dépassé vers Aleg. Là ils seraient tombés sur le groupe qu’ils ont décidé de suivre et puis d’exterminer. Ici à La Tribune, nous avions publié les témoignages concordants et sérieux d’usagers de la route qui sont passés la veille par là la veille et qui attestent tous avoir vu trois hommes avec un fusil et une voiture à Tamourt Edhiib, sur les lieux même de l’opération. Pourquoi les enquêteurs n’ont pas tenu compte de ces déclarations ? Le mode de l’opération et la suite des événements – retrait tranquille, abandon dans les règles de l’arme du crime et de la voiture, déploiement de la logistique après, le repli vers le Sénégal…- ne laissent pas entrevoir l’ombre de l’improvisation. Même si les tergiversations des autorités et le conflit de compétence entre la Gendarmerie et la police ont largement profité aux fugitifs. 

Au Sénégal qui les a hébergés ? Qui est ce fameux «compagnon» que signalent les services secrets français en disant qu’ils ont été suivis depuis ce lieu ? L’enquête laisse entendre qu’il s’agit de Khadim Ould Semane qui se révèlera être l’Emir du groupe Ansaar Allah Al Murabituun. Pourquoi n’a-t-il pas été arrêté immédiatement ? Comment sont-ils sortis de Mauritanie ? C’est facile d’habitude, mais selon les déclarations des fugitifs, ils ont choisi le chemin le plus compliqué pour le faire. Comment ont-ils échappé ? Nous savons par ailleurs qu’aucune sanction n’est tombée pour nous donner une indication sur la faille ou sur la responsabilité. Les explications données à ce moment n’étaient pas convaincantes. « Ils ne disposaient pas de base au Sénégal, ils se cachaient donc dans des zones urbaines très peuplées où les interventions étaient difficiles », avait indiqué à l’AFP l’ambassadeur de France au Sénégal Jean-Christophe Rufin. Selon lui, intervenir dans ces conditions « aurait impliqué des risques importants ». 

Il est attesté que le braquage opéré en octobre 2007 et qui a permis de mettre la main sur un magot de 54 millions, que ce braquage est le premier acte de guerre du groupe. Qui en est responsable ? Quand vous lisez les P-V, chacun des accusés le revendique et le raconte à sa manière. On sait qu’en son temps la Gendarmerie avait décidé de boucler l’enquêter sans suite, contrairement à l’avis de la police qui y avait vu la main des Jihadistes.   

Pour en revenir à l’attaque, a-t-on cherché à savoir qui en sont les véritables commanditaires ? Quels étaient liens avec la nébuleuse Al Qaeda au Maghreb qui n’a jamais revendiqué l’acte ? Quel lien avec l’attaque d’Al Ghallawiya ? Quel lien avec les querelles internes de BAQMI ? A ce moment-là, la BAQMI était déchirée entre les tenants de la nécessité de faire des armées des pays de l’espace sahélo-saharien, une cible, et ceux qui préconisent le ciblage des intérêts occidentaux dans ces pays et particulièrement en Mauritanie considérée comme le maillon faible de la chaîne. 

Un an après, le pays attend toujours l’élaboration d’une stratégie de lutte contre le terrorisme. Parce que la Mauritanie est cible, l’on est en droit de s’attendre à une telle stratégie. Dans ses discours, le Général Mohamed Ould Abdel Aziz a promis de la mettre en place. Une première démarche : la création d’une unité spécialisée au sein de l’Armée avec le Groupement de Lutte Anti-terroriste (GLAT). Un demi-millier d’hommes triés sur le volet. Ils ont pour mission de couvrir une zone allant du D’har de Néma à Chegatt. Principe : légèreté et efficacité. Au niveau de la police, une unité est en cours de montage. Ses éléments ont subi un stage aux USA et devraient y retourner bientôt. 

…A Lehlewa, le village des environs d’Aleg où se sont repliés les présumés assassins de l’année passée, les habitants organisent depuis un certain temps des patrouilles pour empêcher la venue chez eux des prédicateurs. La leçon des Sahwa irakiennes a bien été retenue. 

 

MFO 


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