Edito de La Tribune Par Mohamed Fall O Oumère

24 12 2008

Ce qui, entre autres choses, est gênant dans notre pays, c’est qu’on n’avance pas. Sur tous les plans. On est toujours en face des mêmes questions, des mêmes problèmes. Il suffit pour vous de lire un discours du premier président du pays, Moktar Ould Daddah. Celui de 1957 ou de 1958. C’est toujours les mêmes problématiques.

En fait on est comme un campement qui trouve sur son chemin une haute dune. Au lieu de ‘l’attaquer’, il la contourne et la laisse tel qu’elle est. C’est en fait ce qui nous donne l’impression de tourner en rond. Impression accentuée par notre perception «naturelle» du temps dont nous avons une vision circulaire.

Je ne veux pas parler de tout, mais juste de la communication.

Un correspondant du New York Times – et pas n’importe lequel – a récemment séjourné dans notre pays. Il venait sur les frais de son journal couvrir et comprendre l’actualité en Mauritanie. Il donnait ainsi l’occasion aux nouvelles autorités de faire entendre leur voix dans un pays où elles sont très contestées. Deux axes d’intérêt pour lui : le terrorisme et la situation politique.

Dans son pays, on a pensé que l’attaque de Tourine était un montage. Quand il est venu ici, il a compris que c’en n’était pas et il a bien voulu enquêter là-dessus. Il a rencontré le chef d’Etat Major qui a été très coopératif selon lui. Il a même été impressionné par le calme et la compétence du Général Ghazwani. Tout comme a été positif l’effet de sa rencontre avec le secrétaire général du HCE et avec le ministre des affaires étrangères (naturellement). Il a même voyagé avec le président du HCE à Tintane et Kiffa. Avant de se retrouver entre les mains de la gendarmerie d’Aleg. Il revenait de Lemden où il était parti s’entretenir avec le président déchu. Deux heures d’interrogatoires. Puis ce fut autour de la police de Boutilimitt de lui faire subir les mêmes déconvenues.

«Good learning experience», comme il disait pour positiver après ses rencontres avec les responsables à Nouakchott. Il va à Zouératt après avoir eu l’autorisation d’aller à Tourine sur les lieux de l’attaque. Tout se passe bien jusqu’au moment prévu pour le départ. Le commandant de la région lui signifie qu’il n’est plus question d’envoyer une escorte avec lui. S’il veut, il peut y aller seul, à ses risques et périls. Ce qu’il ne fera pas.

De retour à Nouakchott, il veut combler par une rencontre avec l’un des prisonniers salafistes. Le secrétaire général du ministère de la justice lui promet de faire le nécessaire jeudi dernier à 10 heures. Il arrive à 10 heures devant le bureau du secrétaire général. Il restera jusqu’à 13 heures avant de se faire signifier par le secrétariat qu’il ne sera pas reçu. Déconvenue.

Reste pour lui la promesse faite qu’il rencontrera le Général Ould Abdel Aziz, président du HCE. Les officiels qui s’en occupent ne font rien apparemment.

Il me dira en partant : «c’est dommage pour un establishment comme celui-là de rater de telles occasions ; ils ont bien besoin de se faire entendre ailleurs ; je leur offre l’opportunité mais ils refusent et sans y mettre les manières».

Quand j’y pense, je sais que c’est le système de communication qui fait défaillance. Bientôt cinquante ans que nous sommes habitués à refuser de parler, à éviter de dire la vérité sur nous, à jouer la transparence.

Si cela arrive alors que le ministre de la communication est un jeune issu d’un milieu plutôt libéral et plutôt militant, à un moment où le régime en place est en quête de reconnaissance, à un moment où le chef de l’Appareil lui-même parle crûment et à toutes occasions, au moment où l’on reconnaît que les grandes fautes du passé sont justement liées à l’absence de communication, si cela arrive, c’est qu’il n’y a rien à faire.

On est malade de nous-mêmes. C’est par nous-mêmes que nous guérirons. Mais pas avant d’avoir diagnostiquer le mal qui est en nous. Parlons franchement de nous, de nos insuffisances, de nos faiblesses, de nos misères…

Nous avons toujours refusé le dialogue. En 1960 déjà, la recherche effrénée du consensus avait occulté toute expression de pluralisme politique. Au nom du renforcement du front intérieur, le jeune pouvoir a justifié la fin du multipartisme.

Depuis 1978, le pouvoir est aux mains de régimes militaires plus autoritaristes les uns que les autres. Tantôt l’insécurité, tantôt l’immaturité du peuple, tout est invoqué pour justifier le refus de laisser s’exprimer la différence.

En août 2005, le projet des jeunes officiers, véritables auteurs du coup, est dévié. Manipulations, manœuvres politiques, résistances sociales… on aboutit au résultat qui a donné la situation dans laquelle nous nous trouvons présentement.

Comme pour tout le reste, le problème de communication est toujours le même. La nécessité de faire la rupture est toujours d’urgence.

Source : La Tribune n°428


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